Est-ce que la croyance en l’inerrance de la Bible est un raisonnement circulaire? (Episode 113)

Dans l'épisode 113, Florent Varak répond à une question qui attaque la doctrine de l'inerrance de la Bible. Il discute des fondements et des présupposés de chacune des positions.

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« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (poadcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

La question qui nous préoccupe pour ce podcast c’est de savoir si la croyance en l’inerrance de la Bible exige un raisonnement circulaire.

Je te lis une remarque que j’ai reçu sur le site de « toutpoursagloire » en commentaire. « Vous dites que la Bible ne peut se tromper, car la Bible lorsqu’elle parle d’elle-même, affirme qu’elle est sans erreur. Nous avons à faire ici à une auto-référence dangereuse. Souvenez-vous des deux Dupondt flottant dans la fusée lunaire s’écrasant contre le sol de la fusée lorsque le moteur de celle-ci redémarre. Ils disent : « pourtant nous nous tenions » Oui ils se tenaient, l’un à l’autre, et non pas à quelque chose de fixé à une paroi. De plus, un système ne peut se comprendre lui-même, pour cela il faut un méta-système : c’est la raison pour laquelle l’homme ne comprendra jamais tout l’univers, du moins tant qu’il est dans sa partie matérielle car il en fait partie; il le comprendra lorsqu’il sera dans le monde spirituel qui sous-tend le mode matériel. Vous me faites penser au pape qui a déclaré que les papes sont infaillibles. Quand on lui a dit qu’il n’avait pas le droit de dire ça, il a répondu « Bien sûr, bien sûr que si puisque je suis infaillible. »

J’aime beaucoup le support de la bande-dessinée pour illustrer un point théologique. Nous avons à faire là à un raisonnement de grande facture, mais qui est aussi très intéressant parce que la référence à un système qui nécessite un méta-système, c’est précisément ce que je souligne dans ce podcast ; c’est que tout raisonnement est fondé sur une présupposition antérieure. Notre homme, ou notre dame,( je ne sais pas parce qu’il reste anonyme dans ses propos qu’il laisse sur le site) : « vous affirmez que la Bible est inerrante », c’est ce qu’il dit, « pour le prouver, vous citez des passages qui montrent que la Bible est inerrante, troisièmement donc la Bible est inerrante, quatrièmement, votre raisonnement est circulaire et n’est donc pas valide ou valable. »

On va regarder cette question, mais je voudrais commencer par une réflexion sur la nature de notre rapport à la connaissance. Parce que cette personne m’accuse de raisonnement circulaire, mais je vous suggère que nous raisonnons tous de cette manière. Je te donne un exemple : l’Evangile de Jésus-Christ, enfin l’un des évangiles dit que Jésus a marché sur l’eau. Plusieurs athées français comme Comte Sponville, Onfray, font de cet évènement la preuve de la naïveté, parfois de la débilité à leurs yeux, des auteurs de l’évangile qui seraient un brin superstitieux, et ils concluent donc que les évangiles ne sont que des fables, il ne faut pas s’appuyer sur ce qu’ils disent. Ils affirment l’histoire ainsi, enfin ils comprennent ainsi l’histoire en tous les cas :  « les apôtres étaient stressés, désorientés, ils ont mal vu que Jésus marchait sur la plage, ils n’ont pas perçus qu’ils étaient déjà arrivés sur le bord de l’eau, et il ont, par imagination, par simplicité d’esprit puisqu’ils ne faisaient pas partie encore de cette ère scientifique des lumières que nous occupons, ils ont raconté quelque chose d’un peu idiot, mais maintenant on sait mieux l’interpréter. »

Pour parvenir à cette conclusion, la conclusion à laquelle ils tiennent et qu’ils évoquent dans leurs écrits, ils font appel à plusieurs présuppositions aussi; vois-tu, par exemple ils refusent le statut de témoin fiable de cette histoire à des marins pécheurs. C’est quand-même drôlement amusant que 2000 ans plus tard, des hommes disent : « non ça ne s’est pas produit ainsi : Je ne peux pas croire ces marins pécheurs qui connaissaient bien leur environnement, qui vivaient de cette pêche, qui connaissaient parfaitement les lieux, qui connaissaient par coeur toutes les situations qu’on peut rencontrer sur ce lac”.

