Comment accompagner une personne transgenre? (Épisode 145)

Suite à un premier podcast sur le sujet, Florent Varak va parler plus particulièrement de l'accueil et de l'accompagnement des personnes transgenres dans les Églises.

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Comment accompagner une personne transgenre ?

La question qui concerne ce podcast suit la précédente relative au transgenre. Un internaute nous a posé la question : « doit-on considérer le genre comme une question d’autodétermination ? Que faire si tu connais une personne tentée par l’aventure transgenre ? »

Parce que c’est une question que nous allons rencontrer. Il faut savoir que certains sondages sont proposés dans des écoles, très tôt, pour initier les enfants à la réflexion sur leur genre et que finalement, ils peuvent tout à fait choisir leur genre. Et nous allons avoir beaucoup de choses à gérer dans nos Églises sur ces questions.

La première remarque que je veux faire, c’est que l’Église doit aimer. La souffrance d’un homme qui se sent femme ou d’une femme qui se sent homme ne doit pas être méprisée ou évacuée par un haussement d’épaules, critiquée ou pire, faire l’objet d’insultes ou de violences ou de haine. D’abord parce qu’un chrétien ne doit absolument pas répondre de cette manière, ensuite parce que cela ne sera évidemment pas constructif et en dehors de tout cadre biblique.

Ce n’est pas parce que toi tu n’as pas connu ce trouble qu’il faut minimiser la perception de ce problème et le rejeter en estimant qu’il est secondaire. Il faut vraiment accueillir la souffrance des gens telle qu’elle est, avec sérieux, avec considération ; c’est une marque de respect par rapport à leur situation. En plus, tu ne sais pas pourquoi la personne a de telles souffrances et pour avoir discuté avec certains, pas tous, mais certains d’entre eux, ont vraiment vécu des choses assez coton et assez compliquées dans leur vie et finalement, je me dis que si j’avais vécu dans leurs souliers, peut-être que je serais devenu comme eux.

Premièrement donc, je t’encourage, la première chose à faire, c’est toujours d’aimer, d’aimer de la part de Christ, d’aimer comme Christ. Il a regardé les gens qui étaient complètement différents de lui, lui qui était saint et parfait, regarde comment il a parlé avec celles et ceux qui l’entouraient, qu’ils aient été pharisiens comme Nicodème ou prostituées ou encore qu’ils aient été comme la femme samaritaine… Bref, il a su accueillir ces gens avec amour, et discuter de ce qui était essentiel. Et ce qui essentiel, c’est l’évangile, on va y revenir.

Justement, c’est mon deuxième point. La deuxième remarque est que l’Église doit annoncer l’évangile. On doit annoncer l’évangile aux transgenres comme on doit annoncer l’évangile à tous ceux qui nous entourent. Ce serait une marque de discrimination d’empêcher le privilège de l’évangile de toucher une catégorie de la population. Parce que finalement, les hommes brisés que nous sommes, les femmes brisées que certaines sont, trouvent leur rédemption en Jésus-Christ. Et lorsque nous voyons des hommes et des femmes qui ressentent profondément leur brisure, leur séparation d’avec Dieu, que ce soit dans un contexte de transgenre ou un contexte autre, nous avons le privilège d’annoncer avec simplicité le message de l’évangile : Dieu accueille les pécheurs, les gens troublés, les gens attristés par leur situation, qui se sentent séparés de Dieu, qui ressentent un certain désespoir concernant leur mortalité ; Christ est la résurrection et la vie, il est le pain de vie qui satisfait profondément, celui qui pardonne, qui accueille, qui redresse.

Souviens-toi du fils prodigue qui revient après avoir tout dépensé inconsidérément, qui s’est vautré dans la boue… Quand il revient auprès de son père, son père lui donne de beaux vêtements et l’accueille comme son propre fils.

