Adam et Eve: comment les auteurs bibliques ont-ils lu le récit d’Eden? (Episode 101)

Dans l'épisode 101, Guillaume Bourin et Florent Varak vont discuter de la place du récit de la création dans la Bible en général. Est-ce que les auteurs bibliques ont-ils compris la Genèse de manière littérale? La réponse est affirmative, et Guillaume nous en donne les preuves, Bible en main.

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– FV : Bonjour et bienvenue sur « Un pasteur vous répond » (toutpoursagloire.com).

– GB : Deux pasteurs vous répondent.

– FV : Ah merci beaucoup ! La correction est très légitime, je suis accompagné de Guillaume Bourrin qui m’accompagne pour répondre aux questions sur l’historicité d’Adam et Ève. On a reçu pas mal de questions sur cet aspect de la Bible, et j’ai pensé qu’on pouvait combiner nos compétences, très limitées quand même, mais on fait ce qu’on peut pour offrir une perspective qui permettra aux auditeurs de réfléchir et de naviguer dans un ensemble d’options. Et dans ce podcast, on essaie de voir comment le récit biblique de Genèse est cité dans d’autres passages de l’Écriture. Alors, la question toute simple Guillaume, toi qui es un spécialiste de l’inter textualité?

– GB : J’essaie de l’être en tout cas, on va voir si je le suis vraiment avec ce podcast !

– FV : Toi qui creuses la question à un niveau académique, j’aimerais que tu nous dises un peu comment le reste de la Bible fait écho à ce récit de Genèse 1 à 3.

– GB : La question est ici de savoir comment des auteurs bibliques, entre guillemets “ultérieurs” ont lu le récit d’Éden?

– FV : Tout à fait.

– GB : Dans le podcast de la semaine dernière, on s’était posé la question de la réception de Genèse 1 à 11 dans sa forme canonique par la communauté de foi, c’est-à-dire les premiers lecteurs; on s’était demandé comment ils comprenaient ce texte. On avait distingué ensemble deux grandes approches possibles. Soit ils recevaient le texte de manière narrative, littérale, historique (on avait dit qu’on n’aimait pas trop le mot littéral mais que l’expression “une lecture historique” nous convenait bien); soit, et c’est la deuxième option, ils recevaient le texte de manière littéraire, mettant l’emphase sur le cadre littéraire qui enveloppe et englobe Genèse 1 et 2 notamment, et d’autres passages en suivant  (mais on s’est focalisé sur Genèse 1 et 2). Et nous, ce qu’on a conclu, c’est que la lecture de la communauté de foi était très probablement – même nécessairement selon moi – littérale, historique, narrative, C’est ce qu’on a conclu; maintenant, la question est: est-ce la même chose pour les auteurs bibliques ultérieurs? Ce qui renforcerait notre point de vue.

– FV : Oui, tout à fait. Juste pour préciser les choses: ceux qui lisent le récit de manière historique considèrent évidemment assez naturellement qu’Adam et Ève sont des personnages historiques, premier couple duquel est issu l’ensemble de l’humanité.

– GB : Ce que Lydia Jaeger appelle un goulot d’étranglement, c’est-à-dire un homme et une femme à l’origine de toute l’humanité.

– FV : Et pour elle, ça lui paraît exclu, au regard des données de la science, un rituel. Bien sûr cela ouvre la porte; cette perspective est possible que Adam et Ève ne soient pas le premier couple si on a une lecture plus cadre, plus symbolique, littéraire. Ce serait comme une parabole qui nous serait donnée, une parabole historique. Alors, dis-nous un peu comment le reste de l’Écriture parle d’Adam et Eve et de cette première semaine de création.

– GB : Absolument. La question qu’on se pose, soyons clairs et francs avec nos auditeurs, est la suivante:  les auteurs bibliques ultérieurs lisaient-ils Genèse 1 à 3 ou même Genèse 1 à 11 de manière littérale?

– FV : C’est ça.

– GB : La réponse que j’apporte, selon ma conviction, est: oui, ils lisaient ce passage de manière littérale. J’estime qu’il y a plusieurs niveaux de preuves qu’on peut produire, des preuves internes au pentateuque – on va commencer par là – puis des preuves externes au pentateuque mais qui sont consignées dans l’Ancien Testament, et enfin on regardera quelques éléments du Nouveau Testament. Alors, je vous le dis tout de suite, c’est un format podcast, on essaie d’être court, donc je ne veux pas citer tous les arguments; je vais essayer de citer les principaux ou ceux, en tout cas, qui sont le plus parlants pour moi, ok ?

Je commence par les preuves internes au pentateuque et je dirais que la première preuve, cher Florent, c’est la question du sabbat ou du shabbat, tout dépend comment vous le prononcez, et c’est un argument qui pour moi est probablement le plus fort.

– FV : On t’écoute.

– GB : Je ne sais pas si tu sais, mais il y a deux récits qui retracent le don des dix commandements de Dieu directement à Moïse.

– FV : Exode 20 et Deutéronome 5.

– GB : Absolument! Bien évidemment, c’est un récit central, c’est le seul moment où Dieu parle directement à un homme dans la révélation de la loi (le reste, c’est Moïse qui est inspiré et qui l’écrit), c’est le seul moment où Dieu va graver directement ses commandements avec son doigt sur des tables de pierre. Bref, c’est un évènement marquant, fondateur pour Israël, ce n’est pas une petite histoire de rien du tout, c’est vraiment le cœur du pentateuque pour les premiers destinataires et pour ceux qui écrivaient ensuite en reprenant ces éléments-là. Ce qui est très intéressant, c’est qu’il y a un commandement central, le quatrième, sur lequel Dieu va donner une étiologie, une explication des motivations de ce commandement. Très intéressant parce que dans les deux récits, une étiologie est donnée, c’est le seul commandement concerné. Et dans les deux récits, cette étiologie diffère.

– FV : Oui, ça c’est révélateur.

– GB : C’est extrêmement révélateur. Les étiologies diffèrent, elles ne s’opposent pas mais elles diffèrent. En Exode 20, il nous est dit que les enfants d’Israël devront garder le shabbat parce que Dieu a créé le monde en 6 jours et que le septième jour, il s’est reposé: de même Israël, les enfants d’Israël, sont appelés à faire leur ouvrage six jours durant et à se reposer le septième jour pour être exactement dans le repos de Dieu, pour se reposer comme Dieu, ça c’est Exode 20.

– FV : La référence est créationnelle.

– GB : La référence est clairement créationnelle. Maintenant, vous allez dans Deutéronome 5 et vous regardez la réalité qui est manifestée dans ce passage-là. Le quatrième commandement est justifié par une perspective rédemptrice. Là, l’explication du shabbat est donnée en raison de la délivrance que Dieu a accordée à son peuple et de la manière dont  il a fait sortir Israël du pays d’Égypte avec son bras étendu, de la manière dont il a conduit son peuple, de la manière dont il a été son rédempteur, celui qui l’a libéré, racheté, délivré. Ces deux références nous donnent un aperçu de ce que Dieu veut exprimer à travers le quatrième commandement, de ce que Dieu veut exprimer par le shabbat, c’est-à-dire qu’il est un Dieu créateur et un Dieu rédempteur. Ces deux caractéristiques, ces deux attributs, font en réalité de Dieu un Dieu complètement distinct du reste de sa création.

– FV : En quoi cela pèse-t-il sur la lecture littérale ou historique ou cadre de Genèse ?

