Comment honorer mes parents en désaccord avec l’origine de mon conjoint? (Episode 6)

Chaque semaine, le pasteur Florent Varak répond à vos questions dans Un Pasteur Vous Répond: le podcast où la Bible répond à vos questions.

L’épisode 6 traite du mariage et du racisme. La question posée est: « Comment faire pour honorer nos parents quand ils n’approuvent pas notre choix de conjoint pour des raisons d’origines? »

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Transcription :

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Question : comment faire lorsque nos parents n’approuvent pas notre choix affectif pour une question d’origine, tout en les honorant selon la Parole ?

Je suppose que la question veut dire en quelque sorte : comment faire quand mes parents ne sont pas d’accord que j’épouse un homme ou une femme parce qu’il n’est pas de la même origine ? Et je suppose qu’il s’agit d’origine ethnique et pas d’origine religieuse ou spirituelle. Je n’ai pas suffisamment d’informations par rapport à cette question pour en être sûr…

D’abord j’imagine la douleur, et notamment si la personne qui pose la question est de culture nord-africaine, asiatique ou africaine, et voudrait épouser une personne probablement occidentale. Pourquoi je suis particulièrement touché par ça ? Parce que dans les cultures autres que la culture traditionnelle dans l’occident, il y a une notion très forte attachée aux relations familiales, une notion très forte de préserver l’honneur, l’honneur de la famille, l’honneur du clan, l’honneur du pays, que la honte est un sentiment qui rentre vite lorsqu’il y a une désapprobation d’un choix aussi important que le choix d’un conjoint. Et j’imagine que la personne qui pose la question est vraiment tiraillée entre le désir d’honorer, d’être fidèle à sa famille, et puis l’affection qu’il ou elle peut porter à l’égard de cette autre personne. Ça peut tout à fait aussi être une situation inverse où une famille plutôt occidentale conteste d’épouser, pour des raisons peut-être raciales, ce serait tragique, une personne d’une autre culture.

Je vais répondre d’abord de façon plus large avant d’essayer de répondre spécifiquement à cette question. Qu’est-ce que la Bible dit du choix d’un conjoint ? Je reprends ici un document que vous trouverez sur le site de notre église epevc.org dans l’onglet Ressources/Références/Réflexions des responsables : on a réfléchi sur les conditions de célébration d’un mariage, sur ce que la Bible disait du mariage, les conditions de mariage. La manière de répondre à cette question c’est de comprendre quelle est la volonté de Dieu dans la Bible, avant de répondre spécifiquement aux questions. Qu’est-ce que la morale biblique nous enseigne sur le choix d’un conjoint ?

1) Les conjoints sont un homme et une femme mûrs de familles différentes. Chaque mot ici compte : un homme et une femme, c’est comme ça que la Bible l’envisage, mûrs c’est-à-dire capables de faire un choix mesuré par rapport à l’importance de l’engagement.

2) Deuxième remarque, les conjoints s’engagent pour l’amour. C’est peut-être un peu surprenant de le souligner, mais ça fait explicitement partie du projet du couple ; on ne se marie pas par devoir, on se marie parce qu’on aime quelqu’un, on imagine qu’on peut passer sa vie à ses côtés. Il y a un devoir bien sûr, il y a une alliance qui se crée, mais néanmoins, c’est l’amour qui doit être la motivation ; ce n’est pas le fait de porter secours à quelqu’un, ce n’est pas le fait d’obtenir un statut social, on est homme et femme d’un même rang.

3) Les conjoints partagent une même foi. Pourquoi c’est important ? (C’est dit dans plein de textes de l’ancien comme du nouveau testament.) C’est déjà difficile de se marier. Quand on a une série de valeurs fondamentales différentes, la question de l’unité est mise à rude épreuve. C’est déjà difficile entre deux chrétiens, alors deux personnes qui n’ont pas les mêmes valeurs fondamentales vont vite se friter (se disputer), avoir des conflits sur la manière d’éduquer les enfants, la manière de dépenser leur argent, de passer leurs week-ends, leurs dimanches, tout un tas de choses qui vont rendre la vie chrétienne de l’un difficile. Même si au départ la plupart des gens disent « mais ça ira, tu verras. Je te laisserai vivre ta foi », au fil du temps les gens en ont marre de devoir sacrifier les dimanches matin, de passer peut-être des semaines de vacances en travail humanitaire, bref ça crée des tensions. Et puis surtout j’imagine la difficulté que cela peut être ensuite d’avoir des enfants et de ne pas leur enseigner l’Evangile source de salut et de pouvoir se projeter avec des enfants qui peut-être n’aimeront jamais Jésus, c’est une douleur qui est très vive.