Ils ne pouvaient pas imaginer que ces gens aient parlé en témoins fiables. Mais ça c’est une présupposition n’est-ce pas ? Dire 2000 ans après qu’ils ont tort, c’est se placer sur un terrain qui n’est pas le terrain d’un témoin, mais le terrain de quelqu’un qui analyse les faits en fonction de son raisonnement.

Alors ils se fondent sur quel raisonnement ? Et bien, ils refusent à Jésus le statut de Dieu incarné, ils présupposent que Jésus était un homme comme les autres. Onfray d’ailleurs ne croit pas vraiment que Jésus ait existé. Il croit que c’est un peu une projection des aspirations de son époque, mais que ce n’est pas un vrai personnage, pas un personnage historique et il projette expérience normale de tous les hommes. Et qu’est ce qu’il se passe lorsqu’on sort de la barque et qu’on met le pied dans l’eau ? On coule, on s’enfonce.

Toute personne sauf Jésus-Christ. Et j’ai dis que leur raisonnement était tout autant circulaire. J’espère que tu vois pourquoi maintenant. En partant du  fait que Dieu n’existe pas, Jésus est un homme comme les autres, et donc c’est obligatoire qu’il s’enfonce dans l’eau comme les autres. Ah oui ! Mais je dis que Dieu s’est incarné en Jésus Christ, qu’il est lui-même le créateur de toutes choses, et qu’il n’a aucun problème à modifier les lois naturelles qu’il a lui-même créées pour pouvoir marcher sur l’eau. C’est le b.a.-ba d’un programmateur que d’intervenir sur le programme qu’il a créé.  Il intervient quand il veut, comme il veut. Jésus marchant sur les eaux, c’est l’une de ces démonstrations très nombreuses dans les évangiles de sa divinité, du fait qu’il est le Dieu incarné qui vient révéler qui est le Père.

Tout raisonnement exige des présuppositions antérieures. Si tu es familier des cultures un peu différentes, je pourrai te raconter pleins d’histoires  fascinantes où le même fait est interprété différemment en fonction des croyances antérieures, en fonction des acquis antérieurs que l’on peut avoir accumulé, de la science antérieure, si on doit utiliser ce terme.

En apologétique, c’est-à-dire dans la défense de la foi, on parle de présuppositionalisme. C’est une école de pensée qui considère que tout raisonnement se fonde sur des présuppositions préalables. Par exemple deux personnes qui argumentent sont capables de discuter parce qu’elles adhèrent en amont à un certain nombre de règles : les règles de la logique. Mais justement cela rend le débat possible. Mais d’où viennent ces lois de la logique ? ll y a un fondement transcendantal, et ce fondement transcendantal, c’est Dieu.

Dans la logique présuppositionaliste, le problème de l’homme n’est pas un manque de preuves, d’ailleurs Jésus a prouvé au-delà de tout doute la réalité de l’existence de Dieu, la réalité de sa personne, de sa puissance, la réalité donc de l’Evangile et de se révélation et les gens ne l’ont pas cru.

Non, le problème de l’homme n’est pas un manque d’information ou un manque de savoir. Le problème de l’homme est son péché, et son péché a des conséquences beaucoup plus vastes que l’on est capable de l’admettre, parce qu’on manque d’humilité, nous tous les êtres humains. Le péché, c’est-à-dire cette opposition formelle à Dieu qui est dans notre nature, fait que non seulement notre corps fonctionne mal, notre éthique est erronée, notre spiritualité est faussée, mais également notre raisonnement. L’ensemble de l’être humain, l’ensemble de la nature même a été voué à la vanité avec la chute de l’homme.

