Dieu a-t-il prévu un conjoint pour nous ? (Épisode 44)

Dans cet épisode, Florent Varak nous parle du délicat sujet du célibat. Il nous explique les raisons du célibat et aussi la bonne attitude à avoir. Enfin, il évoque quelques dangers, que ce soit pour les personnes célibataires ou pour leur entourage.

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« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

La question est posée : Je viens, à travers ce mail, vous poser une question : est-il biblique de dire, à l’égard des célibataires, que Dieu a prévu un conjoint pour nous ? Je tiens aussi à vous encourager pour vos podcasts que je trouve très intéressants.

Merci pour l’encouragement. et pour la question . la question que tu poses est drôlement délicate et j’espère pouvoir y répondre avec sensibilité, parce que je suis conscient que c’est facile d’y répondre, Bible en main et en tant qu’homme marié avec des enfants et des projets familiaux… c’est facile de donner des marqueurs bibliques sur cette question, mais je suis conscient que pour certains c’est une difficulté de vivre le célibat. C’est une difficulté qui est aggravée par l’insensibilité des Églises, parfois de mes collègues et parfois de ce que j’ai été moi-même dans des propos un peu trop rapides sur la question. J’espère que ce Podcast donnera un éclairage un peu encourageant, en tout cas équilibré ou juste, et que ça encouragera l’Église à être attentionnée sur la manière dont elle gère, traite, et parle des célibataires.

Pour répondre en un mot: non. Il n’est pas biblique de dire à un célibataire que Dieu a prévu pour lui un conjoint. C’est faux;  alors bien sûr, on peut spiritualiser en disant : « Oui, Jésus c’est notre conjoint et nous sommes l’épouse de Christ », n’est-ce pas ? Donc effectivement, un célibataire ne sera célibataire que sur cette sur terre (en quelque sorte). Il est marié dès maintenant et il profitera d’une communion avec Dieu, éternelle, tout comme les personnes mariées, mais ça c’est spiritualiser la réponse.

Mathieu 19.12 me semble brutal et direct. Certains sont célibataires par des circonstances, en d’autres termes ils ne l’ont pas choisi, et d’autres le sont à cause du royaume des cieux. C’est cruel donc de faire miroiter à un célibataire un possible mariage et de lui dire: « Attends Dieu a prévu quelqu’un pour toi » (peut-être…). Je connais une amie qui a été célibataire toute sa vie et qui s’est mariée à 65 ou 70 ans je ne sais plus. C’est tout à fait possible, mais ce n’est pas nécessairement à formuler sous l’angle de la volonté de Dieu.

On va parler un petit peu du célibat et je note tout de même que le célibat est le résultat de la chute, dans le sens où, dans l’intention de Dieu, Dieu constate qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul. La création du couple fait partie de la réponse à cette solitude. Donc, les conditions initiales nous semblent indiquer que dans l’intention initiale de Dieu, avant que le monde ne sombre dans l’égoïsme et le péché, le célibat ne faisait pas partie de son plan mais est devenu une réalité. Le texte qui parle peut-être le plus de cette question de célibat est en 1 Corinthiens 7.7-9, je vais lire et j’en tirerai quelques remarques. « Je voudrais que tous les hommes soient comme moi ; mais chacun tient de Dieu un don particulier, l’un d’une manière, l’autre d’une autre. À ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je dis qu’il leur est bon de rester comme moi. Mais s’ils manquent de continence, qu’ils se marient ; car il vaut mieux se marier que de brûler. »

La première remarque que je ferai avec le verset 7, c’est que le célibat est une capacité. « Je voudrais que tous les hommes soient comme moi ; mais chacun tient de Dieu un don particulier, l’un d’une manière, l’autre d’une autre ». C’est surprenant et ça va à l’encontre de la question. « Je voudrais que tous les hommes soient comme moi », Paul est pour le célibat. Il faut le reconnaître, c’est une belle aventure dans les mots de l’apôtre Paul. Paul était célibataire mais on ne sait rien de l’origine de son  célibat. Certains ont conjecturé qu’il avait divorcé parce que sa femme n’aurait pas supporté sa conversion. C’est possible, mais pas documenté. D’autres pensent et aiment croire qu’il était célibataire par choix, consacré à Dieu, un peu comme les prêtres catholiques le seraient. Pourquoi pas, mais il faut noter que le célibat n’est pas un état supérieur. Il ne faudrait pas avoir cette notion du prêtre qui renonce au mariage comme une manière d’être plus consacré, au-dessus des autres, on verra cela dans un instant. Plus vraisemblablement, Paul était veuf, parce que pour voter au Sanhédrin il fallait être marié. Or, Paul avait voté en faveur de la persécution des chrétiens avant sa conversion, donc l’idée du divorce ou du veuvage est probable. Je voudrais encore souligner que le célibat est quelque chose de bien, que Paul met en avant. Et si Paul le met en avant, on a tort de ne pas le mettre en avant dans nos Églises ,de ne pas le présenter au moins comme quelque chose de positif,  quelque chose qui peut tout à fait relever de la volonté de Dieu. Certains disent : « Ouais mais c’est énorme la difficulté que ça génère, le célibat! » C’est vrai, ça génère des difficultés particulières. La mauvaise surprise du célibataire qui se marie pour de mauvaises raisons, c’est que le mariage aussi génère des difficultés particulières. Ceux qui sont mariés et qui m’écoutent savent que les couples qui s’entendent à merveille sans vivre aucun conflit ni aucune difficulté sont plutôt rares, et même improbables n’est-ce pas ? Je pense à cette chanson de Boris Vian qui écrit :

