Adam et Eve: comment les auteurs bibliques ont-ils lu le récit d’Eden? (Episode 101)

Dans l'épisode 101, Guillaume Bourin et Florent Varak vont discuter de la place du récit de la création dans la Bible en général. Est-ce que les auteurs bibliques ont-ils compris la Genèse de manière littérale? La réponse est affirmative, et Guillaume nous en donne les preuves, Bible en main.

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Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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19 thoughts on “Adam et Eve: comment les auteurs bibliques ont-ils lu le récit d’Eden? (Episode 101)

  1. Merci pour une discussion excellente et biblique !

    1. Florent Varak dit :

      Merci!

  2. Benoît Hébert dit :

    Chers Guillaume et Florent, nous sommes absolument d’accord, pour Paul, Pierre et les auteurs de l’AT, Adam était historique, le déluge était universel, Dieu a créé le monde en six jours…

    Nous n’avons plus que deux possibilités en tant que chrétiens.

    Ou bien nous recevons ces choses comme des vérités de foi, au même titre que les révélations spirituelles de la Bible sur le péché de l’homme et le plan éternel de salut en JC.

    A ce moment là, nous n’avons pas d’autre possibilité que de rejeter en bloc toutes les découvertes de la science : la physique et la cosmologie, toute la géologie et la biologie moderne. Tout ce qu’on enseigne à nos enfants depuis la maternelle est un énorme mensonge diabolique, et nous sommes les victimes d’un aveuglement collectif monstrueux. Les chrétiens qui participent ou ont participé de bonne foi à ces découvertes sont dans une erreur manifeste, à moins qu’ils ne cherchent à préserver leur emploi…Bref, l’heure est grave.
    Le monde a quelques milliers d’années, les hommes descendent exclusivement d’Adam, voire de Noé et de sa famille, et les espèces vivantes actuelles, de l’Antarctique à l’Australie, descendent des animaux recueillis dans l’arche…

    Ou bien on se dit qu’effectivement, Dieu n’a pas dans la Bible « révélé » ces choses aux auteurs inspirés parce que ce n’était pas son « problème » principal, et que nous sommes libres aujourd’hui, et c’est passionnant, de découvrir ces choses par les outils rationnels qu’il a donnés à l’homme.

    Je remarque que la première solution est surtout adoptée par des personnes (pardonne moi) qui n’ont pas de formation scientifique et ne sont absolument pas conscientes de la cohérence intellectuelle des découvertes de la géologie, de la physique et de la biologie…aussi incomplètes soient-elles. On reste dans une bulle dogmatique, basée sur un présupposé qui est une extrapolation pure et simple de la notion d’inspiration: l’innérance scientifique et historique de la Bible.

    Je remarque aussi que cette option pose des problèmes de cohérence insurmontable à la plupart des chrétiens qui sont bien informés en matière scientifique.

    l’interprétation du principe d’accommodation par Guillaume à la fin du pot cast montre qu’il n’a pas bien compris (pardonne moi) comment ceux qui l’ont adopté s’en servent (du moins tel que je l’ai lu chez Peter Enns ou Denis lamoureux…). Le principe d’accommodation ne consiste pas à croire que Dieu a inspiré des choses « fausses » historiquement ou scientifiquement pour avoir à les corriger ensuite. Il consiste à croire que Dieu n’a pas chercher à modifier ces conceptions dans la révélation de son message d’ordre spirituel…elles ne font tout simplement pas partie de la révélation

    1. Florent Varak dit :

      Bonjour Benoît. Merci pour ta contribution. Je vais répondre. J’ai juste besoin d’une précision. Tu écris: « pour Paul, Pierre et les auteurs de l’AT, Adam était historique ». Dirais tu également que c’est aussi le cas pour Jésus?

      1. Benoît Hébert dit :

        Je n’en sais rien. Je ne vois aucun passage du NT qui me permette de le dire. Son allusion au « commencement » est bcp trop floue. Par contre, Jésus fait mention du déluge…et sur cette base certain pense qu’il valide la réalité du déluge universel. Je ne pense pas que ce soit vrai sans que cela porte atteinte à son identité divine. Jésus ne savais pas tout dans son incarnation…il ne connaissait pas la date de son retour, il a affirmé que la graine de moutarde était la plus petite « de toute la terre » alors qu’il en existe de plus petites…ce n’est vraiment pas le problème. Tout ça, ce sont nos attentes occidentales rationalistes sur un texte dont ce n’est absolument pas la vocation…Jésus n’avait pas la connaissance scientifique « parfaite » de la réalité, c’est évident dans son enfance, pourquoi cela poserait-il un pb à l’âge adulte? https://www.scienceetfoi.com/deluge-noe-nouveau-testament/

        1. Florent Varak dit :

          Bonjour Benoît. Merci encore de ta contribution.

