C’est quoi le blasphème contre le Saint-Esprit?

Chaque semaine, le pasteur Florent Varak répond à vos questions dans Un Pasteur Vous Répond: le podcast où la Bible répond à vos questions.

C’est une question que chaque chrétien se demande un jour ou l’autre: « C’est quoi le blasphème contre le Saint-Esprit? Et comment savoir si je ne l’ai pas déjà commis? » C’est une question très fréquente et très stressante, le pasteur Florent Varak y répond de façon détaillée. Il réfute des réponses fréquemment données, puis aborde l’interprétation qui semble le mieux respecter le sens du texte biblique.

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Transcription :

La question qui est posée est la suivante : c’est quoi le blasphème contre le Saint-Esprit ? Et comment savoir si je ne l’ai pas déjà commis ?

Alors, j’ai conscience que c’est une question extrêmement stressante. Je me souviens, quand je me suis converti, je découvrais le christianisme, et j’ai lu ce passage qui parlait du blasphème contre l’Esprit. J’étais évidemment impressionné, j’ai eu peur de l’avoir commis comme un certain nombre de jeunes chrétiens peuvent y penser.

J’ai même été choqué plus tard d’apprendre que certains responsables d’églises utilisaient cette menace pour tenir leurs ouailles près d’eux. Et je trouve que c’est absolument terrible parce que c’est une très mauvaise manière de comprendre ce texte. Donc, analysons la question.

Le texte biblique nous vient de Matthieu 12 v 31 où Jésus dit : « C’est pourquoi je vous dis, tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes. Mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné. Quiconque parlera contre le Fils de l’Homme, il lui sera pardonné. Mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir. ».

Alors, évidemment, c’est très impressionnant car c’est un péché dont Jésus dit qu’il n’est pas pardonnable.  Ca fait tout de suite peur parce qu’on se dit « s’il y a une chose qu’il ne faut pas que je fasse, c’est ce péché là ».

Il y a une règle fondamentale quand on cherche à interpréter l’Écriture, à comprendre l’Écriture, c’est (vous l’entendrez si vous allez dans une école biblique ou si vous faites une étude biblique avec votre pasteur ou à plusieurs) : il faut toujours se dire « contexte, contexte, contexte ». C’est LA règle la plus importante. Qu’est-ce qui se passe avant ? Si on prend beaucoup de recul par rapport à l’Évangile, on réalise que Jésus enseigne avec une autorité, une sagesse inégalée (Matthieu 5 v 7). Jésus, ensuite, démontre son autorité par des miracles extraordinaires : il guérit les malades, chasse les démons, calme la tempête, guérit tous les malades, chasse tous les démons. Matthieu 8 et 9 montrent qu’il est celui que Dieu envoie pour ouvrir cette nouvelle alliance qu’il va signer de son sang.

Et puis (Matthieu 10) Jésus envoie ses disciples avec l’autorité de le représenter et donc de faire comme lui. Mais l’opposition gronde et Jésus prononce ses premiers jugements à l’encontre des villes qu’il a traversées (Matthieu 11). C’est assez triste à lire, on voit que l’opposition augmente de plus en plus et notamment des responsables religieux. Et puis, on arrive sur ce chapitre 12 dans lequel se trouve cette annonce que ce péché là ne peut pas être pardonné. On va lire ce qui se passe et qui est l’occasion de ces propos de Christ. On va lire à partir du chapitre 12 v 22 :  « 22 Alors on lui amena un démoniaque aveugle et muet, et il le guérit, de sorte que le muet parlait et voyait. 23 Toute la foule hors d’elle-même, disait : « N’est-ce pas là le Fils de David ? ». 24 Les pharisiens l’ayant appris dirent : « Cet homme ne chasse les démons que par Béelzébul, le prince des démons.» 25 Comme Jésus connaissait leurs pensées, il leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne peut pas subsister. 26 Si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-même. Comment donc son royaume subsistera-t-il ? 27 Et si moi, je chasse les démons par Béelzébul, vos fils, par qui les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. 28 Mais si c’est par l’Esprit de Dieu que moi, je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu’à vous. 29 Ou, comment quelqu’un peut-il entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens sans avoir auparavant lié cet homme fort ? Alors seulement il pillera sa maison. 30 Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse. » 31 C’est pourquoi je vous dis : Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne leur sera point pardonné. 32 Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir. ».

