La Bible est-elle utile à notre civilisation?

D’où vient la notion de non-violence, de l’importance de l’enfant et de son éducation, de la dignité de l’être humain ? Ces valeurs semblent acquises mais la Bible a grandement contribué à les mettre en avant. Le confinement est une belle occasion de la découvrir !

Il paraît que les ventes de Bible ont « explosé » depuis le confinement (50% pour Tyndale, éditeur anglo-saxon). Le blog ekklesia recense les informations à ce sujet. C’est une bonne idée. La Bible a beaucoup à nous apporter.

Merci la Bible est un ouvrage collectif original qui souligne la contribution positive de la Bible à notre civilisation. Chaque auteur est une personnalité reconnue du monde évangélique qui éclaire, selon sa spécialité ou son expérience, des facettes de l’influence de la Bible. Jamel Attar traite de La non-violence ; Christoph Charles : La science ; Marcel Georgel : La compassion ; Béatrice Hatté : La sexualité ; Franck Meyer : L’éducation ; Jacques Nussbaumer : La dignité ; Cyril Philippe : La politique ; Louis Schweitzer : L’éthique ; Daniel Touilliez : Le travail ; Hannes Wiher : La grâce. Le tout se termine sur un résumé de la Bible en 1 000 mots que j’ai eu le privilège de rédiger (disponible ici en plusieurs langues). Etienne Lhermenault signe la préface.

Le livre est disponible au format électronique. Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici l’introduction que j’ai rédigée.


La Bible aurait eu son heure de gloire — au temps de l’ignorance, des civilisations enténébrées du Moyen Âge. Mais, dit-on aujourd’hui, elle aurait offert le poison de la religion, véritable obstacle de la raison. « L’obscurantisme, cet humus des religions, se combat avec la tradition rationaliste occidentale » assène Michel Onfray dans son populaire Traité d’Athéologie. Les livres sacrés violeraient les consciences, privant l’humanité de l’achèvement dont elle devrait au contraire jouir paisiblement, forte des acquis technologiques et humains de la modernité́. Les textes religieux ont eu leur temps. Merci à eux. Merci la Bible. Leur place appartient aux musées de l’Histoire et aux oubliettes de la pensée.

Dawkins, biologiste émérite et athée virulent[1], affirme que « de toutes les œuvres de fiction, le Dieu de la Bible est le personnage le plus déplaisant : jaloux et fier de l’être, impitoyable, misogyne, infanticide[2]. » Et pour cet homme, la Bible serait un livre aussi « toxique » que le Coran[3]. Merci la Bible !

Certes, le 22 juillet 1209, les croisés attaquent les cathares de Béziers, « tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » – 20 000 “hérétiques” sont massacrés « au nom du Christ »… 31 mars 1492, la très catholique Espagne “purge” son sol et sa religion des Juifs de son territoire – ils sont des centaines de milliers à fuir, ou à périr « au nom du Christ »… 24 août 1572, c’est la Saint Barthélemy, et 30 000 protestants mourront « au nom du Christ »… Un jour devenu emblématique de la folie des guerres de religion. La protestante Irlande du Nord a récemment porté le glaive contre des catholiques. La pensée populaire trouve dans ces événements de quoi claironner un « merci » aussi ironique que la célèbre missive d’une maîtresse éconduite par une autre.

Bien sûr, pour en tirer une conclusion aussi radicale – à savoir que la religion, et notamment la Bible, est la cause centrale de la violence des peuples – il faut ignorer beaucoup d’autres facteurs, économiques et politiques. Il faut aussi sauter toute l’histoire moderne : on attribue directement ou indirectement 60 millions de morts à Hitler, 40 millions à Staline[4], 45 millions à Mao[5], et un petit quart de la population du Cambodge, soit près de 2 millions d’individus, aux mains de Pol Pot, qui a pourtant fait toute son éducation universitaire et politique en France[6]. Tous ces mouvements ont revendiqué́ haut et fort un athéisme exclusif et violent, avec en filigrane une lutte des classes ou des peuples permettant l’émergence d’un champion sociétal. Par analogie, faudrait-il en conclure que l’athéisme est forcément violent ?