Alors bien sûr, annoncer l’évangile, cela veut dire aussi que lorsque quelqu’un vient à Christ, il vient à une personne, un Sauveur et un Seigneur qui va réorienter et réaligner sa vie. Dieu n’est pas un Sauveur pour faire joli dans le cœur, il est un Sauveur qui devient Maître et Seigneur. Et en ce sens, quelqu’un qui vient à Christ doit s’attendre à ce que sa vie change, y compris du côté de sa sexualité, de sa perception du genre, de ses relations etc.

Mais je voudrais citer deux ou trois versets qui, sur le sujet présent, me semblent particulièrement appropriés et pertinents : Ézechiel 36, un prophète de l’Ancien Testament, nous annonce à propos de Jésus : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai que vous suiviez mes prescriptions, et que vous observiez et pratiquiez mes ordonnances ». Tite 3.5 : « il nous a sauvés, non à cause des actions justes que nous avons pu faire, mais parce qu’il a eu pitié de nous, il nous a sauvés par le bain de la nouvelle naissance et par l’Esprit Saint qui nous donne une vie nouvelle. »

Je ne sais pas si tu mesures toutes les paroles qui sont données : un cœur nouveau, un esprit nouveau, une capacité de suivre ses prescriptions, donc un renouveau de notre motivation Mais il est aussi question d’être sauvé, non pas à cause de nous, non pas parce que l’on mériterait quelque chose, mais par le bain d’une nouvelle naissance, par l’Esprit Saint qui nous donne une vie nouvelle.

Donc, l’évangile est non seulement une source de pardon, mais il induit également une vie reconstruite avec des changements, des bouleversements, qui sont parfois très rapides dans la vie d’un chrétien, parfois plus lents dans la vie d’un nouveau chrétien, c’est très difficile à anticiper, mais il y a un renouveau du cœur.

Troisièmement, l’Église doit dire la vérité. La vérité est qu’il y a une distinction mâle et femelle biologique, théologique. Ce n’est pas une vue de l’esprit, ce n’est pas un choix, c’est une réalité matérielle, physique, biologique : tu es homme ou tu es femme par ta génétique, par ta biologie. Ton organisme est homme ou femme, mâle ou femelle. Et donc, aspirer à être quelqu’un d’autre est un déni de réalité, une offense contre son corps, une offense contre son Créateur. Parfois, il faut dire ces choses avec le plus d’amour et le plus de simplicité possible. Je pense que c’est pour cela qu’il y a des lois symboliques de l’Ancien Testament qui interdisent de mettre des vêtements de femme, de mettre des vêtements d’hommes (cela peut être amusant de le faire pour une soirée, il n’est pas question ici de ne jamais le faire dans une soirée entre amis) ; cette illustration me vient spontanément à l’esprit mais cela ne veut pas dire que ce soit souhaitable. Ce que je veux dire, c’est de ne pas en faire une loi, une sorte d’absolu, mais ce que je veux dire, c’est qu’il y a une idée, quelque chose de beau et de magistral dans le fait d’être mâle ou femelle, homme ou femme et que ça doit se voir dans la manière dont on s’habille dans la normalité des jours, au quotidien. Et d’ailleurs, 1 Corinthiens 11.14-15 souligne la noblesse d’être homme ou d’être femme. Et à ce titre, la repentance implique forcément et progressivement une prise de conscience de cette réalité, un chemin vers cette réalité. Quand on vient à Christ dans une situation de transgenre, il s’opère une réappropriation de cette réalité. Encore une fois, je veux vraiment insister, on va à la vitesse du Saint-Esprit, on ne va pas à la vitesse que l’on a envie d’adopter, en tant que pasteur, pour une autre personne. On accompagne une personne dans cette appropriation et cela peut être très long, et cela peut être très lent, mais ce n’est pas le plus urgent. Le plus urgent, c’est de s’approprier vraiment cette grâce de Dieu, de s’approprier cette nouvelle identité d’enfant de Dieu, de s’approprier la compréhension de la pensée et de la parole de Dieu et de progressivement avancer sur les questions que l’on rencontre.

