Adapter nos prédications « de confinement »

La situation de confinement nous a tous obligés à découvrir de nouvelles manières de vivre l’Église et d’exercer le ministère. Cet article propose quelques remarques, en rien exhaustives, sur les découvertes et les obstacles que nous sommes en train d’identifier.

6e ou 7e semaine de confinement. Beaucoup de réunions Zoom chaque jour. Beaucoup de documents à rendre. Je dois encore préparer une prédication sur le Psaume 23. Peut-être que c’est la pression du temps, mais c’est la première fois que c’est si difficile. Trois enregistrements, une journée de montage – le résultat est tellement nul que je décide de refaire une tentative le lendemain. Une demi-journée de plus et c’est dans la boîte. Je file donner la clé USB du fichier à Philippe (je n’habite pas dans un endroit particulièrement rapide côté internet !). J’ai conscience que c’est loin d’être ma meilleure prédication. Une semaine après (et 1600 vues sur Youtube), mon mentor me fait un retour plutôt négatif sur l’ensemble : pas de lien affectif en intro, trop d’informations … Bon. On doit toujours continuer à apprendre ! Et effectivement, j’ai l’impression d’apprendre un nouveau métier.

Guillaume Bourin et moi avons échangé sur cette question. Vous pouvez voir notre interaction ici.

Un exemple de « vie d’Église »

Pour fonctionner en ce temps de confinement, nos quatre églises de la région lyonnaise (Charis France[1]) ont choisi de (1) développer différentes réunions virtuelles régulières pour les membres qui le souhaitaient (2) de proposer un culte préenregistré mais diffusé à un moment déterminé (3) d’encourager le volontariat là où c’est possible. Cet article aborde la question de la diffusion d’une célébration, et se focalise particulièrement sur la prédication.

A l’Église de Trévoux, nous commençons chaque journée par un Zoom de 15 min de prière. Le jeudi soir est un temps de parole, d’échange et de prière d’une heure, « confinons ensemble », sur la même plateforme. Le dimanche matin, nous proposons un temps de louange et de prière de 30 min avant de rejoindre la diffusion du culte.

Le culte est diffusé via YouTube à 10h15. Pendant 15 min, les connectés se saluent sur le chat. Cela donne une petite impression de communauté ! A 10h30 il y a quelques chants et un ou deux courts temps de prière (2 à 4 min) sur fond musical. Puis une prédication qui doit rester en dessous de 30 minutes. Le tout est monté avec suppression des temps morts, insertion des textes bibliques lus et des points du message. Le culte dure 1 heure.

Certains groupes de maison continuent avec un apéro virtuel et / ou une discussion à partir de 3 ou 4 questions fournies par le prédicateur.

Ces éléments nous permettent de maintenir un aspect communautaire tout en essayant de projeter un culte « qualitatif ».

Les « cultes en ligne » aujourd’hui

Les activités habituelles du culte sont diffusées via internet. Quand on parle de culte en ligne, plusieurs options sont possibles.

Les cultes en direct

Une Église de 10 à 50 personnes peut facilement organiser une diffusion à ses membres via une plateforme comme Zoom ou Microsoft Team ou Messenger Rooms. Cela permet une réunion intimiste, où les personnes se voient et où l’une d’entre elles peut conduire un temps de louange, de prière, et d’enseignement. Le côté « bricolage » de l’événement fait sa force car il préserve une authenticité et une simplicité chères à nos milieux.

Une Église de plus de 50 personnes peut chercher à diffuser le culte en direct via Facebook live, ou Vimeo live, ou YouTube live, etc. Selon cette configuration, le culte est accessible par un grand nombre et le déroulé a lieu avec tous les aléas du direct (problèmes techniques, cris d’un enfant pas très loin, etc.). La « visibilité » pour les gens extérieurs à l’Église est formidable – ou pas ! Les non-chrétiens sont sans merci sur le fond comme sur la forme. Notre première expérience a révélé l’exigence d’une connexion internet au débit suffisant pour éviter que l’écran ne se fige. Nous avons renoncé à poursuivre ainsi.

