Que dit Dieu à propos du travail au noir? (Épisode 33)

L’épisode 33 aborde la question épineuse du travail au noir.

Un lecteur nous écrit: « Dernièrement je me pose des questions par rapport à la bonne décision à prendre quand des gens (famille, amis, membre de l’église) me demande de travailler pour eux, et qu’à la fin il me payent pour mon travail, mais c’est de l’argent non déclaré. Est-ce mal? Surtout quand le travail qu’ils me demandent de faire est lié à mon métier. Et si je le fais gratuitement, et que au final ils veulent me remercier et me payent, est-ce que c’est toujours mal? Dans le sens qu’on ne respecte pas l’autorité gouvernementale que Dieu a mise en place? » Florent Varak propose deux anecdotes parlantes avant de traiter les données bibliques sur la question.

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La question est posée.  “ Dernièrement, je me pose des questions quant à la bonne décision à prendre quand des gens, famille, amis, membres de l’Église, me demandent de travailler pour eux et à la fin me payent pour mon travail. Mais c’est de l’argent non déclaré, est-ce mal? Surtout quand le travail qu’ils me demandent de faire est lié à mon métier. Si je le fais gratuitement et que, au final, ils me payent, est-ce que c’est toujours mal ? Dans le sens où l’on ne respecte pas l’autorité gouvernementale que Dieu a mise en place?”

Alors, comme d’habitude, ce sont de très bonnes questions et je suis conscient de la difficulté à aborder cette question du travail au noir, du travail non déclaré, et je vais commencer par deux anecdotes.

La première d’un ami qui m’est cher, qui était coiffeur, responsable d’un salon de coiffure. Lorsqu’il est devenu chrétien, il a décidé de tout déclarer et quand il a tout déclaré, c’est devenu assez compliqué au niveau financier pour lui. Alors, il est allé voir le centre des impôts dont il dépendait, il a vu un inspecteur des impôts,  Il lui a présenté sa problématique en disant : « Voilà, je veux tout déclarer pour vivre de manière différente mon entrepreneuriat, mais je n’y arrive pas, il y a trop de charges, qu’est-ce que vous me conseillez ? » L’inspecteur des impôts, donc quelqu’un dont c’est le métier, qui est expert en la matière, lui a répondu : « Le système n’est pas fait pour les gens honnêtes, si vous déclarez tout, vous ne pourrez pas y arriver ! » C’était vraiment un brisement pour mon ami, parce qu’il voulait faire ce qui était juste. Or, quelqu’un qui normalement doit faire respecter cette justice, lui disait que le système n’était pas fait pour, pas dans ces termes. Cela montre que parfois, les lois sont un peu injustes. Mais néanmoins, de par ses convictions, mon ami a décidé de changer de métier parce que c’était impossible autrement. Il ne voulait ni vivre dans la tricherie, ni dans la disette à cause de cette situation.

Une autre anecdote, avant de regarder des réponses un peu plus bibliques concernant cette problématique. Nous nous sommes rendus en Roumanie, tout de suite après la chute de Ceausescu; on a été assez surpris de voir que toute l’économie locale était fondée sur le marché noir et même les chrétiens participaient au marché noir. C’était quelque chose de totalement acceptable, accepté et normal. C’était d’autant plus amusant pour nous, car on voyait des gens qui avaient des opinions très très fermes, très très arrêtées sur des problématiques que l’on considérait bien secondaires, comme le style de musique, le style de vêtements. Enfin toutes ces questions qui sont peut-être un peu plus culturelles que d’autres. Donc, le contraste entre leur légèreté vis-à-vis du travail au noir et leur fermeté vis-à-vis des problématiques culturelles nous a amusé, nous a surpris. Puis on s’est dit : c’est à nous d’apprendre à aider les frères sans les juger, n’est-ce pas? On a chacun des œillères, des difficultés, des contextes culturels différents et c’est facile de porter un jugement, mais on s’en est abstenu. On a juste garder cette observation, qui s’avère utile finalement pour ce podcast. Alors, que dit la Bible, qu’est-ce que l’on peut tirer de l’Écriture sur cette question ?

