Série sur la réforme (3) : Comment comprendre le « Sola Fide »? (Episode 95)

Dans l'épisode 95, Florent continue cette série sur la Réforme en parlant du sens de "Sola Fide" qui veut dire: la foi seule. Comment Luther a découvert cette foi qui sauve, et quelles en sont les conséquences pour nous aujourd'hui.

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« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

Question : que signifie le « Sola Fide », l’une des cinq affirmations principales qui caractérisent le mouvement de la Réforme ?

L’expression vient du latin et signifie la foi seule ou bien la confiance seule. Cette affirmation explique que le moyen de réception du salut gratuit que Dieu donne (nous l’avons vu avec le podcast précédent « Sola Gratia »), c’est la foi, la confiance en ce que Christ a réalisé à la croix pour nous. La foi que nous professons atteste de l’œuvre régénératrice de Dieu en nous, nous qui étions morts dans nos péchés ; nous étions même incapables de croire, mais à un moment donné, nous avons cru, c’est un cadeau de Dieu. Et cette foi est aussi l’expression de notre adhésion à ce que Christ a réalisé pour nous.

Les chemins qui mènent à la foi sont nombreux : la réflexion, une expérience spirituelle, une discussion, une lecture, un rêve. Le chemin psychologique est différent d’un individu à l’autre ; certains tombent sur le trésor sans s’attendre à le trouver, d’autres le cherchent toute leur vie jusqu’à parvenir à le trouver. Quand je dis parvenir à le trouver, c’est parce que, et dans tous les cas, Dieu les éclaire à cette réalité. Nous prenons conscience que Christ est digne de confiance, Il est digne qu’on lui confie notre vie entière parce que nous croyons qu’Il est mort pour nos péchés, même si c’est parfois, et notamment au début de la vie chrétienne, plus intuitif que conscientisé. On ne sait pas comment ça s’articule tout ça : pourquoi est-ce que Jésus est mort ? Pourquoi le fait que Jésus meurt me donne la vie ? Pourquoi est-ce que le fait qu’Il meure et qu’Il ressuscite me donne la vie éternelle ?

Dans la vie de Martin Luther, cette question était vitale. Martin Luther est l’un des réformateurs qui a réussi à amener cette réforme sur le territoire de son pays. Il y avait des pré-réformateurs dans les siècles précédents, mais la plupart ont mal terminé leur vie, ils ont été persécutés très violemment. Martin Luther est le premier qui a pu, et par un contexte politique assez particulier, mener la Réforme, qui a donné une influence à ses idées sur pas mal d’années, puisque nous sommes maintenant à célébrer les 500 ans de la Réforme (en 2017). Pour Martin Luther, la question était vitale : comment atténuer l’écrasante culpabilité qu’il ressentait ? C’était un homme sensible, à l’excès probablement, presque de façon maladive, une culpabilité à fleur de peau, et il faisait tout ce qu’il fallait faire pour obtenir le pardon de Dieu alors qu’il était lui-même un moine, un prêtre augustinien et qu’il respectait le mieux possible les règles morales et religieuses du catholicisme auquel il avait voué sa vie.

