Doit-on prendre une coupe ou des gobelets pour la cène? (Épisode 196)

Les gobelets individuels ont commencé petit à petit à remplacer la coupe pour la cène. Que penser de cela? N'est-ce pas simplement un symptôme de l'individualisme de la société qui se serait infiltré dans l'Église? Florent Varack nous présente les arguments défendant les deux pratiques, nous rappelant que l'essentiel dans la cène n'est pas le contenant, mais la signification du contenu.

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Episode 196 : Doit-on prendre une coupe ou des gobelets pour la Cène ?

La question est posée : "Lors du dernier repas du Seigneur, Jésus a donné la coupe à ses apôtres, ce qui signifie la communion fraternelle. Dans certaines églises, il y a un gobelet pour chacun pour prendre la Sainte Cène. Cela ne caractérise pas l’individualisme qui n’est qu’autre que l’esprit de la chair ? Merci."

Ah ! Ouais c’est une super question ! Elle est âprement débattue, je l’ai réalisé en réfléchissant à ce podcast et en regardant un peu ce qui était dit à ce sujet, avec des arguments pour les deux solutions : le gobelet commun ou le gobelet individuel – la coupe ou le gobelet on va dire pour ce podcast.

L’utilisation de gobelets individuels a commencé à la fin du XIXème siècle et ce, essentiellement pour des raisons hygiéniques. C’était le temps de la découverte des microbes, des virus et des bactéries, bref – pas encore des virus peut-être forcément –, mais tu comprends ce que je veux dire. L’essor de la science médicale a fait qu’on s’est interrogé sur le bien-fondé, la sagesse, d’utiliser une coupe partagée par une cinquantaine, une centaine, dans certaines églises plusieurs centaines de personnes, dont certaines étaient en train de couver des grippes ou bien étaient en train de tousser tout ce qu’elles avaient.

Alors, est-ce déjà important ? Est-ce que le mandat du Seigneur exige l’utilisation de la coupe, ou est-ce que le mandat se concentre sur le fait d’en boire le contenu ? Et comment tu vas répondre à sa question va orienter…, à cette question-là, va orienter la manière dont tu vas comprendre le geste que Christ nous demande de réaliser.

Voilà déjà quelques arguments en faveur de la coupe, que j’ai pu recenser à droite et à gauche :

  •  La coupe reflète précisément ce que Jésus a fait : au milieu du repas, il a pris une coupe, probablement la sienne d’ailleurs, parce que c’était lors d’un repas complet. L’idée du pain et du vin qu’on prend comme ça sur la fin d’un culte, ça c’est une version qui est réduite par rapport au repas de la Pâque qui était célébré au temps de la fin des Evangiles, et puis au repas qui semble avoir été un peu le contexte, peut-être pas constant mais fréquent, de la prise de la communion dans l’église primitive. Donc la coupe reflète vraiment ce que Jésus a fait pendant le repas pascal.
  •  Deuxièmement, la coupe symbolise l’unité du peuple de Dieu. Ça, ça va être important dans les arguments que je vais évoquer tout à l’heure, c’est-à-dire que quand tu prends une coupe et que tu la donnes à ton frère qui est à côté, ou à ta sœur qui est à côté, tu signifies qu’on boit tous à la même coupe, on est de la même famille en quelque sorte, et donc ça a un sens de le faire ainsi.
  •  Troisièmement, l’utilisation d’une coupe en métal avec le vin aurait un effet antiseptique supérieur au gobelet plastique. Alors ça, ça m’a amusé parce que quand j’ai vu ça, je me suis dit "Tiens, je vais m’intéresser au pourquoi de cette remarque" : quelqu’un a dit "Ben oui parce que l’essentiel des germes passe par les mains, et lorsque vous préparez des gobelets individuels, lorsque les gens, les diacres si c’est leur charge le dimanche, préparent des gobelets individuels, il faut bien leur demander en tout cas de se laver les mains avec de l’antiseptique parce que sinon, en touchant les gobelets, ils répartissent beaucoup plus de germes que ne le ferait une coupe". Je ne suis pas médecin, ni biologiste, et je n’ai pas vérifié cette affirmation.
  •  Autre argument : l’histoire de l’Eglise est universelle pour souligner la prise d’une coupe. Alors, c’est vrai que ça a son sens de s’inscrire dans une tradition. En même temps les préoccupations n’étaient pas forcément les mêmes dans les siècles passés. Mais c’est un argument.
  •  Et puis – et notre internaute le dénonce –, c’est vrai que la coupe, enfin le gobelet, ça reflète bien la culture individualiste du christianisme occidental qu’on ne retrouve pas forcément dans les autres sociétés.
  •  Un étudiant en théologie luthérien – donc luthérien : un attachement au rite, en tout cas un attachement à la manière de formuler les choses –, écrit la chose suivante dans un article qu’il a publié où il défend (je crois que c’est même son sujet de master), où il défend vraiment l’utilisation de la coupe, et il dit : "Nous avons entrepris de répondre à la question suivante : est-il important que nous prenions le Sang du Seigneur dans une coupe commune (calice) ou dans des tasses individuelles ? D’après ce que nous avons découvert dans cette courte enquête, notre réponse doit être un" oui "retentissant. Pour être fidèles au mandat de notre Seigneur, pour adhérer à la pratique historique de l’Eglise, pour maintenir le symbolisme du koinonia vertical et du koinonia horizontal, pour éviter la fausse théologie du christianisme" populaire "actuel et pour conserver la solennité de ce Saint Sacrement, nous devons administrer et recevoir le précieux sang du Seigneur par une coupe commune." Signé Thomas Messer.