Le texte principal que nous avons se trouve dans Romains chapitre 13. Mais avant de l’aborder, j’aimerais juste souligner l’attitude de Jésus-Christ en la matière. Cette attitude nous est donnée en Matthieu 17 à partir du verset 24, que je vais lire dans la version du Semeur : «Ils se rendirent à Capernaüm, là les agents chargés de percevoir l’impôt pour le temple vinrent trouver Pierre et lui demandèrent : Votre maître ne paye  pas l’impôt du temple ? Mais si, répondit-il, il le paye. Quand Pierre fut entré dans la maison Jésus prit les devants et demanda : qu’en penses-tu Simon ? Qu’est-ce qui paye les taxes et les impôts aux rois de la terre, est-ce que ce sont les fils ou les étrangers ? Les étrangers, répondit Pierre. Donc, reprit Jésus, les fils n’ont rien à payer, toutefois ne jetons pas ces gens dans le trouble, descend au lac, lance ta ligne à l’eau, attrape le premier poisson qui mordra, ouvre lui la bouche, tu y trouveras une pièce d’argent. Prends-la et donne-la aux agents, en paiement de l’impôt pour nous deux. »

Alors, c’est assez touchant comme histoire, bon évidemment c’est un miracle assez surprenant. On pourrait parler de ce miracle en tant que tel, mais ce n’est pas le sujet. Moi, ce que je remarque, c’est que Jésus est confronté à la question d’une personne qui perçoit un impôt, qui est un impôt annuel pour le temple. Et s’il y a bien une personne qui n’a pas à payer cet impôt, c’est Jésus-Christ, n’est-ce pas ? Jésus est le temple, il est Dieu, il occupe, il possède le temple, il est le centre, l’objet du temple, il est le temple même, puisqu’il est Dieu parmi les hommes. Et donc, s’il y a une personne qui devrait être dispensée de payer cet impôt, c’est bien lui. Pourtant, Jésus ne s’attache pas à ce qui serait juste ou équitable, il paye la taxe. Il ne veut pas être une occasion de scandale ni de problématique, en dévoilant qui il est de façon trop directe, menaçant les autres aspects de son ministère.

Je vois aussi ici une attitude très libre vis-à-vis des impôts, très détachée, qui n’est pas en souci de payer les impôts et je crois que c’est une attitude que nous devrions quelque part observer et imiter, non pas nécessairement par cet exemple-là, mais par le reste de l’Écriture.

Et maintenant c’est pour moi l’occasion d’arriver au texte principal; Romains 13 à partir du verset 6 nous dit : « C’est pour les mêmes raisons que vous devez payer vos impôts, car ceux qui les perçoivent sont, eux aussi, au service de Dieu dans l’exercice de leur fonction. Rendez donc à chacun ce qui lui est dû, les impôts et les taxes à qui vous les devez, le respect et l’honneur à qui ils reviennent. » On ne peut être plus clair. Je vais le relire « C’est pour les mêmes raisons que vous devez payer vos impôts, car ceux qui les perçoivent sont, eux aussi, au service de Dieu dans l’exercice de leur fonction. Rendez donc à chacun ce qui lui est dû, les impôts et les taxes à qui vous les devez, le respect et l’honneur à qui ils reviennent. »