– GB : Mettez vous déjà dans la tête de la communauté de foi qui pouvait recevoir ce texte, mais surtout dans la tête de ceux qui écrivaient ce texte. De mon avis, je vous l’ai déjà dit, c’est plutôt d’un point de vue traditionnel. Moïse est responsable d’une grande partie du matériel qu’on retrouve dans le pentateuque, en tout cas pour sûr  du deutéronome, et on voit que pour Moïse, et pour ceux qui étaient contemporains de ces évènements, il est évident que le peuple qui allait entrer dans le pays d’Égypte devait comprendre le shabbat comme une référence directe à ce qu’ils avaient vécu ou que leurs pères avaient vécu. Autrement dit, la délivrance du pays d’Égypte, le passage de la mer rouge, le bras étendu, Dieu dans la nuée qui va au devant d’eux, tout cela était historique pour eux si on s’en tient au récit qu’on retrouve dans le livre de l’Exode. De la même manière, il semble qu’une historicité de la motivation soit centrale pour prouver la création de Dieu. Puisque ce qui est dit dans Exode 20 est que Dieu a créé le monde en six jours et s’est reposé le septième, vous devrez vous aussi garder un jour particulier.

– FV : D’accord.

– GB : Comme si cette référence d’un jour particulier faisait écho à un jour particulier de la création.

– FV : Avant qu’on lance l’enregistrement, on a aussi évoqué la question des plaies qui pèsent un peu sur une structure de Genèse, alors raconte-nous un peu comment tu vois les choses.

– GB : Tu veux dire par rapport aux plaies de l’Exode ?

– FV : Oui c’est ça, aux plaies de l’Exode, pardon.

– GB : Voilà, le deuxième argument de la deuxième preuve interne au pentateuque est dans le récit de l’Exode. On a un récit qu’on a décrit aussi dans le podcast précédent: trois groupes de trois plaies ponctués par l’apogée la deuxième plaie (vous savez, c’est l’histoire de la Pâque, le sang sur les linteaux des portes, l’ange exterminateur qui passe et détruit tous les premiers nés sauf ceux des enfants d’Israël, image qui est réutilisée dans le Nouveau Testament pour parler de Jésus. Mais, ce qui est vraiment intéressant, c’est d’observer comment ces plaies sont agencées. À travers la narration de ces plaies, il est évident que le rédacteur de l’Exode veut manifester la supériorité de Dieu, ou du Dieu d’Israël, sur les dieux d’Égypte. C’est évident, d’une manière ou d’une autre c’est ce qu’il veut démontrer, et ce qui est vraiment frappant, c’est cette polémique qui est instaurée entre ce pharaon dieu, on peut le dire comme ça, qui s’endurcit et ne veut pas laisser sortir le peuple, et ce Dieu qui va délivrer son peuple, ce Dieu rédempteur. Or, ce qui est vraiment frappant, c’est que cette  polémique est mise en scène avec les magiciens égyptiens qui vont chercher à reproduire les miracles que Moïse et Aaron réalisent alors qu’ils sont mandatés par Dieu. La première plaie est le Nil changé en sang, le Nil est changé en sang par Moïse et Aaron, et on voit les magiciens qui arrivent et changent eux aussi le Nil en sang.

– FV : Ils font de même.

– GB : Ils font de même. Pour la deuxième plaie, Moïse et Aaron de la même façon font monter des grenouilles depuis le Nil, le fleuve sacré pour les égyptiens, et les grenouilles – c’est complètement dégoutant – se retrouvent dans les lits, dans les casseroles, dans les marmites… enfin, appelez ça comme vous voulez, vous avez des grenouilles partout, c’est infect. Essayez de vous mettre à la place des Égyptiens, des grenouilles pleines de pustules là où vous vous couchez, c’est horrible!

– FV : Tout à fait.

– GB : Et à ce moment-là, vous avez des magiciens égyptiens qui viennent et déclarent: “Pfff! nous aussi on peut faire la même chose”. Et ils font la même chose.

– FV : Ils ne font que rajouter de la souffrance au peuple.

– GB : Oui, c’est clair. C’est une grosse ironie ici dans ce passage de voir que la seule chose que les magiciens égyptiens peuvent faire, par leur pouvoir occulte, c’est de rajouter encore aux souffrances du peuple d’Israël. Alors ça, c’est la manifestation du fait qu’il y a un pouvoir occulte qui permet d’imiter un peu ce que fait Dieu.

– FV : Mais ça change…

– GB : Tout change à la troisième plaie. Qu’est-ce qu’il se passe à la troisième plaie ? Moïse doit ramasser de la poussière, la jeter dans les airs et la poussière se change en poux qui vont recouvrir le pays d’Égypte. Et là, il nous est dit que les magiciens ne parviennent pas, par leur puissance occulte, à imiter le miracle que viennent d’accomplir Moïse et Aaron.

– FV : Oui, et ils disent même que là c’est le doigt de Dieu!

– GB : C’est le doigt de Dieu. Ils voient bien ici qu’il y a quelque chose qui différencie ce Dieu-là, par rapport à ce qui s’est passé auparavant dans les plaies qui ont précédé. Qu’est-ce qu’il se passe ici ? L’usage de la poussière de la Terre fait clairement écho, d’un point de vue intertextuel, au récit de Genèse 1-3. Il est évident que ça fait écho à la création de l’homme, directement tiré de la poussière de la Terre. Le message semble être le suivant: si vous, petits magiciens égyptiens, n’arrivez pas à imiter la puissance de Dieu lorsque, de la poussière de la Terre, il crée des poux, comment pourrez-vous rivaliser avec ce Dieu qui, de la poussière de la Terre, a créé une créature aussi merveilleuse que l’homme (pour paraphraser David)? Je trouve que l’idée est centrale ici et, pour les premiers lecteurs, ce ne pouvait pas être autre chose qu’une référence à la création de l’homme, historique et littérale, à partir de la poussière de la Terre.

– FV : Oui, fascinant comme démonstration, parce qu’elle emprunte des chemins un petit peu différents. Est-ce qu’on a des références plus directes à Adam et Ève dans la suite du récit du l’Ancien Testament?

– GB : Oui,  il y en a, mais elles sont contestées. Vous savez, le mot « Adam » en hébreu peut faire référence à l’homme ou à l’humanité, donc on en a une dans Job 31.33:  « J’ai caché mes transgressions comme Adam » nous dit Job. Certains préfèrent traduire: « J’ai caché mes transgressions comme un homme ». Mais, franchement, quand on pense à cette histoire de cacher les transgressions, ça fait un peu référence aux feuilles de vignes: « Où es-tu mon cher Adam  ? Ben, je suis caché parce que j’ai eu peur”. On dirait vraiment que là, c’est ça.

– FV : Oui, c’est ça. La Bible par la Bible, c’est quand même un principe herméneutique assez important.

– GB : C’est assez important, c’est ce qu’on appelle l’analogie de la foi. Là, en l’occurrence, j’ai vraiment le sentiment qu’on a une référence à Adam. Vous en avez une autre en Osée 6.7: “Comme Adam, ils ont transgressé l’alliance”. Ce qui prouve qu’il y a eu une alliance entre Dieu et Adam; mais aussi, en même temps, on y voit une référence directe à Adam. Ce qui est assez frappant, c’est que Matthieu Richelle reconnaît ici une référence à Adam comme personnage mentionné dans la Genèse; donc il y voit bien cette connexion. De mon point de vue, Osée mentionnait une figure historique . Mais il y a des choses qui sans être aussi explicites, me paraissent encore plus parlantes.

– FV : On t’écoute.

– GB : Je vais y venir. La généalogie qui se trouve en Genèse 5 est régulièrement contestée par les spécialistes.

– FV : Pourquoi ?