Quatrièmement, les parents chrétiens doivent apprendre aux enfants la réalité de leur genre. Il me semble que c’est important de les préparer de façon intelligente.

Voilà un exemple de ce que je considère comme étant une très mauvaise manière : si vous avez un garçon qui joue à la dinette, vous l’empêchez parce que ça, c’est un truc de fille. C’est dommage parce que faire la cuisine, c’est pas un truc de femme, c’est un truc de goût. Il y a des garçons qui sont vraiment excellents pour faire la cuisine et des femmes qui sont vraiment très compétentes pour conduire des camions… De la même manière, empêcher un garçon de jouer avec une poupée, lui dire que c’est pas un truc de garçon, c’est de la folie ! Prendre soin d’un enfant en tant que garçon, c’est une belle chose.

Un très beau film, Billy Elliot, rapporte l’histoire d’un enfant, issu d’une famille de mineurs très dure, qui fait de la danse classique. Il montre le contraste entre ce que les parents pouvaient attendre de l’éducation de la vie de leur enfant, et puis le choix un peu surprenant de cet enfant.

Il faut vraiment permettre à nos filles et à nos garçons d’avoir un éventail d’activités qui sortent des ornières habituelles : « C’est un truc de garçon, c’est un truc de fille ». Non, c’est une question de préférence, c’est vraiment une mauvaise manière de s’inquiéter du genre. Il faut permettre aux hommes et aux femmes d’avoir tout l’éventail de personnalités que Dieu permet d’avoir. Isaac avait 2 fils de personnalités différentes et pourtant tous les deux étaient des vrais mecs ! Et c’est bien de l’accepter en tant que parents.

Voilà ce qui me semblerait une pratique beaucoup plus biblique. Il faut avoir une solide théologie de la création : il faut enseigner la création selon Genèse 1, selon le psaume 8, c’est-à-dire que chaque être humain est créé à l’image de Dieu, digne de respect et d’amour, que chaque être humain est une créature magnifique selon le Psaume 139, que même dans son infirmité, il y a des choses belles qui reflètent Dieu.

Cinquièmement, il nous faut enseigner que nos désirs et notre perception de la réalité nous éloignent du projet de Dieu, et que c’est la raison pour laquelle nous avons besoin de grâce. Moi, en tant que père, j’ai dû dirent à mes enfants « pardon » ; j’ai besoin de la grâce de Dieu autant qu’eux. Mon épouse Laurie a eu besoin de demander pardon à nos enfants. Nous avons montré l’exemple : comme eux, nous avons besoin de la grâce de Dieu. Donc, parfois, on doit enseigner à nos enfants que nos désirs, s’ils commencent à les exprimer, ne sont pas toujours à suivre. C’est tout l’enseignement que nous laisse Jésus dans Matthieu 15 lorsqu’il nous dit que c’est du cœur que proviennent tous les mauvais désirs et toutes les passions qui parfois nous brûlent et nous font du mal. Un enfant, comme un adulte, a besoin de réaliser que son cœur le pousse loin des pensées de Dieu, et qu’il y a un travail à faire sur son propre cœur. J’ai discuté avec un enseignant de relation d’aide à Évangile 21, il parlait d’un de ses collègues dont l’enfant était vraiment travaillé par la problématique du genre ; ils ont pu aborder la question de son cœur, de sa perception, et au fil du temps, il a vraiment pu, cela a pris des années, prendre conscience de qui il était et cela a été positif de pouvoir passer ce cap de façon paisible et victorieuse.

Et je trouve que c’est super quand les parents encouragent les enfants dans ce qu’ils sont. Aimer inconditionnellement un enfant, c’est important pour son identité. Cela suppose d’accueillir ses doutes, de discuter avec lui, de l’encourager à persévérer, d’exprimer que nous aussi, nous avons besoin de croissance, de ne pas être scandalisé dès qu’il exprime une tentation ou un péché qu’il a envie de commettre, de ne pas être scandalisé ni gêné lorsqu’il peut exprimer des choses ayant trait à un mal être quant à son genre. Il ne faut pas paniquer, il faut juste accompagner l’enfant dans sa réflexion.

