Comment concilier un Dieu tout puissant mais créateur du diable? (Épisode 130)

Dans l'épisode 130, Florent répond a un question sur la bonté et la toute puissance de Dieu. Il donne plusieurs pistes: à cause de la liberté que Dieu nous a laissé, Dieu a créé le meilleur des mondes, la manifestation des attributs de Dieu ou encore que la compréhension du mal est inaxcessible pour nous.

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La question est posée : “Comment concilier que Dieu soit tout-puissant et bon en même temps? Il savait que Satan allait devenir méchant mais il l’a quand même créé, par exemple”. Tu poses une excellente question. Elle revient fréquemment, que ce soit dans nos conversations avec des non chrétiens ou parfois même par rapport à ceux qui souffrent. Je me souviens de cette scène dans le film « dieu en enfer » qui retrace la terrible situation d’une famille hollandaise qui a accueilli et protégé des juifs et a été envoyée dans les camps, scène dans laquelle cette question ressort avec toute son acuité et sa difficulté.

Alors, un podcast de 15min ne va pas répondre pleinement à tout ce qu’implique cette question. Tu imagines bien que les philosophes et théologiens l’ont débattue et ont écrit des livres entiers dédiés à cette question. Donc, je ferai quelques remarques brèves qui au moins, j’espère, poseront le débat et permettront de se positionner.

J’ai demandé à un ami qui fait des études de philo, et qui est très ancré dans les questions d’apologétique, comment il répondrait à cette question. Il m’a adressé deux trois possibilités, puis ensuite je crois qu’on a terminé sur une même idée centrale que j’évoquerai à la fin.

Dans les pistes qui sont proposées pour répondre à cette thématique, il y a la piste de la liberté. Dieu ne crée pas le mal. C’est un peu comme l’obscurité, c’est un défaut de lumière. Donc Dieu crée la lumière et puis, quand elle est absente, il y a de l’obscurité. Dieu ne crée pas le mal mais il crée la possibilité du mal afin que la liberté et la responsabilité de chacun soient maintenues.

Un monde dans lequel il n’y aurait pas de liberté, ni de responsabilité, serait un monde parfait, mais où certaines qualités de vie que nous expérimentons aujourd’hui seraient absentes. Est-ce que ce serait bien ? Ça, c’est toute la question… une question difficile quand on la met en balance avec toute la misère qui est issue de cette souffrance. Alors, ce n’est souvent pas une réflexion complète ou en tout cas totalement satisfaisante.

La deuxième approche consiste à dire que Dieu a créé le meilleur des mondes possibles. Dieu omniscient, sage, parfait dans sa considération des choses a créé un monde dans lequel le mal était possible, parce que c’était la meilleure manière de créer le monde. On ne peut pas vraiment imaginer les autres manières puisque ça ne correspond pas à notre vécu, mais Dieu, connaissant les différentes possibilités qui étaient devant lui et étant notre créateur, a choisi la meilleure option : celle qui allait à la fois permettre la manifestation de cette liberté mais également la manifestation de certaines de ses qualités comme le jugement, la justice mais aussi l’amour etc. Et Dieu a créé le meilleur des mondes possibles. S’il y avait eu d’autres mondes, il y aurait eu d’autres problèmes, donc il faut lui faire confiance.

Troisième possibilité : je l’ai en partie évoquée à l’instant en faisant mention du  meilleur des mondes possibles, c’est qu’il y a les manifestations des attributs ou des qualités de Dieu. La manière dont Dieu a créé le monde, avec possibilité du mal, lui permet aussi de révéler des aspects de sa personne qui nous seraient totalement inconnus sans cela. Par exemple sa justice, sa haine du mal mais aussi sa volonté de faire un bien de ce mal, ou en tout cas de le renverser intégralement par l’amour qu’il manifeste dans l’incarnation et dans la rédemption qu’il nous obtient par sa propre mort et par sa résurrection.

Donc voilà, sa justice, sa gloire, son jugement, sa grâce, son amour, son engagement à nous sauver… tout ceci apparaît et les attributs de Dieu, dans leur gloire, ne sont accessibles que grâce, hélas, à cette chute assez terrible.

