Comment gérer la perte d’un proche par suicide? (Episode 112)

Dans l'épisode 112, Florent Varak répond à une question sur le suicide, comment s'en sortir quand un proche nous quitte? Dans la Bible, le deuil et la souffrance ne sont pas bannis, il y a même un processus formel. Qu'est-ce que l'on peut retirer de tous les exemples de souffrance de la Bible?

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Dans l’épisode 112, Florent Varak répond à une question sur le suicide : comment s’en sortir quand un proche nous quitte ?

Dans la Bible, le deuil et la souffrance ne sont pas bannis, il y a même un processus formel. Qu’est-ce que l’on peut retirer de tous les exemples de souffrance de la Bible ?

Accueillons le pasteur Florent Varak qui va répondre à la question : « Il y a 2 mois, une amie a mis fin à ses jours : comment faire face à la perte d’un proche avec Dieu ? »

Pour la reformuler : comment combattre la perte d’un proche avec Dieu ?

D’abord, je suis tellement désolé pour la perte que tu évoques.

Le décès d’une amie, c’est quelque chose de terrible, que ce soit par suicide ou par un autre moyen. Mais c’est vrai que la dimension du suicide ajoute une couche supplémentaire, parce qu’on se demande ce qu’on aurait pu faire pour l’éviter.

Je ne vais pas trop aborder la question du suicide, c’était le sujet du premier épisode de « Un pasteur vous répond ». Tu le trouveras au n°1, je développe la question dans le podcast n°16. Tu peux t’y référer pour réfléchir à cette question. Je vais plutôt développer comment on sort de la perte de quelqu’un, et la notion de deuil qui va avec.

Quelques remarques tirées de l’Ecriture au sujet du deuil.

Je voudrais noter que dans notre société occidentale, on a tendance à bannir le deuil, l’expression émotionnelle de la souffrance.

Dans la Bible, l’expression de la souffrance fait partie de l’accompagnement d’une personne qui a perdu un être proche.

Dans l’Ancien Testament, Abraham a pleuré vivement le décès de sa femme (Genèse 23.2) ; les fils de Jacob ont consacré 7 jours de deuil et de pleurs à la mort de leur père (Genèse 50.10) ; un deuil de 30 jours a été établi pour l’ensemble du peuple au décès de Moïse (Deutéronome 24.8)

Ce qu’on voit dans l’Ancien Testament, c’est premièrement la légitimité de la souffrance, et la légitimité de l’exprimer est le deuxième point : on peut exprimer sa souffrance, cela fait partie d’un processus utile et nécessaire pour gérer le malheur qui nous atteint.

Troisièmement, on remarque qu’il y a un processus formel d’expression de la douleur. C’est quelque chose qu’on a un peu mis de côté : on va d’un enterrement, on a quelques jours de congés peut-être, puis ensuite on repart au travail. Mais un processus formel permet d’accrocher, de ritualiser un certain nombre de sentiments et d’émotions qui accompagnent la perte d’un être cher.

Et puis quatrièmement, on observe que dans l’Ancien Testament, on a encore une variation de la durée du deuil, il n’y a rien de standard que l’on devrait imiter.

Dans le Nouveau Testament, on trouve également certains aspects évoqués comme l’emploi de pleureurs professionnels pas vraiment concernés, car on les voit qui tournent en dérision la personne de Christ qui promet la résurrection de l’individu pour lequel ils pleuraient.

En Actes 8.2, des hommes pieux enterrent Etienne qui venait d’être lapidé, et le pleurèrent beaucoup. On trouve donc cette expression de souffrance.

Jésus anticipait également la peine de ses disciples puisque, quand il annonce sa mort, il concède qu’ils seront dans la souffrance et la peine.

Devant la tombe de Lazare, Jésus a pleuré. C’est le verset le plus court de la Bible : Jésus pleura. Il montre à quel point Dieu, en personne, est conscient de la détresse que suscite la mort, c’est vraiment le dernier ennemi, et il faut la considérer comme un ennemi, et c’est quelque chose qui parfois peut être désespérant.

L’apôtre Paul écrit en Philippiens 2.27 : il a été malade (il parlait de son collègue), il a frôlé la mort, mais Dieu a eu pitié de lui et pas seulement de lui, mais aussi de moi pour éviter d’avoir peine sur peine. Et Paul évoque la peine qu’il aurait eue s’il avait perdu Epaphras dans la mort.

