Doit-on demander à Dieu ou exiger pour être exaucé? (Épisode 184)

Après avoir éclairci la question de l'autorité dans la prière, Florent Varak apporte un enseignement extrêmement riche sur la prière qui sera utile à tous! Il nous propose même un exercice intéressant afin d'approfondir notre compréhension de la prière.

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La question est posée pour ce podcast: Jn 14.14: « Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » Alors cette parole est une demande, et, à ce titre, nécessite certainement une approbation de la part de Dieu. C’est une demande; ce n’est ni une revendication, ni une prise d’autorité au nom de Jésus.

Question: « Beaucoup de chrétiens agissent au nom de Jésus, convaincus qu’ils sont investis de l’autorité de Christ, avec la conviction qu’ils sont considérés par Dieu comme étant des ambassadeurs de Christ (2 Co 5.20)… Faut-il d’abord demander? Ou peut-on agir spontanément, convaincu que l’intervention est conforme à la volonté de Dieu?

Ce qui me pousse à poser cette question est le fait de constater que beaucoup de chrétiens prient pour une guérison miraculeuse (souvent pour autrui, chrétien ou pas) en déclarant par exemple: « La maladie ne vient pas de Dieu, et je déclare au nom de Jésus-Christ que tu es guéri maintenant! » N’y a-t-il pas parfois de l’abus de pouvoir? Et ces pratiques sont-elles vraiment conformes à la volonté de Dieu?

Merci de m’éclairer sur ce sujet qui nous concerne tous. »

Alors écoute, c’est une très bonne question. Je te remercie de l’avoir posée et j’imagine que ma réponse ne conviendra pas à tout le monde.

Effectivement, de ma perspective, la prière est une demande que l’on présente à Dieu, et qu’il approuvera, ou non. Il est lui seul le Seigneur, le maître, le sage, et ses voies ne sont pas nos voies. Personne ne commande Dieu, personne n’exige de Dieu. La prière est un privilège que nous confère l’accès au Père que Jésus nous a obtenu par sa mort et sa résurrection. Voilà un peu la réponse très simple, courte, en une phrase ou deux, à ta question.

Qu’est-ce que la prière?

Maintenant, j’aimerais aussi la démontrer puis évoquer quelques aspects que tu évoques dans ta question.

D’abord considérons le vocabulaire grec du Nouveau Testament vis-à-vis de la prière.

Et en fait il y a 4 mots qui sont le plus fréquemment utilisés pour décrire la prière:

  • Le verbe aiteo qui se trouve dans le verset que tu cites et qui signifie essentiellement demander. C’est un mot très utilisé pour la prière. Il signifie demander, parfois interroger.
  • Le verbe erotao qui est également employé pour parler de la prière, et qui signifie aussi demander.
  • Le verbe deomai est employé pour décrire l’activité de la prière. Il signifie également demander, avec parfois une connotation de désirer.
  • Et puis il y a le verbe euchomai qui veut dire présenter un vœu à Dieu, un souhait à Dieu.

Alors il y en a d’autres, mais là ce sont les principaux. Tous reflètent une demande que l’on adresse à Dieu pour qu’il agisse d’une certaine manière. Donc on est vraiment dans l’idée de demander, de solliciter l’intervention de Dieu, en aucun cas de l’exiger ou d’agir par soi-même.

Alors un jour, je voulais accroître ma compréhension de la prière parce que je dois dire c’est quand même un « enfant pauvre »! Je prie bien sûr tous les jours, régulièrement, mais j’aurais besoin de développer ça. Je sais pas si c’est ton cas: il y a des gens qui sont beaucoup plus des intercesseurs que je ne le suis, même si ça fait partie bien sûr de la vie de tous les chrétiens.

Alors pour ce faire, un jour j’ai repris tous les versets qu’il y avait dans le Nouveau Testament sur la prière et je les ai recopiés en les classant, parfois en les recopiant plusieurs fois, selon 6 catégories:

1. Les exemples de sujets de prière
2. Les exemples de manière de prier
3. Les promesses (et les conditions) d’exaucement
4. Les obstacles à l’exaucement
5. Les exemples et les occasions de prière
6. Quand on avait, parce que c’est un peu particulier, le Fils qui prie le Père.

