Que faire de ma culpabilité? (Épisode 56)

Dans ce nouvel épisode la question posée touche au sujet des regrets et de la culpabilité. Après avoir cité plusieurs causes possibles de culpabilité, le pasteur Florent Varak explique que les regrets peuvent soit être stériles soit produire la repentance en citant 2 Corinthiens 7 versets 8 à 10. Il illustre ensuite ces propos avec les exemples de Judas, Pierre et David.

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La question est posée : Bonjour Pasteur, comment se pardonner ses faux pas que l’on a fait dans le passé ? Comment parvenir à ne plus s’en vouloir du mal que l’on s’est fait et qu’on a fait aux autres quand on était inconscient ? Je vis dans un perpétuel regret dont je n’arrive pas à me débarrasser.

Je suis vraiment reconnaissant pour ta question. Je ne sais pas exactement les circonstances  qui te conduisent à parler de cette manière, mais je ressens l’émotion vive qui est là, et qui peut-être correspond à l’émotion que beaucoup en écoutant ce podcast ressentent. Je pense que les regrets touchent tous les êtres humains. Ils peuvent être de différentes natures, parfois ce sont des regrets sur des mauvaises décisions, donc pas nécessairement des choix moraux, mais on peut avoir choisi de faire un certain nombre d’études qui ne correspondent pas à ce que l’on est, ce que l’on souhaite faire, on peut avoir pris des décisions qui nous ont entraîné dans des impasse et on peut avoir regretté cela.

On peut aussi regretter des propos que l’on a tenu et qui ont été mal compris, qui ne sont pas nécessairement liés à un péché, à une malveillance en tout cas, mais qui ont eu des conséquences importantes. Je pense maintenant bien sûr avec la communication des mails : très souvent on envoie des mails qui sont mal interprétés, mal compris et qui génèrent bien des tourments. Et puis bien entendu il y a le regret du péché. Je pense que c’est de ça dont tu parles et c’est peut-être de ça dont nous sommes parfois accablés.

Il faut réfléchir à cette question, je pense que c’est important,avec finesse. J’aimerais remarquer que parfois les gens vivent une culpabilité erronée. Certaines personnes ont une sensibilité excessive, presque maladive. Je crois que c’était le cas de Martin Luther, ce grand réformateur d’il y a cinq siècles. Si tu connais l’histoire de sa conversion, tu sais qu’il était terrassé, à l’excès je pense, par une culpabilité extrêmement aiguisé. Ca explique en partie non seulement sa conversion, mais également tout l’attachement qu’il porte à juste titre d’ailleurs sur la grâce de Dieu. Je pense que dans la souveraineté de Dieu, ça a joué un rôle sur sa compréhension du message de l’Évangile.

Une autre réflexion qui doit être menée, c’est que parfois le diable se plaît à nous accuser, c’est d’ailleurs son rôle c’est l’un de ses titres il est l’accusateur. On voit, en Zacharie chapitre 3, Satan accuser le souverain sacrificateur pour ses fautes, et je crois que parfois le malin se plaît à tyranniser nos pensées et notre conscience en nous rappelant les fautes passées. Et puis je dois aussi remarquer une culpabilité passive que subissent ceux qui ont subi des abus, notamment des abus sexuels, alors qu’ils sont victimes et qu’il faut maintenir vraiment leur statut de victime. Parfois ils se sentent coupables des actes qu’ils ont commis sous la contrainte ou ensuite sous l’habitude de cette contrainte initiale, et donc là bien sûr, il faut regarder ces choses avec un conseiller et ne pas se laisser accabler par une culpabilité passive qui est totalement erronée.

Alors si on doit aussi aller un petit peu plus loin dans cette réflexion sur les regrets, et je sais combien ça peut être un sentiment écrasant, il faut regarder et distinguer l’accusation de la conscience qui est une accusation interne, et qui correspond à la compréhension que l’on a franchi un certain nombre de frontières morales et que l’on est repris dans sa propre conscience. Notre témoignage interne, probablement ce que le Saint Esprit met en nous pour nous alerter sur des comportements erronés.