Donc, ce dont il est question est assez spécifique, ce n’est pas une notion générale de blasphème, d’arrogance, de péché général ou d’insulte contre Dieu. Et c’est un texte, bien sûr, qui a suscité pas mal de questions chez les interprètes de l’Écriture. Il y en a qui ont voulu imaginer que c’était un contraste entre le blasphème contre Jésus et le blasphème contre l’Esprit en disant que le blasphème contre Jésus, c’est le blasphème que quelqu’un tiendrait avant sa conversion. Puis, le blasphème contre l’Esprit est un blasphème qui se ferait après la conversion. Ce serait une question de timing.

À mon sens, ce n’est absolument pas possible puisqu’il n’est pas ici établi de contraste dans le moment de l’insulte, avant ou après la conversion, mais dans la personne insultée. Et le parallèle, d’ailleurs, n’est pas correct : ce n’est pas d’un côté le blasphème contre le Fils avant la conversion qui engendrerait une condamnation et le blasphème contre le Saint-Esprit après la conversion qui engendrerait une condamnation. D’autre part, Jésus dit et commence son évaluation de la situation par un « c’est pourquoi ». Ce « c’est pourquoi » renvoie aux pharisiens qui ont commis cette faute puisque c’est précisément à eux qu’il leur dit.

Or, ils n’étaient pas nés de nouveau et on ne peut pas en conclure qu’il s’agirait d’un péché commis par les chrétiens. Et puis, d’un point de vue plus général et plus large, ce n’est pas tout à fait la question, mais il me semble qu’il est impossible de perdre le Salut. Le Salut n’est pas quelque chose que l’on reçoit, que l’on obtient à force d’efforts personnels et ce n’est pas quelque chose que l’on garde à force d’efforts personnels. C’est quelque chose que l’on reçoit et que Dieu préserve (cela fera l’objet peut-être un jour d’une question). Mais, si jamais c’était quelque chose que les chrétiens pouvaient commettre comme péché, cela impliquerait que quelqu’un pourrait devenir un enfant de Dieu et ensuite, perdre son statut et devenir orphelin de nouveau. La Bible ne nous le présente jamais en ces termes. Et donc, je ne crois pas du tout que ce soit un péché que les chrétiens peuvent commettre après leur conversion.

D’autres imaginent que ce serait un péché qui serait un jugement erroné suite à un miracle réalisé. Par exemple : quelqu’un fait un miracle et puis un auditeur, un témoin de ce miracle dirait « Cela vient du diable ». Les gens diraient alors : « C’est le péché contre le Saint-Esprit ; tu juges le Saint-Esprit qui vient de commettre ce miracle ». D’ailleurs, lorsque j’ai écrit le livre sur la foi charismatique, j’ai reçu un certain nombre de lettres m’accusant d’avoir commis le péché contre le Saint-Esprit. C’était surprenant de recevoir ceci. J’entends parfois implicitement que, dès que l’on regarde de trop près ce qui se passe au niveau des miracles, on s’approche du péché contre le Saint-Esprit.

Alors je voudrais vraiment mettre tout le monde à l’aise sur cette question ; la Bible, Jésus nous mettent en garde qu’à la fin des temps, notamment, il y aura beaucoup de gens qui feront de faux miracles et Jésus lui-même nous dit de rester attentifs, d’évaluer. Car il y aura des gens qui prétendront servir Christ faisant de grands miracles. Donc il faut être prudent et regarder ce qui se passe avec sérénité et les miracles ne sont pas automatiquement la preuve que Dieu est à l’oeuvre. D’ailleurs, on a dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament des miracles qui ne viennent pas de Dieu. Dieu nous invite à évaluer les miracles et évaluer ceux qui les font en réfléchissant : est-ce que cela vient d’un bon arbre ? Est-ce que c’est vraiment centré sur Christ et sur l’Évangile ? Et puis ce que j’ai dit précédemment sur la perte du Salut s’applique également.

Donc c’est quoi le blasphème contre l’Esprit ? Si ce n’est pas une question de timing, si ce n’est pas une question d’évaluer un miracle qui aurait eu lieu ? Il y a deux possibilités qui sont plus « orthodoxes » et plus probables. La première, c’est que ce serait un péché inimitable aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que Jésus a dit : « celui qui m’a vu a vu le Père ». Et qu’il y a dans la personne de Christ quelque chose d’indéniable qui atteste de la plénitude de Dieu en Christ. La Bible dit, en d’autres termes (Colossiens 2 v 9) : « En Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité ». L’apôtre révèle également que personne n’a jamais vu Dieu mais que Dieu, le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître.” Cela veut dire que dans la présence et l’oeuvre du Christ, le témoignage de la divinité était si énorme, et la puissance du Saint-Esprit à l’oeuvre pour l’attester en lui et dans la conviction que les gens pouvaient en avoir était si forte, que de conclure à ce moment là, que cela venait du diable, c’était vraiment témoigner de l’endurcissement du coeur, d’un rejet complet de la révélation de Dieu, qui ne pouvait pas permettre de pardon.