Alors c’est assez extraordinaire comme étude, et malheureusement, avec 2 ou 3 déménagements de mon bureau, je crains avoir perdu le classeur sur lequel j’ai tout noté donc il va falloir que je le refasse. Mais je t’encourage à le faire et je pense que je publierai d’ici quelques semaines un article sur ToutPourSaGloire.com qui te permettra de refaire cet exercice: je citerai simplement l’ensemble des versets et puis tu pourras, vous pourrez, si ça vous intéresse, recopier ces versets: ce sera très nourrissant! Mais tu verras qu’en une ou deux semaines tu l’auras fait. Si tu passes 10 minutes par jour simplement, c’est suffisant, et tu auras vraiment une compréhension très pertinente de ce qu’est la prière.

Tu remarqueras que l’obstacle à la prière, c’est certainement pas des obstacles du style que t’as pas « exigé » de Dieu, que t’as pas « ordonné » les choses, ou que t’as pas dit suffisamment souvent « au nom de Jésus ». Les obstacles à la prière c’est beaucoup plus problématique! Par exemple, si tu traites mal ton conjoint, Dieu n’exaucera pas -et notamment si t’es un homme. C’est ce que nous dit l’Écriture: si on traite mal nos conjoints, notre épouse, si on ne lui parle pas avec respect en l’honorant, Dieu n’écoutera pas notre prière.

Donc, tu veux que Dieu écoute ta prière? Ben traite ton conjoint correctement. Tu veux que Dieu écoute ta prière? Pardonne à ceux qui t’ont offensé. C’est pas moi qui le dis, c’est l’Écriture! Et donc, y’a plein de choses qui sont vraiment surprenantes dans cette étude et tu vas voir que tu auras un regard un petit peu décalé peut-être avec ta tradition.

Mais finalement, ce que je remarque, c’est que la prière:

  • C’est un regard tourné vers Dieu. Il y a bien sûr une dimension de louange qui sera à creuser, qui n’est pas vraiment le sujet (je conclurai là dessus), mais c’est là quelque chose de beaucoup plus spécifique que le fait de demander quelque chose à Dieu.
  • C’est aussi une déclaration de vulnérabilité et de dépendance: quand je prie pour mon pain quotidien, quand je prie que Dieu me garde de la tentation, quand je prie pour une personne que je voudrais voir venir à Christ, quand je prie pour que Dieu garde un frère ou une sœur qui passe par un temps difficile,… je déclare ma dépendance de Dieu. Je ne suis pas maître de mon destin, quelque part je suis dépendant de ce que Dieu voudra bien faire dans ma vie, et dans la vie de ceux qui m’entourent.
  • C’est aussi une expression de confiance en Dieu: je déclare en priant que lui est capable. Quand moi je ne suis pas capable, lui est capable, donc ma confiance est en lui et pas en moi. La prière est cette merveilleuse marche de dépendance et de confiance en Dieu.

Le chrétien peut-il exiger?

Passons à la seconde partie de ta question: peut-on agir spontanément, convaincu que l’intervention est conforme à la volonté de Dieu? Est-ce qu’on doit déclarer les choses, c’est ce que tu évoques (je ne reprends pas l’intégralité de ta question)?

Alors la notion d’autorité vient d’un pouvoir ou d’une permission reçue. On reçoit un droit ou une capacité de réaliser quelque chose, et ce n’est pas simplement dans l’Écriture.

  • Le professeur qui enseigne un cours a reçu le droit de le faire par l’université, n’est-ce pas? Je ne peux pas rentrer dans une classe en disant: « je vais vous enseigner aujourd’hui. » Je n’ai pas cette autorité, ce pouvoir, cette permission.
  • Le policier qui arrête un individu reçoit de l’État l’autorité d’arrêter temporairement la liberté de quelqu’un pour le présenter à un juge;
  • et le juge qui condamne à une peine de prison a reçu le droit, la permission, le pouvoir par l’État de le faire. On ne peut pas priver un individu de sa liberté: ça s’appelle un kidnapping! Je kidnappe quelqu’un, je fais preuve d’une autorité interdite, illégale.
  • L’ambassadeur ou le général qui négocie une paix après un conflit a reçu le mandat de le faire.

Alors, est-ce que le chrétien a le droit d’exiger quelque chose? La réponse à ta question dépend: est-ce que le chrétien a reçu le mandat de faire quelque chose ainsi? Est-ce que le chrétien a reçu le mandat de transformer de l’eau en vin, de multiplier le pain? Est-ce que le chrétien a reçu le mandat d’ordonner la guérison, de ressusciter des morts?

