Dieu doit agir comme je l’imagine, non ?

Dieu surprend par sa manière d’agir. On se fait souvent des films sur ce que Dieu devrait faire, et on est surpris de la manière dont il agit pour accomplir son plan. Cette belle histoire de l’AT nous rappelle que les voies de Dieu ne collent pas toujours à notre anticipation.

Je suppose qu’on s’est tous imaginés l’intervention de Dieu pour une situation qui nous touche profondément.

  • On prie pour le salut de proches. Et on s’imagine comment Dieu va les toucher. On se prépare, on se fait le film de conversations, on anticipe. Et puis …, rien ne se passe comme on se l’est imaginé !
  • On anticipe une vie nouvelle. Puisque « toutes choses sont devenues nouvelles » en Christ (2 Co 5.17), on s’efforce de dépasser un passé douloureux ou troublé en s’imaginant une vie plus facile, loin de ce fardeau. Et puis…, c’est plus difficile que prévu !
  • On se projette dans une guérison. Des amis sont malades, ou vivent prisonniers d’un péché ou d’un fardeau particulier et on pense à tout ce que Dieu pourrait faire « si » — s’ils demandaient l’onction d’huile, si l’Église jeûnait davantage, si… Et puis…, ça ne prend pas toujours la route qu’on imaginait !

L’histoire de Naaman le Syrien est touchante. Elle prend le contrepied de ces intuitions erronées où l’on pense que Dieu agira selon notre propre conception des choses. L’histoire nous est rapportée en 2 Rois 5.

Ce Chef d’État-Major des armées syriennes, à la renommée prestigieuse, était lépreux (5.1). Par le biais d’une esclave juive emmenée en captivité et dédiée au service de son épouse, il apprend l’existence d’un prophète puissant en Israël susceptible de le guérir (5.2-4). Le roi de Syrie autorise son voyage, accompagné d’un entourage important et d’une somme conséquente pour payer le prophète[1] (5.5).

1ère erreur : s’attendre au roi

Notre homme, diplomate dans l’âme, et habitué aux cours des grands, se rend auprès du roi d’Israël. Il ne se rend pas directement vers le prophète. Son propre roi avait d’ailleurs adressé une lettre au roi d’Israël, lui demandant la guérison pour son général (5.6).

Le roi d’Israël ne brille pas par son intelligence spirituelle et imagine que la Syrie cherche une occasion bidon pour justifier un conflit supplémentaire : ‘Si tu ne guéris pas mon général, je serai en bon droit d’attaquer’. La réaction émotionnelle du roi d’Israël est intense : il déchire ses vêtements, signe de deuil et de tristesse – il a déjà le scénario d’une guerre en tête (5.7)

Ce roi, vraisemblablement Yoram, fils du funeste Achab (cf. 3.1), n’est même pas mentionné par son nom dans les récits qui rapportent son interaction avec Élisée. Un nom indigne d’être retenu par l’histoire.

Ce premier aspect du récit révèle une première erreur. Naaman pense que la médiation des faveurs du prophète passera par un roi humain. Il compte sur Yoram. Il ne réalise pas qu’aucun roi ne saurait servir de médiateur. Aucun roi… sauf Christ, mais c’est une histoire ultérieure.

2e erreur : s’attendre au respect

Élisée entend parler de l’incident. Il s’impose au souvenir du roi d’Israël et lui demande d’envoyer Naaman vers lui, « et il reconnaîtra qu’il y a un prophète en Israël » (5.8). Notre prophète est résolument centré sur la gloire de Dieu, un Dieu vivant, qui intervient avec puissance pour se révéler…

J’imagine l’espoir, l’émotion, la joie, l’anticipation de Naaman ! On donne enfin à son cas l’attention dont il s’estime digne ! On le renvoie directement vers le prophète du moment.

Il arrive devant la maison d’Élisée… et ce dernier ne sort pas à sa rencontre. Pas même un café ni un verre d’eau, même pas de quoi se laver les pieds de la poussière de la route, même pas une poignée de mains pleine de compassion, ni même une causette sur la météo, la famille, le travail… Pire, Élisée envoie un serviteur pour communiquer ses instructions.