Voilà les arguments en faveur de gobelets donc on regarde maintenant la perspective adverse :

  •  Le pain et le vin sont un enseignement illustré du sacrifice de Christ pour son peuple, illustré comme le montre 1 Corinthiens 10.16 : "La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps ; car nous participons tous à un même pain."
  •  Quand il y a symbolisme, il faut éviter de penser que la réalité des choses a lieu au moment de la participation à ce symbole. Le symbolisme donc donne un certain nombre, enfin certaines marges, à la manière de réaliser les choses sans que l’on ne brise ou que l’on violente l’idée principale.
  •  D’ailleurs, le texte que nous lisons montre un double mouvement ou le mouvement d’une double communion : il y a une communion avec le sacrifice de Christ, donc c’est ce que disait Messer, une communion verticale, et puis il y a une communion horizontale avec le corps du Christ, le corps du Christ c’est l’Eglise. Il se trouve que le pain rappelle la communion horizontale avec le corps du Christ alors que la participation au vin est une participation qui nous rappelle une communion au sang de Christ, où, là c’est vrai que nous sommes sauvés collectivement en tant que peuple de Dieu, nouveau peuple de Dieu, mais en même temps nous sommes sauvés individuellement. Et donc je ne serais pas sûr, enfin en tout cas ce serait un des arguments à mettre au compte des gobelets, je ne suis pas sûr que la notion de gobelets ou de coupe soit vraiment fondamentale.
  •  Il y a aussi une chose, c’est que Jésus prend ce pain et ce vin dans le contexte d’un repas qui est familial : ils sont douze disciples, peut-être quelques personnes autour qui sont là et qui partagent avec eux ce moment. Alors je ne sais pas si c’est que ce nombre d’individus qui sont là, mais il y a une différence entre ce cercle intime et familial de gens qui ont vécu ensemble pendant 12 ans…, pendant trois ans pardon, et puis disons une cinquantaine de personnes qui ne vivent pas les mêmes choses et qui se rassemblent pour célébrer le repas du Seigneur.
  •  Quand même, il semble que le risque de transmission soit réel avec une coupe, mais un médecin peut-être mettra dans les commentaires "ce n’est pas vrai", "c’est vrai", ça ce sera à voir.
  •  Et puis certains soulignent que Jésus use d’une figure de style qu’on appelle la métonymie, c’est-à-dire une expression généralement courte qui décrit un concept ou une réalité plus large. Et Jésus emploie le terme de "coupe" pour évoquer la coupe de la colère du Père qu’il recevra bientôt. Matthieu 26 : "Il prit ensuite une coupe ; et après avoir rendu grâces, il la leur donna en disant : Buvez-en tous car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour beaucoup, pour le pardon des péchés. Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père."
  •  Ici, la coupe est le sang… mais ce n’est pas réellement le cas, c’est une représentation du sang.
  •  Le vin est le sang répandu pour vous… mais son sang il va se répandre une fois seulement. La Bible dit qu’il est mort une fois pour toutes, en Hébreux, il est mort une fois pour toutes, et ainsi il nous a obtenu une rédemption éternelle.
  •  Le vin est le sang de l’alliance… mais le sang de l’alliance ce n’est pas du vin. Il y a une chose qui représente une autre.
  •  Et un autre argument vient de Luc 22.17 où il est dit : "Il prit une coupe, rendit grâces et dit : Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous." Et Frédéric Godet qui est un commentateur assez connu et assez profond, considère que cette distribution pouvait s’être faite soit en prenant dans le même coupe, soit en répartissant dans des coupes individuelles.
  •  Et enfin je termine avec l’exemple de la première église : il est question d’une église de 2000 personnes (Actes 2). 2000 personnes qui prennent le pain et le vin, j’ai peine à penser que ce soit la même coupe. Et donc on peut imaginer que ce soit des pichets qui aient circulé, comme ça peut se faire dans certaines églises.