Regardez comme Jésus parle en Jean 3.19-21 : « Voici le jugement, la lumière est venue dans le monde et les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal a de la haine pour la lumière et ne vient pas à la lumière de peur que ses oeuvres ne soient réprouvées. Mais celui qui pratique la vérité vient à la lumière afin qu’il soit manifeste que ses oeuvres soient faites en Dieu. »

Je ne sais pas si tu as remarqué mais les gens ne viennent pas à Christ par manque de connaissance, ils ne viennent pas à Christ parce que leurs oeuvres sont mauvaises, ils ne veulent pas être dévoilés dans leur péché, ils ne veulent pas avoir à plier le genou en disant « mais je reconnais que je suis pourri dans mon coeur, que j’ai besoin d’un sauveur, que j’ai besoin de quelqu’un qui renouvelle même mes pensées, même mon coeur. Je suis entièrement dans la dépense de l’intervention de Dieu pour voir correctement, pour penser correctement, pour aimer correctement.» L’ensemble de l’intelligence, comme des sentiments, de l’éthique, etc, sont liés et ont été plongés dans les ténèbres avec le péché.

La solution partielle aujourd’hui, en attendant le caractère complet de cette solution lorsque Christ reviendra dans l’état éternel, la solution, c’est le renouveau que le Saint-Esprit offre dans l’être d’un croyant et qui lui permet d’avoir, en partie, la pensée de Christ et de cheminer en sens inverse en quelque sorte, grâce à l’Esprit Saint qui habite en lui. Bref, ça c’est une autre considération.

Ce que je veux souligner ici, c’est que notre savoir n’est pas laissé indemne des conséquences de la chute. Notre savoir est coloré par la chute et notre raisonnement est tout aussi faussé. C’est au niveau des présuppositions qu’il faut réfléchir. Est-ce que je crois, en amont de tout raisonnement, que Dieu existe et que c’est grâce à cela que je peux même avoir un raisonnement, qu’il y a des lois de logique, il y a une vérité et quelque chose qui est faux, l’erreur existe, la réalité existe : les profs de maths me l’ont rappelé quand je prenais des cours de maths. c’est une réalité objective : il y a une transcendance qui existe et qui permet d’ailleurs que l’on ait une discussion, parce que s’il n’y avait pas de réalité, aucune discussion n’aurait sens, il n’y aurait aucune logique dans nos propos, mais parce qu’il y a quelque chose de fondamental, cela nous permet de savoir ce qu’il en est du vrai, du faux, ou en tout cas de nous en approcher, de réfléchir à cela.

Si Dieu est notre créateur, notre monde, notre environnement, raisonner à partir de son existence est d’une grande sagesse, en fait. Raisonner en ignorant son existence ressemble à la personne qui est assise sur une branche et qui scie la branche qui la soutient. C’est d’ailleurs pour ça que c’est une marque de folie, c’est le fou qui dit que Dieu n’existe pas dans son coeur parce qu’il s’est éloigné du témoignage que Dieu a laissé dans le coeur des hommes. Il faut être très conscient de ses présuppositions pour mener une discussion.

Je suis très bref dans ce que je viens de dire, je ne suis pas un expert de présuppositionalisme, c’est très philosophique parfois dans la manière d’aborder les choses. Je te renvoie à deux excellents articles de Lydia Jaeger, qui s’intitulent « Dieu comme seule source de connaissance. L’apologétique de Cornelius Van Til.» Ça a été publié chez Théologie évangélique en 2002, mais tu devrais retrouver l’article en googlant, en faisant une recherche sur les titres que je viens de te proposer.

Revenons à la question initiale. Je présuppose que Dieu existe, que Dieu s’est révélé, et que la Bible est le résultat de cette révélation parce qu’elle a été livrée par l’Esprit de Dieu en personne. C’est lui qui a inspiré l’Ecrit et que Jésus-Christ est Dieu incarné qui atteste de la réalité objective des écritures parce qu’il l’accomplit et parce qu’il témoigne de sa véracité. « Ta Parole est la vérité » dira le Fils de Dieu incarné, ce qui est une attestation très maximaliste sur l’ensemble de l’Ecriture.

