Comment devrais-je choisir mon église? (Épisode 88)

Dans l'épisode 88, Florent Varak aborde la démarche même du choix d'église: devons nous "choisir" une église façon consommateur? Quelle est la ligne à suivre?

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« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

La question est posée : Bonjour, la question est la suivante : comment choisir son église locale. Plus précisément, est-il légitime de chercher une église où l’on « se sent bien », bon groupe de louange, beaucoup de jeunes (je suis étudiant et c’est souvent un critère essentiel), bon nombre de mes amis, de dynamisme, ce qui pourrait nous placer dans une posture de consommateur… Ne devrait-on pas plutôt mettre de côté nos propres aspirations, et réfléchir à la façon dont nous pourrions participer au développement de l’église, notamment peut-être dans les domaines qui nous semble faire défaut? Finalement quelle place, bibliquement parlant, pour nos besoins personnels dans le choix de l’église locale ? J’espère être assez claire dans ma question et espérant qu’elle soit pertinente. Merci d’avance, que Dieu vous bénisse et vous utilise au travers de cet outil de communication.

Alors j’aime beaucoup ta question. D’abord parce que dans ta formulation tu révèles que tu y as déjà pas mal réfléchi. Et certaines de tes questions sont un peu rhétoriques, n’est-ce pas ? Parce que, si on réfléchit à l’église un peu comme un consommateur, on se rend compte instinctivement, si on a une relation avec Christ, qu’on ne peut pas limiter le choix d’une église à une sorte de consommation. Parce qu’effectivement, il y a d’autres dimensions à prendre en compte. Alors ça m’a intéressé d’y réfléchir. Je sais que la question du choix d’une église est régulière que ce soit par un déménagement, ou parce que (là c’est plus délicat) on est en désaccord avec sa propre église et qu’on décide d’en choisir une autre et donc les questions des critères deviennent assez importantes.

Je ne parle pas évidemment de cette attitude assez laxiste qui consiste à dire « l’église ne me plait pas, je vais en choisir une qui me convienne » et puis en fait je réalise avec l’expérience d’année en tant que pasteur, qu’il n’y a aucun type d’église qui conviennent à ce type de personne parce que l’église parfaite n’existe pas. Ce n’était jamais le cas dans le Nouveau Testament et ce n’est pas encore le cas encore maintenant. Et une église qui serait parfaite dès l’instant où nous y mettons les pieds, nous la rendrions imparfaite de nos propres défauts, imperfections, manques de sanctification. Donc c’est sûr qu’il y a des gens qui vont d’église en église, perpétuellement insatisfaits, et le problème vient de leur cœur plutôt que de l’église. Donc ça, je veux mettre ça de côté, je veux croire que, par la manière dont tu formules les choses, tu es vraiment avec un souci solide, sérieux de réflexion sur la démarche.

Il est vrai qu’il y a certains critères assez subjectifs que l’on utilise la plupart du temps :

– la qualité de l’accueil,

– le sentiment de bien-être,

– la qualité de la louange,

– la qualité de l’enseignement,

– la proximité sociale : tu parles d’avoir des étudiants et bien sûr quand on est étudiant, jeune on cherche à avoir des relations de cette catégorie. Parfois ne serait-ce que pour pouvoir fréquenter un homme ou une femme qui deviendrait un jour un conjoint. Ça fait partie d’une dimension importante et quelque part légitime puisque la Bible exige, attend que ce soit entre chrétiens que l’on s’oriente dans le mariage,

– et puis ceux qui ont des enfants s’intéressent aussi au soin que l’on va porter à leurs enfants donc la question de l’encadrement, de l’école de dimanche.

Donc tous ces critères comptent, mais c’est vrai qu’ils ne sont pas décisifs et je ne voudrais pas les minimiser complétement ou les invalider. Je crois qu’il faut qu’on se sente quelque part, mis en place dans une église, et que ces facteurs vont contribuer à la réflexion. Mais il faut être conscient que la Bible ne parle pas de l’église en ces termes-là.

