Pourquoi Jésus a-t-il choqué les juifs? (Episode 72)

Dans l'épisode 72, Florent Varak répond à une question pressante sur les raisons pour lesquelles Jésus est rentré en conflit avec les autorités juives. Il expose la distance qu'il y avait entre les traditions pharisiennes superflues contre lesquelles s'insurgeait Jésus et la volonté initiale de la Loi. Ensuite, il souligne que dans l'Ancien Testament déjà, il y avait des critiques contre la rigidité des juifs. Enfin, Florent explique comment Jésus est venu non abolir la loi, mais l'accomplir.

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Question posée : Pourquoi Jésus a-t-il ordonné de faire des choses en scandale, pour des juifs, pratiquants sincères de la Torah donnée par Dieu ?

Merci pour la question.

Je ressens une vraie frustration dans la manière dont tu poses ta question. Je ne sais pas si je saurais t’apaiser, ni t’offrir les réponses qui te conviendront, mais tu as raison d’observer qu’il y a un clash récurrent dans les Evangiles, entre Jésus et bon nombre de leaders religieux de la nation juive. On ne peut le nier, mais est-ce qu’on peut comprendre quelle est la cause ? Est-ce que Jésus aurait eu tort de parler ainsi ? Alors je vais te donner quelques raisons pour lesquelles je crois que, au contraire, Jésus avait tout à fait raison de toucher du doigt ces problématiques en sachant, et je veux vraiment souligner cela, que Jésus et tous les apôtres sont des juifs et des juifs respectueux de la loi, mais peut-être pas de tradition judaïque et c’est mon premier point :

1. Il faut faire une différence entre le judaïsme de la Torah et le judaïsme des enseignants de l’époque qui avaient formulés pas mal de règles supplémentaires à la Torah. Parfois en invoquant une tradition orale dont on a aucune trace, et qui a été source d’abus, y compris aujourd’hui avec la part qui lui est laissée dans le judaïsme actuel. Jésus dit clairement à ce sujet, Matthieu 15. 13 : « Toute plante qui n’a pas été plantée par mon Père céleste sera déracinée. » Donc toute tradition qui ne vient pas de la Torah, correctement interprétée, n’avait pas raison d’être et Jésus les dénoncent.

2. Deuxièmement, cette tradition est souvent éloignée de la force de la Torah. Prenons l’exemple du sabbat, tu connais ça fait partie des dix commandements : « Souviens-toi du jour de repos, du sabbat pour le sanctifier. Tu travailleras six jours et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Eternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui dans tes portes. » C’est en Exode 20. 8-10. Les scribes et les pharisiens pouvaient passer des heures à tenter de légiférer sur la question : c’est quoi faire un ouvrage ? Est-ce que porter une aiguille à coudre sur soi, c’est un ouvrage ? Est-ce que soigner un homme malade, c’est un ouvrage, si on le fait le jour du sabbat ? Est-ce que rechercher une vache qui s’est perdue, c’est un ouvrage, si c’est le jour du sabbat ? Mais ce faisant, ils oubliaient la simplicité que la loi voulait apporter à la vie, la beauté que la loi voulait apporter à la vie.

Jésus dit en Marc 2. 27 : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. » A partir du moment où l’homme prend comme, en quelque sorte, devoir principal d’obéir à la lettre à la loi sans comprendre le sens de la loi, me semble-t-il, il confond l’objectif de la loi et l’essence de cette loi, qui est chargée d’accomplir un objectif dans la vie du pratiquant.

