Est ce que la Bible s’appuie sur des cosmologies anciennes ? (Episode71)

Dans l'épisode 71, Florent Varak répond à une question sur le fait que la Bible semble s'appuyer sur une conception archaïque de l'univers, et comment garder l'inerrance biblique dans ces conditions. Florent Varak explique alors pourquoi il rejette cette idée: 1. Elle ne s'engage pas sur une cosmologie particulière 2. La conception antique de l'univers ressemblait déjà assez à la nôtre 3. Le récit de la Genèse est en opposition aux récits cosmogoniques antiques.

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Est-ce que la Bible s’appuie sur des cosmologies anciennes ? (Épisode 71)

La question est posée : « Bonjour Florent, comment pouvons-nous expliquer la présence d’une vision de la cosmologie ancienne dans la Bible ? Je crois que la Bible est inerrante, mais je ne comprends pas la présence de ces nombreux passages sous-entendant que la Terre a été créée selon le modèle d’une croyance ancienne ? »

« PS : C’est en lisant Job 26 que j’ai commencé à me poser des questions sur ce sujet. Je suis alors tombé sur cette vidéo [vidéo sur Youtube postée par Science et foi]. J’ai examiné les différents passages énoncés dans cette vidéo et listés ci-dessous, et je n’arrive pas à réfuter les arguments avancés. Ce qui est assez drôle c’est qu’après m’être posé ces questions, je suis tombé sur ton article portant sur l’inerrance de la Bible. Que Dieu te bénisse ! »

Wouah, merci pour cette question ! Elle est évidemment complexe, et je savais que ces questions tomberaient un jour ou l’autre. Elles sont nombreuses d’ailleurs, les réflexions que l’on peut avoir sur nos origines, sur ce que la Bible dit par rapport à ce que la science dit. Je sais que la réponse extrêmement brève de ce podcast suscitera d’autres questions, et que je ne peux pas répondre à l’ensemble, donc je vais réduire ta question à une seule, celle de la cosmologie ancienne : est-ce que la Bible décrit une cosmologie qui s’appuierait sur une cosmologie ancienne que l’on retrouverait dans d’autres peuples ?

  •  La vidéo que tu cites provient du site de Science et Foi, cette organisation travaille avec BioLogos, une organisation américaine dont John Collins est le responsable.
  •  Et ces deux organisations affirment que la vision de l’univers de la Bible se rapproche ou s’inspire même des visions antiques pré-scientifiques.
  •  BioLogos met en avant une vision du monde très évolutionniste-théiste qui est très très dépendante des découvertes actuelles de la science. Selon les auteurs, cette vision du monde comprendrait une terre plate – j’essaie là de te décrire un schéma qui nous est souvent proposé -, donc une terre plate soutenue par des colonnes, entourée de mers, et une voûte solide pour le firmament soutenue par deux colonnes, ou par une colonne circulaire ; dans cette voûte céleste circuleraient les astres et cette voûte retiendrait une autre étendue d’eau qui va au-delà du firmament, au-delà du ciel, et encore au-dessus de ces eaux se trouverait le trône de Dieu.
  •  Les auteurs qui disent que c’est une cosmologie biblique, disent trouver des signes dans certains passages de la Bible et notamment chez Job.
  •  Job par exemple au chapitre 9 verset 6 nous dit : « Il fait trembler la terre sur sa base, et ses colonnes sont ébranlées. » ;
  •  Tu cites dans ta question Job 26, le verset 11 dit effectivement « Les colonnes du ciel s’ébranlent et s’étonnent à sa menace. » ;
  •  Et puis le texte incriminé parfois : Genèse 1. 6-8 « Dieu dit : Qu’il y ait une étendue entre les eaux pour séparer les eaux des eaux. Dieu fit cette étendue, sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus. Il en fût ainsi. Dieu appela l’étendue ciel. Il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut le deuxième jour. » Voilà.

Alors est-ce que ce diagramme est correct ?

  1.  Si ce diagramme représente vraiment la vision de la Bible, et bien il y aura deux conséquences.
  •  La première, c’est qu’il faudra admettre une dépendance intellectuelle et littéraire de la Genèse, et de Job notamment, à des textes antérieurs à leur époque. Moïse aurait donc emprunté les idées de son temps, on parlerait même de la « science » de son temps, pour décrire le monde tel que l’on se le représentait. Bien entendu, cela voudrait dire que la Bible décrit une cosmologie fausse qui serait en fait mythique, non réelle.
  •  La deuxième conséquence, c’est que la Bible ne serait pas inerrante. Alors c’est vrai que la notion de la constitution de l’univers est complexe et qu’il y a différentes manières de lire le texte, mais si vraiment la cosmogonie n’est pas celle qui est juste, il n’y a pas d’autre échappatoire. Je sais les grands écarts de mes amis sur ces questions, ils parlent d’accommodation, c’est-à-dire qu’ils disent que Dieu se serait mis à la portée des humains mal informés de leurs temps, et qu’il aurait simplement dit les choses telles qu’ils pouvaient se les représenter. Mais de toute façon, ça fait voler en éclat l’inerrance biblique, parce que la Bible tromperait les hommes de tous les temps en décrivant une réalité qui justement n’en est pas une.

