Est-ce que l’on dort après la mort? (Épisode 133)

Dans cet épisode, Florent répond à une question sur ce qu'il se passe après notre mort. Certains courants chrétiens pensent que l'on dort, et en font une doctrine centrale, ce qui est un problème. Florent démontre Bible en main, que l'utilisation du terme "dormir" est souvent un euphémisme et n'est pas à prendre au pied de la lettre.

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1 PVR : Est-ce que l’on dort après la mort ? (Épisode 133)

La question est posée : "Je me permets de vous écrire car j’ai beaucoup de difficultés à répondre à une amie qui m’a demandé ce qu’il advenait de nous après la mort. Sommes-nous morts, comme en sommeil, jusqu’à la venue de Jésus-Christ ? J’ai déjà écouté tes podcasts Florent, au sujet de l’intercession des morts par exemple ou comme quoi nous restons conscients après notre mort. Cependant, dans mes recherches, je suis tombé sur des sites qui traitent des trois résurrections et qui, je dois l’avouer, me perturbent car ils avancent, versets à l’appui, une tout autre version (notre internaute cite un site qui parle de ça.) J’ai également trouvé d’autres sources sur le même sujet et j’aimerais une aide de ta part sur cette question car je ne voudrais pas mal renseigner mon amie et je souhaite moi aussi avoir une idée fixe sur la question. Cordialement."

Merci beaucoup pour cette question. Je vais répondre, mais je voudrais commencer par une remarque sur cette notion. La notion de sommeil ou d’endormissement après la mort est un sujet chaud pour les témoins de Jéhovah, pour les adventistes et pour d’autres groupes. Pour eux, c’est vraiment important de croire cela, c’est vraiment central à la vie et à la compréhension de la Bible et il ne faut absolument pas se tromper sur cette question. En fait, c’est là le problème. Parce que ce n’est pas central à la vie chrétienne. Jésus Christ, sa mort et sa résurrection, Lui, est central pour la vie chrétienne. La révélation, la Bible, son autorité, son infaillibilité, sa source de vie, ça c’est central à la vie chrétienne. La trinité, la source de compréhension de qui est Dieu, de connaissance de qui est Dieu et l’explication sur tout ce qui concerne la vie sociétale même, ça, c’est fondamental à la foi.

Et moi, ce que je remarque, c’est que plusieurs mouvements périphériques au christianisme ont élevé des points secondaires pour monopoliser toute l’attention de leurs fidèles sur ces points particuliers. Et à mon avis, l’effet est assez terrible.

Premièrement, ils génèrent ce petit orgueil qui dit "Oui, moi et mon mouvement, nous savons des choses que personne ne sait." Et il y a un certain gnosticisme, une certaine élévation de soi par rapport à ça.

Deuxièmement, ils concentrent l’attention de tous sur ces questions secondaires et empêchent souvent de considérer les questions fondamentales. Je ne dis pas ça de tous les mouvements que j’ai cités, mais c’est une question de proportion, il faut vraiment maintenir les choses en place. Il y a des choses très importantes et des choses moins importantes. Des choses où on ne doit vraiment pas se louper parce que ça, ça s’appelle une hérésie ou une apostasie, et puis des choses qui relèvent juste d’un choix de doctrine. C’est comme ça, il y a des différences de perspectives et d’interprétations. Je pense que nous aurons tous besoin de revoir notre compréhension lorsque nous serons confrontés à la gloire de Christ. Tout ceci génère un effet tunnel dommageable parce que ça monopolise toute l’attention des gens et les éloigne de ce qui est central.

En sorte que, pour ton amie, ce que je te propose c’est de vérifier surtout en quoi elle ou il croit. Si il ou elle est attaché(e) à la personne de Christ et à la Bible, ça c’est fondamental. Et de vérifier que son ancrage – ou son intérêt – n’est pas porté sur des questions secondaires. Mais qu’il est porté sur la manière dont on est sauvé, sur la manière dont on connaît Dieu, sur l’identité même de Dieu.

