Est-ce que la Bible interdit les bijoux? (Épisode 77)

Dans l'épisode 77, Florent Varak revient sur la question des bijoux et du maquillage, où l'austérité a souvent régné dans le monde protestant. Il fait une étude biblique sur le sujet.

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EST-CE QUE LA BIBLE INTERDIT LES BIJOUX ? (Episode 77)

La question est posée : "Bonjour pasteur. Je voudrais savoir si la Bible interdit le port de bijoux et de maquillage. Merci d’avance pour votre réponse".

Alors, la question est intéressante, et il est vrai que les protestants ont parfois été un peu réticents sur ces notions de bijoux et de maquillage, parfois de façon extrême.

Je me souviens d’un ami qui me racontait que son grand-père, pasteur d’une dénomination que l’on retrouve dans de nombreux pays du monde, avait mis sous discipline, c’est-à-dire exclu de l’église, une jeune femme qui avait mis du maquillage parce qu’il considérait, et les responsables de l’église de l’époque considéraient, que c’était vraiment une connivence avec le monde qui était inacceptable pour une disciple de Christ.

Alors, je ne partage pas cet avis et je sais que cet homme, vers la fin de son parcours, a regretté profondément d’avoir été si dur sur des choses aussi secondaires. En plus, je ne crois pas que ce soit biblique. En tout cas, un autre exemple avant de rentrer dans les textes bibliques : il me semble que la ville de Genève était connue pour ses bijoutiers et, lorsqu’elle a adopté la Réforme, Calvin aurait encouragé ses bijoutiers à fabriquer des choses un petit peu moins frivoles, plus utiles. Et ses bijoutiers ont commencé à fabriquer des montres et des horloges. Ce qui est rigolo c’est que, bien sûr ils ne le savaient pas alors, mais ils assuraient la fortune de la ville pour les siècles à venir, puisque toute l’industrie de la montre a été la marque de fabrique et la réputation de la ville de Genève.

Alors, qu’en dit la Bible ? Il suffit de faire une recherche sur des termes "ornements", "bijoux", "fards" pour obtenir l’ensemble de textes qui parlent de ce sujet et je concentrerai mon attention surtout sur la notion de bijoux, mais je trouve que, sur les principes, quand on arrivera sur la conclusion, ce sont les mêmes principes qui conduisent à mon sens à répondre à cette question.

Huit observations que je ferai :

– La 1ère chose, c’est que les femmes de l’Ancien Testament portaient des bijoux du temps de la Bible. C’est assez clair, autant par les descriptions bibliques que les découvertes archéologiques qui l’attestent, et notamment lorsque c’était le temps des célébrations, où c’était pour marquer quelque chose de particulier. Je prends par exemple le serviteur qui a été envoyé par son maître pour chercher une femme pour le fils de son maître. Il trouve Rebecca, et quand il la trouve, et bien il lui donne des objets d’argent, des objets d’or, des vêtements, des grands cadeaux. On sent qu’il va couvrir cette femme de bijoux, et que ça fait partie un peu de ce que l’on attendait d’une jeune femme, qu’elle ait un attirail en quelque sorte de bijoux, et que c’était totalement acceptable au niveau de la culture.

Jérémie 2. 32, des siècles plus tard, dit la chose suivante : "Quoi donc, la jeune fille oublierait-elle ses bijoux ou la jeune mariée sa ceinture tressée ?". Donc ça faisait partie de la culture et c’était totalement accepté et acceptable.

– 2ème remarque : évidemment les bijoux étaient symboles reconnus de beauté et ils étaient utilisés pour souligner par comparaison différents aspects de la vie. Par exemple dans Proverbes 3. 22, il est question des commandements qui apportent la vie et qui seront "une parure pour ton cou", un bijou pour ton cou. Donc ce symbole de beauté est repris de façon positive. Proverbes 25. 12 : "un avertissement donné par une personne sage, et reçu d’une oreille attentive, est comme un anneau d’or et une parure d’or fin". Et là encore on voit toute la perspective positive que la Bible attribue à certains bijoux.

– 3ème remarque : les bijoux étaient souvent chers et dans un système qui n’était pas monétaire. C’était souvent un trésor familial, parce qu’on ne pouvait pas échanger les biens autrement que par des objets, et ces objets en or ou en argent avaient beaucoup de valeur. C’était le trésor de la famille. D’ailleurs ça peut avoir autant de valeur, ou ça peut être aussi utilisé pour tellement de choses qu’on a le triste exemple en Exode 32. 24 du veau d’or, fabriqué à partir des objets, des bijoux d’or des femmes qui ont donné à Aaron de quoi fabriquer ce veau d’or.

Quelques temps plus tard, des hommes et des femmes vinrent auprès de Moïse, cette fois-ci avec un cœur bien disposé. Ils apportèrent des boucles, des anneaux, des bagues, des bracelets, toutes sortes d’objet d’or et tout ceci a permis de construire les éléments liés au culte d’Israël. Donc, les bijoux à cette époque étaient souvent chers. Il n’existait probablement pas des bijoux aussi accessibles ou bon marché que l’on peut trouver aujourd’hui, parce que certains matériaux imitent l’or, ce qui n’était pas tout à fait le cas à l’époque.