Et puis, une autre approche de la question qui est la plus fréquente parmi les théologiens évangéliques assez calvinistes notamment – c’est-à-dire qui croient en la souveraineté de Dieu mais qui ont de la peine ensuite à concilier ces aspects que je viens d’évoquer – est que le mal est incompréhensible et qu’essayer de le défendre ou de lui donner une cause le minimise. Le mal est incompréhensible à nos yeux, nous qui sommes des créatures finies, et on n’arrive pas à voir une vue d’ensemble. Dieu dans sa sagesse, lui, a une vue d’ensemble. Et il y a une raison, qui nous est inconnue à nous-mêmes, mais qui est suffisante pour Dieu, pour créer un monde dans lequel il décrète la création, la chute et également la rédemption. C’est ainsi qu’Alain Nisus, dans son livre intitulé « pour une foi réfléchie », qui est un ouvrage de théologie assez imposant mais très facile d’accès, nous dit la chose suivante : “Face à l’impossibilité de parvenir à une explication satisfaisante de problème du mal, reste la possibilité de poser quelques jalons bibliques qui, sans résoudre la question permettent d’éclairer notre foi. Dieu n’est pas le créateur du mal, puisqu’à l’origine toute la création était bonne”. (C’est sa première remarque). Le mal n’est pas seulement l’absence de bien, il n’est pas seulement une privation du bien comme on l’a souvent dit dans la tradition thomiste. Il est une intrusion, une présence non désirée dans la création, il est perversion du bien. (c’est sa deuxième remarque).

Et puis troisième remarque d’Alain Nisus : rien n’échappe à la souveraineté de Dieu (il cite plusieurs versets), même pas le mal. Si le mal a fait irruption dans la création de Dieu, c’est par une permission mystérieuse et souveraine du Seigneur. Et il conclut : “Ces trois vérités semblent incompatibles, pourtant la Bible nous force à les maintenir ensemble. La question de l’origine du mal et de la souffrance reste sans réponse. Nous devons reconnaître que l’esprit humain, avec ses limites, est incapable de saisir ce mystère. Les vases d’argile que nous sommes, au lieu de se rebeller contre le divin potier, n’ont désormais qu’à se tourner vers un mystère plus grand encore : celui de son amour pour nous. ». Tu trouves tout ça page 298-299 de cet ouvrage.

Alors ça me fait penser un peu à ce film où Jim Carrey, cet acteur qui incarne pas mal de rôles rigolos, prend la place de Dieu pendant une journée et c’est une catastrophe… parce qu’effectivement, il est incapable de gérer toutes les contingences et toutes les demandes, toutes les situations. Lorsqu’il règle un problème, il en crée d’autres. C’est une manière très humoristique de dire que n’est pas Dieu qui veut. Que ce soit incompréhensible ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des raisons mais simplement ces raisons sont difficiles par rapport à notre “finitude”.

Alors, si tu es passionné par la question et si tu es prêt à lire un livre assez conséquent, je te renvoie vers le livre de Timothy Keller qui s’intitule « La souffrance ». À mon avis, c’est l’un des meilleurs ouvrages sur la question, même s’il est très pastoral plutôt que très philosophique et théologique, mais c’est justement là son intérêt : c’est un pasteur qui parle sur ces questions. L’intérêt de ce livre est qu’il parcourt toute une série de perspectives dans les spiritualités autres que le christianisme, dans les autres religions mais également dans les philosophies, y compris les philosophies athées, pour voir comment chacun se situe par rapport à la souffrance et au mal. Et Timothy Keller dit que les chrétiens ne sont pas les seuls à poser cette question. Le mal est un problème et nous sommes bien mieux placés en tant que chrétiens et disciples de Christ pour regarder le mal en face, pour le comprendre et surtout pour y trouver une solution, ce que les autres spiritualités ou les autres philosophies y compris les philosophies athées sont incapables de faire. Alors j’imagine que tu vas contester cette conclusion mais je te propose de lire ce livre, c’est un très bel ouvrage.