3. Troisième remarque, dans l’Ancien Testament on trouve plein d’indices d’une mauvaise utilisation de la loi. Donc ce n’est pas simplement Jésus qui est porte-parole de ces problématiques, ou qui relèverait les difficultés de ceux qui se réclament de la religion. Par exemple Esaïe 29. 13 : « Le Seigneur dit : ainsi quand ce peuple s’approche de moi, il me glorifie de la bouche et des lèvres ; mais son cœur est éloigné de Moi, et la crainte qu’il a de Moi n’est qu’un commandement de tradition humaine. » Et d’autres prophètes disent que Dieu ne supporte plus l’odeur des sacrifices, parce que c’était quelque chose qui était réalisé en dehors de toute consécration à Dieu. On connaît tous, et c’est un phénomène qui n’est pas propre au judaïsme, c’est propre à toutes les religions : on peut pratiquer une religion, on peut pratiquer des rites, on peut essayer d’être très réglo sur les règles et se comporter terriblement mal, sans le reconnaître dans son propre cœur.

Et tout l’aspect du développement de la spiritualité cherche quelque chose de plus profond et je reviendrai sur cette question en fin de podcast.

4. Quatrièmement, le grand roi David, roi d’Israël, a réalisé que la Torah n’était pas ultime dans sa solution aux problèmes de la vie. Lorsqu’il s’est empêtré dans cette situation terrible de son péché avec Bath-Chéba, il s’exclame : Psaumes 51. 18-19 : « Car tu ne désires pas que je t’offre un sacrifice ; Je t’aurais offert des holocaustes mais tu n’y prends pas plaisir. Le seul sacrifice qui convienne à Dieu, c’est un esprit humilié : O Dieu, Tu n’écartes pas un cœur brisé et contrit. » David réalise que l’institution de la prêtrise est nécessaire comme symbole, mais insuffisante pour régler la réalité du péché qu’il vient de commettre.

5. Cinquièmement, le moment le plus violent de toute la vie de Christ est certainement lorsqu’Il chasse les vendeurs d’animaux et les banquiers chargés de changer la monnaie en Jean 2. Mais on apprend que le souverain sacrificateur avait établi un commerce terrible à ce sujet. Lui qui avait 20 ans de fonction, alors que la moyenne de son époque était de 3 ans, on réalise qu’il était bien connecté et qu’il profitait de ce système. Les prêtres refusaient les animaux qui n’avaient pas été achetés chez lui, et les banquiers prenaient une commission abusive sur le taux de change. Et surtout, le lieu qui devait être dédié à un lieu de prière pour toutes les nations, est devenu un lieu de commerce qui était peu propice à l’adoration. Jean nous rapporte les propos ici de Jésus : « Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Et on perçoit donc combien le propos de Jésus a choqué et a gêné, mais en même temps, je crois que c’était justifié, et c’est un encouragement à tous ceux, chez les évangéliques autant que chez les juifs, de ne pas faire de la religion un lieu de commerce, où les prières sont monnayées, où les bénédictions sont vendues et où les promesses de vie éternelle sont échangées contre des indulgences ou contre quelconque forme de paiement. C’est vraiment une honte pour la personne même de Dieu.

6. Et enfin, sixième remarque, Jésus vient non pas abolir la loi de Moïse, mais Il vient l’accomplir. Je te cite un texte que l’on a dans l’évangile de Matthieu 5. 17 : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. En vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé. » Je crois qu’on a là une clé de la loi de Moïse : Jésus l’accomplit. Abolir exprime : un renversement, une destruction, une annulation ; et ce n’est pas ça que Jésus vient faire, Il ne l’abolit pas, Il vient l’accomplir.

A quel titre est-ce qu’il vient de l’accomplir ?

  •  Et bien déjà, il accomplit la loi et les prophètes par la pleine réalisation de la prophétie. Christ accomplit plus de 300 prophéties ou allusions de l’Ancien Testament sur la venue du Messie, des dizaines d’entre elles sont des plus spectaculaires, et d’ailleurs Matthieu, est celui qui mentionne le plus cet accomplissement. Et je t’encourage à lire l’évangile de Matthieu. D’ailleurs si tu ne connais pas, lis le dernier livre du Tanakh, Malachie et le premier livre du Nouveau Testament ; Matthieu. Je crois que ce sera très parlant pour voir un peu comment les deux s’articulent.