Par exemple prenons la qualité de la louange. Il y a quelques textes du nouveau testament qui parlent de la louange dont Colossiens 3 verset 16, sur lequel j’ai déjà parlé dans des podcasts précédents, et je te le lis : « que la parole de Christ habite en vous dans toutes sa richesse, instruisez-vous et avertissez-vous les uns les autres en toutes sagesse par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels, chantez pour le Seigneur de tout votre cœur sous l’inspiration de la grâce. »

On voit que la parole de Christ doit être présente dans toute sa richesse c’est-à-dire avec toute la texture que l’on a dans les genres littéraires différents, dans toute la profondeur de son propos, que ce ne soient pas simplement quelques verset pris et répétés ici et là dans l’enseignement. Mais qu’également la part de la musique, doit être variée. Il doit y avoir une vision que les chants ne soient pas simplement sympathiques dans le sens qui vont être pertinents culturellement, mais qu’ils vont être source d’instruction. On va s’instruire les uns les autres, et l’on va utiliser pour cela des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels; donc il y a une variété de genre de chant. Et évidement, il y a aussi une question liée à la culture parce que pour chanter de tout son cœur, sous l’inspiration de la grâce, il faut que ça touche une corde sensible qui n’est pas simplement lié au contenu, mais qui correspond à ce que je perçois, ce que mon cœur aime utiliser pour véhiculer une émotion musicale. Donc la Parole doit être au centre, et la louange est un moyen d’instruction mutuelle et ça ne devient pas simplement une sorte de qualité de louange de façon « ah c’est trop bien il y a beaucoup d’instruments, c’est très vivant, on tape des mains ou bien on lève les bras au ciel » ça en fait partie, mais ça doit être réfléchi ensuite en termes de contenu.

Deuxièmement on parle de la qualité de la prédication, et je me dis que : 2 Timothée 4 verset 2, donne des instructions qui sont assez fermes : « Prêche la parole, insiste en toutes occasion, favorable ou non, convaincs, reprends, exhorte, avec toute patience et en instruisant » et je me dis que, bah là, ce n’est pas toujours plaisant d’être confronté à un enseignement qui me reprend, qui m’exhorte, qui n’est pas seulement énoncé pour que moi-même je puisse cheminer. Je remarque également en lisant 1 Corinthiens 1 et 2 combien la prédication de la croix n’allait pas dans le sens de la popularité chez les Grecs. Ils cherchaient une manière de parler plus élégante, plus articulée que la prédication de la croix. Donc, je me dis ce n’est pas toujours ce que l’on recherche qui est nécessairement ce dont on a besoin.

Et puis quand tu parles de proximité sociale, je remarque en Ephésiens 2 que Paul souligne le bienfait que Dieu en Christ a annulé le mur qui sépare les nations. Et là le problème à l’époque étaient les Juifs et les non-Juifs. Et ils ne s’entendaient pas trop en fait; entre eux, les Juifs avaient des codes pas seulement vestimentaires, mais des codes alimentaires, des codes très stricts au niveau de leur comportement. Les non-Juifs n’avaient pas ces codes là et ils étaient ensemble dans la même église et ça suscitait des tensions, vraiment dès qu’il y avait une agape qu’est-ce que l’on mangeait ? qu’est-ce qu’on allait sacrifier aux idoles ou pas ?

Enfin, toutes ces questions étaient constamment à susciter des frictions. Mais Paul souligne combien c’est formidable qu’en Christ ces frictions ne devraient pas l’être mais être résolues. Donc, la mixité avec des gens qui ne sont pas comme j’ai envie qu’ils soient, et ben elle m’oblige à composer avec mon cœur qui est un peu égoïste, égocentrique et qui a envie de me retrouver avec des gens comme moi.

Mais en fait l’église est beaucoup plus riche, parce qu’il y a des gens comme je ne le suis pas, il y a des jeunes, des moins jeunes. Il y a des hommes, des femmes. Il y a des gens de différentes nations, il y a des riches des moins riches. Il y a des gens qui sont un peu exigeants sur plein de trucs, et puis il y a des gens qui sont tellement cool qu’on a envie de passer du temps avec eux constamment, et cela forme la richesse de l’église et ce climat un peu abrasif me permet de grandir moi-même sur mes attentes. Donc, tu as raison de souligner que ça ne place pas dans une situation parfois, où je dois grandir et réfléchir à d’autre aspect qui est l’aspect de l’engagement.