Il peut y avoir également l’accusation des autres, la honte que les autres nous confèrent par le mal qui a été fait, qu’ils ont observé, et dont ils se font parfois les rapporteurs plus ou moins fréquemment. Il faut aussi réfléchir :  est-ce que leur regard est juste sur ce qu’ils disent? Et puis il y a la douleur des conséquences.

La souffrance peut-être une suite logique de nos manquements mais pas toujours. Je me souviens avoir lu le blog d’un homme qui était terrassé par cette souffrance suite au décès de son fils. Il se posait la question si la faute qu’il avait commise dans sa vie, qui pesait d’ailleurs sur sa conscience, avait eu pour conséquence un jugement sur son fils qui était décédé je crois dans un accident.

Bien sûr ce sont des éléments qui sont à démêler. Nous savons que Jésus seul est mort pour nos fautes. Il n’y a pas de conséquences indirectes de nos fautes. Je parlerai dans un prochain podcast de cette notion de faute des ancêtres sur les enfants. Et puis enfin le dernier élément qui est lié au regret c’est la crainte qui pèse, le jugement, la peur des autres et les conséquences dans l’avenir, comment faire ?

Alors, quelque part il faut constater avec Salomon en 1 roi 8.46 qu’il n’y a pas d’homme qui ne pêche. Nous sommes tous dans cette situation de pêcheurs, et à ce titre, je crois que c’est tout à fait important de réaliser que nous aurons tous des regrets, parce que ce regret c’est le témoignage finalement d’une conscience fine, avisée, éclairée du Saint Esprit qui nous fait réaliser que on a besoin de repentance, on a besoin de grâce, on a besoin de cheminer pour nous débarrasser de l’enveloppe du péché qui est encore trop présente comme le formule l’apôtre Pierre dans sa lettre.

Toutefois le regret doit nous conduire à la repentance. Il existe une forme de regrets qui est totalement stérile, et il existe une forme de regrets qui produit des fruits.

En pensant à ce thème, je pensais à ce texte que nous trouvons en 2 Corinthiens 7.8-10 ou l’apôtre Paul commente sur la tristesse de l’église de Corinthe, parce qu’ il a corrigé assez fortement cette église, et certains des individus de cette église, et plusieurs dans l’église sont attristés de ces mots assez forts et assez durs que l’apôtre Paul a pu prononcer à leur encontre.

Je lis à partir du verset 8 : si même je vous ai attristés par ma lettre je ne le regrette pas. Même si je le regrettes, car je vois que cette lettre vous a attristé momentanément, je me réjouis … De ce que votre tristesse vous a apportés à la repentance… La tristesse du monde produit la mort. J’espère que tu as vu ce contraste dans ce dernier verset 10 que je vais relire « la tristesse selon Dieu produit une repentance qui mène au salut et qu’on ne regrette pas, tandis que la tristesse du monde produit la mort ». Donc on peut parfois être écrasé par une tristesse stérile, un regret stérile qui ne conduit à rien qu’à l’ accablement et on peut aussi être conduit à éprouver une tristesse très forte qui nous conduit à la repentance et qui est libératrice.

Et je pensais dans le nouveau testament à un contraste entre deux hommes : celui de Judas et celui de l’apôtre Pierre. Judas, tu connais son histoire, il a trahi le Christ et c’est aberrant d’avoir côtoyé Jésus-Christ pendant trois ans, d’avoir eu sa sagesse, ses miracles, son amour, sa bonté et de l’avoir trahi pour de l’argent.

De l’avoir trahi tout court, quelle que soit la raison pour cela, c’est terrible. Et Judas est fortement pétri de regrets. Il cherche à réparer sa faute et rend l’argent et il se pend. Il n’y a pour lui aucune repentance, aucune rédemption, il est vraiment l’archétype de l’homme qui se plante, qui le regrette mais qui n’en fait rien.

Il y a un autre exemple de quelqu’un qui se plante dans le nouveau testament ,c’est l’apôtre Pierre. L’apôtre Pierre nie à trois reprises connaître Christ. Au départ quand je pensais à cette histoire je me disais : voilà il ment trois fois, mais c’est bien pire !