Parce que c’est précisément cette révélation de Dieu qui permet le pardon, que l’individu rejette. Ce serait comme quelqu’un qui regarde une course de Formule 1 et qui dit « Facile, ce sont des gens qui utilisent des pédales ». Le jugement de la situation est complètement décalé. Et moi, je crois que le blasphème contre le Saint-Esprit, c’était le blasphème de la génération qui a vu Jésus et qui l’a rejeté, le blasphème des individus qui ont vu Jésus à l’oeuvre et qui l’ont rejeté. Parce qu’il y avait un témoignage indéniable et un des témoignages que le Saint-Esprit pouvait leur donner par rapport à ce qu’ils voyaient, ils l’ont rejeté. C’est un blasphème qui, si on rejette cette main tendue, il n’y a pas d’autres moyens d’être sauvé. C’est pour cela que Jésus dit que c’est un péché où il n’y a pas de pardon possible, ni dans ce siècle présent, ni dans le siècle à venir. Cette interprétation est minoritaire dans le camp évangélique, mais elle se rapproche de l’interprétation majoritaire que je vais évoquer, et qui finalement, est assez similaire et qui se prolonge un peu.

Ce serait l’individu qui observe et réfléchit à la personne de Dieu, aux marques qu’il a laissées, que ce soit dans la nature, dans la conscience, dans la Bible, et qui se dit « cela ne vient pas de Dieu. Même si le Saint Esprit cherche à me convaincre, de péché, de justice et de jugement (Jean 16 v 8), je rejette le témoignage que l’Esprit me donne de la vérité biblique. Je rejette ce que Dieu cherche à me faire comprendre ». Si cette interprétation est correcte et qui serait une sorte d’application de la situation que nous avons en Matthieu 12, alors tout simplement dit, le blasphème contre le Saint Esprit, c’est le blasphème du non chrétien. C’est le blasphème du non chrétien qui persévère dans son endurcissement, dans sa volonté de rejeter Christ jusqu’à la fin, jusqu’à sa mort. Et il meurt dans ce rejet du témoignage de l’Esprit qui souhaite le conduire à la foi, à la repentance, à l’acceptation de ce que Christ est et de ce qu’il propose. Ce n’est donc pas le péché d’un chrétien puisque, même si en tant que chrétien, nous commettons beaucoup de péchés et parfois, nous avons beaucoup de doutes et nous luttons avec plein de choses, c’est quelque chose de beaucoup plus spécifique qui est un rejet du témoignage que le Saint-Esprit veut faire de Christ. N’oublions pas que le rôle principal du ministère du Saint-Esprit est de glorifier, d’attester Christ. Et à partir du moment où l’on voit son œuvre et qu’on la rejette, on commet durablement, jusqu’à la mort, on peut toujours se repentir, mais à la mort c’est fini ; on a commis LE péché contre le Saint-Esprit.

Si cette interprétation est correcte, et c’est l’interprétation majoritaire dans le monde évangélique, alors cela se rapproche beaucoup de Hébreux 6. Un des textes qui s’adresse au peuple juif qui ont goûté le don céleste, qui sont devenus participants à l’Esprit Saint mais qui rejettent, qui crucifient pour leur part à nouveau, le Fils de Dieu. C’est-à-dire qu’il pêchent de nouveau en disant « J’ai vu ça mais ce n’est pas pour moi, ça ne m’intéresse pas ». Donc, ce serait le péché de l’endurcissement mené jusqu’à son terme.

J’espère avoir répondu à la question, et aussi avoir rassuré ceux et celles qui, parfois, craignent avoir commis le péché contre le Saint-Esprit. Le fait même de craindre de l’avoir commis témoigne d’une sensibilité à la culpabilité, d’une sensibilité au péché qui montre que le Saint-Esprit est en vous, et que le Saint-Esprit veut, au contraire, vous conduire non pas dans l’accusation (ça, c’est l’oeuvre du diable), mais dans la confiance, dans la grâce de Dieu qui vous encourage chaque fois à vous relever et à persévérer pour marcher dans ses voies.

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