Moi, j’ai réellement peur de ce verset d’Apocalypse 3 verset 1 où Jésus dit à l’église de Sardes : « Voici ce que dit celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles : Je connais tes œuvres : tu as le renom d’être vivant, mais tu es mort » tu as le renom d’être vivant mais tu es mort. Et je me dis : quel terrible jugement que Christ porterait à une église qui a la réputation d’avoir des chants de louange formidables, d’un groupe de jeunes extraordinaire, une activité de jeunesse extraordinaire, des bâtiments magnifiques etc… et puis Jésus regarde et dit « bah écoute tu as la réputation d’être vivante, t’es riche etc mais à mes yeux tu es franchement une église morte ». C’est terrible donc tu as raison il faut aller un petit peu plus loin.

Alors, comment répondre à cette question ?  Il faut prendre en compte les éléments que tu as cités qui sont un peu subjectifs, mais aller au-delà.

Une bonne manière de procéder sur la lecture de la qualité de l’église serait de lire Apocalypse 2 et 3. De regarder ce que Jésus aime et ce qu’il n’aime pas et comparer. Et on remarque que ce qui est cher à Christ, n’est peut-être pas nécessairement ce qui est populaire aujourd’hui. Ce serait une bonne idée de faire deux colonnes ce que Jésus aime et ce que Jésus n’aime pas et de réfléchir sur la qualité de l’église et d’en tirer des conclusions.

Deuxième remarque, je pense que la Parole de Dieu est vraiment centrale dans la perspective de Christ. Donc il faut réfléchir si les messages offrent vraiment l’occasion d’approfondir sa connaissance sur la Parole de Dieu ou si c’est un peu émotionnel simplement. Si c’est un verset ici et là si la prédication est quelque part textuelle, c’est-à-dire que c’est le texte qui donne le sens du message, et donc nos cœurs doivent s’aligner avec ce que le texte dit ou bien est-ce que c’est autre chose.

La théologie de l’évangile, c’est facile d’impressionner par une spiritualité dure, légaliste où les commandements mineurs ou extérieurs sont centraux. Je me souviens d’un pasteur qui n’hésitait pas à exhorter publiquement des gens pour tels ou tels aspects vestimentaires, les humiliant souvent mais ça donnait l’impression : waouh si on arrive à ce standard vraiment on y est arrivé. Ce sont des standards extérieurs. Ou bien à l’inverse d’avoir une spiritualité soft à la limite de l’antinomisme c’est-à-dire il n’y a plus d’ambition d’honorer Dieu, plus de lois. Et donc est-ce qu’il y a une sainte théologie de l’évangile où l’homme réduit à rien par son péché, mais est pleinement accepté en Christ par la croix et donc à cause de cela même, est poussé à une vie qui honore Dieu. Je te conseille de lire Une vie centrée sur la croix (C. J. Mahaney), un excellent point de départ pour comprendre comment à partir de la croix la piété s’installe dans une vie et dans l’église. Est-ce qu’il y a une sainte théologie de l’évangile?

L’orientation missionnaire :  est-ce que l’église existe juste pour exister ? est-ce qu’elle se préoccupe de ses organigrammes, de son fonctionnement ? ou bien est-ce qu’elle comprend qu’elle est un chandelier pour la vie ? ou bien, ça c’est une image d’Apocalypse, qu’elle est là pour porter la lumière de la vie et de l’amour de Christ autour ?

Et enfin, dans les remarques que je ferais, est-ce qu’il y a une possibilité de grandir et de servir ? Certaines églises ont un modèle de leadership tellement figé, tellement fermé que c’est difficile de s’impliquer et d’être utile. Quasiment impossible de prendre une place ou même d’exercer un ministère informel. Donc ça sa pose problème quand même, parce qu’on est tous prêtre, roi et prophète en Christ. On est tous amenés à contribuer alors de façons organisées, structurées sous l’autorité ou en tout cas sous la supervision des anciens, mais peut-être qu’il ne faut pas réfléchir en des termes trop figés, trop fermés.