“(…)

Quand ils sont beaux, ils sont idiots.

Quand ils sont vieux, ils sont affreux.

Quand ils sont grands, ils sont fainéants.

Quand ils sont petits, ils sont méchants…

ne vous mariez pas les filles, ne vous mariez pas !”

C’est du vitriol mais juste pour souligner, sous l’angle de l’humour, qu’être marié génère des frustrations, des attentes trompées, des difficultés et que la mariage, c’est deux égoïstes fondamentalement, deux pêcheurs qui s’unissent l’un à l’autre. Paul cadre la notion du mariage comme il cadre la notion du célibat. C’est un don particulier. Quand on dit don, on a le sentiment qu’il s’agit de  quelque chose que Dieu donne, comme ça, et que ça doit marcher. Mais si on considère les dons spirituels (parce qu’on est passionné par cette notion), on sait qu’ils sont à travailler. Un enseignant doit suer pour affiner son art et être meilleur enseignant. Donc, la capacité d’être marié ou la capacité d’être célibataire ou l’opportunité de l’être exige que l’on travaille. Ça ne vient pas tout cuit, ça se cultive aussi. Et il y a des choses difficiles dans la situation de célibataire et il y a des choses utiles et pénibles dans la situation de marié.

Deuxième remarque avec le verset 8, le célibat est une opportunité. Ce n’est pas simplement une capacité mais c’est aussi une opportunité. « À ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je dis qu’il leur est bon de rester comme moi.». Et Paul ajoute qu’il y a, pour les célibataires, des occasions de service uniques qu’une personne mariée n’aura pas. Il y a aussi pour les célibataires moins d’une certaine souffrance. Il y a moins de soucis devant la dureté de la vie. 1 Corinthiens 7.26-27 nous montre que tout est plus grave quand on a des enfants. Mes enfants sont adultes et leurs choix professionnels, leurs difficultés, je les vis avec douleur aussi. En fait, ça se passe bien, donc je suis reconnaissant mais parfois il y a des situations où je ressens très profondément leurs souffrances, leurs ambitions, leurs difficultés parce que je suis parent. Si mes enfants étaient persécutés, ce serait terrible. Un célibataire n’a pas ce problème. Il a moins de tensions relationnelles. Dans 1 Corinthiens 7.28, Paul parle des afflictions dans la chair qu’auront des époux. Il y a parfois des conflits dans le couple, il n’y en a pas quand on est célibataire. Les célibataires ont plus d’opportunités de service pour Christ, les versets 29 à 33 le détaillent. Le célibat ne doit pas être l’occasion d’un activisme effréné, mais il est quand même une belle manière de pouvoir utiliser cette opportunité.

Un autre aspect, c’est que l’on a, à la fin du chemin, une plus grande famille. Je sais, c’est un peu difficile à entendre, mais Paul se présente comme le père de l’Église de Corinthe. Et Ésaïe 54.1 nous dit : « Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantes plus ! Fais éclater ton allégresse et ta joie, toi qui n’as plus de douleurs ! Car les fils de la délaissée seront plus nombreux que les fils de celle qui est mariée, dit l’Éternel. ». Et l’auteur de Esaïe nous dit: « Aux eunuques qui garderont mes sabbats (…) je donnerai dans ma maison et dans mes murs une place et un nom préférables à des fils et à des filles», ce qui montre un honneur particulier, une famille particulière dans l’éternité. Et enfin une plus grande récompense. Matthieu 19.29-30 nous dit que Dieu donnera davantage à ceux qui, par fidélité à Christ, accepteront les contextes de vie que Dieu leur a donnés, notamment le célibat.