          Une remarque mineure. Je perçois qu’il n’est pour toi pas possible d’être scientifique et créationniste avec une lecture plus directe du texte. C’est dommage. Des professeurs et des chercheurs ne partagent pas la vision darwinienne de l’origine de la vie. Les reléguer au rang des gens peu familiers de la science (ce que tu peux dire de moi sans t’excuser !) manque de noblesse. Il serait préférable de répondre à leurs arguments. Je note aussi que ton approche est réductrice et binaire : « rejeter tout en bloc toutes les découvertes de la science ». Cela présuppose que la théorisation des observations est achevée et définitive (cosmologie, évolution, etc.). N’est-ce pas s’avancer trop ? S’il y a débat entre scientifiques, indépendamment de toute perspective biblique, c’est que la messe n’est peut-être pas encore dite sur tous ces sujets ! Par ailleurs, tout n’est pas aussi binaire. Concevoir un Adam historique et père de la race humaine ne force pas une lecture 24heuriste. Il y a encore beaucoup de nuances possibles dans l’interprétation du texte.

          Quelques remarques majeures.

          A te lire, nous aurions donc Jésus-Christ, l’auteur initial et le soutien actuel de la création (Co 1.16, Hé 1.3), celui-là même qui a enseigné avec autorité (Lc 4.32), sans considération de personne (20.21), ce Dieu-Homme ne parlerait pas en témoin de ce qu’il a lui-même réalisé. Il se plierait à des mythes primitifs grossiers, tenant des propos qui pourtant sont loin d’être flous : « Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme » (Mc 10.6 ; cf. Mt 19.1s). Jésus, et le Saint Esprit qui a inspiré ces récits, voudraient plaire à qui ? S’accommoder de quelle pensée ? Lui qui a repris les compréhensions erronées des Pharisiens, il adopterait une cosmologie erronée ?!

          Par ailleurs, quand tu écris « Jésus n’avait pas la connaissance scientifique « parfaite » de la réalité, c’est évident dans son enfance, pourquoi cela poserait-il un pb à l’âge adulte? » j’espère que tu ne veux pas dire qu’il n’était pas omniscient ! Ce serait une erreur théologique majeure (pardonne moi…). En aucun cas l’incarnation ne l’a privé de ses attributs divins. Il a seulement choisi de ne jamais faire usage de ces prérogatives divines indépendamment de la volonté du Père. Il pouvait autant connaître la pensée intime d’une personne – ou s’interroger quant à la présence de figues sur un arbre. Par ailleurs, aucune approximation n’est possible dans les propos qu’il a tenus : la véracité de chaque mot est garantie par la nature même de sa divinité (tout comme est garantie la moralité de chacune de ses pensées, paroles et actions). Je suis donc particulièrement perplexe lorsque tu soulignes que les propos de Jésus sur la graine ne seraient pas fondamentalement vrais. (D’ailleurs, ce problème est depuis longtemps résolu sans donner aux paroles de Jésus un caractère erroné).

          Je conclus. Je ne sais pas ce qui me gêne le plus : (1) la confiance absolue dans les données actuelles de la science, (2) la négation de la doctrine de l’inerrance, ou (3) l’asservissement de Jésus aux mythes antiques. Les points 2 et 3 touchent à l’essence même de l’autorité du Christianisme, et à la nature morale de la seconde personne de la trinité. Est-ce possible de tenir ce propos même quand on est peu familier de théologie ? Je préfère nettement et catégoriquement maintenir l’intégrité de la bible et de la personne de Christ au prix de la première. Pourquoi sacrifier l’orthodoxie de la christologie et de la bibliologie pour des données forcément vouées à évoluer ?

          Merci encore de ta contribution. Elle me fait réfléchir plus sérieusement aux implications de ce débat.

          Bien amicalement,

        2. Florent Varak dit :

          A priori ma réponse n’apparaît pas – mais je pense pas que ce soit une question de censure :).

          1. ii dit :

            Il y aussi la mention que Jésus fait des «extrémités de la terre» en Actes 1:8. C’est d’ailleurs l’ultime chose qu’il a dit sur Terre.

