La graine de moutarde fait-elle exploser la doctrine de l’inerrance? (Episode 111)

Dans l'épisode 111, Florent Varak répond à une question sur la graine de moutarde. La Bible, Jésus, dit que c'est la plus petite des graines. Or ce n'est pas le cas. Si la Bible se trompe sur cette informations, est-elle encore infaillible? C'est la question à laquelle répond Florent dans ce podcast. N'hésitez pas à donner votre avis dans les commentaires en vas de l’article.

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La question qui nous préoccupe ici c’est de savoir si Jésus ou la Bible se sont trompés, lorsque la Bible dit que la graine de moutarde est la plus petite des semences que l’on trouve. En tout cas, c’est un propos que l’on a entendu suite au podcast sur Adam et Eve pour souligner que la Bible, lorsqu’elle parle de science, fait des erreurs grossières et que c’est pas son objectif et qu’il ne faut pas s’inquiéter de cela.

J’aimerais qu’on reprenne cette question, parce qu’on l’a aussi eue dans des conversations, et probablement, tu l’as eue avec des gens qui sont un petit peu familiers du texte biblique et qui ont dit : mais la Bible ne peut pas dire la vérité puisqu’elle se trompe sur la taille de la graine de moutarde.

On va regarder ce que Jésus dit, ça se trouve en Matthieu chapitre 13.31-32, je vais lire : « Il leur proposa une autre parabole et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand elle a poussé, elle est plus grande que les plantes potagères et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. »

Le propos est également tenu en Marc 4.31-32 « Il est semblable à un grain de moutarde qui, lorsqu’on le sème en terre, est la plus petite de toutes les semences de la terre, mais une fois semé, il monte, devient plus grand que toutes les plantes potagères et pousse de grandes branches, en sorte que les oiseaux du ciel peuvent habiter sous son ombre. »

Voilà la question qui se pose à la lecture de ce texte : Jésus dit que la graine de moutarde est la plus petite de toutes les semences, deuxièmement : il existe des semences plus petites comme des graines d’orchidées par exemple, troisièmement : donc la Bible fait une erreur elle est faillible, et on a raison de considérer que ses propos, par ailleurs, ne sont pas toujours fiables, et enfin quatrièmement : Jésus ne savait pas tout dans son incarnation et il donne parfois des informations qui sont erronées.

Alors ce dernier aspect, je le traiterai dans un autre podcast, mais je voudrais qu’on s’intéresse maintenant à l’objection elle-même par rapport au statut de l’écriture. Il y a des manières erronées d’aborder ce genre d’objections, parce que tu imagines bien tu n’es pas le premier à avoir posé la question si tu te l’es posée, et je ne serai pas non plus le dernier à y répondre. Il faut faire attention de ne pas arriver à des conclusions un petit peu trop rapides, et j’aimerais évoquer quatre manières erronées de répondre à cette objection.

La première consiste à soutenir que la Bible ne serait pas infaillible, qu’elle contiendrait des erreurs et qu’il faudrait surtout s’intéresser à son message humaniste, spirituel, rédempteur. Alors cette perspective est impossible à accepter au regard même du témoignage de l’écriture sur l’écriture. La Bible dit d’elle-même qu’elle est inspirée de Dieu, même soufflée de Dieu, que c’est l’écrit qui a été inspiré de Dieu et qu’elle a toutes les garanties du Dieu qui ne ment pas. Elle est incapable de nous tromper. C’est le sens des propos que l’on trouve en Luc chapitre 1 au début par exemple. Ce sont des propos vrais, et puis l’écriture abondamment montre la confiance qu’elle a dans l’écriture, et c’est pas le sujet de ce podcast, donc je ne vais pas m’étendre, mais ça serait une mauvaise manière que de dire : bon, c’est un propos approximatif et erroné.

Effectivement, si il y avait une erreur dans ce texte, cela remettrait en cause le statut de l’écriture ; alors ma conviction- et c’est la conviction des chrétiens orthodoxes dans le monde entier-, c’est que la Bible dit vrai dans tout ce qu’elle annonce, même si l’interprétation parfois est compliquée, il peut y avoir des interprétations différentes, et donc c’est une mauvaise piste que d’aborder la question sous l’angle du découpage.