Alors, je ne dis pas que cette question n’est pas importante, puisqu’on va d’ailleurs l’aborder dans ce podcast, mais elle est d’une importance relative. Parce que la confiance sereine que l’on peut avoir en Christ, Dieu le Fils qui s’incarne pour nous sauver en mourant, en sacrifice expiatoire pour nos péchés, ça c’est beaucoup plus important. Parce que finalement, si je me trompe dans ce podcast et que la personne meurt, et qu’en fait elle dort jusqu’à la résurrection, qu’est-ce que ça change ? Si la personne meurt et qu’elle est consciente en attendant la résurrection, qu’est-ce que ça change ? Ça change pas grand chose en fait. Voilà ce que je voulais préciser. Maintenant, on va regarder la question que tu poses de façon plus précise, plus précisément.

Alors, d’où vient cette notion de sommeil de la mort ? En réalité, c’est un euphémisme, c’est-à-dire que c’est une figure de style qui permet d’évoquer un sujet embarrassant ou douloureux, ou difficile, par une expression socialement acceptable.

Je vais te citer quelques exemples d’euphémisme dans la Bible. "Les pieds" ou "les mains" désignent parfois les organes sexuels dans l’Ancien Testament. Alors c’est pas l’usage le plus courant, mais tu le trouves en Ézéchiel 16. 25 par exemple. "Connaître un homme ou une femme" signifie parfois, pas toujours, avoir une relation sexuelle avec lui ou elle. Par exemple, les hommes de Sodome et Gomorrhe qui veulent "connaître" les anges qui ont rendu visite à Lot. "Se couvrir les pieds" fait parfois référence au fait d’uriner, en Juges 3. 24. Face à des activités pas très nobles, ils utilisaient, dans la Bible ou dans le langage courant, des expressions détournées pour évoquer ce qui est un peu embarrassant ou rigolo. On trouve même des choses un peu truculentes dans ces euphémismes et, si ça t’intéresse, tu peux regarder plus en détails le discours que tient Éli à l’encontre des faux prophètes. Il est plein d’ironie à leur égard, Éli utilise certains euphémismes assez croustillants.

Maintenant, est-ce que la question que tu nous poses ne peut pas simplement s’expliquer par des euphémismes ? Moi, je le crois, parce qu’il se trouve que la Bible utilise le langage et l’image de l’endormissement et du sommeil pour évoquer la mort.

Par exemple, le Psaume 13 nous dit : "Regarde, réponds moi, Eternel mon Dieu, éclaire mes yeux afin que je ne m’endorme pas dans la mort".

Daniel 12. 2 : "Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte, pour l’abjection éternelle".

Actes 7. 60 : "Puis il se mit à genoux et il s’écria d’une voix forte (il était en train d’être lapidé, c’est Étienne dont il est question), s’écria d’une voix forte : Seigneur, ne les charge pas de ce péché et après avoir dit cela, il s’endormit". Il mourut, hein !

1 Thessaloniciens 4. 14 : "En effet, si nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, nous croyons aussi que Dieu ramènera aussi par Jésus et avec Lui ceux qui se sont endormis."

Tu vois que c’est vraiment une utilisation fréquente qui dénote cette observation : la personne ferme les yeux, rend un soupir puis on dirait qu’elle dort. Peut-être l’exemple le plus frappant se trouve en Jean 11, et là on voit véritablement ce jeu qui a lieu sur le sens de l’événement. Jean 11, c’est le chapitre qui est dédié à la mort et à la résurrection de Lazare. Et voilà le début de cette histoire : "Après ces paroles, Jésus leur dit (à ses disciples) : Lazare, notre ami, s’est endormi mais je pars pour le réveiller". Les disciples lui dirent : "Mais Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé, il va se relever". Jésus avait parlé de sa mort mais eux, ils pensaient qu’il parlait de l’assoupissement, du sommeil. Alors Jésus leur dit ouvertement : "Lazare est mort". Et ça, c’est extraordinaire parce que là, nous avons tous les éléments qui nous permettent de comprendre que c’est bien un euphémisme. Comme c’était dangereux de se rendre en Judée, les apôtres avaient vraiment peur que Jésus s’y rende, ils sont un peu scotchés, un peu effrayés que Jésus prenne la décision de se rendre là-bas. Jésus doit leur spécifier "mais je ne parle pas de l’endormissement, du sommeil, je parle de la mort".