Alors personnellement, moi je vois que Dieu a donné ce mandat:

– aux 12 quand ils sont en formation,
– aux 70 quand il les envoie pour une mission particulière et qu’il les forme à cela,
– aux 12 en Marc 16.

Mais à mon sens, Jésus ne mandate pas l’Église pour réaliser ces choses.

Alors, j’ai écrit un article que tu trouveras sur ToutPourSaGloire.com au sujet de Marc 16, si tu veux le creuser. Mais en tout cas, je ne vois nulle part dans l’Ecriture que nous ayons ce mandat de réaliser directement ces choses-là. Tu sais, 2 Corinthiens 12 nous dit que les signes distinctifs de l’apostolat ont été vus chez l’apôtre Paul. C’était quoi ces signes distinctifs de l’apostolat (pas de la vie chrétienne)? C’étaient des signes et des prodiges, et des communications que Dieu pouvait faire: tu pourras lire plus précisément ce texte.

Je vais utiliser quelques métaphores:

  • si je donne un euro à mon enfant pour qu’il achète une baguette: il se rend à la boulangerie et demande une baguette. Le pouvoir de l’euro, et le mandat que je lui ai donné lui permettent de réaliser cette transaction.
  • Est-ce que mon enfant peut venir vers moi et dire: « j’exige un euro »? Pas dans notre famille. Je ne sais pas dans la tienne… mais si un de nos enfants venait et qu’il exigeait quelque chose, il ne l’avait pas, c’est évident! C’est une question d’attitude et je me dis: c’est pas aussi ce rapport que nous avons avec Dieu? Et puis en plus, si je donnais à mon enfant de quoi acheter une baguette et qu’il allait auprès de la boulangère en disant: « j’ai l’autorité d’acheter une baguette, j’exige que vous me donniez une baguette avec un euro! » je ne suis pas sûr que la boulangère accepterait; en tout cas, elle aurait tout mon soutien si elle refusait de le faire, si mon enfant avait une attitude aussi peu respectueuse.

Alors là, finalement, tu touches cette question de l’attitude avec cela. Quand je regarde les prières que nous trouvons dans l’Ecriture, je ne trouve nullement ce genre d’arrogance:

  • Regarde la prière d’Abraham pour le salut de Sodome et Gomorrhe: c’est absolument extraordinaire. C’est en Genèse 18, si je ne m’abuse. Il dit, il négocie: « s’il y a 50 justes…, s’il y a 40 justes, tu détruirais la ville? » Puis Dieu dit à chaque fois: « ben, non! s’il y a ‘tant’ de justes, je ne détruirais pas la ville. » Et puis bien sûr, le problème c’est qu’il n’y a même pas 1 juste, parce que le seul juste qui existe c’est Jésus-Christ: c’est lui qui est l’intercesseur qui va permettre de ‘médier’ et de tempérer le jugement de Dieu puisqu’il va sauver un certain nombre de personnes.

Mais on voit toute l’approche respectueuse de l’intercession d’Abraham, qui n’exige rien, qui dit « Excuse-moi de te déranger », presque!

  • Lis les Psaumes: tu trouves beaucoup de lamentations, d’intercessions, beaucoup d’émotions. Tu trouves aussi des expressions très fermes de David mais, très fermes parce que lui est roi, et qu’il défend un royaume, un royaume duquel viendra la promesse. On n’est pas tout à fait dans la même posture. Moi, je vois mal un pasteur prier le Ps 118.11 qui dit: « Au nom de l’Éternel, je les taille en pièces. » Non, on ne taille personne en pièces, c’est fini cela! Ça c’est le temps de la théocratie, c’est le temps de l’établissement du royaume d’Israël, ce n’est pas le temps de l’Eglise, et nous ne sommes pas dans les mêmes dispositions d’esprit.
  • Regarde maintenant l’intercession de Daniel 9 qui engendre la révélation la plus précise du programme salvateur d’Israël et des nations par la venue du Messie, particulièrement d’Israël. La manière dont Daniel prie est une manière humble, est une manière qui commence par la repentance, qui reconnaît même les fautes de son peuple, et qui s’attend à Dieu.
  • Regarde les 3 prières de Jésus: lui le Fils de Dieu, évidemment, n’a pas cette arrogance.
  • Regarde la prière qu’il nous enseigne avec le Notre Père.
  • Regarde la prière d’intercession pour ses enfants en Jean 17, elle est bouleversante!
  • Regarde la prière de Gethsémané où il disait: « Père, toutes choses te sont possibles, éloigne de moi cette coupe. Toutefois non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. »

Et donc, on n’est absolument pas dans cette notion que je vais manipuler Dieu, que je vais exiger de Dieu, ou que je vais proclamer les choses que je veux.