– 4ème remarque : les bijoux étaient l’occasion de souligner la beauté et là encore, de façon très positive. Cantiques 1. 10-11 : "tes joues sont charmantes au milieu des bijoux, ton cou est beau au milieu des colliers. Nous te ferons des bijoux d’or avec des points d’argent". Bref, on voit à quel point c’est mentionné de façon positive et pour souligner la beauté d’un être.

– 5ème remarque : les bijoux étaient, de par tout ce qui précède, l’occasion de se faire valoir et c’est là où ça devient peut-être le problème. Esaïe 3. 16 parle des "filles de Sion qui sont orgueilleuses, qui marchent le cou tendu, le regard effronté, qui vont à petits pas et font résonner les boucles qui ornent leurs pieds". Et là on se rend compte vraiment de toute l’arrogance. On peut presque se représenter, s’imaginer ces femmes un peu minettes de l’époque qui sont un peu m’as-tu-vu et qui ont une attitude vraiment orgueilleuse, arrogante, probablement très éloignée de la piété. Et donc ça peut-être, comme tout cadeau de la vie et du monde, un piège qui détourne de la simplicité, d’une saine utilisation de ces choses.

Je passe maintenant au Nouveau Testament avec ma 6ème remarque.

– 6ème remarque : le NT maximise la beauté intérieure et il y a 2 textes. Peut-être ces 2 textes t’ont fait poser cette question ? Il y a 2 textes qui viennent à la fois de l’apôtre Paul et de l’apôtre Pierre, et qui montrent à quel point ça ne doit pas être la priorité d’une femme chrétienne mais néanmoins, ça ne veut pas dire que ça ne doit pas exister. Mais en regardant 2 Timothée 2. 9-10, l’apôtre Paul dit : "De même je veux aussi que les femmes, habillées d’une manière décente, se parent avec pudeur et simplicité et non avec des tresses, de l’or, des perles et des toilettes somptueuses, mais plutôt avec des œuvres bonnes comme cela convient à des femmes qui affirment honorer Dieu". Alors pourquoi il est question de tresses ? Est-ce que ça veut dire que les tresses sont interdites ? Certainement pas, et heureusement pour nos sœurs notamment d’Afrique qui sont magnifiques avec leurs tresses, et que ça fait partie d’un héritage culturel remarquable et qu’il faut bien sûr préserver. Mais à l’époque, les tresses étaient l’occasion de placer un certain nombre d’épingles justement en or et de bijoux qui ornaient la coiffure, et donc les tresses comme cela étaient extrêmement coûteuses, extrêmement m’as-tu-vu, ce qui créait un problème dans les églises, parce que les églises rassemblaient autant des esclaves que des nobles, et pour les gens qui étaient autour d’une même table, et bien ça créait une disparité qui était un peu difficile à vivre. L’apôtre Paul vraiment encourage à ce que ce soit plutôt des œuvres bonnes qui soient le critère déterminant de la qualité d’une femme, ou d’une personne d’ailleurs, et pas simplement ses beaux vêtements, ses toilettes somptueuses.

On a le même type de remarque avec 1 Pierre 3. 3-4 et l’apôtre Pierre ici dit : "Que votre parure ne soit pas une parure extérieure, cheveux tressés, ornements d’or ou vêtements élégants, mais plutôt celle intérieure et cachée du cœur. La pureté incorruptible d’un esprit doux et paisible qui est d’une grande valeur devant Dieu". Et donc il y a quelque chose là encore qui est de l’ordre de la priorité. La parure qui est intérieure cachée, du cœur, la pureté incorruptible d’un esprit doux et paisible. Cet esprit doux et paisible, c’est quelque part le bijou que Dieu voudrait observer dans l’attitude d’une femme, et je veux vraiment étendre, ce n’est pas simplement une question ici de femme, mais cette piété intérieure qui doit être la valeur principale de ce que l’on tente de projeter dans notre rapport au monde, les qualités spirituelles que peut être le fruit de l’esprit et tout ça. Alors ces deux passages mettent l’accent donc sur la beauté intérieure, et ça ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir du tout d’objets de valeur ou d’objet de mise en valeur, mais ce doit être une question qui doit être réfléchie pour que ça ne fasse pas obstacle à ce qui est intérieur.