D’ailleurs, de nos jours aussi, j’observe que l’on dit ce genre de choses. On tient ce langage : "Ah, il s’est endormi", ou bien "Il nous a quittés". J’ai entendu quelqu’un un jour qui me parlait, ça m’a bouleversé, d’une ex-amie et qui me disait : "Elle nous a quittés"… "C’est-à-dire ?" "Ben, elle est décédée". C’est une manière de dire les choses, pour éviter de les dire trop brutalement.

On a aussi ce genre de langage lorsqu’ont dit, même dans notre vocabulaire, que "le soleil se lève". En réalité, il ne se lève pas, c’est la terre qui tourne dans cette direction mais phénoménologiquement, on le décrit tel qu’on le voit. La personne s’endort. Mais est-ce que ça veut dire que c’est une réalité qu’elle dort maintenant ?

J’’aimerais qu’on regarde maintenant comment la Bible décrit l’expérience d’une personne qui est morte, et je citerai d’abord deux passages dans l’Ancien Testament.

Nous avons ce texte absolument bizarre de cette sorcière qui fait remonter Samuel d’entre les morts pour parler au roi Saül ; il ne dormait pas, il était conscient. Elle l’a réveillé, bon ça serait peut-être possible, mais un peu bizarre.

Mais le texte suivant d’Ésaïe décrit la mort du roi de Babylone ; le séjour des morts s’émeut jusque dans ses profondeurs pour l’accueillir à son arrivée. Il réveille pour lui tous les défunts, tous les guides de leurs trônes, il fait lever pour lui tous les rois des nations, tous prennent la parole pour lui dire : "Toi aussi tu es sans force comme nous, tu es redevenu semblable à nous". Ésaïe 14. 9-10.

On a effectivement une forme de vie ralentie mais qui a une expression, qui a une conscience, surtout dans l’Ancien Testament.

Avec le Nouveau Testament, c’est extrêmement clair. Nous avons avec Luc chapitre 16, l’épisode de l’homme riche et de Lazare. Jésus illustre la condition future des morts et celle-ci ne correspond pas, à mon sens, à l’état éternel même si elle le préfigure, en sorte que Jésus anticipe une sorte de bifurcation qui a lieu au moment du décès et qui nous place dans le sein d’Abraham ou dans l’absence de Dieu en attendant le jugement. C’est déjà une souffrance assez terrible de prendre conscience des choses et nous lisons, je cite les versets 22 et 23 : "Le pauvre mourut et fut porté par les anges dans le sein d’Abraham, le riche aussi mourut et fut enseveli dans le séjour des morts. Il leva les yeux et, en proie au tourment, il vit de loin Abraham et Lazare dans son sein". Ils sont conscients, ils discutent avec Abraham, il n’y a pas ici d’endormissement.

Si j’ai parlé de bifurcation au moment de la mort, c’est parce que Hébreux 9. 27 nous dit : "Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement". Donc, dès notre mort, nous sommes placés avec Dieu ou loin de Lui, conformément à l’état de notre désir aussi, l’état de notre situation à notre mort.

Luc 23. 42 à 43 nous raconte le moment où Jésus meurt sur la croix. Tu te souviens qu’Il est entouré de deux personnes et que l’une d’entre elles croit. Lorsqu’il entend le brigand lui demander : "Souviens de moi quand tu viendras dans ton règne", Jésus lui répond : "En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis". Je connais la construction grammaticale qu’en font les adventistes, en ponctuant : "Je te le dis aujourd’hui. Tu seras avec moi dans le paradis". Mais c’est quand même assez compliqué de le comprendre ainsi, la construction ne le permet pas forcément, enfin loin de là, la lecture la plus normale c’est : Je te le dis, je te le dis. D’ailleurs l’expression "en vérité je te le dis", est une expression qu’on retrouve dans le Nouveau Testament, dans la bouche de Jésus. Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. Il y a quelque chose de très affirmatif et de catégorique, tu seras dans ce que tu es, aujourd’hui même avec moi dans le monde de Dieu.