            Cela voulait-il dire que Jésus ignorait que la Terre était une planète sphérique ? Ou comme pour Adam, comme pour toutes les autres choses il s’est adapté à son auditoire parce qu’il n’était pas venu sur Terre pour faire un cours de biologie, d’histoire ou de géologie ?

          2. Florent Varak dit :

            Bonjour « ii », merci de votre commentaire. Si Jésus ne savait pas que la terre était ronde, il a dû avoir une belle surprise avec son ascension (Ac 1.9)! Plus sérieusement, il me semble impossible d’imaginer que l’auteur de la création (Col 1.16) ne soit pas conscient de la forme de la terre. D’ailleurs, il est erroné de croire que le monde d’alors croyait en une terre plate – c’était l’hypothèse de certains, mais non la pensée universelle et je vous revoie à l’historien médiévaliste Jeffrey B. Russell, Iventing the Flat Earth). En parlant de son retour imprévisible, Jésus emploie emploie deux images: deux personnes qui dorment, ou deux personnes qui travaillent les champs (Lc 17.34-35) – veut-il parler de personnes situées sur deux fuseaux horaires? Ce serait une mauvaise exégèse, bien anachronique, que de le postuler. Il faut surtout prendre le texte dans son intention originale. Pour revenir à Ac 1.8, il s’agit d’une description proverbiale qui reflète la réalité objective du voyageur. Aujourd’hui encore, un journaliste qui dit qu’il est « au bout du monde » ne signifie pas qu’il est arrivé au bord d’un disque et qu’il pourrait s’enfoncer dans les abîmes. L’expression reflète l’effort persévérant d’atteindre des contrées très éloignées du point de départ. J’espère avoir répondu à votre attente. Cordialement,

          3. ii dit :

            Mais évidemment, je suis d’accord.
            Mais s’il est capable de faire des déclarations ou d’utiliser des expression qui ne sont pas propres à la réalité (il y aussi de l’exemple de la graine de moutarde) pour s’adapter à son auditoire alors pourquoi lui refuser la capacité de faire de même avec Adam … ou Job ?!

          4. Florent Varak dit :

            Rebonjour « ii ». Je vous propose de lire la réponse que je viens de poster aux propos de Benoit Hébert (discussion podcast 101). Il y a une grande différence entre une expression proverbiale et la référence à un personnage présenté comme historique. Dans ce second cas, Adam, Job, Abraham, ont une existence réelle. Un proverbe ne désigne pas d’existence propre. Si Jésus parle de personnes qui n’ont aucune existence réelle, il se rend coupable de propos erronés, ou mensongers. Cela nie son statut ontologique de « vérité ». Cela implique une dichotomie entre son humanité et sa divinité qui s’expriment conjointement sans jamais se « contredire ». Cordialement,

          5. Bonjour ii,

            Juste une remarque de forme: on invite les lecteurs du blog à commenter avec leur prénom et nom. Ça permet plus de convivialité, surtout quand c’est dans un débat contradictoire.

            Merci d’avance,

        3. Florent Varak dit :

          Bonjour Benoît. Merci encore de ta contribution.

          Une remarque mineure. Je perçois qu’il n’est pour toi pas possible d’être scientifique et créationniste avec une lecture plus directe du texte. C’est dommage. Des professeurs et des chercheurs ne partagent pas la vision darwinienne de l’origine de la vie. Les reléguer au rang des gens peu familiers de la science (ce que tu peux dire de moi sans t’excuser !) manque de noblesse. Il serait préférable de répondre à leurs arguments. Je note aussi que ton approche est réductrice et binaire : « rejeter tout en bloc toutes les découvertes de la science ». Cela présuppose que la théorisation des observations est achevée et définitive (cosmologie, évolution, etc.). N’ y a-t-il pas, au sein de la communauté scientifique, indépendamment de toute perspective biblique, des débats assez vifs ? Par ailleurs, tout n’est pas aussi binaire. Concevoir un Adam historique et père de la race humaine ne force pas une lecture 24heuriste. Il y a encore beaucoup de nuances possibles dans l’interprétation du texte.

          Quelques remarques majeures.

          A te lire, nous aurions donc Jésus-Christ, l’auteur initial et le soutien actuel de la création (Co 1.16, Hé 1.3), celui-là même qui a enseigné avec autorité (Lc 4.32), sans considération de personne (20.21), ce Dieu-Homme donc, qui ne parlerait pas en témoin de ce qu’il a lui-même réalisé. Il se plierait à des mythes primitifs grossiers, tenant des propos qui pourtant sont loin d’être flous : « Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme » (Mc 10.6 ; cf. Mt 19.1s). Jésus, et le Saint Esprit qui a inspiré ces récits, voudraient plaire à qui ? S’accommoder de quelle pensée ? Lui qui a repris les compréhensions erronées des Pharisiens, il adopterait une cosmologie erronée, fondée sur des mythes ?