Donc Jésus accomplit par les prophéties de l’Ancien Testament, je sais que certaines ne sont pas encore accomplies, puisque Jésus reviendra instaurer son règne plus tard, mais un grand nombre d’entre ces prophéties messianiques sont accomplies.

  •  Comment est-ce qu’il accomplit ? Et bien il accomplit par son obéissance parfaite. Et là il y a quelque chose qui est très important pour comprendre le rôle du Messie ; c’est qu’aucun homme ne peut dire qu’il a vécu selon la loi de l’Ancien Testament, selon la loi de Moïse. Tous les hommes sont convaincus de péché d’une manière ou d’une autre. Enfin je ne sais pas toi, mais moi je sais en tout cas que dans mon cœur et dans ma vie, je ne peux absolument pas prétendre à une perfection morale. Je suis un homme pécheur, je sais que la loi me condamne, et que si je devais vivre par la loi, je n’aurais aucune espérance de vie parce que j’ai transgressé cette loi. Mais à l’inverse Lui, Jésus-Christ, a vécu la vie parfaite que moi je n’ai pas vécu. Et à un moment donné Il dit à ceux qui le critiquent : « Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité pourquoi ne me croyez-vous pas ? » (Jean 8. 46). Et personne n’a répondu parce-que Jésus est exempt de péché. Il a vécu une vie parfaite et en cela Il accomplit parfaitement la loi de Moïse.
  •  Troisièmement, il accomplit la loi et les prophètes par sa mort sur la croix. Le but de la loi de l’Ancien Testament, c’était de révéler ce qui était péché et de donner certains repères pédagogiques pour la venue du messie, l’Agneau de Dieu. Il y a toute une série de symboles qui anticipent la venue d’un sacrifice parfait. Tu réalises que ce n’est pas en sacrifiant des agneaux tous les ans que l’on peut obtenir le pardon de Dieu. Le côté répétitif de ce sacrifice nous montre à quel point c’était imparfait et insuffisant. Mais Hébreux nous dit, c’est une des lettres que nous trouvons dans le Nouveau Testament, Hébreux nous dit qu’à sa mort, Jésus est entré dans le véritable lieu saint avec son propre sang, et Il est mort sur la croix pour le péché dévoilé par la loi de Moïse. Il est, lui, l’Agneau de Dieu, le sacrifice parfait, Il résout en sa mort, toute la question de la loi qui condamne les êtres humains. Mais Lui, justement, Il inverse cette condamnation, pour peu qu’on place notre confiance en Lui parce qu’Il est Lui, l’Agneau de Dieu, qui meurt pour les péchés que condamnait la loi.
  •  Et puis enfin, Christ accomplit la loi et les prophètes en ce qu’Il est la parfaite révélation de la majesté divine. Et Jésus dira plus tard, « celui qui m’a vu, a vu le Père. » (Enfin pas plus tard, par rapport à Hébreux, mais dans l’évangile de Jean, nous lisons ça en Jean 14. 9). L’apôtre Paul écrit du Christ : « En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité » et si tu veux savoir ce que Dieu est, et bien, regarde à Jésus-Christ. Moïse avait annoncé en Deutéronome 18 la venue d’un prophète comme lui qui allait être une nouvelle révélation de Dieu et en cela, il accomplit ce que la première loi était incapable de régler.

Et voilà pourquoi il y a tant de friction entre Jésus et les religieux de son temps. Et moi, ce que j’ai remarqué, c’est que les religieux, et je le dis en connaissance de cause, parce que c’est un danger, je suis pasteur, et je sais que la religion peut être source de contrôle. Et que ce soit les rabbins, les prêtres, les pasteurs, à partir du moment où ces hommes se réclament d’une autorité supérieure aux textes sacrés, à partir du moment où ils s’appuient sur une tradition orale ou sur une autorité supplémentaire ou personnelle à la Bible, cela génère une spiritualité gangrénée et un moyen de contrôler les foules. C’est pour cela que, tout homme qui se dit serviteur de Dieu doit se dire serviteur de l’écrit, de la Bible et seulement de cela. Serviteur de Christ, serviteur du Saint-Esprit pour ceux qui sont chrétiens bien entendu, et toujours revisiter les écritures, toujours s’interroger sur nos cœurs, toujours se réformer à la lumière de la Bible.