Tu sais, je voyage de plus en plus fréquemment en Afrique; j’apprends beaucoup sur l’animisme et sur la magie, et le mode opératoire est précisément la manipulation des forces spirituelles: par des rites, des incantations, des sacrifices, par des initiations et par des formules. Le sorcier ou le marabout agit sur les forces spirituelles pour accomplir ce qu’il a envie.

Et moi parfois, je crains que les chrétiens aient développé cette sorte d’attitude où à force d’utiliser « au nom de Jésus » toutes les cinq secondes, on a suffisamment dit les bonnes choses pour pouvoir réaliser ou faire réaliser les choses. J’ai une impression de ritualisation de la formule qui est bien éloignée de l’intention que nous trouvons dans l’Ecriture. Ou bien dans le fait de proclamer les choses, je deviens l’instrument qui réalise les choses -enfin, la personne croit l’être-, un peu comme un sorcier verbalise ce qu’il veut réaliser pour pouvoir le voir se faire.

« Au nom de Jésus »

Qu’est-ce que ça veut dire quand on a la formule « au nom de Jésus »? Ben, « au nom de Jésus », c’est par le biais de l’ouverture qu’il nous donne au Père.

  • Jésus est le seul médiateur, nous dit 1 Timothée 2, qui nous permet d’avoir accès au Père.
  • C’est lui le prêtre qui s’est sacrifié, et qui me permet de m’approcher de Dieu.
  • C’est lui qui a envoyé son Esprit Saint qui intercède en moi, et qui me conduit dans mon intercession.
  • C’est lui qui conduit mon intercession et ses langueurs pour accomplir sa volonté. C’est lui qui me donne le vouloir et le faire.

Prier « au nom de Jésus », c’est prier selon toute l’intention de Jésus et selon toute la médiation, ou par le pouvoir de la médiation qu’il m’a accordé, qui me permet d’être connecté à Dieu. Tu vois, c’est pas une formule!

Alors à mon avis, c’est même pire de dire « Au nom de Jésus sois guéri » parce qu’à ce moment-là, cela présuppose que j’ai l’autorité de le faire. Alors les apôtres avaient l’autorité de le faire et d’ailleurs quand ils l’exercent, ça a un résultat immédiat; or quand les gens aujourd’hui utilisent cette formule, ça n’a pas de résultat immédiat et ça, ça me pose une vraie question: c’est que l’autorité n’a pas été donnée! Alors après, les gens disent: « ah, oui, il faut que tu aies la foi » ou « crois que tu l’as reçue et ça va se réaliser » mais ça, c’est la pensée positive, ça n’a rien à voir avec la puissance du Saint-Esprit.

Parfois j’ai été dans des réunions de prières où j’ai entendu des gens dire: « Satan, je te chasse de France! » Alléluia! C’est mignon! Mais il est toujours en France, pourquoi? Parce qu’il accomplit l’œuvre que Dieu lui a assigné de faire, qui est une œuvre tragique pour laquelle il sera amené en jugement.

Mais même l’archange Michel, lorsqu’il était confronté au diable, a dit: « que l’Éternel te réprime! » Dieu s’occupe de lui. C’est pas à nous de nous en occuper.

Ou bien: « au nom de Jésus, je proclame le réveil spirituel! » Proclamons-le mais surtout humilions-nous, reconnaissons notre péché, notre faiblesse, notre petitesse. Prions que Dieu ait pitié d’un peuple qui s’intéresse beaucoup plus à sa puissance et à la réalisation de ses rêves plutôt qu’à la sainteté de Dieu au milieu de l’Église. Et malheureusement, je dois reconnaître: c’est dans mon cœur en partie comme ça, je dois m’humilier! Et le réveil commencera lorsque le peuple de Dieu s’humiliera devant Dieu, et pas à force de répéter un certain nombre de choses.