          Par ailleurs, quand tu écris « Jésus n’avait pas la connaissance scientifique « parfaite » de la réalité, c’est évident dans son enfance, pourquoi cela poserait-il un pb à l’âge adulte? » J’espère que tu ne veux pas dire qu’il n’était pas omniscient en son incarnation. Ce serait une erreur théologique majeure (pardonne moi…). En aucun cas l’incarnation ne l’a privé de ses attributs divins. Il a seulement choisi de ne jamais faire usage de ces prérogatives divines indépendamment de la volonté du Père. Il pouvait autant connaître la pensée intime d’une personne – ou s’interroger quant à la présence de figues sur un arbre. Aucune approximation n’est possible dans les propos qu’il a tenus : la véracité de chaque mot est garantie par la nature même de sa divinité (tout comme elle garantit la perfection morale de chacune de ses pensées, paroles et actions). Je suis donc particulièrement perplexe lorsque tu penses que Jésus « n’avait pas la connaissance scientifique parfaite » ou que ses propos sur la graine ne seraient pas fondamentalement vrais. (D’ailleurs, ce problème est depuis longtemps résolu sans donner aux paroles de Jésus un caractère erroné).

          Pour conclure, je ne sais pas ce qui me gêne le plus : (1) la confiance absolue dans les données actuelles de la science, (2) la négation de la doctrine de l’inerrance, ou (3) la minimisation de la connaissance de Christ, ou (4) l’asservissement de Jésus aux mythes antiques. Les points 2 à 4 touchent à l’essence même de l’autorité du Christianisme, et à la nature morale de la seconde personne de la trinité. Je préfère nettement et catégoriquement maintenir l’intégrité de la bible et de la personne de Christ au prix de la première. Pourquoi sacrifier l’orthodoxie de la christologie et de la bibliologie pour des données forcément vouées à évoluer ?

          Merci encore de ta contribution. Elle me fait réfléchir plus sérieusement aux implications de ce débat.

          Bien amicalement,

          1. Benoît Hébert dit :

            bonjour Florent,
            je remarque que tu repousses la réponse à mes questions toujours plus loin…
            Je ne sais pas ce que tu appelles « créationniste » ? Si c’est croire par exemple que Dieu a créé la terre et l’univers il y a 6000 ans en 6 jours de 24 heures, je ne crois pas en effet que ce soit compatible avec une démarche scientifique sérieuse. Je n’ai pas la vision d’une science qui a « achevée sa théorisation », il y a simplement suffisamment de données convergentes et indépendantes pour affirmer que l’univers a plusieurs milliards d’années et que l’évolution des espèces a eu lieu, au delà du doute « raisonnable ». Cela ne veut pas dire que l’on ait acquis une connaissance parfaite et achevée. ne confondons pas la méthode que Dieu a choisi pour créer, une lecture littérale de Genèse, et le fait qu’il est le Créateur…
            Je trouve ironique que tu « défendes » un adam historique dans un schéma non 24 heuriste, alors que tu sembles défendre une interprétation littérale des jours de Genèse 1…

            J’avais bien compris où tu voulais m’amener avec ta question concernant Jésus…je ne l’ai pas esquivée. Pour toi Jésus était omniscient quand il était sur la terre ? à 1 mois, à 6 mois, à 12 ans, à 33 ans ? à quel moment cette omniscience lui a t elle était fournie ? concernant la date de son retour ? était il aussi omniprésent ? sur mars et la terre en même temps? J’ai en effet la vision d’un Christ pleinement homme et pleinement Dieu qui a renoncé volontairement et momentanément à certains de ses attributs divins et qui dépendait de la prière, de la révélation du Saint Esprit.. pour discerner les pensées des hommes et accomplir des miracles.

            donc (1) je n’ai pas une confiance absolue dans les données de la science https://www.scienceetfoi.com/ce-quon-sait-ce-quon-sait-quon-ne-sait-pas-et-ce-quon-ne-sait-pas-quon-ne-sait-pas/ (2) je n’ai pas la même définition de l’innérance que toi (3) je ne crois pas que Jésus savais tout sur tout dans son humanité et je crois que c’est fondé bibliquement et je ne vois pas où est le pb, (4) Jésus a très bien pu se servir d’un récit comme le déluge qu’on pensait universel pour faire passer une vérité spirituelle, où est le pb ?