Maintenant quelques remarques générales, de ma part cette fois-ci. C’est une réduction fréquente que de cadrer la question à deux options seulement : d’un côté un Dieu tout-puissant mais méchant, de l’autre un Dieu aimant mais impuissant. Comme si Dieu serait soit bon et incapable, soit fort et méchant. Mais ça, c’est une conception binaire qui est très réductrice. Philosophiquement, il faudrait d’abord prouver qu’il n’existe que ces deux options. Or il y a d’autres options. On peut tout à fait dire que Dieu est aimant et tout-puissant, ce n’est pas antinomique, ce n’est pas une contradiction formelle parce que ce sont deux qualités qui ne sont pas sur un spectre de valeurs opposées. La toute-puissance et l’amour ne sont pas opposés. Dieu a des raisons pour avoir créé Satan, avoir permis la chute de Satan et avoir aussi permis la séduction et la chute des humains. Et en plus, que cet ensemble de création, de chute et de rédemption soit décrété dans un plan éternel que Dieu a formulé bien avant le temps et avant que le monde existe. Donc voilà, c’est très réducteur de le formuler avec ces deux options. On a l’impression qu’il n’y a que ça, mais il existe d’autres éléments.

Deuxième remarque : fondamentalement il n’existe pas de réponse pleinement satisfaisante ni exhaustive pour nous, en tant qu’êtres humains. J’ai cité quelques pistes que j’ai évoquées et qui ont une certaine logique mais sont toutes incomplètes; elles sont toutes insatisfaisantes et notamment quand on passe par la fournaise de la souffrance. Mais cela veut dire qu’il y a des possibilités. Et le fait de ne pas comprendre l’intention ou la pensée de Dieu, qui a fait ainsi, ne veut pas dire qu’il n’y a pas à ses yeux quelque chose qui mérite ce choix-là. Alors, ne pas comprendre ne veut pas dire qu’il n’y a pas de compréhension à avoir. Peut-être que nous serons éclairés sur ce sujet lorsque nous serons avec lui, en tout cas si nous bénéficions de son salut.

Je prends l’exemple, pas très solide mais quand même parlant, d’un soldat qui reçoit des ordres très limités et qui a une vision très étroite de son action puisqu’il est confiné dans un champ de bataille qui fait partie d’un plan bien plus grand. Ce sont les gradés, on espère en tout cas, qui ont une meilleure compréhension de la situation et qui orientent les choses en vue d’un résultat ultime. On peut tout à fait concevoir que Dieu, dans sa sagesse, ait un plan ultime, qui nous est masqué dans son intégralité mais qui permettra la justification de cette question.

Troisièmement, le mieux c’est de vérifier si nous trouvons vraiment en Dieu ces deux qualités. Puisque j’ai dit qu’elles n’étaient pas opposées, je crois qu’elles ne sont pas opposables fondamentalement en tout cas, donc il s’agit de voir si on est capable de discerner dans ce Dieu toutes les qualités de la toute-puissance et toutes les qualités de l’amour. Après, le fait de savoir comment ça s’intègre dans l’événementiel, dans le déroulement de l’histoire, c’est une autre chose. Mais est-ce qu’on peut être sûr que Dieu est à la fois tout-puissant et à la fois plein d’amour ? On oppose souvent cette bonté de Dieu à la présence du mal, mais la bonté de Dieu a été démontrée dans le fait qu’il a absorbé totalement ce mal. Il l’a maté, il l’a vaincu. On peut se dire waouh ! Quelque part, il donne aussi (là dedans) la réponse à cette thématique un peu mystérieuse à laquelle ta question nous renvoie.

Alors est-ce que Dieu est tout-puissant ? Bien sûr ! Il a créé le monde au son de sa voix : c’est pas rien. Il a conduit la rédaction et la préservation de sa Parole, la Bible, au cours des siècles : c’est pas rien. Il exerce des jugements catastrophiques d’amplitudes absolument extraordinaires, que l’on considère le déluge, les dix plaies d’Égypte ou les soldats assyriens mis de côté pour permettre la libération d’Israël qui était opprimé, sauve son peuple, ou encore la personne de Jésus-Christ : Dieu le Fils s’incarne et il ajoute à sa personne une personne humaine. C’est très difficile à imaginer et à concevoir. Ça c’est un acte de puissance! Sa puissance se manifeste aussi lorsqu’il change de l’eau en vin : tu peux essayer, tu n’y arriveras pas ! Ou lorsqu’il multiplie des pains : tu peux essayer, tu n’y arriveras pas! Ou lorsqu’il calme la tempête en une seule phrase : tu peux essayer, tu n’y arriveras pas ! Moi, j’ai essayé d’arrêter même simplement une vague au bord de la plage, et je me suis fait renverser. Donc c’est extraordinaire cette manifestation de puissance. Et puis, on pourrait multiplier les autres exemples de puissance. La plus grande œuvre de puissance qu’il exerce à mon sens, c’est avec la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts. Il n’y a rien de plus rédhibitoire que la mort, de plus terrifiant et de plus terrible que la mort. Et voilà qu’elle est inversée de façon éternelle maintenant, grâce à la résurrection de Christ. Oui, Dieu est tout-puissant, il nous prépare un nouvel univers et on verra cette puissance se manifester par l’inversement du mal.