Le voilà devant la réalité de cette culpabilité écrasante et pesante : que fallait-il faire pour que ça cesse ? Est-ce qu’il devait se flageller, se confesser inlassablement ? Devait-il vouer sa vie à la pauvreté, servir les pauvres, remplir ses journées d’œuvres bonnes, passer sa journée à prier ou réciter des prières ? Je prends juste l’exemple de la manière dont l’église catholique envisage la nécessité de la confession, parce que c’est quelque chose que Martin Luther faisait à l’excès,  et ça te donnera un peu la perspective du personnage. Le catéchisme catholique enseigne et je cite l’article 1460, page 381 : « La pénitence que le confesseur impose, doit tenir compte de la situation personnelle du pénitent et doit chercher son bien spirituel. Elle doit correspondre autant que possible à la gravité et à la nature des péchés commis. Elle peut consister dans la prière, une offrande, dans les œuvres de miséricorde, le service du prochain, dans des privations volontaires, des sacrifices, et surtout dans l’acceptation patiente de la croix que nous devons porter. » Et donc voilà notre Martin Luther baignant dans un environnement où pour obtenir le pardon, pour que sa culpabilité cesse, il faut notamment confesser son péché à un confesseur qui va déterminer un certain nombre d’actions, de pénitences, pour qu’il puisse obtenir le pardon, obtenir une grâce. Notre ami était tellement hanté par cette question que son supérieur lui confie l’enseignement de la lettre aux Romains et là c’est l’illumination ! Il tombe sur ce verset : « En effet la justice de Dieu s’y révèle par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit : Le juste vivra par la foi. » (Romains 1.17) Cela est une citation du prophète Habaquq, un petit prophète de l’ancien testament, qui est citée dans plusieurs autres passages du nouveau testament : Galates 3.11-12, Hébreux 10.38. L’affirmation est catégorique : « Le juste vivra par la foi ». C’est une illumination qui perce le cœur de Luther : c’est par la foi que l’on est accepté auprès de Dieu, la foi en ce que Christ a fait. Ce n’est pas une foi vague. On croit que Jésus existe, ce n’est pas ça la foi. C’est la foi que Christ a porté notre culpabilité à la croix, Il nous aime et Dieu a résolu le problème du péché par la mort et la résurrection de Christ.

La lecture de Romains ne peut que conduire à cette conclusion, jugez-en plutôt : « Il a voulu montrer sa justice dans le temps présent, de manière à être reconnu juste, tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus. » (Romains 3.26) « Car nous comptons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi. » (Romains 3.28) « Puisqu’il y a un seul Dieu qui justifiera en vertu de la foi les circoncis, et au moyen de la foi les incirconcis. » (Romains 3.30) « Quant à celui qui ne fait pas d’œuvre, mais croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est comptée comme justice. » (Romains 4.5) « Etant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. » (Romains 5.1)

C’est abondant, le témoignage du nouveau testament; le témoignage de la lettre aux Romains que l’on ne peut pas plaire à Dieu par ses propres efforts. On ne peut plaire à Dieu qu’ en ayant confiance dans ce que Lui a fait pour nous. « Le juste vivra par la foi. » La révolution est profonde, puissante, dans la vie de Martin Luther. Le voilà à proclamer cet Evangile qu’il vient de découvrir dans l’Ecriture. Il était prêtre, mais ne connaissait pas cet Evangile ! Et ce qui mettra le feu aux poudres de la Réforme, c’est la venue de Tetzel, un homme envoyé par le Pape et chargé de recueillir des fonds. Cet homme vendait en fait les indulgences (on en a parlé dans le podcast précédent) : ces indulgences c’était censé, moyennant finances, apporter pour soi-même ou pour une personne décédée, pour qui on faisait cette offrande, une rémission temporaire des peines, notamment du purgatoire, pour les délivrer des punitions, des pêchés qui n’auraient pas encore été expiés par l’individu en question.

Tetzel scandalise Martin Luther. Martin Luther rédige un certain nombre de thèses qu’il va afficher sur la porte du château de sa ville, et ça va être le début de la Réforme. Dans le nouveau testament, c’est une évidence, c’est universel dans l’Ecriture : le salut vient de la foi. Le chapitre 3 de l’Evangile de Jean, un chapitre emblématique puisque c’est là où nous trouvons la notion de nouvelle naissance, se conclut sur cette phrase : verset 36 : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne se confie pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » En parlant des non juifs devenus chrétiens, l’apôtre Pierre s’exclame : « Dieu n’a fait aucune différence entre nous (les juifs) et eux, puisqu’il a purifié leurs cœurs par la foi. » (Actes 15.9) « Sachant que l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Christ-Jésus, nous aussi nous avons cru en Christ-Jésus, afin d’être justifiés par la foi en Christ, et non par les œuvres de la loi, parce que nul ne sera justifié par les œuvres de la loi. » (Galates 2.16) « Aussi l’Ecriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a d’avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham : Toutes les nations seront bénies en toi. » (Galates 3.8) « Et que nul ne soit justifié devant Dieu par la loi, cela est évident puisque : Le juste vivra par la foi. » (Galates 3.11) « Ainsi la loi a été un précepteur pour nous conduire à Christ, afin que nous soyons justifiés par la foi. » (Galates 3.24) Je ne vais pas continuer parce que ce serait fastidieux mais c’est vraiment quelque chose d’universel dans l’Ecriture. « C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Ephésiens 2.8) Et cela s’explique par le fait que Christ a tout payé à la croix. Il meurt en s’exclamant « Tout est accompli ! » et Hébreux 9.12 nous dit : « Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang. C’est ainsi qu’il nous a obtenu une rédemption éternelle. »