– GB : Déjà parce que introduire une généalogie aussi courte juste après un premier homme, – il n’y a que 10 générations – c’est troublant. Et en plus, il faut quand même reconnaître que les âges qui sont mentionnés sont, d’un point de vue du lecteur moderne, complètement ahurissants.

– FV : Improbables.

– GB : Exactement, improbables. Prenez Mathusalem, c’est, je sais plus 946 ou 972, bon peu importe, c’est le plus vieux peu importe: 900 et quelques années (au point où on en est, tant qu’à vivre aussi longtemps, on s’en fiche un peu des dizaines vous voyez ce que je veux dire). C’est ce qui est écrit. Les spécialistes critiques arrivent sur cette section et se disent que c‘est très surprenant. Matthieu Richelle, dans son commentaire sur la Genèse, émet des doutes sur les nombres qui sont employés et du coup, doute de la littéralité de cette généalogie.

– FV : Erreur de copie… ? fabulation… ?

– GB : Pas forcément. Plutôt une construction qui véhiculerait un autre exemple de cadre littéraire, une construction qui aurait un autre but que de décrire une vraie généalogie historique.

– FV : OK, D’accord.

– GB : Nous, on a plutôt le sentiment que les généalogies se succèdent dans tout le fil conducteur de l’histoire de la rédemption, à tel point que ces généalogies sont reprises, certes avec quelques disparités, au début du premier chapitre de Chroniques jusqu’au chapitre 9. On y voit Adam comme un personnage historique (soit dit en passant). C’est quand même assez intéressant de voir que ces généalogies sont cumulées jusqu’à les retrouver, de manière abrégée, au début du Nouveau Testament, au début de l’évangile de Matthieu. Mais moi, ce qui me frappe le plus, c’est l’utilisation intertextuelle qui est faite de cette généalogie de Genèse 5 par des ouvrages plus tardifs.

– FV : Ok

– GB : Je pense à Ruth.

– FV : Ok

– GB : Le livre de Ruth est extrêmement intéressant parce qu’on retrouve une généalogie à la fin de ce récit. Et dans cette généalogie, qui semble être la généalogie de David (comment David en est arrivé là, comment David finalement est devenu roi), on y retrouve un parallèle incroyable de Genèse 5. Déjà, c’est le même type de généalogie royale… Mais je ne vais pas commencer à détailler dans ce podcast les différents types de généalogies qui existent…

– FV : D’accord.

– GB : Mais c’est la même chose. On dirait qu’elle cherche à introduire comment un personnage royal en est arrivé là. La deuxième chose, c’est qu’il y a exactement 10 générations qui sont mentionnées.

– FV : 10 générations…

– GB : 10 générations successives. La troisième chose, c’est que le septième, dans la génération de Genèse 5, c’est Hénoch, personnage de foi, qui marcha avec Dieu, mais qui ne fut plus puisque Dieu l’a pris. Un exemple de foi manifeste. Un homme dans son temps dont la foi est louée, cité en exemple, et on montre comment un homme qui marche avec Dieu est mis en avant au travers d’une position de 7e dans la généalogie. Devinez qui est le 7e dans la généalogie de David, à la fin de Ruth 4?  C’est Boaz! Ces deux généalogies sont mises en parallèle, de telle sorte qu’on a réellement l’impression que Boaz est mis en parallèle avec Hénoch, que le nombre de généalogies sont mises en parallèle les unes avec les autres. Et toutes ces choses tendent à nous faire penser que ces deux généalogies sont en réalité construites pour que les lecteurs fassent la connexion directe entre les deux, en tout cas les lecteurs de Ruth.

– FV : Donc, par rapport à Genèse ?

– GB : Alors là où ça devient vraiment intéressant c’est quand on se demande pourquoi est-ce que Ruth a été écrit ? Mon opinion personnelle est qu’on a affaire à ce que j’appellerais une étiologie, une histoire de l’origine de la royauté de David. Mais les spécialistes les plus brillants, comme Daniel Block dans son récent commentaire de 2016 sur Ruth, arguent que cette étiologie a un but apologétique: il s’agirait d’expliquer comment David est arrivé sur le trône et de montrer pourquoi son origine, d’une femme moabite, serait en fait une origine extrêmement vertueuse. Si c’est le cas (construire une telle généalogie pour faire un parallèle avec la généalogie d’Adam) ayant un but apologétique, il paraît improbable qu’ils aient construit une telle généalogie en s’appuyant sur des faits légendaires, mythiques, paraboliques. L’idée sous-jacente est d’affermir la royauté de David, dans une logique historique. Par conséquent, ces deux généalogies mises en parallèle semblent se faire écho l’une à l’autre et, à mon sens, montrent que les lecteurs de Ruth lisaient la généalogie de Genèse 5 de manière littérale.

– FV : Intéressant… On a parlé brièvement de l’Ancien Testament. Et dans le Nouveau Testament? Les références sont assez nombreuses, on n’a pas le temps de les voir toutes, mais j’aimerais bien que tu fasses un survol rapide de la manière dont le Nouveau Testament se fait l’écho des données de Genèse 1 à 3.

– GB : Déjà, on pourrait citer l’exemple de Paul qui croyait fermement en un Adam historique. Regardez Romains 5.12 à 21, Paul n’arrête pas de le citer. Regardez 1 Corinthiens 1.15-21, comme tous meurent en Adam tous donc aussi revivront en Christ. Christ est historique pour Paul je le pense, par conséquent, il semble bien sûr que Adam le soit aussi. Vous trouvez une référence aussi à la fin du chapitre de 1 Corinthiens 15; là, c’est des références qui sont extrêmement parlantes. Je reste sur Romains 5.12, pour Paul. Mais regardez comment il met en parallèle le personnage d’Adam avec le personnage de Moïse. Cela paraît complètement hors de sens qu’un juif pharisien de la tribu de Benjamin puisse douter de l’historicité de Moïse! Par conséquent, lorsque Paul met Adam en parallèle avec Moïse, on a vraiment l’impression qu’il met les deux sur un pied d’égalité historique, sans l’ombre d’un doute.

De la même manière, Jude croit en l’historicité d’Adam, d’ailleurs comme en celle d’Hénoch, de la même manière que Paul croyait en l’historicité d’Adam. On pourrait aussi citer Jésus, qui dit que l’homme et la femme, Adam et Ève ont été créés, accrochez vous bien, au commencement de la création. Vous voyez, ce n’est pas l’aboutissement de la création, c’est vraiment au tout début, ils étaient là, ils étaient présents. Paul fait référence à l’épisode de la chute.

– FV : Alors, cette référence-là?

– GB : La référence de?

– FV : Commencement de la création… c’est ?

– GB : C’est dans Marc 10.6, pardonne-moi Florent. Et puis, vous avez une référence aux serpents et à la séduction d’Ève en 2 Corinthiens 11.3, “de même que le serpent séduisit Ève” dit Paul pour exprimer sa crainte aux Corinthiens qu’eux aussi se laissent divertir, se laissent séduire, et on voit bien que pour lui, l’épisode de la chute est réel avec un vrai serpent et avec une vraie Ève. Et puis enfin, on pourrait citer l’épisode de Noé qui est cité par Pierre. Pierre affirme que le monde d’avant périt, submergé par l’eau. On a l’impression qu’il est évident, pour Pierre, que Noé était strictement littéral comme personnage, comme d’ailleurs toute sa famille, les 8 personnes sauvées à travers l’eau, et que c’est tout le monde d’alors, le cosmos, qui a été détruit et non pas une simple région. On voit bien que Pierre, en tout cas, semble croire fermement à un déluge global, universel

– FV : Il ne nous reste que quelques minutes, on arrive sur la fin du podcast. De nombreuses personnes considèrent ces références comme évidentes, il suffit d’ouvrir la Bible pour les lire, mais elles disent: “ Bon, c’est une manière de parler qui reflète les croyances du moment mais pas nécessairement une attestation de la réalité de ce qu’elles décrivent. En d’autres termes, Paul prend la cosmogonie de l’époque et s’emploie à l’utiliser, mais si la cosmogonie de l’époque venait à changer, il faudrait réinterpréter l’ensemble de ces textes ?” Tu en dis quoi ?