L’apôtre Paul vient de parler des services de l’État, notamment des services liés à la justice, et il exige des chrétiens qu’ils se soumettent au gouvernement dont ils dépendent par motif de conscience. Alors, comme toute demande de soumission, la soumission n’est possible que si l’ordre qui est donné est compatible avec l’éthique de Dieu, n’est-ce pas ? Si le gouvernement nous demandait de tuer des gens, comme ça, sans aucune raison, ni fondement, nous devrions désobéir n’est-ce pas ? Nous voyons comment en Actes chapitre 5 verset 29, les apôtres ont refusé d’obéir aux hommes, préférant obéir à Dieu. D’accord, quand on souligne l’obéissance au gouvernement, on obéit au gouvernement le plus possible, le plus possible, sauf quand ses ordres sont directement opposés à l’éthique chrétienne, auquel cas nous devons prendre notre responsabilité et payer les conséquences de cette désobéissance. Mais je dois remarquer que, et surtout dans un pays comme la France, des ordres de ce style sont exceptionnels, très rares, et nous devons plutôt chercher à maximiser, en tant que disciples de Christ, une attitude paisible, une attitude constructive vis-à-vis de notre gouvernement, de la police, de l’armée; à les encourager, les fortifier à travers ce que nous pouvons manifester dans notre réponse. Et il est explicitement formulé cette demande: « Vous devez donc payer vos impôts et vous acquitter des impôts et des taxes ». C’est une obligation qui permet à l’État d’assurer les services qu’il a choisi de rendre ou d’assurer dans la société française. Donc, dans ce contexte, il faut regarder ce que la loi, la loi du travail, nous oblige à faire et ce que j’en comprends, c’est qu’un travail rémunéré doit être déclaré, les taxes appropriées devant être payées. Je sais que beaucoup d’excuses sont données pour rejeter cette idée : le gouvernement gère mal l’argent, c’est trop compliqué de déclarer, c’est trop cher de déclarer, j’ai besoin de vivre et vivre mieux, puis enfin c’est une goutte d’eau, c’est pas si grave si une seule personne ne déclare pas…  Évidemment, il n’y a pas une seule personne qui se pose cette question.

Je ferai six remarques à propos du travail au noir qui, me semble-t-il, doivent être prises en compte quand on pose cette question éthique :

  • Premièrement, c’est une désobéissance à la loi de Dieu de ne pas payer nos taxes puisque Dieu nous demande de les payer. Donc, si Dieu nous demande de payer nos taxes, nous devons les payer, même si cela nous semble un peu difficile, injuste ou mal formulé. Voilà.
  • Deuxièmement, ne pas payer nos taxes est un contre témoignage pour nos proches. Je pense notamment à ceux qui ne sont pas chrétiens, qui regardent un peu comment on fonctionne et je crois que le fait justement de vouloir être franc, de vouloir être direct, c’est un beau témoignage; et l’inverse dit l’inverse de ce que nous professons. On a tous nos difficultés, par rapport à notre vie, pour nous aligner par rapport à notre profession de foi. Il faut vraiment compter sur la grâce de Dieu, mais aussi compter sur l’illumination de l’Esprit et la force que l’Esprit de Dieu nous donne pour réussir à  dépasser ce qui serait notre habitude charnelle, notre manière de vivre loin de Dieu.
  • Troisièmement, le fait de ne pas déclarer nos revenus appauvrit l’ensemble de la société. Puisque beaucoup de gens ne déclarent pas, il y a beaucoup de revenus qui ne rentrent pas dans les caisses de l’État, ce qui fait que la charge des services de l’État repose sur un plus petit nombre de personnes et finalement, cela appauvrit la société qui n’est pas en mesure de rendre autant de services qu’elle souhaiterait rendre.
  • Quatrièmement, le système appauvrit celui qui en bénéficie. Parce que, en ne payant pas de taxe, celui qui te paye te met dans une situation où tu ne vas pas avoir la protection sociale à laquelle tu as droit. Cela va minimiser la participation que tu vas mettre de côté pour ta retraite et donc tu es moins protégé. Alors, ce principe te donne plus d’argent au début, mais à long terme il va générer un manque à gagner sur ce que tu vas recevoir.
  • Cinquièmement, c’est un peu injuste pour les autres entreprises. Je discutais avec un membre d’une entreprise voisine du local de l’Église, à Villeurbanne. Ce gars, qui est vraiment un chouette homme, j’ai vraiment apprécié la discussion que j’ai eue avec lui, me disait qu’il était un peu écœuré parce que, quand il fournissait des devis pour des prestations du bâtiment, il savait que d’autres entreprises, qui n’avaient pas la même éthique, proposaient des devis pratiquement un tiers moins cher, parce qu’elles embauchaient des gens qu’elles ne déclaraient pas, et que le travail pouvait par conséquent être fait de façon moins onéreuse.  Et donc, ce n’est pas juste pour lui de faire face à la concurrence déloyale de gens qui ne déclarent pas, qui ne jouent pas selon les règles.
  • Sixièmement, le travail au noir ne protège pas l’employé en cas d’incident. Si jamais, dans le contexte de ce travail non déclaré, il arrive un accident du travail, un problème, il n’y a aucun recours possible, car ce n’est pas fait dans les normes, dans les règles de l’art.