Je trouve remarquable cette notion du salut par la foi seule, « Sola Fide », parce que finalement cela permet à tous les êtres humains d’être au même niveau. Si j’avais grandi dans un milieu défavorisé, assujetti à la violence et à la drogue, je pense que je me serais comporté évidemment comme mon milieu. Ca ne donne pas de justification à un tel comportement, ça donne simplement un éclairage que quand on commence mal dans la vie, qu’on n’a pas les bonnes cartes en main, on a plutôt tendance à imiter ce que l’on a vu. Et les gens qui sont dans cet environnement, dans ce contexte, qui commettent parfois des actes atroces, ces gens-là seraient en moins bonne posture pour recevoir de Dieu le pardon que les gens comme moi, nés dans une famille finalement plutôt BCBG, avec une éducation qui était ce qu’elle était, j’aurais pu faire mieux, mais quand même qui était correcte avec des parents aimants et qui vont donner une structure sociale décente ?

Je n’ai pas commis apparemment les péchés les plus graves que ces autres personnes, que je viens d’évoquer, ont commis. Est-ce que moi ça me placerait dans une posture plus favorable au salut ? Ce serait assez terrible et assez injuste, parce que ça voudrait dire que le salut dépend de l’environnement social, de ce que l’on a fait.

Dieu nivelle tous les êtres humains en disant « ils sont tous pêcheurs, tous corrompus ». En fait, aux yeux de Dieu (pas aux yeux de la société bien sûr), chaque personne, y compris le meilleur des hommes, est autant coupable que celui ou celle qui a grandi en commettant les crimes les plus abjects, et nous pouvons chacun obtenir la même grâce de Dieu. Dieu a décidé que le moyen de réception de cette grâce soit la foi, la simple foi, la confiance en ce que Christ a fait. En sorte que le trafiquant d’esclaves qu’était Newton et qui nous a laissé le chant magnifique Amazing grace (grâce étonnante, surprenante, extraordinaire, exceptionnelle), cet homme a accès à la grâce malgré l’horreur de ses actes de la même manière que moi qui ai plein plein de défauts, mais qui n’ai peut-être pas été trafiquant d’esclaves comme Newton. J’ai le même accès à Dieu par la foi, j’ai besoin de m’humilier de la même manière, de reconnaître la pauvreté humaine et spirituelle ; ce n’est que par la foi que je peux recevoir la grâce que Dieu m’a acquise à la croix.

La confession de foi de la Rochelle écrite en 1559 dit ceci : « Article 20 : nous croyons que Dieu nous fait participer à cette justice par la foi seule, puisqu’il est dit que Jésus-Christ a souffert pour obtenir notre salut, afin que quiconque croit en lui ne périsse point. Nous croyons que nous participons à la justice de Jésus-Christ parce que les promesses de vie, qui nous sont données en lui, sont adaptées à notre usage et que nous en sentons l’effet quand nous les acceptons ; car nous sommes convaincus – la bouche même de Dieu nous en donnant la formelle assurance – que nous ne serons pas frustrés de ce qu’elles promettent. Ainsi, la justice que nous obtenons par la foi dépend des promesses gratuites par lesquelles Dieu nous déclare et nous atteste qu’il nous aime. »