4) Autre critère, les conjoints s’engagent pour toute la vie. Dieu a conçu le lien du mariage comme une alliance, une alliance qui devait durer. Alors ça ne veut pas dire qu’il n’y avait pas des conditions possibles pour la rompre, mais ces conditions me semblent très très restrictives (ce n’est pas la question) mais en tout cas ce n’est pas pour essayer quelques années puis on verra, on s’engage pour la vie.

5) Les conjoints se préservent de relations sexuelles en dehors du mariage. Ça c’est quelque chose qui surprend beaucoup et qui est totalement non culturel aujourd’hui. Moi j’aurais aimé mieux comprendre cette question après ma conversion, et puis dans les fréquentations que j’ai eu avec Lori. Même si on s’est préservés l’un pour l’autre, ce n’est quand même pas évident comme période évidemment. Je me représente un peu le mariage comme ce triangle : vous avez en bas à gauche tout ce qui fait les valeurs communes y compris la foi, vous avez en bas à droite tout ce qui fait le côté un peu émotionnel, on apprécie l’autre, on est émerveillé par l’autre. Si ça c’est un fondement, le triangle se pose bien parce que la pointe du triangle c’est tout ce qui est relations sexuelles, et ça c’est génial quand la base est posée. Le problème c’est que beaucoup de gens maintenant inversent le triangle et posent leur relation de couple avec la pointe en bas, à partir du plaisir de la relation sexuelle : c’est super instable, ça ne marche pas bien. Et je crois que la Bible est sage de le proposer ainsi, ce n’est pas une question de loi, de priver quelqu’un d’un certain bonheur, c’est au contraire le fait de réfléchir sur le fondement du couple avant de passer à la sexualité qui correspond un peu à la cerise sur le gâteau. Voilà ce que je perçois de ce que Dieu exige pour le choix d’un conjoint.

Vous avez probablement remarqué qu’il n’y a aucun critère ethnique dans ce que je viens de dire, il n’est aucunement question de race, il n’est aucunement question de choses de ce genre. Alors qu’est-ce qu’il faut faire lorsqu’un parent rejette le choix que l’on a d’un conjoint pour ces questions de race ? Je pense qu’il faut essayer si possible calmement de parler : pourquoi ? Où est-ce que ça bloque ? Est-ce que c’est la honte par rapport à la famille ? Est-ce que c’est la crainte un peu, les préjugés que l’on peut avoir par rapport à une certaine culture ? On se dit « les blancs ils sont comme ça » ou « les noirs ils sont comme ça » ; est-ce que l’on peut le faire cheminer dans cette réflexion ? Ou bien est-ce que c’est une question plus importante de quelqu’un qui vous connaît bien ? C’est-à-dire si vos parents vous connaissent bien, ils disent « moi je ne crois pas que tu devrais épouser telle personne parce que… » et ils listent des réponses qui sont intelligentes, qui sont fondées, qui ont peut-être une part culturelle mais qui montrent que ça a du sens.

Moi ce que je propose, c’est de vraiment maintenir un dialogue et de comprendre les enjeux, comprendre pourquoi il en est ainsi, de prendre le temps de prier. Après tout, Dieu a fait plier Nebuchadnezzar, Il peut faire plier des parents. Prendre le temps donc de parler, prendre le temps aussi de s’entourer de conseils, c’est là la beauté de l’Eglise de demander à son pasteur, demander à ses responsables de groupe de jeunes, demander à ses proches amis « qu’est-ce que tu en penses, est-ce que l’on fait fausse route et pourquoi ? ». Il faut vraiment rentrer dans le mariage les yeux grands ouverts et saisir les bons avis, même ceux que peut-être on n’aime pas, parce que ça permet de prendre de bonnes décisions. Le mariage est un acte librement consenti par des adultes qui, la Bible le rappelle, quittent leurs parents : « L’homme quittera son père et sa mère, s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. » Parfois il est nécessaire de prendre une décision contre l’avis de ses parents, et c’est une décision qui doit être prise solennellement en quelque sorte, avec toute la maturité, avec l’avis de ceux que l’on a consulté, en sachant que peut-être ça va créer pour longtemps des souffrances et qu’il va falloir travailler plus particulièrement et plus longuement pour maintenir un lien familial et pour montrer qu’on a fait un bon choix, et malheureusement assumer les conséquences qui vont avec. On ne peut pas toujours plaire pleinement à ses parents. Je crois qu’il faut les honorer de notre attitude le plus longtemps possible et puis à un moment donné, réfléchir et prendre les décisions qui s’imposent parce qu’à un moment donné il faut suivre, au-delà des parents, ce que la Bible dit et ce que Dieu nous met à cœur de vivre, et on ne peut pas laisser des aspects trop culturels colorer notre position.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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