          2. Florent Varak dit :

            Bonjour Benoit,

            Je me réjouis que la discussion glisse sur la christologie, sujet autrement plus important.

            Mais rapidement, tu as raison, les définitions comptent (la taxonomie est le privilège de l’humain, cf. Gn 2.20 !) : « créationniste », dans notre discussion, se réfère à la création directe d’un premier couple fondateur de la race humaine. C’est le thème de ces podcasts, et c’est également la limite de notre propos. Elle s’oppose à la notion d’émergence progressive de l’humain à partir de formes inférieures de vie, avec un surgissement symbolique d’Adam et Eve au sein d’un troupeau d’hominidés. C’est dans ce cadre sémantique que nous utilisons le terme. La narrative biblique, unie par l’inspiration de l’Esprit (2 Tm 3.16 ; 2 Pi 1.20s), se fonde sur la réalité historique d’un premier couple, dont l’existence est reprise en beaucoup d’autres passages. Ce n’est pas le cas de la durée des jours de création. Ce n’est en tout cas pas notre débat. Tu peux le trouver ironique à souhait, mais simplement, on ne se pose cette question ni dans ces podcasts ni dans cette correspondance.

            Merci de ne pas avoir esquivé la question. En fait elle révèle une question majeure de christologie. L’incarnation n’a jamais privé Christ de sa divinité. Ni à 1 mois ni à 6 mois ni à 30 ans. Jésus s’est dépouillé de sa gloire, mais non de sa divinité. Cette double nature (humaine et divine), parfaitement unie en une personne, ne permet aucune dissonance. Prenons l’exemple de son omnipuissance : il l’a utilisée pour calmer la tempête ou pour transformer de l’eau en (bon) vin. Mais il ne l’a pas toujours utilisé – il a connu la faim, la soif, et s’est livré à ses bourreaux. Et il n’a jamais usé imparfaitement de son omnipotence : elle était toujours adéquate, complète, juste, alignée avec les œuvres que le Père l’a envoyées réaliser. Passons maintenant à l’omniscience. Comme indiqué dans la correspondance précédente, il a surnaturellement connu la pensée des gens qui étaient avec lui, comme il a choisi parfois de restreindre sa connaissance – il s’est renseigné sur certains sujets. Toutefois, en aucun cas son apprentissage ou son expression de connaissance n’a pu être entachée d’une erreur factuelle et objective à la réalité car alors il n’y aurait plus d’unité de personne de ses deux natures. Une parole qui ne serait pas juste ou vraie (à 3 ans, 12 ans, ou 30 ans) serait une négation ontologique de celui qui est « vérité » (Jn 14.6), et « du Dieu qui ne ment pas » (Ti 1.2). Qu’il ne se soit pas prononcé sur des sujets (certains comprennent ainsi le fait qu’il ne « connaissait » pas le jour ni l’heure de son retour) est très différent que de s’être prononcé de façon erronée. Dans le premier cas il y a une limitation de l’utilisation de son omniscience, dans l’autre il y a une violation de l’omniscience. Ceci touche à l’intégrité morale propre à Christ, et ferait « exploser » son impeccabilité, garante du salut. Je ne connais aucun théologien orthodoxe qui définirait la kenose de cette manière. Je t’encourage à prendre notre dialogue pour le faire analyser par des théologiens systématiciens (je n’en suis pas un, et je serais tout autant prêt à recevoir une instruction plus fine) parce que pour le coup, il me semble qu’un socle fondamental du Christianisme est plus que fragilisé.

            « Je n’ai pas la même définition de l’innérance que toi ». Tu as le droit ! Mais ce n’est pas la mienne qui compte. Lorsque des dizaines de théologiens se sont rassemblés pour définir l’inerrance, ils ont formulé une position reconnue par les chrétiens orthodoxes du monde entier. Et ce n’est pas une invention récente. Les Pères de l’Église, les Réformateurs ont tous défendu l’inspiration de l’Ecriture et sa véracité. Ils n’ont pas abouti à une inerrance partielle, ce qui d’ailleurs est un oxymore. Qu’il y ait des interprétations divergentes est une chose. Que le texte soit partiellement inspiré réduit intégralement la nature même de son autorité.