La seconde erreur, et c’est justement ce découpage que je voudrais dénoncer, c’est de considérer que la Bible aurait des catégories de vérités. Alors quand elle parle de spiritualité elle dit vrai forcément, mais quand elle parle de sciences ou d’éléments qui sont liés à la science, notamment à ce que la science actuelle peut vouloir dire elle serait erronée.

Mais il n’y a plus de fin à ce genre de découpage, parce que les historiens vont alors tenir le propos de « quand elle parle de l’histoire elle parle de façon erronée, elle parle selon les perspectives des êtres humains qui ont rapporté ces choses, elle ne peut pas tenir un propos qui est vrai ». Et puis on va encore multiplier, quand un spécialiste de la relation d’aide séculier va dire « quand elle parle de la vie et de la vie humaine en général, de ses émotions, de la gestion des traumatismes, elle parle sans l’apport des sciences contemporaines, les sciences de la psychologie, de l’acquisition des connaissances et de la gestion des traumatismes par exemple que nous avons aujourd’hui, et donc son propos est forcément erroné quand elle parle de cela ». Ce découpage en catégorie avec des degrés de vérité est juste impossible à tenir, parce que bien des choses historiques sont des leçons spirituelles, bien des choses scientifiques sont des causes de réflexion spirituelle, et bien des éléments dépassent le cadre de l’entendement scientifique, que ce soit la résurrection de Lazarre par exemple, ou d’autres choses comme Jésus marchant sur les eaux qui fait beaucoup rire nos amis athées. Et donc ce sont vraiment des manières erronées d’aborder le texte biblique.

Et puis la troisième consisterait à imaginer que Jésus le créateur du monde se soit trompé, alors que dans sa personne il est vrai, il est vérité, il incarne la vérité. Qu’il n’ait pas tout su ou gardé tout savoir dans son incarnation, ou qu’il n’ait pas utilisé tout le savoir qui était potentiellement à sa disposition, est une autre question, mais ça encore une fois on l’abordera dans un autre podcast.

Voilà donc trois manière erronées d’aborder la question et qui dénote plutôt les présuppositions de départ que tu peux avoir sur le texte biblique. Ceci dit revenons maintenant à l’objection. Elle est fondée dans le sens ou elle mérite d’être évoquée. Comment comprendre ce que Jésus dit ici ? est-ce qu’il y a vraiment une aberration, une erreur, comment comprendre cela ?

Alors il y a un premier argument, qui est un argument faible que je ne partage pas, mais il faut quand même le mentionner. Certains vont dire « c’est une expression proverbiale » puisque des commentateurs ont observé que les juifs effectivement utilisaient ce proverbe pour dire que le grain de moutarde était la plus petite des semences. Donc, ça serait un proverbe que Jesus utiliserait. Et comme il utilise d’autres proverbes comme par exemple : si tu avais une foi aussi petite que, et bien tu déplacerais des montagnes.

Mais ça ne veut pas dire que tu vas pouvoir déplacer le mont Everest pour le mettre à la place des Alpes, si tu crois que c’est le cas, je voudrais le voir, et France Info en parler, mais c’est juste une expression proverbiale pour dire cela.

On a d’ailleurs cette forme de communication lorsqu’on dit à quelqu’un « je te retrouve dans 15 jours » on dit pas 15 jours vraiment, on parle de 14 jours donc ça pourrait être une manière de parler que Jésus emprunte, mais à mon avis, c’est une manière faible de défendre l’inhérence de l’écriture, et je crois qu’il y a des choses un petit peu plus précises à tirer de notre texte. Mais au moins cette interprétation a le mérite de préserver le statut de l’écriture et ça, ça me semble fondamental quand on cherche à vivre selon un christianisme orthodoxe.

Deuxième argument, c’est l’argument grammatical.