Les cultes préenregistrés.

C’est l’option que nous avons retenue. Voici ce qui nous semble pertinent à considérer.

Le culte en ligne doit être qualitatif

Un écran est impitoyable. L’inattention (exceptionnelle en présentiel, bien entendu) est multipliée par 10 devant un écran. Il faut vraiment que les formes et le contenu soient de qualité, parce que tous les défauts de présentation sont amplifiés sur l’écran. Les silences sont pesants, les blagues sont plates, l’émotion est réduite, les gestes parasites hyper visibles, les longs arguments inaudibles, et les incohérences du propos sautent aux yeux. Bref, très difficile de tenir devant un « programme » qui n’a pas trop d’intérêt. La compétition avec le monde et son qualitatif est vive.

Un pasteur américain de notre union d’Églises a supplié ses collègues de l’aider, car « les gens ne m’écoutent pas jusqu’au bout et se déconnectent… » Comment dire à ce frère qu’il doit devenir plus intéressant ? Un collègue allemand a conseillé à son Église, par ailleurs fidèle et engagée en mission, de ne pas diffuser les cultes car la qualité était un contre-témoignage. Courageux et douloureux.

J’ai enseigné la prédication aux 1er et 2nd cycle de l’IBG pendant deux décennies. Certaines années, je devais évaluer la même semaine toutes les prédications. Avez-vous déjà écouté 40 prédications en une semaine ? Je n’en dis pas plus, mais cette semaine-là, j’ai réalisé l’extraordinaire patience du Seigneur : cela fait 2000 ans qu’il écoute tous les sermons prononcés dans le monde entier. Comment fait-il ?!

La patience fidèle des paroissiens à notre égard, prédicateurs, est remarquable. Ils écoutent, apprennent, prient, et tentent de tirer des pépites de nos sermons, même quand ces dernières ne sont pas nombreuses. En ligne, il suffit d’un geste pour mettre fin à la souffrance d’un culte inintéressant – nos services doivent prendre en compte cette réalité et y répondre avec finesse[2].

Concrètement

Mon dernier message prêché à Cusset (sur le Psaume 150) est une catastrophe visuelle, sur un écran. La luminosité est médiocre, le cadrage trop éloigné… ce qui « passe » en réel[3], ne passe absolument pas sur l’écran. Au-delà de la puissance du Saint Esprit qui équipe l’animateur / musicien, le prédicateur et son peuple, voici quelques réflexions concrètes qui peuvent s’avérer utiles :

Durée. Choisir la longueur du culte est aussi important dans un contexte virtuel que dans un contexte présentiel. La longueur n’est pas synonyme de profondeur spirituelle. Il faut le définir en amont car cela influencera le montage. Qu’est-ce que supporte votre assemblée ? Ses membres seront-ils à l’aise d’inviter leurs amis ?

Luminosité. Les webcams exigent beaucoup de lumières. Les meilleures sont capables de compenser une luminosité déficiente, mais en général, il ne faut pas hésiter à être généreux en éclairage. Vous trouverez facilement du matériel adapté (Fnac, Darty, Amazon…)

Arrière-plan. Ce que les gens voient derrière vous parle de vous. Choisir sa bibliothèque, son bureau, une salle d’Église vide, un canapé… choisir d’être assis, debout… doivent être des choix conscients. Qu’est-ce qui vous permet de vous identifier à votre auditoire et de faciliter la création d’un pont naturel ?

Équipement. Les téléphones et les tablettes peuvent suffire (acheter un pied adapté pour la stabilité de l’image). Mais l’investissement d’une webcam et d’un micro de qualité (compter une centaine d’euros min.) ne sera pas vain. Le montage des vidéos va créer des fichiers très lourds (plusieurs dizaines de Go) et l’acquisition d’un disque dur performant pourrait s’avérer nécessaire.