            De ces deux points, je conclus, contrairement à ton propos que Jésus n’a pas pu « se servir d’un récit comme le déluge » s’il n’a pas eu lieu. Parce qu’il se rendrait complice d’une erreur historique et scientifique, parce qu’il s’appuierait sur un texte trompeur (donc mensonger). En cela il renierait son propre statut de « vérité », et le Dieu-Homme s’étant trompé, aurait reçu une tache morale qui l’empêcherait d’être le parfait Agneau de Dieu. Et enfin, parce qu’il aurait menti sur le statut du texte biblique qu’il défend pour ailleurs pour vrai (cf. Mt 5.18, Lc 11.51, Lc 16.29, 24.44, etc.). J’insiste. Ne pas tout dire est bien différent que de dire ce qui est faux.

            Quand la discussion sur nos origines concerne l’herméneutique, on est peut avoir des avis différents. Quand on touche au statut de l’Ecriture et au statut de la personne de Christ, c’est beaucoup plus solennel. Nous touchons là le cœur du christianisme.

            Bien cordialement,

          3. Benoît Hébert dit :

            bonjour Florent

            merci de continuer la discussion dans un climat fraternel et apaisé. je comprends bien que tu sois très sensible au fait que l’on ne définisse pas l’inspiration de la Bible comme toi, mais je regrette un peu ta façon de définir cette façon de voir comme le « christianisme biblique », ou « orthodoxe »…j’ai bien peur que ta définition de l' »orthodoxie » même évangélique » ne laisse sur le carreau un grand nombre de tes frères et soeurs qui se disent « évangéliques ».

            Dis moi si je me trompe, mais en gros, puisque Jésus fais référence au déluge qui « les emporta tous » sauf noé et sa famille recueillis dans l’arche, il valide donc cette vérité au plan historique par sa divinité, ce qui fait de tous ceux qui ne croient pas à un déluge universel (à cause des progrès de la géologie) des hérétiques, niant par là l' »omniscience » du Christ…ça fait du monde chez les évangéliques…

            Au fond, concernant les limitations des connaissances de Jésus homme, nous sommes d’accord en partie : il ne savait pas tout sur tout, il s’est limité lui même dans son incarnation. Il a du apprendre son métier de charpentier, il a probablement fait des erreurs de construction, s’est tapé sur les doigts avec son marteau, a oublié des outils à la maison…bref, il a du apprendre parce qu’il n’avait pas la science infuse…je ne pense pas que ce soit blasphématoire de voir Jésus comme ça. J’ai l’impression que tu en fais un superman sous forme humaine qui n’avait rien besoin d’apprendre. « il a grandi en sagesse et en grâce… »
            Si effectivement tu refuses, soit que Jésus, comme ses contemporains, ait cru que le déluge avait été universel, soit qu’il le savait par révélation mais qu’il s’est servi de cette histoire pour enseigner une vérité, se mettant au niveau de ses auditeurs, tous ceux qui ne croient pas dans un déluge universel sont des hérétiques, niant la pleine divinité du Christ et sa perfection, ce qui n’est pas rien, et tu fais parti du dernier carré des défenseurs de l’orthodoxie biblique et évangélique !

            J’ajoute un lien vers l’excellent article de david vincent (avec qui je ne suis pas forcément en accord sur tous les sujets) http://didascale.com/inerrance-biblique-infaillibilite-bible/ montrant que la référence à l’histoire est fausse.

          4. Florent Varak dit :

            Bon, je continue encore une fois mais je pense que tu seras d’accord qu’on ira pas trop plus loin.

            Je suis gêné que tu m’enformes dans « ma » définition de l’inerrance. Celle de Chicago n’est pas la mienne ! J’ai également eu le privilège de suivre un cours sur l’inerrance de la Bible avec Henri Blocher en Master de Recherche. J’ai énormément appris à son contact et son propos était d’une orthodoxie irréprochable, et mieux argumentée que la mienne ! Comme tu le sais je ne suis pas forcément à l’aise avec ses conclusions sur le thème qui nous préoccupe (quoi que je ne sais définir sa conviction précise sur Adam et Eve). Toutefois, à ma connaissance, aucun professeur de Vaux ne signerait l’idée d’une inerrance partielle ! Idem pour la fac Jean Calvin d’Aix. Je ne suis pas le juge des cœurs (fort heureusement !) mais une inerrance partielle est précisément l’éloignement de l’orthodoxie. Je vous propose de leur proposer un article de théologie en faveur d’une inerrance partielle pour voir si cela entre dans leurs conceptions doctrinales.