Mark Dever a fondé un ministère qui s’intitule Nine Marks of a Healthy Churh (Neuf marques d’une église saine). Et il a ce ministère, il encourage les églises à se développer, à fonctionner selon neuf critères de qualité, selon neuf principes de fonctionnement que tu trouveras traités en profondeur dans le livre qui s’intitule : L’église intentionnelle.

Tout ne me convient pas pleinement, mais je trouve qu’il y a de très bonnes remarques, pertinentes, utiles sur la manière de fonctionner d’une église. Et voici les neuf marques qu’il recommande :

– une prédication textuelle : c’est-à-dire que le texte correctement interprété est au centre du message,

– une théologie biblique : toute la Bible correctement comprise est importante et nécessaire et mise en avant, ce qui donne une juste compréhension de l’évangile

– c’est son troisième point : l’évangile centré sur la croix : Jésus qui meurt et qui ressuscite pour payer nos péchés.

– Quatrièmement :  un appel à la conversion, à la repentance et à la foi pour les non chrétiens.

– Qu’il n’y ai pas de confusion entre le fait qu’on puisse cheminer vers Chris, mais à un moment donné il y a un demi-tour, il y a une repentance, il y a une foi qui est à la fois le don de Dieu mais aussi l’expression de notre confiance fondamentale en ce que Christ a fait à la croix pour nous. Il y a un appel à cela.

– Sixièmement: l’importance d’être membres. L’église prend sérieusement la notion de membre; on n’est pas simplement des gens qui contribuent financièrement, mais on est impliqué dans un partenariat en quelque sorte, et qui peut parfois conduire à l’exclusion,

– c’est son septième point : pratique de la discipline de l’église, parce qu’on est redevables les uns des autres. On dérape, mais on se laisse reprendre, et on se reprend les uns les autres fraternellement avec amour pour cheminer dans l’intention de Christ.

– le discipolat : l’accompagnement d’un nouveau converti est fondamental bien sûr, pour qu’il puisse fleurir avec toutes les dimensions que Dieu peut attendre d’un disciple

– et puis un leadership qui est fondé sur un groupe d’anciens qualifiés qui conduisent l’église pas simplement un conseil sans texture spirituelle.

Alors voilà neuf marques qui peuvent servir un peu à l’évaluation d’une église. Je sais que Christian Schwarz a parlé de critère de qualité dans son livre Le développement de l’église. Là encore, ça par contre, c’est moins issu d’une remarque de théologie biblique, mais plus sur le fonctionnement des églises qui se développent.

Et certaines de ses remarques sont pertinentes, c’est le reflet aussi de ce que je crois que l’écriture enseigne, mais ça permet de se faire une idée des éléments à rechercher. Et tu vois cette question est assez complexe et certainement, on ne peut pas mesurer une église juste en une seule visite, même si parfois on peut avoir des brides d’impression très fortes. Il faut prendre le temps de lire la confession de foi, prendre le temps d’examiner la culture de l’église, sa structure de fonctionnement, ses leaders. De regarder la manière dont elle envisage la vie chrétienne et quand on est assez satisfait sur les fondamentaux, bah alors on peut réfléchir à ce qui est un peu les bonus. C’est vrai que j’aurais de la peine avec une église qui ne soit pas plus animée au niveau louange, mais j’aurais encore plus de peine si c’était très léger sur l’écriture.

Voilà, ça fait partie des éléments qui me semblent importants, et j’espère que cela te donne quelques pistes pour aller de l’avant et puis bon courage. Je veux croire que le Seigneur aussi va t’éclairer pendant que tu pries et que tu recherches sa confirmation dans ton cœur par l’Esprit-Saint sur ces éléments fondamentaux que tu trouveras dans l’Ecriture.

Une chose est certaine en tout cas : c’est que Christ bâtit son église, et il donne à chacun la possibilité, l’opportunité, la gloire en fait de le servir et tu dois avoir ta place. 1 Pierre 4 nous dit que chacun a reçu au moins un don, soit le service soit la parole, et que tu dois pouvoir trouver ta place pour contribuer au développement de l’église. C’est le privilège d’un enfant de Dieu et j’espère que c’est le cas dans ton église ou le cas dans l’église que tu trouveras.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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