Ce que l’on voit aussi dans le Nouveau Testament, et c’est une petite différence avec l’Ancien Testament, la douleur est totalement légitime, mais il y a une insertion d’une espérance pour ceux qui sont sauvés, bien sûr, cela ne touche pas tous les défunts, mais pour ceux qui sont sauvés. 1 Thessaloniciens 4.13 nous dit : « Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui sont décédés, afin que vous ne soyez pas tristes de la même manière que le reste des hommes qui n’ont pas d’espérance. »

A la fois on exprime sa douleur, sa souffrance et on concentre son attention quand c’est possible, quand on a des indices qui permettent de le croir, e dans l’assurance de l’espérance du salut qui touche ceux qui se sont tournés vers Jésus Christ.

Que faire dans ce contexte normal de douleur et parfois d’espérance ?

Les thérapeutes considèrent que c’est vraiment important d’admettre et d’extérioriser sa douleur, cela correspond à ce que dit l’Ancien et le Nouveau Testament, il faut l’admettre devant Dieu, ses proches, parfois en parler, laisser son corps également l’exprimer par des larmes, en se retirant de la vie active, chacun réagit de manière différente, laisser la tristesse saisir les éléments de notre corps.

En même temps, il faut faire attention que cette tristesse ne s’installe pas durablement comme une sorte de punition sur soi : « il est mort et je vais me punir, parce que j’aurai faire quelque chose pour cela… » comme si on pouvait absorber cette réalité soi-même.

Je prends l’exemple de Jacob : il s’est interdit de vivre, parce qu’il croyait que son fils était mort, et il est resté des années prostré dans la tristesse, en imaginant que son fils était mort. Non seulement son attitude était fondée sur une erreur parce que Joseph n’était pas mort, elle était exagérée, cela ne l’a mené à rien, sinon à perdre la jouissance des éléments de la vie (Genèse 37.35) et je pense à David qui, devant la mort de son enfant, à un moment donné, décide de se relever. Il y a un temps pour tout, pour le deuil et la tristesse et puis un temps où on impose peut-être au-delà de ses émotions, un processus de remise en marche de la vie, de reconsidérer le privilège d’être en vie nous-mêmes, et de communiquer de l’amour à ceux qui nous entourent.

Elisabeth Kugler Ross a postulé que le processus de deuil se faisait en 5 étapes : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. Alors je ne suis pas psychothérapeute, et pas nécessairement fan de ce qu’elle a fait dans sa carrière, mais ce qu’elle dit est intéressant, et c’est quelque chose qui peut s‘observer, et tu peux regarder sur le net à quoi cela correspond.

Un conseiller chrétien propose une autre série d’étapes : le choc, l’hébètement, de vives émotions exprimées, symptômes de détresse, culpabilité, dépression, réactions physiques, hostilité, incapacité de fonctionner de manière normale.

Tout cela pour dire qu’il y a des étapes, et que c’est normal de passer par un certain nombre de montagnes russes avec des hauts et des bas, par des situations qu’on n’arrive pas à gérer. Il faut éviter de se laisser enfermer par ces états, chaque personne est différente, tu es toi-même, tu as peut-être besoin de plus ou de moins de temps de tristesse que d’autres, et il ne faut pas te laisser enfermer par des étapes obligatoires et nécessaires.

D’autre part chaque culture est différente, je ne sais pas d’où tu écris cette question. Certaines manières de réaliser un deuil facilitent l’expression des émotions. Il y a des rythmes définis avec des jours dédiés à la veille du corps, des obsèques, de l’accompagnement des familles, et souvent cela facilite le processus de deuil. Et puis dans d’autres cultures, comme en occident, on est plutôt livré à soi-même.

En tout cas, ce que je trouve important, c’est de développer une solide théologie de la personne de Dieu, comprendre qui il est, la manière dont il s’attend à ce que nous vivions face aux situations de la vie. Je remarque que Dieu a lui-même goûté la souffrance. Il est venu en Christ pour souffrir pour nous, et il a une connexion très vive et très personnelle avec tous ceux et toutes celles qui souffrent ; il a tout pris de plein fouet et peut comprendre ce tu ressens face à la souffrance et à la violence de la vie.

J’aimerais noter quelques erreurs par rapport à cela, avant de donner quelques conseils que je trouve pertinents, j’espère que tu feras le même constat :

Éviter, si on entoure des gens qui souffrent, de jouer aux amis de Job, tenter de vouloir donner des explications, tenter de vouloir tout cadrer par rapport à la souffrance. La souffrance est, et parfois, il faut juste l’écouter, juste l’accueillir, l’accompagner, même parfois lorsque cette souffrance fait dire des choses qui peut-être ne sont pas dignes de la foi. Dans les psaumes, on trouve des expressions un peu similaires.

Eviter d’être comme les amis de Job qui corrigent les perceptions que l’on a, il faut juste être présents avec ceux qui souffrent.