Alors moi je répondrai, je sais que c’est  tellement facile de parler d’éthique brutalement comme ça, mais voilà, la question est posée par rapport à ce que la Bible dit et la problématique éthique. J’aurais tendance à dire, soit tu fais du bénévolat et ton service est gratuit et réellement gratuit. Auquel cas, si quelqu’un veut quand même contribuer, tu peux lui proposer une œuvre caritative à laquelle contribuer, ou bien détourner cette offrande vers d’autres causes, d’autres situations. Soit c’est vraiment du bénévolat donc, soit tu choisis de vendre tes services, ce qui est totalement légitime. Heureusement, il existe en France une formule relativement souple, l’auto-entreprise qui permet de déclarer plus facilement des revenus.  Mon épouse a déclaré une auto-entreprise de traduction et ça lui permet, comme elle n’a pas un travail qui l’occupe de manière importante, d’avoir une couverture légitime de son activité. Elle paye des impôts dessus, elle peut trouver aussi parfois que ses impôts sont un peu élevés, mais ça lui permet d’exercer une activité dans la lumière et selon les règles de l’État et ça c’est chouette. Il existe également le Chèque Emploi Service Universel. Bon, je ne suis pas un spécialiste de ces questions, j’ai regardé sur Internet. Il y a plein d’indications pour pouvoir l’utiliser, ce qui permet de réaliser un travail rémunéré avec un minimum de couverture. Alors, je parle ici de services moyennant finance, je ne parle pas de ce qui pourrait être un pourboire, littéralement un pour boire d’un service rendu. Je suppose que la fiscalité et l’État considèrent comme possible que tu sois invité à prendre un café ou à partager un repas pour te remercier du travail réalisé, voilà.

Je vais terminer avec une remarque hypothétique. Dans le cas d’un effondrement total d’un État, dans le cas où l’État n’assure plus sa fonction régulatrice, sa fonction solidaire, qui sont propres au service d’un État – et malheureusement il existe beaucoup d’états dans le monde qui sont dans cette situation – je dois quand même remarquer que le commandement de gagner son pain à la sueur de son front, le commandement, la remarque, la factualité ou la réalité qu’il faut gagner son pain à la sueur de son front, précèdent les lois de taxation, les lois fiscales. Donc, il me semble que le jour où un état s’effondre et que les gens sont contraints à vivre et à survivre du mieux qu’ils le peuvent, ce genre de considérations aussi brutales que je viens de les poser sont peut-être à réaménager, en considérant que l’on doit tendre vers le meilleur, pour à la fois contribuer aux services de l’État et en même temps vivre, vivre suffisamment pour nourrir sa famille. Donc, c’est une considération qui, heureusement, n’est pas à prendre en compte en France, mais qui peut être légitime pour ceux qui écoutent ce podcast dans d’autres contextes et pourront entamer une réflexion et une analyse de leur situation avec intelligence et pertinence. Voilà, en tout cas, ce que je comprends de l’Écriture sur la question qui a été posée et j’espère que ce sera éclairant et que tu trouveras des pistes mais aussi que ceux qui écoutent pourront trouver eux-aussi des pistes pour s’aligner davantage avec cette problématique, cette thématique, cette éthique de la vie professionnelle.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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