L’optimisme d’Onfray est magnifique – sur le papier seulement – quand il écrit : « Mais partout j’ai constaté combien les hommes fabulent pour éviter de regarder le réel en face. La création d’arrière-mondes ne serait pas bien grave si elle ne se payait au prix fort : l’oubli du réel, donc la coupable négligence du seul monde qui soit. Quand la croyance fâche avec l’immanence, donc soi, l’athéisme réconcilie avec la terre, l’autre nom de la vie[7]. » C’est dommage qu’il n’ait pas demandé ce qu’en pensait Ota Benga, pygmée congolais, exhibé dès 1906 dans divers zoos américains pour démontrer l’évolution et justifier d’un racisme scientifique[8]. L’immanence seule n’a pas empêché ce crime, ni évité que des pseudo races supérieures écrasent celles jugées inférieures. Les idées ont des conséquences. Dawkins surprend quand il s’exclame : « Enseignons la générosité et l’altruisme, parce que nous sommes nés égoïstes. Comprenons ce que nos propres gènes égoïstes tentent de faire, parce qu’alors nous aurons au moins une chance de changer leur dessein, ce qu’aucune autre espèce n’a jamais aspiré à faire[9]. » Croirait-il en des lois morales supérieures aux réalités immanentes qui nous ont construits ainsi ? Si l’égoïsme motive le plus fort à prendre le dessus sur les plus faibles, n’a-t-on pas raison de laisser faire ? Hélas, ces idées séculières ont placé les hommes dans une spirale de conquête et d’opposition sociale ou raciale. Les idées ont des conséquences…


Merci la Bible répond en partie à la perspective ironique initiale en soulignant le rôle positif qu’elle a joué (ou peut jouer) dans sa contribution à notre société. L’idée m’est venue en parcourant le livre qu’une amie m’avait envoyé à la thèse surprenante. Vishal Mangalwadi, né et éduqué en Inde, détenteur d’un diplôme de religions orientales et de philosophie indienne, faisait l’apologie de la Bible : The Book that Made Your World : How the Bible Created the Soul of Western Civilization (Le livre qui a fondé votre monde : comment la Bible a créé l’âme de la civilisation occidentale[1]). La vigueur de son appréciation pour la Bible était surprenante, eu égard à son origine et son milieu. Il écrit :

Un regard rapide pourrait donner l’impression qu’il s’agit d’un livre sur la Bible. Ceux qui le liront réaliseront qu’il s’agit plutôt d’art majeur et belle littérature ; de science et de technologie libératrice ; d’héroïsme authentique et de l’édification de nations entières ; de grandes vertus et institutions sociales. Si vous aviez des milliards de pièces d’un puzzle, tenteriez-vous de le résoudre sans connaître ce que pouvait être l’image générale ? La Bible a créé le monde moderne de la science et de l’apprentissage parce qu’elle nous a légué la vision du Créateur sur le sens de la réalité. C’est ce qui a fait du monde occidental moderne une civilisation réfléchie et lettrée. Les post-modernes ne voient pas trop l’avantage de lire des livres qui ne contribuent pas directement à leur carrière ou leur plaisir. C’est le résultat logique de l’athéisme qui a maintenant réalisé que la pensée humaine ne pourra jamais connaître ce qui est vrai et juste. Ce livre est publié avec la prière qu’il aidera à revivifier un intérêt global dans la Bible et dans tous les grands livres[2].