– GB : Je pense que c’est valable d’un point de vue moderne de penser de la sorte, mais si on se replace dans le contexte de l’époque dans laquelle les auteurs écrivent le Nouveau Testament, et rédigent leurs écrits, ça ne tient pas la route. Il est évident que Paul veut affirmer une réalité historique présente qu’il a vue, celle de la mort de Christ et de la résurrection de Christ, c’est son kérygme, c’est son message central; et pour enraciner ces vérités, il fait appel à d’autres vérités historiques pour les comparer.

– FV : Oui.

– GB : En l’occurrence, les deux sont mis sur un pied d’égalité.

– FV : On entend parler parfois d’accommodation. Dieu se serait accommodé aux croyances de l’époque pour ne pas les changer, ne pas traumatiser ces personnes qui croyaient en des choses que, aujourd’hui, l’esprit scientifique et moderne ne peut pas tolérer.

– GB : Oui, mais l’accommodation n’implique pas modification. L’accommodation implique que Dieu vient se révéler à l’homme de manière qui lui soit compréhensible mais en aucun cas elle n’implique la modification de traditions, qu’elles soient orales ou écrites, et certainement pas la modification de la tradition d’une révélation que Dieu aurait donnée précédemment. Ce serait un non sens de se dire que Dieu se serait révélé près de 2000 avant l’arrivée de Jésus-Christ pour dévoiler des histoires qui, finalement, auraient été liées à une culture donnée, et qu’au temps de Christ, on aurait gardé les mêmes histoires parce que les peuples auraient été aussi ignares qu’à l’époque. Et puis c’est un petit peu arrogant quand même de penser que nous qui sommes “parvenus”, entre guillemets, à la fin du siècle aurions toute la connaissance nécessaire pour comprendre la littérature inspirée bien mieux que ceux qui prétendaient eux-mêmes être inspirés. Enfin, il y a quand même une logique défaillante: ce dont il faut se souvenir, c’est que cette accommodation ne veut pas dire modification, ne veut pas dire corruption, je pense que c’est là la clé pour comprendre ce principe d’accommodation.

– FV : Très bien, merci beaucoup Guillaume, et on va justement regarder les enjeux de cette question de l’historicité d’Adam et Ève dans un prochain podcast.

– GB : Merci.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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19 thoughts on “Adam et Eve: comment les auteurs bibliques ont-ils lu le récit d’Eden? (Episode 101)

  1. Merci pour une discussion excellente et biblique !

    1. Florent Varak dit :

      Merci!

  2. Benoît Hébert dit :

    Chers Guillaume et Florent, nous sommes absolument d’accord, pour Paul, Pierre et les auteurs de l’AT, Adam était historique, le déluge était universel, Dieu a créé le monde en six jours…

    Nous n’avons plus que deux possibilités en tant que chrétiens.

    Ou bien nous recevons ces choses comme des vérités de foi, au même titre que les révélations spirituelles de la Bible sur le péché de l’homme et le plan éternel de salut en JC.

    A ce moment là, nous n’avons pas d’autre possibilité que de rejeter en bloc toutes les découvertes de la science : la physique et la cosmologie, toute la géologie et la biologie moderne. Tout ce qu’on enseigne à nos enfants depuis la maternelle est un énorme mensonge diabolique, et nous sommes les victimes d’un aveuglement collectif monstrueux. Les chrétiens qui participent ou ont participé de bonne foi à ces découvertes sont dans une erreur manifeste, à moins qu’ils ne cherchent à préserver leur emploi…Bref, l’heure est grave.
    Le monde a quelques milliers d’années, les hommes descendent exclusivement d’Adam, voire de Noé et de sa famille, et les espèces vivantes actuelles, de l’Antarctique à l’Australie, descendent des animaux recueillis dans l’arche…

    Ou bien on se dit qu’effectivement, Dieu n’a pas dans la Bible « révélé » ces choses aux auteurs inspirés parce que ce n’était pas son « problème » principal, et que nous sommes libres aujourd’hui, et c’est passionnant, de découvrir ces choses par les outils rationnels qu’il a donnés à l’homme.

    Je remarque que la première solution est surtout adoptée par des personnes (pardonne moi) qui n’ont pas de formation scientifique et ne sont absolument pas conscientes de la cohérence intellectuelle des découvertes de la géologie, de la physique et de la biologie…aussi incomplètes soient-elles. On reste dans une bulle dogmatique, basée sur un présupposé qui est une extrapolation pure et simple de la notion d’inspiration: l’innérance scientifique et historique de la Bible.

    Je remarque aussi que cette option pose des problèmes de cohérence insurmontable à la plupart des chrétiens qui sont bien informés en matière scientifique.

    l’interprétation du principe d’accommodation par Guillaume à la fin du pot cast montre qu’il n’a pas bien compris (pardonne moi) comment ceux qui l’ont adopté s’en servent (du moins tel que je l’ai lu chez Peter Enns ou Denis lamoureux…). Le principe d’accommodation ne consiste pas à croire que Dieu a inspiré des choses « fausses » historiquement ou scientifiquement pour avoir à les corriger ensuite. Il consiste à croire que Dieu n’a pas chercher à modifier ces conceptions dans la révélation de son message d’ordre spirituel…elles ne font tout simplement pas partie de la révélation

    1. Florent Varak dit :

      Bonjour Benoît. Merci pour ta contribution. Je vais répondre. J’ai juste besoin d’une précision. Tu écris: « pour Paul, Pierre et les auteurs de l’AT, Adam était historique ». Dirais tu également que c’est aussi le cas pour Jésus?

      1. Benoît Hébert dit :

        Je n’en sais rien. Je ne vois aucun passage du NT qui me permette de le dire. Son allusion au « commencement » est bcp trop floue. Par contre, Jésus fait mention du déluge…et sur cette base certain pense qu’il valide la réalité du déluge universel. Je ne pense pas que ce soit vrai sans que cela porte atteinte à son identité divine. Jésus ne savais pas tout dans son incarnation…il ne connaissait pas la date de son retour, il a affirmé que la graine de moutarde était la plus petite « de toute la terre » alors qu’il en existe de plus petites…ce n’est vraiment pas le problème. Tout ça, ce sont nos attentes occidentales rationalistes sur un texte dont ce n’est absolument pas la vocation…Jésus n’avait pas la connaissance scientifique « parfaite » de la réalité, c’est évident dans son enfance, pourquoi cela poserait-il un pb à l’âge adulte? https://www.scienceetfoi.com/deluge-noe-nouveau-testament/

        1. Florent Varak dit :

          Bonjour Benoît. Merci encore de ta contribution.