Cadrage. Que voulez-vous montrer à l’écran ? Buste ? Visage ? Le haut d’un pupitre ou d’une chaire jusqu’à votre visage ? Chacune de ces options est légitime.

Prise de vue. Si vous filmez en une fois, sans prévoir de faire un montage, vous avez tout intérêt à bien connaître votre message pour maintenir un contact visuel fréquent avec la caméra, et rester succinct et rythmé. C’est en fait très compliqué pour le réussir. Si vous réalisez un montage, vous pouvez prendre le temps de faire des pauses pour vous remémorer vos notes – vous pourrez couper ces moments ultérieurement.

Montage. C’est la partie la plus délicate. J’ai été extrêmement surpris quand j’ai vu mon collègue Philippe Viguier monter la première prédication. C’était « pro » (de mon point de vue !). Le regard était constamment sur la caméra, le texte et les citations apparaissaient à l’écran, ainsi que les points du plan, le rythme était soutenu. J’ai appris qu’il avait passé presque une journée au montage. Le résultat était stupéfiant, donnant un dynamisme à l’événement particulièrement pertinent pour un visionnage à l’écran. Si vous optez pour cette option, il existe des logiciels gratuits minimalistes (iMovie, Windows Movie Maker, Shotcut, etc.). D’autres sont plus complets mais plus complexes et chers (Final Cut Pro, Adobe Premiere, etc.). Un collègue m’a parlé d’une plateforme simple à utiliser avec abonnement mensuel, WeVideo.

Si vous optez pour cette solution :

  1. Enregistrez en continu, sans craindre de vous arrêter pour consulter vos notes. Assurez-vous simplement que chaque section de prise de parole soit nette.
  2. Coupez tous les silences, tous les sons étrangers (claquement langue, déglutition !)
  3. Préparez les textes cités et le plan du message avec ses différents points (PowerPoint ou Keynote, etc.) et transformez-les en images.
  4. Insérez les images lors du montage au bon endroit.
  5. Sauvegardez / exportez avec la résolution adaptée pour le format de diffusion adapté. Un message de 30 à 40 min exigera 2 Go en 720p et une trentaine en 1080p.

Si ce langage vous est totalement étranger, trouvez des jeunes qui seront heureux de vous aider. C’est l’occasion d’augmenter le nombre de contributions à la vie de l’Église. Mais alors… il faut fournir le message enregistré lundi ou mardi pour laisser le temps au transfert par internet et au travail de montage. Vous trouverez plusieurs tutoriels sur le net.

Augmenter la participation

Certaines Églises ont fait participer leurs membres : l’un enregistre un petit bout de texte biblique, ou une prière, ou un chant… Le montage devient plus compliqué et il faut planifier longtemps en avance. Les idées ne manquent pas !

Les « cultes en ligne » demain

Comment anticiper le déconfinement ? Il est possible que les lieux publics n’ouvrent qu’en limitant à 1 personne par 4 m2. Il est possible que les personnes les plus fragiles (ou les plus anxieuses) ne puissent venir. Il faudra alors multiplier les cultes et / ou continuer d’offrir des cultes en ligne. L’énergie nécessaire pour la réalisation d’un événementiel en ligne de qualité pourrait encourager plusieurs églises à se fédérer pour offrir un service de ce type. Les responsables d’Églises doivent déjà y réfléchir.

Il nous faut apprendre un nouveau métier, et enrôler des gens dans nos Églises susceptibles de nous faire faire un pas qualitatif dans notre communication grand public.

Quoi qu’il en soit, le Seigneur continuera à bâtir son Église. A nous d’entendre son Esprit nous conduire à le servir avec fidélité dans ces nouvelles réalités.


[1] Anciennement Union des Églises Evangéliques des Frères.

[2] Bien entendu, il appartient à chacun de venir le cœur ouvert au Seigneur, pour recevoir de sa part un pain substantiel.  

[3] Alors qu’il m’a semblé que nous avions vécu un moment de communion fort avec le Seigneur, sa Parole et son Église le jour J…

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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