Je termine par une citation de l’historien Gabriel Mützenberg qui a écrit plusieurs livres sur la Réforme et notamment parle de Martin Luther : « Aucune action humaine n’a de valeur devant Dieu. Dieu, par conséquent, a raison de condamner sa créature. Mais comme Il est un père qui l’aime et la veut à lui, Il lui donne sa justice, Il lui fait cadeau de son pardon. Ce que tous les efforts, tous les renoncements, toutes les veilles et tous les jeûnes ne peuvent acquérir, la foi, la confiance en Dieu, le reçoit. Et quand la paix descend dans le cœur du croyant, quand l’âme s’épanouit au soleil de la grâce, de ce pardon qui est un don et qu’il faut simplement saisir, non par la volonté ni par la raison mais par la foi, la vie d’obéissance en Dieu en découle naturellement. Les œuvres littéralement suivent. Tu ne dois donc absolument pas compter sur ton propre zèle et ta propre intelligence, écrit Luther à son ami Spalatin le 18 janvier qu’1518, mais fonder uniquement ta confiance sur l’action de l’Esprit. Crois en un homme qui en a fait l’expérience ».

Qu’est ce qui est suffisant pour passer la mort et passer sans crainte devant le jugement de Dieu ? J’espère que ce n’est pas le baptême que tu as peut-être reçu en tant qu’enfant, ou même en tant qu’adulte ; j’espère que tu n’as pas confiance en ce baptême pour te sauver. J’espère que tu n’as pas confiance dans ton éducation chrétienne, un label catholique ou protestant ou évangélique. J’espère que tu n’as pas confiance en toi, que tu es méritant devant Dieu et que Dieu t’accordera la médaille du salut parce que finalement tu le vaux bien : c’est impossible ! J’espère plutôt que tu as confiance dans ce que Christ a fait à la croix,  que tu t’appuies sur ce que Jésus a fait.

Tu crois, et tu n’as que cela, la foi, la confiance. C’est assez triste de réaliser que les protestants traditionnels sont loin de la compréhension de ce que je dis dans ce podcast, de ce que la Bible enseigne. Un sondage évoqué sur Evangéliques.info dit qu’en Europe, 47% des protestants et 50% des catholiques croient au salut par la foi plus les œuvres. C’est énorme ! C’est une incompréhension terrible de l’enseignement de la Bible et de l’héritage protestant. Et c’est un peu une claque à ce que Jésus-Christ a fait, parce que s’Il a réalisé un salut complet, s’Il a dit avec raison que tout était accompli, comment oserions-nous contribuer nous-mêmes à un salut en essayant de l’impressionner ? Si nous avons possibilité de l’impressionner, Il n’avait pas besoin de descendre sur terre et de souffrir une vie terrible et une mort atroce, et la séparation d’avec le Père, avant qu’ils soient réunis, qu’Il soit de nouveau auprès de lui.

S’il y avait un autre moyen pour être sauvé que ce que le sacrifice de Christ nous a acquis, Dieu l’aurait certainement réalisé. Ainsi puisque lui-même a tout accompli, tout réalisé, et qu’Il nous a obtenu une rédemption éternelle en sa mort et en sa résurrection, Il nous invite à placer en lui seul notre confiance. C’est par la foi seule, sans les œuvres, sans notre participation, que nous pouvons prétendre au bénéfice du salut. « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! » Pauvres en esprit, ce n’est pas les pauvres, c’est ceux qui sont spirituellement sans rien à eux, qui n’ont aucune prétention en eux-mêmes, mais qui ne peuvent que contempler la croix, admirer l’amour de Dieu et reconnaître que, eux pêcheurs, comme tous les autres pêcheurs de cette terre, n’ont pour seule issue que de regarder à ce sacrifice, exprimer leur foi et leur confiance en ce que Jésus a fait. J’espère que c’est ton cas, j’espère que c’est une réalité dans l’expression de ta vie chrétienne : tu as placé ta confiance en Jésus et en Jésus seul. C’est l’un des cinq piliers de la Réforme, l’un des cinq slogans, qui donne une description de la spiritualité protestante, et je crois qu’elle est l’expression très juste de l’enseignement de l’Ecriture.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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