Ça me fait penser: si moi j’allais dans la rue, que je prenais quelqu’un et que je disais: « au nom de la loi, je vous arrête! » Je ne suis pas la loi, et je n’ai reçu aucun mandat de la loi pour cela. Alors je l’ai dit, les apôtres l’ont utilisé, Pierre par exemple en Ac 3.6: « Je ne possède ni argent, ni or; mais ce que j’ai, je te le donne: au nom de Jésus-Christ de Nazareth: lève-toi et marche! » Et la personne se lève, bondit même! Elle est guérie. Ac 16.18: « Paul, excédé, se retourna [vers une femme possédée par un esprit impur] et dit à l’esprit: Je t’ordonne, au nom de Jésus-Christ, de sortir d’elle. Et il sortit à l’heure même. » Et donc, j’avais cité déjà 2 Co 12.12, je te le cite complètement maintenant: « Les signes distinctifs de l’apôtre ont été produits parmi vous, avec une persévérance à toute épreuve, par des signes, des prodiges et des miracles. » Et donc voilà, c’est vraiment la marque d’un apôtre et ce n’est pas la marque du chrétien lambda que nous sommes.

D’ailleurs, j’ai lu le témoignage assez touchant de Costi Hinn. Costi Hinn, c’est le neveu de Benny Hinn, tristement célèbre pour être, je crois, un faux prophète et vraiment un homme qui a conduit l’Église loin de la pensée de Dieu. Et Costi Hinn a été un catcheur de Benny Hinn c’est-à-dire qu’il était celui qui récupérait les gens qui tombaient dans un état de transe, qui tombaient à la renverse. Donc il a accompagné Benny Hinn dans des campagnes soi-disant « d’évangélisation » dans les 4 coins de la planète. Vous savez qu’il est adepte de l’évangile de prospérité; donc Costi Hinn s’est retrouvé dans des hôtels en Arabie Saoudite à 20 000 dollars la nuit! Enfin, c’est des choses absolument hallucinantes! On voit vraiment que c’est un faux prophète. Et puis, il s’est converti, il a réalisé que le christianisme ce n’était pas ça: c’était une question de repentance et de foi en Jésus-Christ. Et il a écrit un livre qui s’appelle Defining Deception (Définir la séduction) et je te recommande, si tu lis l’anglais, de le lire: c’est assez bouleversant pour ceux qui sont dans cette mouvance. Il a fait vraiment une volte-face, il a invité même son oncle à se repentir, à devenir chrétien, ce qu’il n’a pas fait à ce jour, et ça crée, j’imagine, pas mal de tensions au sein de sa famille.

Alors tu vois, lorsque l’apôtre Jean qui était l’intime de Jésus, il voit Jésus dans la gloire en Apocalypse 1: il s’effondre devant lui. On n’est pas dans cette arrogance, dans ce rapport de force avec Dieu: on est dans un rapport de dépendance.

Alors pour terminer sur la question de la prière, où est-ce que nous pouvons avoir un encouragement? Et bien, 1 Jn 5.14-16 dit la chose suivante: « Voici l’assurance que nous avons auprès de lui: si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu’il nous écoute, quoi que ce soit que nous demandions, nous savons que nous possédons ce que nous lui avons demandé. »

  • La promesse est que Dieu exauce notre prière, c’est-à-dire notre demande, quand cela correspond à sa volonté.
  • C’est quoi sa volonté? C’est tout ce que Dieu dit dans l’Ecriture. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés: prie pour les hommes qui t’entourent, prie que tu aies des occasions de témoignages. Dieu veut ta sanctification: prie pour ta sanctification, prie pour la sanctification de l’Eglise. Toutes les choses que Dieu veut dans sa Parole: prie pour ça, intercède pour ça, ça te fera prendre conscience de ce que Dieu désire. Tu va prier selon l’intention de Dieu et tu vas voir des exaucements.
  • D’ailleurs je note (par le contexte, on n’a pas le temps de le voir, de 1 Jean) que la prière touche particulièrement les frères et les soeurs qui passent par des temps de chute ou des temps difficiles: prie pour que Dieu relève ceux et celles qui se sont égarés, prie pour cela.
  • Parfois il y a des désirs ou des envies qui ne font pas forcément l’objet de promesses bibliques. Et tu peux prier aussi pour, en sachant que tu offres à Dieu ta prière et que lui fera selon sa volonté.