          Une remarque mineure. Je perçois qu’il n’est pour toi pas possible d’être scientifique et créationniste avec une lecture plus directe du texte. C’est dommage. Des professeurs et des chercheurs ne partagent pas la vision darwinienne de l’origine de la vie. Les reléguer au rang des gens peu familiers de la science (ce que tu peux dire de moi sans t’excuser !) manque de noblesse. Il serait préférable de répondre à leurs arguments. Je note aussi que ton approche est réductrice et binaire : « rejeter tout en bloc toutes les découvertes de la science ». Cela présuppose que la théorisation des observations est achevée et définitive (cosmologie, évolution, etc.). N’est-ce pas s’avancer trop ? S’il y a débat entre scientifiques, indépendamment de toute perspective biblique, c’est que la messe n’est peut-être pas encore dite sur tous ces sujets ! Par ailleurs, tout n’est pas aussi binaire. Concevoir un Adam historique et père de la race humaine ne force pas une lecture 24heuriste. Il y a encore beaucoup de nuances possibles dans l’interprétation du texte.

          Quelques remarques majeures.

          A te lire, nous aurions donc Jésus-Christ, l’auteur initial et le soutien actuel de la création (Co 1.16, Hé 1.3), celui-là même qui a enseigné avec autorité (Lc 4.32), sans considération de personne (20.21), ce Dieu-Homme ne parlerait pas en témoin de ce qu’il a lui-même réalisé. Il se plierait à des mythes primitifs grossiers, tenant des propos qui pourtant sont loin d’être flous : « Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme » (Mc 10.6 ; cf. Mt 19.1s). Jésus, et le Saint Esprit qui a inspiré ces récits, voudraient plaire à qui ? S’accommoder de quelle pensée ? Lui qui a repris les compréhensions erronées des Pharisiens, il adopterait une cosmologie erronée ?!

          Par ailleurs, quand tu écris « Jésus n’avait pas la connaissance scientifique « parfaite » de la réalité, c’est évident dans son enfance, pourquoi cela poserait-il un pb à l’âge adulte? » j’espère que tu ne veux pas dire qu’il n’était pas omniscient ! Ce serait une erreur théologique majeure (pardonne moi…). En aucun cas l’incarnation ne l’a privé de ses attributs divins. Il a seulement choisi de ne jamais faire usage de ces prérogatives divines indépendamment de la volonté du Père. Il pouvait autant connaître la pensée intime d’une personne – ou s’interroger quant à la présence de figues sur un arbre. Par ailleurs, aucune approximation n’est possible dans les propos qu’il a tenus : la véracité de chaque mot est garantie par la nature même de sa divinité (tout comme est garantie la moralité de chacune de ses pensées, paroles et actions). Je suis donc particulièrement perplexe lorsque tu soulignes que les propos de Jésus sur la graine ne seraient pas fondamentalement vrais. (D’ailleurs, ce problème est depuis longtemps résolu sans donner aux paroles de Jésus un caractère erroné).

          Je conclus. Je ne sais pas ce qui me gêne le plus : (1) la confiance absolue dans les données actuelles de la science, (2) la négation de la doctrine de l’inerrance, ou (3) l’asservissement de Jésus aux mythes antiques. Les points 2 et 3 touchent à l’essence même de l’autorité du Christianisme, et à la nature morale de la seconde personne de la trinité. Est-ce possible de tenir ce propos même quand on est peu familier de théologie ? Je préfère nettement et catégoriquement maintenir l’intégrité de la bible et de la personne de Christ au prix de la première. Pourquoi sacrifier l’orthodoxie de la christologie et de la bibliologie pour des données forcément vouées à évoluer ?

          Merci encore de ta contribution. Elle me fait réfléchir plus sérieusement aux implications de ce débat.

          Bien amicalement,

        2. Florent Varak dit :

          A priori ma réponse n’apparaît pas – mais je pense pas que ce soit une question de censure :).

          1. ii dit :

            Il y aussi la mention que Jésus fait des «extrémités de la terre» en Actes 1:8. C’est d’ailleurs l’ultime chose qu’il a dit sur Terre.

            Cela voulait-il dire que Jésus ignorait que la Terre était une planète sphérique ? Ou comme pour Adam, comme pour toutes les autres choses il s’est adapté à son auditoire parce qu’il n’était pas venu sur Terre pour faire un cours de biologie, d’histoire ou de géologie ?

          2. Florent Varak dit :

            Bonjour « ii », merci de votre commentaire. Si Jésus ne savait pas que la terre était ronde, il a dû avoir une belle surprise avec son ascension (Ac 1.9)! Plus sérieusement, il me semble impossible d’imaginer que l’auteur de la création (Col 1.16) ne soit pas conscient de la forme de la terre. D’ailleurs, il est erroné de croire que le monde d’alors croyait en une terre plate – c’était l’hypothèse de certains, mais non la pensée universelle et je vous revoie à l’historien médiévaliste Jeffrey B. Russell, Iventing the Flat Earth). En parlant de son retour imprévisible, Jésus emploie emploie deux images: deux personnes qui dorment, ou deux personnes qui travaillent les champs (Lc 17.34-35) – veut-il parler de personnes situées sur deux fuseaux horaires? Ce serait une mauvaise exégèse, bien anachronique, que de le postuler. Il faut surtout prendre le texte dans son intention originale. Pour revenir à Ac 1.8, il s’agit d’une description proverbiale qui reflète la réalité objective du voyageur. Aujourd’hui encore, un journaliste qui dit qu’il est « au bout du monde » ne signifie pas qu’il est arrivé au bord d’un disque et qu’il pourrait s’enfoncer dans les abîmes. L’expression reflète l’effort persévérant d’atteindre des contrées très éloignées du point de départ. J’espère avoir répondu à votre attente. Cordialement,

          3. ii dit :

            Mais évidemment, je suis d’accord.
            Mais s’il est capable de faire des déclarations ou d’utiliser des expression qui ne sont pas propres à la réalité (il y aussi de l’exemple de la graine de moutarde) pour s’adapter à son auditoire alors pourquoi lui refuser la capacité de faire de même avec Adam … ou Job ?!

          4. Florent Varak dit :

            Rebonjour « ii ». Je vous propose de lire la réponse que je viens de poster aux propos de Benoit Hébert (discussion podcast 101). Il y a une grande différence entre une expression proverbiale et la référence à un personnage présenté comme historique. Dans ce second cas, Adam, Job, Abraham, ont une existence réelle. Un proverbe ne désigne pas d’existence propre. Si Jésus parle de personnes qui n’ont aucune existence réelle, il se rend coupable de propos erronés, ou mensongers. Cela nie son statut ontologique de « vérité ». Cela implique une dichotomie entre son humanité et sa divinité qui s’expriment conjointement sans jamais se « contredire ». Cordialement,

          5. Bonjour ii,

            Juste une remarque de forme: on invite les lecteurs du blog à commenter avec leur prénom et nom. Ça permet plus de convivialité, surtout quand c’est dans un débat contradictoire.

            Merci d’avance,

        3. Florent Varak dit :

          Bonjour Benoît. Merci encore de ta contribution.

          Une remarque mineure. Je perçois qu’il n’est pour toi pas possible d’être scientifique et créationniste avec une lecture plus directe du texte. C’est dommage. Des professeurs et des chercheurs ne partagent pas la vision darwinienne de l’origine de la vie. Les reléguer au rang des gens peu familiers de la science (ce que tu peux dire de moi sans t’excuser !) manque de noblesse. Il serait préférable de répondre à leurs arguments. Je note aussi que ton approche est réductrice et binaire : « rejeter tout en bloc toutes les découvertes de la science ». Cela présuppose que la théorisation des observations est achevée et définitive (cosmologie, évolution, etc.). N’ y a-t-il pas, au sein de la communauté scientifique, indépendamment de toute perspective biblique, des débats assez vifs ? Par ailleurs, tout n’est pas aussi binaire. Concevoir un Adam historique et père de la race humaine ne force pas une lecture 24heuriste. Il y a encore beaucoup de nuances possibles dans l’interprétation du texte.