Trésor Douglas est un missionnaire célibataire qui travaille parmi les Ifugao aux Philippines. Il écrit tout un chapitre dans un livre consacré au fait d’être homme ou femme, et notamment au fait d’être célibataire. Il écrit: « À la fin cependant, les chrétiens savent que Jésus récompensera pleinement le prix du service missionnaire de l’homme célibataire que je suis. Alors que j’ai appliqué cette promesse de Matthieu 19.27-30, je vois un échange formidable prendre place dans l’éternité. Le coût social de ne pas intégrer un monde de couples sera échangé pour la relation sociale privilégiée avec Jésus autour du trône. J’échangerai le coût émotionnel de la solitude et du manque d’une famille pour ma communion avec de nouveaux pères, mères et familles. Je changerai le prix physique pour des enfants spirituels et, lorsqu’on se moque de moi, j’aime à penser à l’éternité et au privilège de passer de la dernière place parmi les prédicateurs de l’Évangile, au devant de la scène. Les compensations en valent la peine ». Je trouve remarquable son propos avec toute la pertinence de la foi qui s’accroche à une espérance ferme parce qu’elle est détaillée dans l’écriture.

Alors bien sûr, le célibat peut aussi être un écueil et c’est ce que nous dit le verset 9: « Mais s’ils manquent de continence, qu’ils se marient ; car il vaut mieux se marier que de brûler. ». Le célibat présente la difficulté majeure de la gestion des pulsions sexuelles et ça fait partie de la difficulté. J’ai traduit le message de Samuel Allberry, remarquable, un pasteur qui est homosexuel de désir mais qui a choisi de ne pas agir selon cette pulsion personnelle et qui vit en célibataire et en pasteur. Le message qu’il a donné sur la satisfaction en Christ est extraordinaire, exceptionnel et se trouve sur le site de l’Évangile 21. Je t’encourage vivement à l’écouter, c’est une perspective remarquable sur la manière de vivre lorsque l’on est confronté au désir sexuel qui ne peut pas trouver d’exutoire moral compatible avec l’intention de Dieu. C’est un écueil, mais en même temps c’est aussi une opportunité de compter sur Christ. Je sais, c’est facile de le dire comme ça, lors d’un enregistrement, mais c’est quand même une opportunité de compter sur le Seigneur. De compter sur ses promesses parce que lui, peut venir à notre secours au milieu des détresses les plus personnelles et les plus intimes, pour nous apprendre à cheminer en dépendant de lui dans cette situation. Il ne faudrait surtout pas prendre ce verset comme la raison de se marier. C’est un aspect du mariage, mais certainement pas la raison principale. Si tu te maries pour tes relations sexuelles, tu seras vite déçu parce qu’en fait, la relation sexuelle suit l’amitié et l’affection. Si elle devient l’ambition principale, et bien ce n’est jamais suffisamment satisfaisant et ce sera source de bien des difficultés au sein du couple.

Pour conclure, j’aimerais juste t’encourager à faire attention au mensonge selon lequel tu vivrais une vie inférieure si tu es dans cette situation de personnes non mariées. C’est pas le cas, tu n’es pas dans une situation inférieure. Tu es dans une situation que Dieu peut vouloir, et dans laquelle Dieu peut t’accompagner et veut t’accompagner pour que tu vives quelque chose d’excellent. Il faut, bien sûr, dans ce contexte-là développer une vie sociale suffisante qui sera un substitut aussi à cette intimité du mariage. Et là, ça exige que l’Église en soit consciente, et que les gens dans les familles aient à coeur de lancer des invitations à ceux qui sont célibataires, de les intégrer dans une partie de leur vie de famille, de leur faire de la place, de leur montrer leur générosité à cet égard. Troisièmement, il convient de maximiser le service du prochain. Voici une très belle citation d’Ingrid Trobish qui écrit dans La joie d’être femme : « Il y a une sorte de rayonnement chez une femme qui n’a pas refusé sa sexualité mais qui l’a transmuée en amour du prochain et qui la répand sur son entourage. Je me présente ainsi, Marie de Béthanie versant sur les pieds de Jésus un parfum de grand prix et les essuyant de ses cheveux. Dans les cultures africaines une jeune fille qui va se marier donne à son fiancé une calebasse décorée en forme de vase ou de bouteille, symbole de sa sexualité féminine. Le geste de Marie vidant ce flacon de parfum coûteux pourrait symboliser ce don précieux. Et en se servant de sa chevelure, symbole sexuel en Israël, pour essuyer les pieds de Jésus, elle montre qu’elle n’a pas peur de sa féminité ». Une féminité orientée différemment de celle du mariage mais qui trouve un espace de réalisation et vise l’aboutissement de la vie qui va au-delà du mariage. Notre espérance n’est pas d’être marié, pour reprendre la question de départ, notre espérance est d’aimer Christ et de trouver en lui tout ce qui est nécessaire et suffisant pour notre vie. J’espère que cette espérance en Christ, notre force, on la tient comme une ancre solide et ferme pour notre âme et qu’elle permet de dépasser la difficulté mais aussi d’acter les privilèges de la vie de célibataire. J’espère que ce podcast, très modeste dans son ambition, sera un encouragement ou en tout cas offrira quelques repères pour répondre à cette question.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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