Pour conclure, comment trancher sur la question ?

Je ne tranche pas, il ne faut pas trancher.

  •  Je crois que… Il semble qu’une Eglise doit décider la manière de servir le vin dans la célébration du repas du Seigneur. Déjà, je dis le vin mais j’espère que tu réalises que dans beaucoup de pays du monde, il n’y a pas de vin. Puis d’ailleurs, le vin ce serait un problème, parce que c’est considéré dans certains pays comme un excès ou une porte d’entrée dangereuse à l’alcoolisme et donc il faut… et puis en plus ça coûte énormément d’argent, donc dans les pays pauvres, c’est un peu ridicule d’acheter du…, ce serait complètement ridicule d’acheter du vin ; il vaut mieux acheter… ou payer l’éducation de ses enfants plutôt que d’acheter ce genre de boisson. Donc il faut être, il faut réaliser que dans certains pays c’est du jus d’orange, c’est du jus de noix de coco, c’est un symbole. Bref.

Il me semble que c’est aux anciens d’une église de réfléchir s’ils veulent le faire et s’ils veulent le faire, alléluia ! Tout ce qui ne vient pas d’une démarche de foi est péché, donc si par la foi ils pensent qu’une coupe est meilleure, alléluia ! il faut boire comme cela.

  •  Mais je pense qu’une église qui déciderait de servir le vin dans des gobelets individuels, alléluia ! C’est un choix d’église, il ne me semble pas qu’il y ait, peut-être j’ai tort, mais il ne me semble pas qu’il y ait un impératif lié à cela dans le contexte de l’Ecriture. Je crois que c’est la responsabilité des anciens d’une église.

Et surtout, ce qui compte en cela, et je termine avec les versets 28 et 29 de 1 Corinthiens : "Que chacun donc s’examine soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe car celui qui mange et boit sans discerner le corps (du Seigneur), mange et boit un jugement contre lui-même." Quand on prend le pain et le vin, on réalise qu’on fait partie d’un corps plus grand que l’on doit accompagner, aimer, que l’on doit considérer comme des frères et qu’on est au bénéfice d’un sacrifice et d’un salut qui nous est donné. Et finalement s’examiner soi-même ce n’est pas examiner si c’est une coupe ou si c’est des gobelets ; c’est examiner si notre cœur est vraiment prêt à vivre ce que ce geste signifie. C’est-à-dire prendre le vin, c’est dire à Dieu "Seigneur, ton sang a été versé pour que je vive et je t’en remercie. Vraiment je te suis reconnaissant pour ce sacrifice, je crois que tu es mort pour moi et que ça compte pour moi". Quand tu prends du pain, c’est "Seigneur, je fais partie de cette assemblée de gens. Ce sont mes frères, mes sœurs, ils sont imparfaits comme moi mais ensemble nous formons ton corps. Et je le signifie en prenant de ce même pain et c’est un cadeau que tu me fais que nous vivions cette vie d’assemblée."

Ca c’est vraiment s’examiner soi-même et c’est ça qui compte, c’est ça qui est important, c’est de réaliser ce que ces symboles constituent et disent, et le prendre en connaissance de cause.

Alors la question ensuite de savoir si ça doit être un gobelet ou une coupe, ça me semble être un choix des anciens d’une église qui prennent la responsabilité de faire les choses, qui doivent ensuite l’expliquer paisiblement, et puis ensuite, c’est aux participants de voir comment ils vont se placer face à cette pratique. Je crois que par la foi, on peut avoir confiance que Dieu nous garde aussi en même temps, enfin bref, ça doit être une question de conviction et de foi. Je connais même des églises qui offrent les deux possibilités : ceux qui souhaitent exprimer leur appartenance au corps par une même coupe, et ceux qui sont un petit peu plus prudents pour leur santé qui préfèrent en tout cas concentrer leur attention sur le sang de Christ par des gobelets individuels. Là encore ce qui compte, c’est la signification que l’on attribue à cela plutôt, me semble-t-il, que le contenant. En tout cas, bonne réflexion et surtout que tout se fasse dans un esprit de paix et surtout dans un esprit qui cherche la gloire de Dieu, qui cherche aussi à expliquer les choses paisiblement, sans jugement sur ceux qui auraient des avis différents ; ça me semble faire partie de ces éléments un petit peu…, pas flous, mais où il y a beaucoup de latitude opérationnelle pour l’Eglise.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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