Tu sais que Paul était malade, il a prié 3 fois pour sa maladie. Le texte grec parle de asthéneia et c’est parfois malheureusement traduit par faiblesse (c’est vrai que asthénie veut dire sans force), mais c’est systématiquement utilisé ailleurs pour décrire la maladie. Paul a été malade et par 3 fois il a supplié, ou plutôt il a supplié Dieu de lui enlever sa maladie, de le guérir et Dieu a dit non. Et il a dit: « Ma grâce te suffit car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (dans la maladie, il faudrait le traduire ainsi). Waouh! C’est extraordinaire ce que nous avons ici. Et donc parfois on peut prier Dieu et Dieu dit non, et c’est très mystérieux les choses que Dieu permet dans nos vies.

Mon épouse, et elle m’a permis d’en parler, lutte avec des insomnies. Alors les insomnies, ça semble pas terrible; c’est comme une coupure avec un morceau de papier: quand on a qu’une coupure, ça fait un peu mal et puis c’est rien, mais quand c’est 365 nuits par an et que l’on dort 4 heures, 5 heures, parfois 3 heures, parfois 2, parfois rien, c’est super douloureux à vivre!

C’est 10 000 coupures de feuilles de papier et on supplie Dieu pour la guérison et Dieu ne guérit pas. Il y a un cycle de sérotonine qui est brisé et qui ne se guérit pas. Bon, il a le droit de dire non, mais il a ses raisons. Et je t’encourage à la lecture de Pascal Denault: Le côté obscur de la vie chrétienne. Remarquable! Très réaliste!

Il y a parfois des choses difficiles à comprendre, et il y a des temps aussi pour Dieu, il y a des moments où les prières sont exaucées beaucoup plus librement. D’ailleurs Es 65.24 nous parle d’un temps futur, eschatologique, où avant que les gens l’invoquent, « moi je répondrai; ils parleront encore, que moi j’exaucerai. » Es 65.24 nous parle d’un temps où Dieu va répondre à la prière beaucoup plus vite que maintenant. Et puis il y a des temps de réveil où Dieu répond à la prière beaucoup plus vite que dans d’autres périodes qui sont des périodes de désert.

Alors je vais conclure là-dessus, 2 exhortations rapides:

La première, c’est que j’espère que tu es un enfant de Dieu parce que c’est la première des conditions qui permet l’exaucement. La première prière que Dieu veut exaucer c’est la prière de repentance et de foi où une personne se tourne vers Dieu en réalisant qu’elle est pécheresse, qu’elle a offensé Dieu, qu’elle a fait honte à Dieu, mais que Dieu est prêt à pardonner, parce qu’il est mort en sacrifice expiatoire pour ceux et celles qui placeraient leur confiance en lui. Et donc, si dans ton coeur tu sens que tu as besoin de grâce et de pardon et que tu crois que Jésus est mort pour tes péchés, la première chose à faire c’est de placer ta confiance en celui qui est capable de nous restaurer, de nous transformer et de nous pardonner. Ça c’est la première condition préalable à l’exaucement de la prière. Vient après une marche de sanctification. Et la deuxième condition bien sûr, c’est de marcher selon Dieu dans l’honnêteté que quand tu pèches, tu le reconnais devant Dieu et quand tu luttes, tu demandes à Dieu son aide pour qu’il t’accorde tout ce dont tu as besoin pour vivre une vie qui l’honore.

Et si tu es en Christ, je te propose de développer, en tout cas, une approche assez variée de la prière. Je m’appuie sur le livre de Dick Eastman: The hour that changes the world (L’heure qui a changé le monde): c’est de passer un temps régulier, lui conseille une heure par jour, dans la prière en variant:

  1. un temps d’adoration à Dieu
  2. un temps de confession de ses péchés
  3. un temps pour prier et affirmer ce que l’Ecriture dit
  4. un temps pour écouter, passer un temps de silence
  5. un temps à méditer l’Écriture
  6. un temps pour intercéder pour ceux qui nous entourent
  7. et pour terminer avec un temps de louange et d’actions de grâce

Voilà tout un menu qui te permettra de varier ton temps de prière et de ne pas le réduire à une forme de revendications qui fait bien, qui est bien dans l’air du temps où on revendique tout ce que l’on n’a pas, mais qui ne correspond pas, je crois, à l’attitude d’un disciple de Jésus-Christ.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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