Eviter d’imposer un rétablissement plus rapide que celui que la personne pourrait souhaiter avoir. C’est important qu’il y ait un temps de deuil. Et encore une fois, observer que les temps de deuil sont personnels, pas forcément les temps que nous aurions nous-mêmes.

Eviter de se prendre pour un prophète qui veut tout raisonner, tout expliquer notamment dans les situations de suicide.

Une présence parfois silencieuse, des petits mots gentils, des services rendus vont aider la personne en deuil à se relever.

Maintenant que faire ?

Avant de souffrir, (ce n’est plus le cas pour toi) de façon générale, lire de bons livres sur le sujet de la souffrance.

L’un des livres qui m’a vraiment parlé quand j’étais plutôt dans un moment de creux de la vague, est un livre de Piper qui s’intitule : Prendre plaisir en Dieu malgré tout, et c’est la version « malgré tout » que j’évoque ici, il y a une version qui traite d’un autre thème : Prendre plaisir en Dieu, mais la version Prendre plaisir en Dieu malgré tout est un livre qui parle de la souffrance que les gens peuvent avoir vécu, et qui témoignent de la manière dont ils ont trouvé Christ suffisant dans cette souffrance.

Si tu es un peu plus profond dans ta réflexion, le livre de Keller sur La souffrance est remarquable, mais long ; le livre de Carlson, Jusqu’à quand, est aussi remarquable par rapport à cette réalité d’un Dieu souverain qui permet la souffrance

C’est vraiment important d’avoir une juste compréhension du sujet avant de passer par des temps d’épreuves.

Et si tu es pasteur, ne pas donner l’image d’un christianisme plastique tout sourire, où la vie n’est faite que de sourires, c’est faux, il y a autant de souffrance que de joie, de déception que de bonheur, parfois dans certaines vies plus d’un côté que de l’autre, en sachant bien sûr que notre espérance n’est pas d’avoir une vie sur terre pleine de bonheur, mais que nous soyons associés avec Christ dans un bonheur qui lui sera éternel.

Pendant la souffrance, accepter que toutes les émotions puissent aller dans tous les sens comme dans les psaumes, c’est bien de pouvoir dire les choses de cette manière. Réalise bien que tu n’es responsable que de toi-même, Christ a porté les péchés des autres, pas toi, tu ne peux pas porter les péchés d’une personne, notamment d’une personne qui s’est suicidée, tu ne peux pas prendre sur toi sa souffrance à lui ou à elle en essayant de l’internaliser, ça, c’est le rôle de Christ, tu dois le laisser faire, tu ne peux pas le prendre sur toi.

Et ne pas hésiter à parler avec une personne habituée à une écoute spirituelle et sage et c’est bien de s’entourer de gens qui savent écouter, et parfois de prendre le téléphone pour dire « j’ai juste besoin d’un câlin, j’ai juste besoin de quelqu’un qui m’écoute, qui entend, qui viendra pour prendre un verre et discuter. » Pas hésiter à formuler ses demandes, notamment si tu fais partie d’une église, c’est chouette d’être entouré de personnes qui, normalement devraient pouvoir répondre favorablement à ce genre de situation.

Dernier point, tu n’es pas responsable de ce que la personne a fait, tu ne peux porter que ta responsabilité, fais attention à cette culpabilité malsaine qui peut t’accabler et que tu dois rejeter.

Tu peux même avoir le devoir de pardonner cet individu qui t’a fait souffrir ainsi en disant : « je choisi de pardonner cette femme d’avoir fait un acte aussi terrible qui a plongé tant de personnes dans la détresse. Son acte était incompréhensible en tout cas égoïste, même si je ne suis pas dans son cœur pour le comprendre, et voir pourquoi elle est allée jusqu’à cette extrémité. Mais je choisis de pardonner cette personne. Christ, à toi de juger, à toi d’évaluer la situation comme toi tu le veux, mais moi je ne me charge plus de la porter sur moi. »

Et c’est important d’éviter une culpabilité toxique qui ne gèrera rien et t’empêchera de pouvoir rebondir et récupérer.

Je suis toujours émerveillé quand je relis l’Apocalypse, de terminer aux chapitres 21 et 22 avec ce regard porté sur la vie future, et qui commence avec ce geste si tendre de Dieu : Il essuiera toute larme de nos yeux, et donc les larmes que tu portes aujourd’hui, sont précieuses aux yeux de Dieu, Dieu les connait, les reconnait et à un moment donné, il les essuiera lui-même et lorsque nous entrerons dans sa présence, il n’y aura plus de cette souffrance, ni d’un quelconque type de souffrance.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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