            Tu ne te trompes pas en me citant. C’est partiel (parce que Marc 10.6 complète ce propos et que ce que la Bible rapporte de Jésus est aussi vrai que ce qu’elle dit par Paul, Pierre, Jean, Jude au sujet d’Adam et Eve, du déluge, d’Abraham, etc.) mais c’est bien ce que je dis. J’apprécie que tu dises correctement ma position.

            J’ai pris le temps de faire lire ma compréhension à un théologien et un prof de christologie. J’ai relu les diverses systématiques en ma possession. Je pense (pardonne moi…) que tu dois revoir / approfondir ta compréhension de l’humanité de Christ. La caricature du superman est facile, je n’y souscris aucunement. J’ai écrit un livre et un article qui s’intéresse plus profondément à l’humanité de Christ. Aucun de mes propos ne te permet de m’attribuer cette conception de Jésus, de près ou de loin.

            S’il y a forcément une part de mystère magnifique à méditer sur la transcendance qui s’incarne, il n’y a véritablement aucune possibilité de prêter à Christ un propos erroné sans nier son statut de « Vérité ». Il l’est dans son être. Son humanité n’a jamais transgressé les attributs de sa personne, également divine. Ses pensées face à la prostituée qui lui lavait les pieds sont restées saintes. Son amour pour les perdus demeure même dans le sac des marchants du Temple. Il n’a pas tout dit – mais tout ce qu’il a dit était pleinement, authentiquement, factuellement vrai, parce qu’il est Vérité, et Dieu de vérité. Un mythe penche du côté de la fausseté, et ne peut faire partie de sa référence. Une dernière fois : ne pas savoir, apprendre, ne rien dire, dire partiellement – aucun problème. Dire faussement est tout simplement impossible.

            Votre défi serait de trouver une interprétation plausible des propos de Jésus. Cela serait orthodoxe (évoquez un déluge local par exemple est une interprétation…). Mais lui faire dire des propos qui reflètent une vue erronée de la réalité, c’est atteindre à son essence. Quant aux conclusions que tu en tires, tu vires de nouveau dans la caricature. Ce sont tes mots : hérétiques, dernier carré des défenseurs de l’orthodoxie biblique et évangélique. Ils t’appartiennent.

            Au-delà de la forme, les idées reflètent des vérités. Je te propose d’interroger de nouveau les éminents théologiens que nous avons à Vaux et à Aix avec cette question : « Jésus peut il avoir tenu des propos erronés sur la réalité qu’il a décrite ». Je serais heureux de lire leur retour et me repentir de mes propres erreurs – mais conçois-tu que cela pourrait être l’inverse ?

            Bien amicalement, et avec la plus grande paix et l’amour que nous confère l’Esprit !

          5. Florent Varak dit :

            Bonjour Benoit,

            Je me réjouis que la discussion glisse sur la christologie, sujet autrement plus important.

            Mais rapidement, tu as raison, les définitions comptent (la taxonomie est le privilège de l’humain, cf. Gn 2.20 !) : « créationniste », dans notre discussion, se réfère à la création directe d’un premier couple fondateur de la race humaine. C’est le thème de ces podcasts, et c’est également la limite de notre propos. Elle s’oppose à la notion d’émergence progressive de l’humain à partir de formes inférieures de vie, avec un surgissement symbolique d’Adam et Eve au sein d’un troupeau d’hominidés. C’est dans ce cadre sémantique que nous utilisons le terme. La narrative biblique, unie par l’inspiration de l’Esprit (2 Tm 3.16 ; 2 Pi 1.20s), se fonde sur la réalité historique d’un premier couple, dont l’existence est reprise en beaucoup d’autres passages. Ce n’est pas le cas de la durée des jours de création. Ce n’est en tout cas pas notre débat. Tu peux le trouver ironique à souhait, mais simplement, on ne se pose cette question ni dans ces podcasts ni dans cette correspondance.