Quand j’ai eu le privilège de prêcher sur l’Évangile de Matthieu, je me suis attardé sur ce texte et j’étais bouleversé de voir à quel point l’apôtre Pierre avait nié à trois reprises de façon plus grave connaître le Christ. La première fois il dit simplement : non je ne connais pas cet homme, la deuxième fois il dit, jure de ne pas connaître cet homme, et la troisième fois il jure sous anathème, c’est-à-dire que mon âme aille en enfer si c’est si je mens. Et ça devient vraiment terrible comme mensonge. Et là il croise le regard de Jésus, se met à pleurer amèrement et il regrette son mal. Comme Judas, mais à l’inverse de Judas il est évident qu’il se repent. Quelques temps plus tard Jésus vient le retrouver, le rétabli dans son rôle d’apôtre et aussi dans son intimité, dans sa communion avec lui et lui pose cette question : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Trois fois, et il le répète, trois fois invitant l’apôtre Pierre à se positionner plus clairement, à renoncer aussi à certains de ses amours. Il y a un propos qui est tenu « est-ce que tu m’aimes plus que ceux-ci » on ne sait pas quels sont les « ceux-ci » dont il est question. Est-ce que c’est « ceux-ci » les autres apôtres ? ce serait une manière un peu de lui rabaisser le caquet en quelque sorte, tu crois vraiment que t’as plus d’amour pour moi que tes collègues ? Ou bien est-ce que tu m’aimes plus que tes poissons que tu allais chercher pendant toute la nuit en pêchant ? Quelles sont tes priorités ?

Et ceci me fait prendre conscience en quelque sorte que dans les faux pas que je vais faire et j’en ferai encore, tu en feras encore, nous en faisons tous… la pratique de la piété, c’est une pratique de repentance et chaque fois que le Saint Esprit nous rend attentif sur quelque chose, nous devons en faire un sujet de repentance. Il y a bien sûr cet exemple dans l’ancien testament qui est un exemple connu de David qui convoite une femme, donc le 10e commandement, qui commet l’adultère avec elle, un autre des 10 commandements, et qui tue son mari pour couvrir la grossesse de cette femme, un autre de 10 commandements, et bien sûr il y a le manque de respect de Dieu, c’est fait d’une façon publique parce que à l’époque un roi ne peut pas faire venir une femme sans que ça passe par tous les serviteurs qui parlent entre eux… la situation est vraiment glauque au possible et soudainement, à l’invitation sage de Nathan, il prend conscience de son péché et s’en repent. Il écrit les psaume 32 et le psaume 51 où nous voyons exprimer qu’il reconnaît fondamentalement son erreur. Qu’il reconnaît avoir péché contre Dieu et qu’il place sa confiance uniquement dans la miséricorde de Dieu. Ca me fait penser à 1 Jean 1.9 que je t’encourage à mémoriser qui dit « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité».

Il y a quelque chose de très important dans cette démarche. Ce que Dieu nous demande de faire c’est de jouer franc-jeu avec lui, de reconnaître le péché comme il est, un péché, et de le porter le même diagnostic sur notre comportement que lui le porterait. Et en cela de faire demi-tour.

Se repentir c’est faire demi-tour, c’est changer en profondeur, c’est aussi le fruit de cette œuvre de l’esprit qui est faite en nous. Parfois ça peut être nécessaire de demander pardon à ceux que l’on a offensé. Peut-être ils le feront pas c’est leur choix peut-être ils le feront; c’est aussi leur choix,  mais nous devons pouvoir exprimer, parfois c’est pas toujours possible ni utile, il faut être sage et discernant à ce sujet, mais parfois ça peut être utile de demander pardon, de reconnaître ses fautes devant d’autres personnes, pédagogiquement en tout cas c’est très fort. Et puis également de chercher le conseil de frères et sœurs avisés pour voir comment cheminer hors de cette situation.