Et puis cinquièmement, Dieu est aimant. C’est un deuxième élément de tension que je veux relever. Quand Dieu crée le monde, ce monde est bon, et le premier commandement que Dieu donne aux hommes, c’est de profiter des fruits de ce jardin à l’exception de l’un d’entre eux. Donc, c’est un monde exceptionnel qui nous est proposé et même après la rébellion des êtres humains et leur expulsion du jardin d’Eden, Dieu est patient et il tisse un chemin de rédemption. Il se révèle à Abraham, il se révèle à Isaac, etc. à toute la lignée des patriarches, à Moïse,… il établit son alliance avec son peuple, il établit son alliance avec une dynastie, celle de David, il y naîtra messie qui renversera le mal accomplissant ainsi ce que Genèse 3:15 annonçait, à savoir que, de la descendance d’une femme, un enfant allait écraser le diable tout en y laissant sa vie. Mort et ressuscité pour nos péchés, Jésus prie encore pour nous, nous permet d’avoir cette espérance, nous prépare une place. Il y a quelque chose d’aimant au-delà de toute description; la consolation que nous allons connaître lorsque nous serons en Christ dépasse toute la souffrance que nous pouvons recenser, expérimenter hélas pendant notre temps sur terre.

En cela je pense que c’est la meilleure réponse à fournir à cette question. Pourquoi est-ce que Dieu a permis le mal ? Eh bien il a permis le mal, oui, sans que nous puissions comprendre exactement pourquoi, mais il a aussi manifesté quelque chose de bien supérieur au mal puisqu’il l’a absorbé, annihilé, vaincu, renversé. En sorte que Dieu est vraiment tout-puissant, et vraiment amour, et que la question du mal n’est plus un obstacle ni à l’existence de Dieu ni à notre confiance en Dieu, mais bien plutôt nous invite à la confiance en Dieu. Parce que, et je conclus là-dessus, Romain 5:8 nous dit : « Mais en ceci Dieu nous prouve son amour envers nous: lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous. » Je ne sais pas si tu peux réaliser l’amplitude de ces propos: c’est pendant que nous étions morts par nos péchés, par nos fautes, par le mal, parce que c’est toujours facile de blâmer le mal chez les autres, chez Satan, dans le monde, les guerres que les autres font et de ne pas le voir dans son propre cœur. Mais Dieu dit : « Dieu prouve son amour envers nous lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous ». C’est-à-dire que c’est dans notre état de misère et de mal, de méchanceté et d’égoïsme, de violence, souvent heureusement un peu cadré par une bonne éducation et par un environnement sociétal qui évite que tout s’exprime avec violence quand on est en colère… Bref il y a cet égoïsme en nous. Dieu l’a renversé en mourant à la croix pour nos péchés. Vraiment, il a prouvé son amour pour nous en ce qu’il nous permet d’être pardonnés et un jour de jouir d’une communion avec lui, alors que la transformation qu’il a commencée avec le salut en nous sera achevée et que nous serons ressuscités à l’image de Christ, plus capables alors et à jamais de pécher. Pourquoi ? Parce que notre cœur aura été pleinement transformé. C’est déjà en partie le cas: par la rédemption qu’il nous accorde, nous avons un nouveau cœur. Mais également par la résurrection : tout notre être aura d’autres affections, d’autres ambitions, qui rendront difficile de penser au péché. Et enfin, il y a le Saint-Esprit qui nous a été donné aujourd’hui comme une sorte d’apéro, puisque nous avons reçu les arrhes de l’esprit. Jésus nous dit que le Saint-Esprit sera éternellement avec nous et donc, sa présence intérieure dans toute sa plénitude nous empêchera même d’imaginer ce que sera le péché.

Alors le mal est temporaire, il est tragique mais il a été inversé et nous avons cette assurance que bientôt il ne sera plus. En cela, Dieu a vraiment prouvé son amour. Donc oui, Dieu est tout-puissant et oui, Dieu est aimant.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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