          Quelques remarques majeures.

          A te lire, nous aurions donc Jésus-Christ, l’auteur initial et le soutien actuel de la création (Co 1.16, Hé 1.3), celui-là même qui a enseigné avec autorité (Lc 4.32), sans considération de personne (20.21), ce Dieu-Homme donc, qui ne parlerait pas en témoin de ce qu’il a lui-même réalisé. Il se plierait à des mythes primitifs grossiers, tenant des propos qui pourtant sont loin d’être flous : « Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme » (Mc 10.6 ; cf. Mt 19.1s). Jésus, et le Saint Esprit qui a inspiré ces récits, voudraient plaire à qui ? S’accommoder de quelle pensée ? Lui qui a repris les compréhensions erronées des Pharisiens, il adopterait une cosmologie erronée, fondée sur des mythes ?

          Par ailleurs, quand tu écris « Jésus n’avait pas la connaissance scientifique « parfaite » de la réalité, c’est évident dans son enfance, pourquoi cela poserait-il un pb à l’âge adulte? » J’espère que tu ne veux pas dire qu’il n’était pas omniscient en son incarnation. Ce serait une erreur théologique majeure (pardonne moi…). En aucun cas l’incarnation ne l’a privé de ses attributs divins. Il a seulement choisi de ne jamais faire usage de ces prérogatives divines indépendamment de la volonté du Père. Il pouvait autant connaître la pensée intime d’une personne – ou s’interroger quant à la présence de figues sur un arbre. Aucune approximation n’est possible dans les propos qu’il a tenus : la véracité de chaque mot est garantie par la nature même de sa divinité (tout comme elle garantit la perfection morale de chacune de ses pensées, paroles et actions). Je suis donc particulièrement perplexe lorsque tu penses que Jésus « n’avait pas la connaissance scientifique parfaite » ou que ses propos sur la graine ne seraient pas fondamentalement vrais. (D’ailleurs, ce problème est depuis longtemps résolu sans donner aux paroles de Jésus un caractère erroné).

          Pour conclure, je ne sais pas ce qui me gêne le plus : (1) la confiance absolue dans les données actuelles de la science, (2) la négation de la doctrine de l’inerrance, ou (3) la minimisation de la connaissance de Christ, ou (4) l’asservissement de Jésus aux mythes antiques. Les points 2 à 4 touchent à l’essence même de l’autorité du Christianisme, et à la nature morale de la seconde personne de la trinité. Je préfère nettement et catégoriquement maintenir l’intégrité de la bible et de la personne de Christ au prix de la première. Pourquoi sacrifier l’orthodoxie de la christologie et de la bibliologie pour des données forcément vouées à évoluer ?

          Merci encore de ta contribution. Elle me fait réfléchir plus sérieusement aux implications de ce débat.

          Bien amicalement,

          1. Benoît Hébert dit :

            bonjour Florent,
            je remarque que tu repousses la réponse à mes questions toujours plus loin…
            Je ne sais pas ce que tu appelles « créationniste » ? Si c’est croire par exemple que Dieu a créé la terre et l’univers il y a 6000 ans en 6 jours de 24 heures, je ne crois pas en effet que ce soit compatible avec une démarche scientifique sérieuse. Je n’ai pas la vision d’une science qui a « achevée sa théorisation », il y a simplement suffisamment de données convergentes et indépendantes pour affirmer que l’univers a plusieurs milliards d’années et que l’évolution des espèces a eu lieu, au delà du doute « raisonnable ». Cela ne veut pas dire que l’on ait acquis une connaissance parfaite et achevée. ne confondons pas la méthode que Dieu a choisi pour créer, une lecture littérale de Genèse, et le fait qu’il est le Créateur…
            Je trouve ironique que tu « défendes » un adam historique dans un schéma non 24 heuriste, alors que tu sembles défendre une interprétation littérale des jours de Genèse 1…

            J’avais bien compris où tu voulais m’amener avec ta question concernant Jésus…je ne l’ai pas esquivée. Pour toi Jésus était omniscient quand il était sur la terre ? à 1 mois, à 6 mois, à 12 ans, à 33 ans ? à quel moment cette omniscience lui a t elle était fournie ? concernant la date de son retour ? était il aussi omniprésent ? sur mars et la terre en même temps? J’ai en effet la vision d’un Christ pleinement homme et pleinement Dieu qui a renoncé volontairement et momentanément à certains de ses attributs divins et qui dépendait de la prière, de la révélation du Saint Esprit.. pour discerner les pensées des hommes et accomplir des miracles.

            donc (1) je n’ai pas une confiance absolue dans les données de la science https://www.scienceetfoi.com/ce-quon-sait-ce-quon-sait-quon-ne-sait-pas-et-ce-quon-ne-sait-pas-quon-ne-sait-pas/ (2) je n’ai pas la même définition de l’innérance que toi (3) je ne crois pas que Jésus savais tout sur tout dans son humanité et je crois que c’est fondé bibliquement et je ne vois pas où est le pb, (4) Jésus a très bien pu se servir d’un récit comme le déluge qu’on pensait universel pour faire passer une vérité spirituelle, où est le pb ?

          2. Florent Varak dit :

            Bonjour Benoit,

            Je me réjouis que la discussion glisse sur la christologie, sujet autrement plus important.

            Mais rapidement, tu as raison, les définitions comptent (la taxonomie est le privilège de l’humain, cf. Gn 2.20 !) : « créationniste », dans notre discussion, se réfère à la création directe d’un premier couple fondateur de la race humaine. C’est le thème de ces podcasts, et c’est également la limite de notre propos. Elle s’oppose à la notion d’émergence progressive de l’humain à partir de formes inférieures de vie, avec un surgissement symbolique d’Adam et Eve au sein d’un troupeau d’hominidés. C’est dans ce cadre sémantique que nous utilisons le terme. La narrative biblique, unie par l’inspiration de l’Esprit (2 Tm 3.16 ; 2 Pi 1.20s), se fonde sur la réalité historique d’un premier couple, dont l’existence est reprise en beaucoup d’autres passages. Ce n’est pas le cas de la durée des jours de création. Ce n’est en tout cas pas notre débat. Tu peux le trouver ironique à souhait, mais simplement, on ne se pose cette question ni dans ces podcasts ni dans cette correspondance.

            Merci de ne pas avoir esquivé la question. En fait elle révèle une question majeure de christologie. L’incarnation n’a jamais privé Christ de sa divinité. Ni à 1 mois ni à 6 mois ni à 30 ans. Jésus s’est dépouillé de sa gloire, mais non de sa divinité. Cette double nature (humaine et divine), parfaitement unie en une personne, ne permet aucune dissonance. Prenons l’exemple de son omnipuissance : il l’a utilisée pour calmer la tempête ou pour transformer de l’eau en (bon) vin. Mais il ne l’a pas toujours utilisé – il a connu la faim, la soif, et s’est livré à ses bourreaux. Et il n’a jamais usé imparfaitement de son omnipotence : elle était toujours adéquate, complète, juste, alignée avec les œuvres que le Père l’a envoyées réaliser. Passons maintenant à l’omniscience. Comme indiqué dans la correspondance précédente, il a surnaturellement connu la pensée des gens qui étaient avec lui, comme il a choisi parfois de restreindre sa connaissance – il s’est renseigné sur certains sujets. Toutefois, en aucun cas son apprentissage ou son expression de connaissance n’a pu être entachée d’une erreur factuelle et objective à la réalité car alors il n’y aurait plus d’unité de personne de ses deux natures. Une parole qui ne serait pas juste ou vraie (à 3 ans, 12 ans, ou 30 ans) serait une négation ontologique de celui qui est « vérité » (Jn 14.6), et « du Dieu qui ne ment pas » (Ti 1.2). Qu’il ne se soit pas prononcé sur des sujets (certains comprennent ainsi le fait qu’il ne « connaissait » pas le jour ni l’heure de son retour) est très différent que de s’être prononcé de façon erronée. Dans le premier cas il y a une limitation de l’utilisation de son omniscience, dans l’autre il y a une violation de l’omniscience. Ceci touche à l’intégrité morale propre à Christ, et ferait « exploser » son impeccabilité, garante du salut. Je ne connais aucun théologien orthodoxe qui définirait la kenose de cette manière. Je t’encourage à prendre notre dialogue pour le faire analyser par des théologiens systématiciens (je n’en suis pas un, et je serais tout autant prêt à recevoir une instruction plus fine) parce que pour le coup, il me semble qu’un socle fondamental du Christianisme est plus que fragilisé.