Sans aller si loin, d’autres reconnaissent la belle contribution des Écritures, y compris ceux qui n’en sont pas pour autant des fans. Luc Ferry concède ainsi :

Enfin, il y a dans le contenu du christianisme, notamment sur le plan moral, des idées qui, même pour des non-croyants, ont encore aujourd’hui une importance majeure, des idées qui vont, une fois détachées de leurs sources purement religieuses, acquérir une autonomie telle qu’elles vont pouvoir être reprises dans la philosophie moderne, et même par des athées. Par exemple, l’idée que la valeur morale d’un être humain ne dépend pas de ses dons ou de ses talents naturels, mais de l’usage qu’il en fait, de sa liberté et non de sa nature, est une idée que le christianisme va donner à l’humanité et que bien des morales modernes, non chrétiennes, voire antichrétiennes, vont malgré tout reprendre à leur compte[3].

La Bible a sculpté favorablement un certain nombre de réflexes de nos sociétés. D’où vient l’expression – et la pratique – de laisser s’échapper « les femmes et les enfants d’abord » ? C’est ce respect du plus faible, associé au courage des forts et à la confiance devant la mort, qui ont empêché la cohue égoïste sur le Titanic – n’en déplaise à la réalisation dramatique et non historique de Cameron.

Pourquoi des hommes et des femmes décident de se rendre dans un pays étranger et pauvre, pour vivre auprès de populations déshéritées, afin de transmettre l’écriture et la lecture, l’hygiène et la médecine ? Robert Woodberry, de l’Université Nationale de Singapour, note que les sociologues ignorent volontairement la religion parmi les éléments de la modernisation et de la démocratisation des pays post-modernes. Il tente de démontrer, en mesurant 50 variables, que les protestants mettant l’accent sur la conversion (« conversionary protestants », une manière de parler des évangéliques qui insistent sur la foi personnelle) ont profondément influencé le développement de la liberté religieuse, l’éducation des populations, la généralisation de l’utilisation de l’imprimerie – et que tout ceci a facilité l’émergence possible de démocraties[4]. Pourquoi ? En 2008, le magazine Times a publié un article surprenant :

Maintenant que je suis devenu un athée convaincu, je suis persuadé de la contribution énorme de l’évangélicalisme en Afrique : très distinct du travail des ONG séculières, des projets gouvernementaux et de l’aide internationale. Car ces seules contributions ne feront pas tout. L’éducation et la formation en elles-mêmes ne feront pas tout. En Afrique, le christianisme change le cœur des gens. Il apporte une transformation spirituelle. La renaissance est réelle. Les changements sont positifs. J’avais pris l’habitude d’éviter cette vérité en applaudissant – comme vous le faites peut-être – le travail concret des Églises d’Afrique. Et je disais : c’est dommage que le salut fasse partie de l’ensemble, mais les chrétiens noirs et blancs, travaillant en Afrique, guérissent les malades, enseignent le peuple à lire et à écrire ; et seulement les sécularistes les plus sévères affirmeront que le monde serait meilleur sans cet hôpital ou cette école missionnaire. Je me permettais de dire que si la foi était nécessaire pour motiver l’aide de ces missionnaires, et bien, tant mieux ou tant pis, c’était l’aide et non la foi dont il fallait se réjouir. Mais cela ne prend pas en compte les faits. La foi fait plus que de soutenir les missionnaires ; elle s’épand parmi le troupeau. Et c’est son effet qui a cet impact immense et que je ne peux manquer d’observer[5].

Au cours d’une visite à Berlin, un collègue allemand me rapporte le mouvement pacifique qui a contribué à la chute du mur de 1989. Un pasteur, Christian Führer, a ouvert les portes de sa maison et de son église à tous ceux qui voulaient prier, dans la paix, pour la fin de la guerre froide. Cette réunion de prière s’est tenue chaque semaine, à partir du 20 septembre 1982, et s’est répandue sur d’autres sites, faisant « boule de neige », suscitant un élan de justice pacifique. C’est curieux, j’ignorais tout de ce mouvement. Personne n’en a jamais parlé en classe d’histoire dans notre beau pays, décidément très séculier.