Là dans la situation que tu évoques, je t’encourage à trouver des frères mûrs, sages, ou des sœurs je ne sais pas si tu es homme ou femme, des sœurs qui pourront t’accompagner dans cela. Vraiment, il faut que le regret que le Saint Esprit met sur ton cœur te conduise à la repentance et à la confiance que Christ est mort pour des pêcheurs, il est pas mort pour des gens biens, il est pas mort pour des gens qui n’avaient pas besoin de repentance. C’est précisément pour toi, c’est précisément pour moi que Jésus-Christ est mort, et donc il faut s’appuyer là-dessus : il a effacé l’acte rédigé contre nous et dont les dispositions nous étaient contraires, il l’a supprimé le courant à la croix (c’est ce que Colossiens 2.14 nous dit). Il a pris l’ensemble de nos fautes, il les a lavées par son sang à la croix. Il nous demande de jouer franc-jeu, d’être vrai et nous détourner de nos fautes.

Maintenant, et je vais prendre juste un peu de recul, parce que il y a un événement, un facteur qu’il faut considérer, c’est celui de la souveraineté de Dieu dans l’ensemble de nos vies. Je réfléchissais un peu à ces regrets ,et je me refaisais l’histoire des frères de Joseph, ils détestaient Joseph parce que c’était le préféré du père et donc j’imagine l’ambiance qui devait avoir lieu… bref, ils cherchent à le tuer, finalement ils le vendent en esclave, Joseph connait tous les abus de la vie d’esclave, il est mit en prison, c’est assez terrible ce qu’il se passe. Des années plus tard il est rétabli et par un concours de circonstances que je te laisserai découvrir en Genèse 38 à 45, il devient le premier ministre d’Égypte et l’objet du Salut de ses frères et de toute sa famille. Et lorsqu’il fait le bilan de toute cette situation, Genèse 50.20 nous dit : « Vous aviez formé le projet de me faire du mal, Dieu l’a transformé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui et pour sauver la vie d’un peuple nombreux ». Alors ça ne justifie pas le mal. Le mal qui a été commis demeure un mal, mais je crois que Dieu est un dieu rédempteur qui rachète, renverse une partie du mal qui a été fait pour lui permettre de lui donner une dimension rédemptrice. Comment ? ça dépend de chaque situation : il peut y avoir la manifestation de la grâce par le pardon, il peut y avoir des choses que l’on envisageait pas et qui deviennent le fruit de certains de nos manquements. Je veux croire que Dieu est capable de racheter les situations les plus terribles et c’est à cela que je t’encourage aussi de regarder.

Je me dis qu’à la fin du chemin, nous pourrons être confiants et conscients que Dieu a tout dirigé pour le bien de ceux qui aiment Dieu, pour qu’ils puissent cheminer, apprendre et connaître un peu plus qui il est et être semblable à lui.

Romains 8.28 : « toute chose concourt au bien de ceux qui aiment Dieu ». C’est pas pour que ça aille bien; le « bien » dont il est question, mais le verset suivant nous donne la clé, c’est pour qu’on ressemble à Jésus-Christ. Parfois, c’est dans les conséquences terribles de nos actes que soudainement, on prend conscience de la grâce de Dieu, qu’on prend conscience de la rédemption qui est possible, qu’on prend conscience du sérieux qu’il faut donner à notre marche avec Christ.

Allez je termine avec ce verset pour le plaisir, c’est le verset de Romains 8.31 et suivants « Que dirons-nous donc à ce sujet ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi tout avec lui, par grâce. Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu est celui qui justifie. Qui les condamnera ? Le Christ-Jésus est celui qui est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous ».

Tu sais quoi, je crois que Dieu intercède pour toi, je crois que Dieu voudrait que tu sortes véritablement de cette accusation et de cette condamnation et que tu réalises que Christ est mort pour des pêcheurs comme toi, et pour que tu sois libre de la culpabilité qui t’accable, et que tu puisses cheminer maintenant en vivant différemment un chemin différent qui sera un témoignage à la gloire d’un Dieu qui rachète le pire des hommes que nous sommes tous.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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