Si je dis à un enfant que le Père Noël lui apporte des cadeaux dans la nuit du 24 décembre parce que c’est ce qu’il croit, certes je m’accommode de sa croyance, mais cela n’en demeure pas moins erroné, donc je m’accommode à l’enfant au prix de la réalité, on ne peut pas avoir les deux. Donc si vraiment la Bible enseigne cette cosmogonie, alors on est dans une situation où la Bible décrit quelque chose qui n’est pas réel, qui n’est pas vrai, et donc ça fait voler en éclats la doctrine de l’inerrance.

Donc tu as raison de souligner ce dilemme, et moi je vais concentrer mon attention dans ce podcast sur la question de cette vision du monde. Personnellement, je suis conscient que ce n’est pas nécessairement l’avis partagé par tous les pasteurs. En fait, je sais que ce n’est pas partagé par tous les pasteurs…

  1.  … mais je récuse fortement que ce soit là la vision du monde que donne la Bible.

D’abord il faut bien comprendre que les auteurs de la Bible avaient conscience qu’ils employaient des métaphores, c’est-à-dire des éléments de comparaison pour évoquer un enseignement qu’ils voulaient mettre en avant. Les auteurs eux-mêmes de la Bible utilisent différentes métaphores lorsqu’ils parlent de la Terre. J’ai cité Job en introduction qui joue un rôle-clé dans cette conception, et ce qui est regrettable c’est que les auteurs [de la vidéo] n’aient pas regardé à d’autres textes de Job, notamment au chapitre 26 verset 7 : « Il étend le septentrion sur le vide, il suspend la terre sur le néant. ». Alors pourquoi est-ce que je dois prendre les colonnes qui sont évoquées dans un autre texte de Job comme littéral, et puis cette notion qu’il suspend la terre sur le néant comme métaphorique ? Pourquoi pas comprendre que c’est un ensemble d’informations qui sont de l’ordre de la poésie, de la métaphore : quand on parle de colonnes on parle de stabilité, et que c’est quelque chose qui ne bougera pas, la terre ne bougera pas dans ce sens qu’elle ne peut pas être dévissée de ses fondements. Les auteurs de la Bible étaient très conscients qu’ils utilisaient différentes métaphores, je viens d’en comparer deux qui sont opposées dans leur conception parce que ce n’est pas de l’ordre d’un descriptif cosmologique.

Deuxième raison pour laquelle je suis assez mal à l’aise avec cette notion, franchement c’est un anachronisme de la croyance en une terre plate qui, tu seras surpris de l’entendre, est quand même née au 19ème siècle. On a cette coutume de croire que tous les gens des temps anciens croyaient en une terre plate, et que c’est grâce à la science actuelle, la science surtout non religieuse, qui a réussi à sortir de cette superstition nos pensées. Et donc leur raisonnement est le suivant, et c’est un anachronisme dans le sens où on croit que, à partir du 19ème siècle, les populations antérieures croyaient en une terre plate, donc on reporte forcément cette conception sur l’ensemble des croyances des temps anciens, y compris il y a 4000 ans lorsque Abraham existait, ou il y a 3500 ans lorsque Moïse a rédigé la Genèse. Alors j’ai dit que c’était une croyance qui était née au 19ème siècle, peut-être tu seras surpris, tu peux lire Jeffrey Russell qui est un historien spécialiste du médiéval qui a écrit un livre malheureusement en anglais qui s’intitule « Inventing the Flat Earth » (Inventer la terre plate) et qui démontre que c’est une notion finalement assez récente et qui a été utilisée à des fins un peu antireligieuses, pour la propagande en tout cas, qui contrait les perspectives religieuses et croyantes des temps du 19ème siècle. La plupart des gens pensaient que la Terre avait soit la forme d’une sphère, soit la forme d’une poire.