Plus d’un million d’individus, se réclamant essentiellement de valeurs judéo-chrétiennes, défilent à Paris contre « le mariage pour tous ». Ils sont motivés, remontés, mobilisés… Je ne dis pas ici que ce mouvement est chrétien ou biblique, mais que son mode d’expression reflète fortement l’imprégnation chrétienne, respectueuse de l’ordre civil, et du prochain. Aucune dégradation des lieux n’est rapportée. À quoi attribuer cette non-violence ? L’excellence de caractères des manifestants ? Ce serait élégant, mais bien trop optimiste ! L’efficacité des forces de l’ordre ? Si ce million s’était déchaîné, on aurait appelé cela une révolution, et seule l’armée aurait eu raison de cette insurrection. Qu’est-ce qui fait que des gens, collectivement, ont des valeurs suffisamment fortes pour se faire entendre dans la paix, et se résigner à ce que le pouvoir politique a décidé ?

Ceci dit, nous allons moins nous préoccuper des contributions de ceux qui se réclament du christianisme que de réfléchir sur son message. Nous allons parcourir des thèmes populaires, comme la dignité humaine, la sexualité, la non-violence, ainsi que des sujets plus spirituels, comme le message central de la Bible. Si les chrétiens que nous sommes ne sont pas aussi lumineux qu’ils devraient l’être, il y a dans la Bible une source inépuisable d’inspiration, de renouveau, d’espoir et d’encouragement pour modeler une autre manière de penser et de vivre.

La première partie de ce livre regroupe les articles en lien avec la vie quotidienne et la deuxième ceux qui répondent à des problématiques plus spécifiques. Que vous soyez familier ou non avec le contenu de la Bible découvrez la conclusion inédite de ce livre : la Bible résumée en 1 000 mots.

Nous espérons que les contributions, écrites selon les compétences et les aspirations de leurs auteurs, vous donneront envie de découvrir un peu mieux la Bible, et le chemin spirituel qu’elle indique.


[1] Richard DAWKINS, Pour en finir avec Dieu, Paris, Robert Laffond, 2008.

[2] Richard DAWKINS, « Le Dieu de la Bible est le personnage de fiction le plus déplaisant » propos recueillis par Delphine Saubaber et Jacqueline Jencquel, L’express.fr, publié le 5 mai 2014, https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/richard-dawkins-le-dieu-de-la-bible-le-personnage-de-fiction-le-plus-deplaisant_1534611.html.

[3] La citation provient d’une interview d’Alan COLMES sur Fox News Radio d’octobre 2015, et reprise sur plusieurs sites, dont le Christianpost.com : Samuel SMITH « Atheist Richard Dawkins Claims « Bible as Toxic as Quran, ‘but’ Christians Don’t Believe the Bible Literally » https://www.christianpost.com/news/atheist-richard-dawkins-bible-quran-christians-muslims.html – 147859. Consulté le 12.9.2016.

[4] https://www.ibtimes.com/how-many-people-did-joseph-stalin-kill-1111789-  consulté le 12.9.2016.

[5] https://www.independent.co.uk/arts-entertainment/books/news/maos-great-leap-forward-killed-45-million-in-four-years-2081630.html consulté le 12.9.2016.

[6] Joel BRINKLEY, Cambodia’s Curse, Public Affairs, 2012, p. 29 .

[7] Michel ONFRAY, Traité d’athéologie, Le Livre de poche, 2006, p. 23.

[8] https://en.wikipedia.org/wiki/Ota_Benga consulté le 2.11.2016.

[9] Richard DAWKINS, Le gène égoïste, Odile Jacob, Paris, 1976.

[1] Vishal MANGALWADI, The Book that Made Your World :  How the Bible Created the Soul of Western Civilization, Nelson, Nashville, 2011 ;

[2] Ibid, p. xxi Citation traduite par l’auteur.

[3] Luc FERRY, Apprendre à vivre, Plon, p. 73.

[4] Robert WOODBERRY, « The missionary Roots of Liberal Democracy », American Political Science Revue Vol.106, N° 2 May 2012.

[5]  Matthew PARRIS, « As an atheist, I truly believe Africa needs God. », Times, December 27, 2008.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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