Là, Naaman ressent du mépris, de la négligence. L’espoir déçu est cruel. Pendant des semaines de préparation et de réalisation de ce voyage, il a ruminé ce moment où il serait devant cet homme. Il s’est représenté cet homme examiner les taches terribles de la lèpre. Il a pensé qu’il agirait d’une certaine manière. Selon ses mots : « Voici ce que je me disais : il sortira bien vers moi, se présentera lui-même… » (5.11).

Et là, soudainement, il réalise que tout ceci est peut-être une blague, une très mauvaise blague… Élisée ne daigne même pas se lever de son fauteuil, et envoie un serviteur communiquer ses instructions.

Ce deuxième aspect du récit révèle une seconde erreur. Naaman s’est surdimensionné pour mériter certains honneurs, certaines considérations de la part du serviteur de Dieu. Il compte sur son statut, son prestige, son rang social pour obtenir la considération de Dieu par l’intermédiaire du prophète. En réalité, seuls les « pauvres en esprit » verront Dieu. Seuls ceux qui concèdent leur indignité verront Dieu les secourir. Avec une telle attitude, tout est accepté avec gratitude. Les mots réconfortants d’un serviteur sont autant immérités que ceux de Dieu lui-même. Aucun prophète ne saurait répondre à ses attentes… sauf Christ, mais ça c’est une histoire ultérieure.

3e erreur : s’attendre à une solution

Enfin, Naaman anticipe clairement ce que va faire le prophète : « … [il] invoquera le nom de l’Eternel son Dieu, il fera passer sa main sur l’endroit malade et débarrassera le lépreux de sa lèpre » (5.11).

Il s’est fait le film de l’intervention de Dieu. Et il est drôlement déçu. À la place d’une passe experte d’un guérisseur patenté…, Élisée lui fait dire de se « laver sept fois dans le Jourdain » (5.10). Suprême insulte, pour le nationaliste et le patriote qu’il est : « Les fleuves de Damas, l’Amana et le Parpar, ne valent-ils pas mieux que toutes les eaux d’Israël ? »

Naaman voudrait faire quelque chose de difficile, de spirituellement intense ou profond. Quelque chose qu’il pourrait raconter comme un exploit. Une chose dont lui-même, sa femme, ses enfants et sa nation seraient fiers.

Naaman ne saisit pas que l’eau du Jourdain n’y est pour rien, que la présence ou l’absence du prophète n’y est pour rien… Que la complexité ou la simplicité de la solution n’y est pour rien. Qu’il n’y a aucun effort qui « force » la main de Dieu. Ce qui compte, et ce qui lui manque, c’est la foi, la confiance en Dieu, et que ce que Dieu dit et propose est vrai, digne de confiance – et efficace, parce que Dieu lui-même est efficace. C’est sa troisième erreur.

Un Dieu imprévisible

Dieu rentre difficilement dans les cadres que nous imaginons. Il nous surprend et prend le contrepied de nos intuitions. Véritablement, sa folie est supérieure à notre sagesse (1 Co 1.25). Son salut ne concerne que ceux qui ont l’humilité de reconnaître leur petitesse et leur dépendance, et qui placent en Christ leur pleine confiance (Ép 2.1-10)

Son secours touche ses enfants de manière surprenante. Qui aurait cru que la maladie / faiblesse[2] de Paul serait source de force (2 Co 12.9) ? Qui aurait misé que les persécutions de l’Église primitive faciliteraient l’expansion missionnaire (Ac 8.1, 11.19, 13.50) ? Comment saisir que l’émergence de l’iniquité (2 Th 2.7, Mt 24.12) sera le prélude d’une plus grande délivrance (2 Th 2.8, Mt 24.14) ?

Il est bon de prier pour l’intervention de Dieu. Et il est essentiel de lui faire confiance sur le moyen qu’il choisira pour accomplir son plan. Ésaïe 55.8 doit colorer régulièrement notre perspective : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies ».


[1] En partant de la valeur actuelle des matières précieuses (341 kg d’argent et 68 kg d’or) on parle de près de 3 millions d’euros.

[2] Le mot « faiblesse » (astheneia) utilisé en 2 Co 12 est souvent traduit par maladie (cf. Jn 11.4, Ac 28.9), ou infirmités (Mt 8.17).

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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