Parce que lorsque l’on met en avant une tradition qu’est ce qui se passe ?

Et c’est ce que reproche, en substance, Jésus aux leaders religieux de son temps :

  •  on met la priorité sur l’apparence, en essayant de se montrer comme quelqu’un de très spirituel. Matthieu 23. 23 dit la chose suivante : « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites ! Parce que vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin et que vous laissez ce qu’il y a de plus important dans la loi : la justice, la miséricorde et la fidélité ; c’est là ce qu’il fallait pratiquer sans négliger les autres choses. » C’est facile de prier trois fois par jour publiquement dans les lieux justement où l’on est reconnu, mais ça ne veut pas dire qu’on est dans un cœur qui prie régulièrement, qui s’appuie sur Dieu.
  •  Deuxièmement, ça met la priorité sur ce qui arrange. A partir du moment où on définit une tradition sans comprendre l’essence de la loi, et bien il y a des péchés qui apparaissent graves, d’autres insignifiants. On en arrive à définir les sept péchés capitaux, y compris la gourmandise en ignorant tranquillement ce qui nous dérange. Et Jésus dénonce un exemple de cela en Matthieu 15 : « Dieu a dit : Honore ton père et ta mère, et : celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. Mais vous qu’enseignez-vous, qu’il suffit de dire à son père ou sa mère : je fais offrande à Dieu d’une part de mes biens avec laquelle j’aurais pu t’assister. » Et tu vois, on va donner des priorités, on préfère donner de l’argent à l’église, mais on ne veut pas donner à ses parents qui sont dans le besoin.
  •  C’est toujours une question d’inflation ensuite, et c’est le troisième problème de la loi : c’est à dire qu’on n’a jamais fait assez d’efforts et ça devient une surenchère. Alors que la loi elle, elle nous captive, elle nous rend prisonnier du péché, mais elle nous conduit justement vers la recherche d’un Dieu de grâce qui pardonne.

Je termine avec cette citation de Jérémie qui est, à mon sens, une anticipation de ce qui était incomplet dans la loi de Moïse et qui avait besoin d’être complété avec la venue du messie et qui est déjà chez les prophètes, le prophète Jérémie chapitre 31 nous dit la chose suivante :

« Mais des jours vont venir, déclare l’Eternel, où Moi je conclurai avec le peuple d’Israël et celui de Juda, une nouvelle alliance » : c’est ça le Nouveau Testament, c’est promis déjà dans le Tanakh, « une nouvelle alliance, elle ne sera pas comme celle que j’ai conclu avec leur père quand je les ai pris par la main pour les faire sortir d’Egypte, car cette alliance là ils l’ont rompue, alors que Moi, j’étais leur suzerain. L’Eternel le déclare : mais voici quelle alliance je vais conclure avec le peuple d’Israël ; après ces jours, déclare l’Eternel, je placerai ma loi au plus profond d’eux-mêmes, je la graverai dans leur cœur ; Moi, Je serai leur Dieu, eux, ils seront mon peuple. Ils n’auront plus besoin de s’enseigner l’un et l’autre, en répétant chacun à son compagnon ou à son frère il faut que tu connaisses l’Eternel, car tous me connaîtront depuis le plus petit jusqu’au plus grand, l’Eternel le déclare, car Je pardonnerai leur faute, je ne tiendrai plus compte de leur péché. »

Et tu vois, c’est ce que la loi pointe du doigt, un accomplissement en Christ, par une nouvelle alliance qui est promise par le prophète Jérémie.

J’espère que ça a pu t’éclairer.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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