Est-ce que la croyance dans l’inerrance est le seul fruit de ses prédispositions ? Absolument, parce que c’est la seule qui est cohérente, mais ce n’est pas suffisant pour établir la vérité dans notre dialogue. En fait ,ce que je voudrais souligner, c’est plutôt l’impossibilité de la solution inverse. Si Dieu n’existe pas, s’il ne s’est pas révélé, alors j’ai beaucoup plus de problèmes avec la Bible. Pourquoi ? Parce qu’il faut que j’explique le phénomène des prophéties, par centaines, qui attestent et annoncent Jésus-Christ. Il faut que j’explique le phénomène du fil conducteur de la Bible qui parcourt 16 siècles, peut-être même 21 siècles si Job est le premier livre rédigé, avec une quarantaine d’auteurs différents et avec un même fil conducteur, une même histoire, ce qui ne se trouve nulle part ailleurs.

Aucune littérature ne propose une telle diversité d’auteurs, une telle complexité de genres littéraires, et en même temps, une même histoire. Et puis il faut que j’explique les références croisées admirables, extraordinaires, typologiques et autres que l’on retrouve dans l’écriture, et qui ne pourraient pas être le fruit d’une intelligence humaine. Il faut aussi que j’explique la perfection de la personne de Christ, non seulement dans ses actes, mais aussi dans ses discours et cette vie qui accomplit l’Ecriture, balisée des siècles auparavant, et qui rend témoignage de sa personne, et cette personne rend témoignage de cette Ecriture. Il faut aussi que j’explique le changement de coeur qui a lieu : Jésus a changé réellement ma vie, sa Parole change ma vie, elle la change quotidiennement, elle est puissante et l’ensemble de ses événements sont indissociables d’une cohérence : Dieu existe, il s’est révélé, et il s’est révélé, lui qui est Dieu, qui ne ment pas, en sorte que je puisse tenir fermement la conviction qu’il s’est révélé sans faute.

Je suis conscient que je n’ai pas développé les preuves, les arguments que tu voudrais peut-être entendre. Je l’ai évoqué ailleurs dans d’autres podcasts, lorsque je me suis intéressé à la question de « est-ce que la Bible est fiable ? » ou « Pourquoi est-ce que je crois que le Dieu de la Bible est le véritable Dieu qui existe ? » J’aborde un certain nombre de réflexions à ce sujet. Si tu veux comprendre également pourquoi nous disons que la Bible est inerrante sur des sites comme « toutpoursagloire » ou « leboncombat » ou plein d’autres, et que les évangéliques se sont accrochés à juste tire sur cette notion d’inerrance de l’écriture, je te renvoie à un article que j’ai écrit et qui est un peu long, mais si tu fais une recherche « qu’est-ce que l’inerrance ? » en y attachant mon nom (Varak), tu trouveras l’article qui est publié sur évangile21. Je crois qu’il faut que tu fasses la demande pour cela, et tu auras un balayage un peu des textes de l’ancien comme du nouveau testament, et des arguments qui sont évoqués, parfois à l’encontre de cette inerrance que je n’aborde pas dans ce podcast.

Absolument, il y a une certaine circularité des raisonnements, mais ne te fais aucune illusion, toi qui mets ces poadcasts [ndlr : commentaires] de façon anonyme sur le site de « toutpoursagloire.com » : tout raisonnement a un degré de circularité, il faut que tu réfléchisses à tes propres fondements, et tu verras que simplement, tu raisonnes à partir de fondements qui sont différents et qui, de ma perspective, reflètent un refus de la Seigneurie de Dieu et de Christ et de sa Parole, et que ça c’est une question de foi, et une question d’attitude de coeur, et c’est une question qui est de nature spirituelle et pour laquelle je n’ai aucun pouvoir.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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