            « Je n’ai pas la même définition de l’innérance que toi ». Tu as le droit ! Mais ce n’est pas la mienne qui compte. Lorsque des dizaines de théologiens se sont rassemblés pour définir l’inerrance, ils ont formulé une position reconnue par les chrétiens orthodoxes du monde entier. Et ce n’est pas une invention récente. Les Pères de l’Église, les Réformateurs ont tous défendu l’inspiration de l’Ecriture et sa véracité. Ils n’ont pas abouti à une inerrance partielle, ce qui d’ailleurs est un oxymore. Qu’il y ait des interprétations divergentes est une chose. Que le texte soit partiellement inspiré réduit intégralement la nature même de son autorité.

            De ces deux points, je conclus, contrairement à ton propos que Jésus n’a pas pu « se servir d’un récit comme le déluge » s’il n’a pas eu lieu. Parce qu’il se rendrait complice d’une erreur historique et scientifique, parce qu’il s’appuierait sur un texte trompeur (donc mensonger). En cela il renierait son propre statut de « vérité », et le Dieu-Homme s’étant trompé, aurait reçu une tache morale qui l’empêcherait d’être le parfait Agneau de Dieu. Et enfin, parce qu’il aurait menti sur le statut du texte biblique qu’il défend pour ailleurs pour vrai (cf. Mt 5.18, Lc 11.51, Lc 16.29, 24.44, etc.). J’insiste. Ne pas tout dire est bien différent que de dire ce qui est faux.

            Quand la discussion sur nos origines concerne l’herméneutique, on est peut avoir des avis différents. Quand on touche au statut de l’Ecriture et au statut de la personne de Christ, c’est beaucoup plus solennel. Nous touchons là le cœur du christianisme.

            Bien cordialement,

          3. Benoît Hébert dit :

            bonjour Florent

            merci de continuer la discussion dans un climat fraternel et apaisé. je comprends bien que tu sois très sensible au fait que l’on ne définisse pas l’inspiration de la Bible comme toi, mais je regrette un peu ta façon de définir cette façon de voir comme le « christianisme biblique », ou « orthodoxe »…j’ai bien peur que ta définition de l' »orthodoxie » même évangélique » ne laisse sur le carreau un grand nombre de tes frères et soeurs qui se disent « évangéliques ».

            Dis moi si je me trompe, mais en gros, puisque Jésus fais référence au déluge qui « les emporta tous » sauf noé et sa famille recueillis dans l’arche, il valide donc cette vérité au plan historique par sa divinité, ce qui fait de tous ceux qui ne croient pas à un déluge universel (à cause des progrès de la géologie) des hérétiques, niant par là l' »omniscience » du Christ…ça fait du monde chez les évangéliques…

            Au fond, concernant les limitations des connaissances de Jésus homme, nous sommes d’accord en partie : il ne savait pas tout sur tout, il s’est limité lui même dans son incarnation. Il a du apprendre son métier de charpentier, il a probablement fait des erreurs de construction, s’est tapé sur les doigts avec son marteau, a oublié des outils à la maison…bref, il a du apprendre parce qu’il n’avait pas la science infuse…je ne pense pas que ce soit blasphématoire de voir Jésus comme ça. J’ai l’impression que tu en fais un superman sous forme humaine qui n’avait rien besoin d’apprendre. « il a grandi en sagesse et en grâce… »
            Si effectivement tu refuses, soit que Jésus, comme ses contemporains, ait cru que le déluge avait été universel, soit qu’il le savait par révélation mais qu’il s’est servi de cette histoire pour enseigner une vérité, se mettant au niveau de ses auditeurs, tous ceux qui ne croient pas dans un déluge universel sont des hérétiques, niant la pleine divinité du Christ et sa perfection, ce qui n’est pas rien, et tu fais parti du dernier carré des défenseurs de l’orthodoxie biblique et évangélique !

            J’ajoute un lien vers l’excellent article de david vincent (avec qui je ne suis pas forcément en accord sur tous les sujets) http://didascale.com/inerrance-biblique-infaillibilite-bible/ montrant que la référence à l’histoire est fausse.

          4. Florent Varak dit :

            Bon, je continue encore une fois mais je pense que tu seras d’accord qu’on ira pas trop plus loin.

            Je suis gêné que tu m’enformes dans « ma » définition de l’inerrance. Celle de Chicago n’est pas la mienne ! J’ai également eu le privilège de suivre un cours sur l’inerrance de la Bible avec Henri Blocher en Master de Recherche. J’ai énormément appris à son contact et son propos était d’une orthodoxie irréprochable, et mieux argumentée que la mienne ! Comme tu le sais je ne suis pas forcément à l’aise avec ses conclusions sur le thème qui nous préoccupe (quoi que je ne sais définir sa conviction précise sur Adam et Eve). Toutefois, à ma connaissance, aucun professeur de Vaux ne signerait l’idée d’une inerrance partielle ! Idem pour la fac Jean Calvin d’Aix. Je ne suis pas le juge des cœurs (fort heureusement !) mais une inerrance partielle est précisément l’éloignement de l’orthodoxie. Je vous propose de leur proposer un article de théologie en faveur d’une inerrance partielle pour voir si cela entre dans leurs conceptions doctrinales.

            Tu ne te trompes pas en me citant. C’est partiel (parce que Marc 10.6 complète ce propos et que ce que la Bible rapporte de Jésus est aussi vrai que ce qu’elle dit par Paul, Pierre, Jean, Jude au sujet d’Adam et Eve, du déluge, d’Abraham, etc.) mais c’est bien ce que je dis. J’apprécie que tu dises correctement ma position.

            J’ai pris le temps de faire lire ma compréhension à un théologien et un prof de christologie. J’ai relu les diverses systématiques en ma possession. Je pense (pardonne moi…) que tu dois revoir / approfondir ta compréhension de l’humanité de Christ. La caricature du superman est facile, je n’y souscris aucunement. J’ai écrit un livre et un article qui s’intéresse plus profondément à l’humanité de Christ. Aucun de mes propos ne te permet de m’attribuer cette conception de Jésus, de près ou de loin.

            S’il y a forcément une part de mystère magnifique à méditer sur la transcendance qui s’incarne, il n’y a véritablement aucune possibilité de prêter à Christ un propos erroné sans nier son statut de « Vérité ». Il l’est dans son être. Son humanité n’a jamais transgressé les attributs de sa personne, également divine. Ses pensées face à la prostituée qui lui lavait les pieds sont restées saintes. Son amour pour les perdus demeure même dans le sac des marchants du Temple. Il n’a pas tout dit – mais tout ce qu’il a dit était pleinement, authentiquement, factuellement vrai, parce qu’il est Vérité, et Dieu de vérité. Un mythe penche du côté de la fausseté, et ne peut faire partie de sa référence. Une dernière fois : ne pas savoir, apprendre, ne rien dire, dire partiellement – aucun problème. Dire faussement est tout simplement impossible.