– 7ème remarque : Et en faisant le tour un peu de ces passages, j’ai été surpris enfin, interpelé, du contraste, et ce sera ma 7ème remarque, entre l’Eglise, la femme de Christ, et la Grande Babylone, la prostituée d’Apocalypse 18. Nous lisons en Apocalypse 18. 16 : "Malheur, malheur, la grande ville vêtue de fin lin, de pourpre et d’écarlate, parée d’or, de pierres précieuses et de perles. En une seule heure, tant de richesses ont été détruites" et la manière dont est décrite cette femme, cette grande prostituée, c’est quand même avec beaucoup de bijoux mais à l’excès. On la sent parée d’or, de pierres précieuses et de perles, un peu comme les personnes qui ont des bagues à chaque doigt et une vingtaine de colliers autour du cou. C’est trop, et on sent qu’il y a quelque chose que l’on met en avant qui n’est pas vrai, qui ne correspond pas nécessairement à l’individu. Et c’est assez amusant de constater cet Apocalypse 18 avec Apocalypse 19 où là il est question de l’épouse, l’Eglise. Il lui a été donné de se vêtir de fin lin, même vêtement, éclatant et pur, et le fin lin, ce sont les œuvres justes des saints. Alors c’est amusant, car il y a une sobriété qui est décrite dans l’épouse, l’Eglise, et une abondance malsaine qui est décrite dans la grande prostituée. Il ne faut pas en conclure que l’Eglise ne doit pas porter de bijoux parce que, un peu plus tard, dans Apocalypse 21, on voit que cette ville est prête comme une épouse qui s’est parée pour son époux. Et le verbe "se parer", se faire belle, implique aussi cette notion, comme on l’a vu par analogie avec les autres passages qui parlent de femmes qui se préparent pour le mariage. Donc on voit que ce n’est pas le centre, c’est juste une ornementation, quelque chose qui souligne une beauté qui est d’une autre nature. La beauté n’est pas le bijou, la beauté du bijou souligne une beauté qui est bien plus grande, bien plus complète.

– 8ème remarque avant de conclure : il serait erroné me semble-t-il de prendre ce que je viens de dire en disant "ben alors, donc, on s’en fiche un peu de ceci, il faut que ce soit seulement une question de piété, de vie spirituelle". 1 Corinthiens 7. 33-37 évoque le souci que doit avoir l’homme ou la femme mariée. On attend qu’un homme se soucie du bien-être de sa femme. On attend d’une femme qu’elle se soucie du bien-être de son mari. Paul utilise les termes comme "plaire à sa femme" ou "plaire à son mari", en sorte qu’il n’y a pas de place, me semble-t-il, pour une forme de spiritualité où l’un se dit : "ben, puisqu’on est marié, je m’en fiche de mon look, je m’en fiche de mon apparence. Je m’en fiche de mon hygiène personnelle, de mes vêtements. Je veux être aimée comme ça. De toute façon on est marié pour ce qu’il y a à l’intérieur et pas pour ce qui est à l’extérieur".

Mais cette attitude peut être aussi égoïste que celle qui mise tout sur l’aspect extérieur. Comprendre les attentes de son conjoint, faire preuve d’amour, chercher le bien, la joie de l’autre, que l’on soit homme ou femme, y compris dans le domaine de l’habillement ou de ses bijoux, me semble refléter une attitude chrétienne et biblique. Tout est question ici de proportion et de mesure, et tout est question aussi de motivation, parce que c’est aussi pour la gloire de Dieu, dans la conscience que l’on vit cela, on vit dans nos corps devant Dieu, et donc on peut l’honorer et on doit l’honorer de cette manière et on doit honorer son prochain de cette manière aussi.

Je conclus avec une petite histoire qui vient de notre propre famille. Ma femme et moi avons eu 3 enfants, un fils et 2 filles. Et je dois dire, alors bien sûr c’est l’avis d’un papa, mais mes 2 filles sont exceptionnellement belles, et nous n’avons jamais minimisé leur beauté, nous l’avons toujours reconnue comme un cadeau de Dieu, et nous l’avons dit. On a observé leur beauté devant elles, et je ne voudrais pas que ce qui suit tempère cette notion. Nous ne les avons jamais non plus découragées à porter avec modération certains petits bijoux adaptés à leur âge. On les a contraintes à ne pas se faire percer les oreilles jusqu’à un certain âge, il y avait un cadre qui était donné. Mais nous voulions aussi souligner la beauté de leur personne, et que c’était un cadeau de Dieu. En même temps on a parfois discuté. Alors, je sais que, certaines fois mes filles me disent qu’on n’a discuté que de ça, je ne crois pas que c’était le cas, mais on a parfois discuté de Proverbes 11. 22 qui dit : "Un anneau d’or au groin d’un pourceau, c’est une femme belle et privée de bon sens". Etre belle, c’est chouette, avoir du bon sens, être belle à l’intérieur, être sage et être aimante, c’est beaucoup mieux et ça, c’est le centre de la féminité, et c’est quelque chose que l’on a voulu souligner avec nos filles. Et, bien sûr, ce serait un autre podcast, mais j’ai l’impression que l’essence de la féminité selon la Bible, c’est l’influence. C’est une forme de leadership, mais qui passe par l’influence. Une influence bienfaisante que ce soit par la beauté, par la tendresse, pas le conseil, par l’exemple, par la générosité, par le dévouement, et il y aurait plein d’autres choses à ajouter. Encore une fois, c’est le centre de ce podcast et en cela les bijoux ont leur place, mais ils ne sauraient être centraux à la féminité.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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