            Merci d’avoir répondu concernant Christ. Cette question révèle une question majeure de christologie. L’incarnation n’a jamais privé Christ de sa divinité. Ni à 1 mois ni à 6 mois ni à 30 ans. Jésus s’est dépouillé de sa gloire, mais non de sa divinité. Cette double nature (humaine et divine), parfaitement unie en une personne, ne permet aucune dissonance. Prenons l’exemple de son omnipuissance : il l’a utilisée pour calmer la tempête ou pour transformer de l’eau en (bon) vin. Mais il ne l’a pas toujours utilisé – il a connu la faim, la soif, et s’est livré à ses bourreaux. Et il n’a jamais usé imparfaitement de son omnipotence : elle était toujours adéquate, complète, juste, alignée avec les œuvres que le Père l’a envoyées réaliser. Passons maintenant à l’omniscience. Comme indiqué dans la correspondance précédente, il a surnaturellement connu la pensée des gens qui étaient avec lui, comme il a choisi parfois de restreindre sa connaissance – il s’est renseigné sur certains sujets. Toutefois, en aucun cas son apprentissage ou son expression de connaissance n’a pu être entachée d’une erreur factuelle et objective à la réalité car alors il n’y aurait plus d’unité de personne de ses deux natures. Une parole qui ne serait pas juste ou vraie (à 3 ans, 12 ans, ou 30 ans) serait une négation ontologique de celui qui est « vérité » (Jn 14.6), et « du Dieu qui ne ment pas » (Ti 1.2). Qu’il ne se soit pas prononcé sur des sujets (certains comprennent ainsi le fait qu’il ne « connaissait » pas le jour ni l’heure de son retour) est très différent que de s’être prononcé de façon erronée. Dans le premier cas il y a une limitation de l’utilisation de son omniscience, dans l’autre il y a une violation de l’omniscience. Ceci touche à l’intégrité morale propre à Christ, et ferait « exploser » son impeccabilité, garante du salut. Je ne connais aucun théologien orthodoxe qui définirait la kenose de cette manière. Je t’encourage à prendre notre dialogue pour le faire analyser par des théologiens systématiciens (je n’en suis pas un, et je serais tout autant prêt à recevoir une instruction plus fine) parce que pour le coup, il me semble qu’un socle fondamental du Christianisme est plus que fragilisé.

            « Je n’ai pas la même définition de l’innérance que toi ». Tu as le droit ! Mais ce n’est pas la mienne qui compte. Lorsque des dizaines de théologiens se sont rassemblés pour définir l’inerrance, ils ont formulé une position reconnue par les chrétiens orthodoxes du monde entier. Et ce n’est pas une invention récente. Les Pères de l’Église, les Réformateurs ont tous défendu l’inspiration de l’Ecriture et sa véracité. Ils n’ont pas abouti à une inerrance partielle, ce qui d’ailleurs est un oxymore. Qu’il y ait des interprétations divergentes est une chose. Que le texte soit partiellement inspiré réduit intégralement la nature même de son autorité.

            De ces deux points, je conclus, contrairement à ton propos que Jésus n’a pas pu « se servir d’un récit comme le déluge » s’il n’a pas eu lieu. Parce qu’il se rendrait complice d’une erreur historique et scientifique, parce qu’il s’appuierait sur un texte trompeur (donc mensonger). En cela il renierait son propre statut de « vérité », et le Dieu-Homme s’étant trompé, aurait reçu une tache morale qui l’empêcherait d’être le parfait Agneau de Dieu. Et enfin, parce qu’il aurait menti sur le statut du texte biblique qu’il défend pour ailleurs pour vrai (cf. Mt 5.18, Lc 11.51, Lc 16.29, 24.44, etc.). J’insiste. Ne pas tout dire est bien différent que de dire ce qui est faux.

            Quand la discussion sur nos origines concerne l’herméneutique, on est peut avoir des avis différents. Quand on touche au statut de l’Ecriture et au statut de la personne de Christ, c’est beaucoup plus solennel. Nous touchons là le cœur du christianisme.

            Bien cordialement,

  3. Florent Varak dit :

    Les commentaires qui suivent utilisent des concepts définis plus précisément ailleurs. L’inerrance a été définie par des pasteurs et théologiens en 1978 (1ère déclaration de Chicago) publiée en français sur la revue réformée: http://larevuereformee.net/articlerr/n197/3-sur-linerrance-biblique-1re-declaration-de-chicago-28-octobre-1978. La seconde déclaration de Chicago (1982) s’est intéressée à l’interprétation : http://larevuereformee.net/articlerr/n197/4-sur-lhermeneutique-biblique-2e-declaration-de-chicago-13-novembre-1982. La troisième (1986) aux implications de cette doctrine: http://larevuereformee.net/articlerr/n197/5-sur-lapplication-de-lenseignement-biblique-3e-declaration-de-chicago-1986.
    Par ailleurs, j’ai écrit pour Evangile21 une défense de l’inerrance (https://evangile21.thegospelcoalition.org/article/quest-ce-que-linerrance/) mais il faut s’inscrire pour recevoir le livret complet. Vous y trouverez notamment la réponse au « problème » mentionné à deux reprises « de la plus petite graine ».

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