Et je veux t’encourager avec ce que le Dr Paul Macue, médecin chef psychiatre de l’hôpital Hopskins, a dit dans un article paru dans le Wall Street Journal du 12 juin 2014 : parmi les enfants qui expriment des sentiments transgenre, qui sont accompagnés sans traitement médical ou chirurgical, 70 à 80% d’entre eux perdent ces sentiments spontanément. Pour 20% d’entre eux, il faudra un accompagnement plus psychiatrique, spirituel, médical mais certainement pas – en tout cas c’est une conviction partagée par des personnes du monde médical, psychiatrique ou théologique – un traitement chirurgical ou hormonal en réponse au malaise qu’un enfant ou qu’une personne transgenre peuvent ressentir.

Et puis sixièmement, dans la catégorie des choses à faire pour accompagner quelqu’un qui a des sentiments transgenre, l’Église doit avoir le courage de dénoncer cette manipulation idéologique.

Ces deux dernières décennies, il y a eu beaucoup de pratiques en faveur du monde transgenre, et certaines personnes sont en train de réaliser qu’il y a eu beaucoup de mutilations tragiques sur lesquelles on ne peut plus revenir. La littérature devient abondante qui dénonce les excès : on a accueilli les pensées selon lesquelles on pouvait imposer à son corps une telle situation.

On est aujourd’hui dans une phase où l’on peut dire « non » à la fois pour des raisons théologiques et pour des raisons biologiques, médicales, psychiatriques. Ce n’est pas une bonne idée de céder à cette pression stipulant que la question du genre est une question d’autodétermination. C’est une question de désir et de plaisir, de perception de soi et libre à chacun de la vivre s’il le souhaite, mais pour un disciple de Christ, il convient de se dire : je concède que je suis tenté par cela, mais que je ne veux pas céder à cela et je ne veux pas être défini par cela. Je cite de nouveau le Dr Paul Macue, psychiatre en chef du premier hôpital qui a développé des procédures de changement de sexe. Cet hôpital et cet homme ont conclu que ce type d’action ne faisait que collaborer à un désordre mental plutôt que de le traiter. L’hôpital a arrêté et interdit de telles pratiques dans ses locaux. Le choix du genre est une mauvaise réponse à un vrai problème identitaire qu’il faut accompagner avec amour, tendresse, clarté, avec un propos qui permette de se reconstruire sereinement.

J’ai entendu le témoignage d’hommes mûrs qui avaient été mariés, qui avaient des enfants, et ont cédé à l’aventure transgenre, suivant un traitement hormonal puis une chirurgie complète ; quelques années plus tard, ils ont pris conscience que rien n’avait changé dans leur cœur et ont compris que le problème était autre. Ils ont abordé la question, sous l’angle spirituel, sous l’angle du cœur, des passions qu’ils avaient laissé régner pendant quelques temps. Ils ont ensuite attesté que finalement, ils étaient revenus mentalement, psychologiquement (mais physiquement c’était désormais impossible), à leur genre initial et qu’ils avaient réintégré leur cellule familiale. Ils pouvaient attester combien Christ dans sa bonté les avait accueillis et transformés.

Je suis conscient qu’il y a beaucoup de douleurs et qu’en 15 minutes, on n’aborde pas le sujet de façon complète. Il faudrait beaucoup plus de temps et de finesse pour l’aborder dans son ensemble.

Mais j’espère que cela te donne quelques éléments d’orientation sur cette question importante, et notamment si tu es dans le contexte d’une responsabilité de groupe de jeunes ou d’Église, pour avoir quelques pensées saines, et j’imagine que les commentaires seront abondants pour nous édifier les uns les autres, pour pouvoir mieux accueillir, mieux accompagner, aimer et mieux être agents d’espérance dans un monde qui en a désespérément besoin.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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