Paul nous montre que, pour lui, mourir c’est rejoindre immédiatement le Seigneur. 2 Corinthiens 5 nous présente la chose de cette manière, aux versets 6 à 8 : "Nous sommes toujours pleins de courage et nous savons qu’en demeurant dans ce corps, nous demeurons loin du Seigneur. Nous sommes pleins de courage (verset 8) et nous aimons mieux quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur". Demeurer, vivre avec, être en sa présence.

Philippiens 1. 23 dit la même chose : "J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui est de beaucoup le meilleur".

Partir de cette terre, mourir, n’est pas une perte parce que, pour nous qui sommes au Christ, nous arrivons directement dans la présence du Seigneur.

Apocalypse, chapitre 6 – c’est sur ce passage que j’ai porté mon attention dans les podcasts sur ce qui se passe après la mort – nous lisons un peu le témoignage de ceux qui ont été mis à mort, notamment dans cette période semble-t-il assez trouble qui vient, mais peut-être plus largement pour décrire la situation des âmes de ceux qui sont morts, des âmes en Christ qui sont mortes et qui attendent la résurrection. Donc, Apocalypse 6. 9-11 nous dit : "Quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été égorgés à cause de la parole de Dieu et du témoignage rendu. Ils crièrent d’une voix forte :" Jusques à quand, maître, saint véritable, tardes-tu à faire justice et à venger notre sang sur les habitants de la terre ? "Une robe blanche leur fut donnée à chacun et il leur fut dit de se tenir en repos quelque temps encore, jusqu’à ce que soit au complet leurs compagnons de service et leurs frères qui allaient être mis à mort comme eux". Fin de citation.

Donc tu vois, on a des gens qui sont morts, qui sont en Christ, qui sont en attente de la résurrection et qui sont conscients, ils prient, ils parlent à Dieu, ils expriment des émotions. Je ne reviens pas sur ce que j’avais dis à cette occasion.

Écoute, il me semble que le témoignage de l’Écriture va dans ce sens, en faveur d’une conscience des morts. J’ai idée que les versets qui parlent de l’endormissement sont des versets qui décrivent un phénomène observé : Voilà, factuellement, le symptôme que j’observe. Il s’endort, il ne parle plus, il n’est plus là. Mais cela décrit une réalité qui est plus profonde et n’est pas descriptive d’une situation selon laquelle la personne morte dort dans son âme et dans son esprit jusqu’à la résurrection.

Maintenant, je te rappelle ce que j’ai dit au tout début de ce podcast. Ce n’est pas très important, ça. Après tout, dans les deux cas, je suis un disciple de Christ, je suis conscient d’être l’un des pires, mais voilà, je fais ce que je peux avec ce que j’ai et avec la grâce que Dieu m’a faite, en sorte que j’espère qu’elle ne sera pas vaine dans mon existence. Bref ! Je suis en Christ. Si je meurs tout à l’heure et que je m’endorme jusqu’à la résurrection, ce n’est pas un problème, ça me va bien ! Si je meurs tout à l’heure et que je reste conscient en attendant la résurrection, ça ne me gène pas, ça me va bien aussi. Dans les deux cas, je suis en Christ, tout va bien !

C’est pas ça qui est central et c’est en cela que je te propose, pour toi, de réaliser ce qui est central. Est-ce que le salut en Jésus, Dieu le Fils incarné, mort pour tes péchés en qui tu as confiance et confiance exclusivement, est central ? Est-ce que tu as confiance dans l’Écriture ? Est-ce que tu veux cheminer avec Lui ? Ça c’est central. Et c’est par cet angle-là que je te propose d’accompagner ton ami(e) sur la réflexion et la question qu’il ou elle pose.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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