Troisième argument, la dépendance littéraire est vraiment problématique, et ça je trouve que c’est vraiment trop rapide d’imaginer que, parce que les gens de l’époque avaient des cosmogonies, forcément celle de la Bible s’en est inspirée. Parce que les récits de la création et les cosmogonies sont radicalement différents d’avec la Bible et même entre eux. Pour établir une dépendance, il faudrait aligner les temps, les lieux, les concepts et établir une traçabilité. Qu’il y ait des ressemblances conceptuelles ici et là, peut refléter au contraire qu’il existerait une histoire un peu perdue mais dont la Bible se porte le garant parce qu’elle est inspirée, contrairement aux récits mésopotamiens ou égyptiens. Deuxième remarque sur cette dépendance littéraire : les récits sont insuffisants en nombre pour établir une cosmogonie homogène. Dire que les populations Ougarit avaient une conviction ne signifie pas qu’Abraham l’avait adoptée, il y a là un saut logique qui attend démonstration. D’ailleurs, une analyse plus fine de la géographie des Mésopotamiens pourrait laisser croire à une terre sphérique, je te renvoie à un autre livre, encore une fois malheureusement en anglais, un livre de Horowitz qui parle de la géographie cosmique des Mésopotamiens.

Troisième remarque sur cette dépendance littéraire : la datation est problématique. On parle souvent de l’influence du récit créationnel d’Enuma Elish, ce dernier aurait été rédigé bien longtemps après la Genèse, au moins trois siècles après la rédaction de la Genèse, comment alors parler de dépendance littéraire ? Alors peut-être qu’il existait des récits proches de Enuma Elish avant, mais encore une fois il faut le démontrer.

Et puis quatrième remarque, tous les récits créationnels antiques offrent une vision du monde qui est radicalement différente de celle de la Bible. Pour le coup, la Bible est au contraire très très originale, et si tu lis l’anglais tu pourras te référer aux ouvrages de John Currid ou bien de John Oswalt qui justement comparent les mythes antiques avec le récit de la Création.

Alors voilà, il y aurait d’autres arguments, je pense que certains des interprètes pensent que la Bible parle d’une voûte solide et que ce serait en quelque sorte la démonstration d’une voûte céleste solide à partir du terme hébreu, et de l’expression de Genèse, mais c’est un peu tiré par les cheveux, parce que Deutéronome 4. 17 parle de cette étendue, utilisant le même mot, comme l’espace où les oiseaux volent et que c’est même là où se trouve le trône de Dieu (Psaumes 11. 4), donc on n’est pas nécessairement dans l’idée d’une sorte de dôme solide au-dessus de la terre.

En fait cette discussion révèle davantage les présuppositions de base qui ensuite vont orienter les arguments et les convictions. Les présuppositions, ce sont les aprioris que tu as quand tu abordes un problème.

  •  Si je crois que la Bible est écrite sans une supervision stricte de l’Esprit-Saint et que ses auteurs ont naïvement emprunté des mythes de l’époque de bonne foi, alors on aurait raison de cesser de croire à l’inerrance pour ne garder qu’un enseignement moral et spirituel de la Bible, et en cela la cosmogonie pourrait bien emprunter, se faire l’écho de mythes de l’époque.
  •  Mais si tu crois par contre que le Saint Esprit a pleinement supervisé la rédaction des mots de la Bible, alors la construction même de cette cosmogonie est aussi vraie que la résurrection du Christ, aucune accommodation n’est possible ni justifiée ni nécessaire.

Alors je termine avec une histoire de la Bible. Quand Dieu se révèle à Abraham, il lui dit « je te comblerai de bénédictions et je multiplierai ta descendance, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est au bord de la mer. » Tu trouves ça en Genèse 22. 17.

  •  L’évènement a lieu il y a 4000 ans.
  •  A cette époque, si mes informations sont correctes, les Mésopotamiens croyaient qu’il n’y avait que 2000 étoiles dans le ciel.
  •  Si Dieu voulait faire de l’accommodation, il aurait dit au contraire « je multiplierai ta descendance NON comme les étoiles du ciel MAIS comme le sable qui est au bord de la mer » ; c’était exactement le moment où placer un élément contextuel d’accommodation qui allait dans le sens des croyances d’Abraham.
  •  Mais Tite 1. 2 nous dit que « Dieu ne ment pas », il dit ce qui est, ce qui est vrai, et la cosmogonie que la Bible évoque est vraie parce que Dieu a inspiré ce livre, sans égard pour la pensée des hommes.

Bien sûr en disant ceci, je ne dis pas que cette cosmogonie est facile à découvrir, qu’elle est facile à comprendre, et il y a plein de considérations dans les questions des origines, dans la question de la création, ce n’est pas mon propos aujourd’hui. Là encore, je voulais juste contester ce qui est pris comme un acquis formel que la Bible enseignerait une vision du monde erronée avec des colonnes qui soutiennent une terre plate. Je crois que c’est faux, et que ça ne doit pas servir comme argument en faveur d’une diminution de notre confiance et d’un appui dans la Bible, qui demeure un écrit qui fait autorité et que Dieu a inspiré, et qui donc est inerrante.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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