            Votre défi serait de trouver une interprétation plausible des propos de Jésus. Cela serait orthodoxe (évoquez un déluge local par exemple est une interprétation…). Mais lui faire dire des propos qui reflètent une vue erronée de la réalité, c’est atteindre à son essence. Quant aux conclusions que tu en tires, tu vires de nouveau dans la caricature. Ce sont tes mots : hérétiques, dernier carré des défenseurs de l’orthodoxie biblique et évangélique. Ils t’appartiennent.

            Au-delà de la forme, les idées reflètent des vérités. Je te propose d’interroger de nouveau les éminents théologiens que nous avons à Vaux et à Aix avec cette question : « Jésus peut il avoir tenu des propos erronés sur la réalité qu’il a décrite ». Je serais heureux de lire leur retour et me repentir de mes propres erreurs – mais conçois-tu que cela pourrait être l’inverse ?

            Bien amicalement, et avec la plus grande paix et l’amour que nous confère l’Esprit !

          5. Florent Varak dit :

            Bonjour Benoit,

            Je me réjouis que la discussion glisse sur la christologie, sujet autrement plus important.

            Mais rapidement, tu as raison, les définitions comptent (la taxonomie est le privilège de l’humain, cf. Gn 2.20 !) : « créationniste », dans notre discussion, se réfère à la création directe d’un premier couple fondateur de la race humaine. C’est le thème de ces podcasts, et c’est également la limite de notre propos. Elle s’oppose à la notion d’émergence progressive de l’humain à partir de formes inférieures de vie, avec un surgissement symbolique d’Adam et Eve au sein d’un troupeau d’hominidés. C’est dans ce cadre sémantique que nous utilisons le terme. La narrative biblique, unie par l’inspiration de l’Esprit (2 Tm 3.16 ; 2 Pi 1.20s), se fonde sur la réalité historique d’un premier couple, dont l’existence est reprise en beaucoup d’autres passages. Ce n’est pas le cas de la durée des jours de création. Ce n’est en tout cas pas notre débat. Tu peux le trouver ironique à souhait, mais simplement, on ne se pose cette question ni dans ces podcasts ni dans cette correspondance.

            Merci d’avoir répondu concernant Christ. Cette question révèle une question majeure de christologie. L’incarnation n’a jamais privé Christ de sa divinité. Ni à 1 mois ni à 6 mois ni à 30 ans. Jésus s’est dépouillé de sa gloire, mais non de sa divinité. Cette double nature (humaine et divine), parfaitement unie en une personne, ne permet aucune dissonance. Prenons l’exemple de son omnipuissance : il l’a utilisée pour calmer la tempête ou pour transformer de l’eau en (bon) vin. Mais il ne l’a pas toujours utilisé – il a connu la faim, la soif, et s’est livré à ses bourreaux. Et il n’a jamais usé imparfaitement de son omnipotence : elle était toujours adéquate, complète, juste, alignée avec les œuvres que le Père l’a envoyées réaliser. Passons maintenant à l’omniscience. Comme indiqué dans la correspondance précédente, il a surnaturellement connu la pensée des gens qui étaient avec lui, comme il a choisi parfois de restreindre sa connaissance – il s’est renseigné sur certains sujets. Toutefois, en aucun cas son apprentissage ou son expression de connaissance n’a pu être entachée d’une erreur factuelle et objective à la réalité car alors il n’y aurait plus d’unité de personne de ses deux natures. Une parole qui ne serait pas juste ou vraie (à 3 ans, 12 ans, ou 30 ans) serait une négation ontologique de celui qui est « vérité » (Jn 14.6), et « du Dieu qui ne ment pas » (Ti 1.2). Qu’il ne se soit pas prononcé sur des sujets (certains comprennent ainsi le fait qu’il ne « connaissait » pas le jour ni l’heure de son retour) est très différent que de s’être prononcé de façon erronée. Dans le premier cas il y a une limitation de l’utilisation de son omniscience, dans l’autre il y a une violation de l’omniscience. Ceci touche à l’intégrité morale propre à Christ, et ferait « exploser » son impeccabilité, garante du salut. Je ne connais aucun théologien orthodoxe qui définirait la kenose de cette manière. Je t’encourage à prendre notre dialogue pour le faire analyser par des théologiens systématiciens (je n’en suis pas un, et je serais tout autant prêt à recevoir une instruction plus fine) parce que pour le coup, il me semble qu’un socle fondamental du Christianisme est plus que fragilisé.

            « Je n’ai pas la même définition de l’innérance que toi ». Tu as le droit ! Mais ce n’est pas la mienne qui compte. Lorsque des dizaines de théologiens se sont rassemblés pour définir l’inerrance, ils ont formulé une position reconnue par les chrétiens orthodoxes du monde entier. Et ce n’est pas une invention récente. Les Pères de l’Église, les Réformateurs ont tous défendu l’inspiration de l’Ecriture et sa véracité. Ils n’ont pas abouti à une inerrance partielle, ce qui d’ailleurs est un oxymore. Qu’il y ait des interprétations divergentes est une chose. Que le texte soit partiellement inspiré réduit intégralement la nature même de son autorité.

            De ces deux points, je conclus, contrairement à ton propos que Jésus n’a pas pu « se servir d’un récit comme le déluge » s’il n’a pas eu lieu. Parce qu’il se rendrait complice d’une erreur historique et scientifique, parce qu’il s’appuierait sur un texte trompeur (donc mensonger). En cela il renierait son propre statut de « vérité », et le Dieu-Homme s’étant trompé, aurait reçu une tache morale qui l’empêcherait d’être le parfait Agneau de Dieu. Et enfin, parce qu’il aurait menti sur le statut du texte biblique qu’il défend pour ailleurs pour vrai (cf. Mt 5.18, Lc 11.51, Lc 16.29, 24.44, etc.). J’insiste. Ne pas tout dire est bien différent que de dire ce qui est faux.

            Quand la discussion sur nos origines concerne l’herméneutique, on est peut avoir des avis différents. Quand on touche au statut de l’Ecriture et au statut de la personne de Christ, c’est beaucoup plus solennel. Nous touchons là le cœur du christianisme.

            Bien cordialement,

  3. Florent Varak dit :

    Les commentaires qui suivent utilisent des concepts définis plus précisément ailleurs. L’inerrance a été définie par des pasteurs et théologiens en 1978 (1ère déclaration de Chicago) publiée en français sur la revue réformée: http://larevuereformee.net/articlerr/n197/3-sur-linerrance-biblique-1re-declaration-de-chicago-28-octobre-1978. La seconde déclaration de Chicago (1982) s’est intéressée à l’interprétation : http://larevuereformee.net/articlerr/n197/4-sur-lhermeneutique-biblique-2e-declaration-de-chicago-13-novembre-1982. La troisième (1986) aux implications de cette doctrine: http://larevuereformee.net/articlerr/n197/5-sur-lapplication-de-lenseignement-biblique-3e-declaration-de-chicago-1986.
    Par ailleurs, j’ai écrit pour Evangile21 une défense de l’inerrance (https://evangile21.thegospelcoalition.org/article/quest-ce-que-linerrance/) mais il faut s’inscrire pour recevoir le livret complet. Vous y trouverez notamment la réponse au « problème » mentionné à deux reprises « de la plus petite graine ».

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