Alors il y a une différence entre un comparatif et un superlatif. Je ne sais pas si tu es un grammairien… moi je ne le suis absolument pas, j’ai dû m’intéresser à cette question pour reprendre ces définitions de façon plus précise, mais un comparatif compare en fonction d’un référentiel, donc il y a une certaine relativité dans cela. Alors qu’un superlatif n’implique aucun comparatif, c’est un absolu, c’est quelque chose qui dépasse toute comparaison. Tu observeras la différence quand je dis « cette pierre est plus grosse que toutes » avec « cette pierre est la plus grosse de toutes ». Il y a une modification dans l’emphase qui est donnée, l’un est un superlatif et l’autre est un absolu. Alors j’ai noté que plusieurs s’étaient penchés sur cette question sous l’angle justement de la grammaire, et j’ai retrouvé un article d’un grammairien de 1968, et si tu es amateur de précision tu peux le lire, il a été publié au Grace Theological journal. C’est un article de 1968, tu pourras le retrouver, ou tu pourras me le demander si jamais ça t’intéresse. Et lui il travaille sur le texte et il remarque qu’il y a ici toutes les marques d’un comparatif et non d’un superlatif, qui nous permettrait de traduire : la graine de moutarde est des plus petites de toutes les semences. C’est un argument. Il peut être critiquable, et il peut être critiqué, mais c’est un argument qui existe et qui mérite d’être pris en compte.

Troisièmement, il y a l’argument du contraste et à mon sens il est évident.

Il est ici question de la plus petite semence par rapport au plus grand arbre. La petitesse de la graine surprend quand on voit la taille de l’arbre. Et ce serait le propre de la comparaison ici. Petite graine qui donne un arbuste de 2 m de hauteur. Noland, qui est l’auteur d’un commentaire sur l’Évangile de Matthieu écrit, je cite : « mezonton lacanon (c’est du grec) est soit la plante la plus grande appartenant au jardin potager, soit la plante plus grande que les plantes appartenant au jardin potager. La suite : et devient un arbre, favorise cette seconde lecture ». Donc, pour lui la question n’est pas dans la plus petite des semences par rapport à d’autres semences, mais dans la plus petite des semences par rapport à ce que l’on trouve en arbustes dans le jardin.

Enfin, quatrième argument, c’est l’argument du contexte, et il me semble plus pertinent. On ne peut pas lire « c’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle a poussé, elle est plus grande que les plantes potagères et devient un arbre » en ignorant le point de référence. On ne peut pas couper la première partie de la phrase en disant : c’est cela que l’on critique sans voir dans quel contexte cette phrase est utilisée.

Et Jésus ici parle de façon très simple de façon très évidente des plantes potagères. C’est-à-dire « lacanon » en grec désigne une catégorie de plantes comestibles particulières. C’est la référence contextuelle dans laquelle il faut comprendre le propos de Jésus. Alors juste après avoir rédigé ce podcast, je me suis demandé ce que MacArthur pouvait en dire, parce qu’il est souvent très fin sur ces questions, parce qu’il est souvent en contact avec des gens qui mettent en doute la Bible, ou des non-chrétiens qui veulent contester son ministère.

Donc j’ai regardé son commentaire, et en fait je tombe sur une même compréhension. Je te cite la citation que j’ai trouvé : « on cite souvent Jésus qui dit ici du grain de sénevé qu’il est la plus petite de toutes les semences pour prouver que l’écriture fait erreur. Soit que Jésus est faillible et qu’il fait erreur, soit qu’il accommode ses enseignements selon l’ignorance de ses auditeurs en déformant la vérité à des saints. Toutefois il ne compare pas ce grain à tous les autres grains qui existent, mais seulement au grain des légumes en Palestine. Beaucoup de grains comme ceux de l’orchidée sauvage sont considérablement plus petits que celui de sénevé. Par contre, si parmi les nombreuses plantes qui poussent à cette époque dans les jardins et les champs de la Palestine, le plan de sénevé a une semence des plus petites comme Jésus le dit ici. Lorsque le mot grec » sperma « grain est employé dans le nouveau testament pour désigner les plantes, il sert toujours à désigner les plantes agricoles, celles que l’on fait pousser à dessein dans un but alimentaire. Et parmi ces légumes, la moutarde a la plus petite de toutes les semences. ».

Voilà, j’espère que ce podcast t’a convaincu. Quand il y a une comparaison, et bien on va rechercher ce à quoi on compare, et ici le contexte ne fait pas de doute sur l’intention de l’auteur qui nous le rapporte. Il n’y a ni erreur dans la bouche de Jésus, il n’y a pas d’erreur dans le texte de l’écriture.

Je voudrais terminer avec un peu une exhortation par rapport à l’attitude à avoir face à l’écriture, parce que on trouvera toujours des difficultés dans la Bible, et il y a une question de présupposition préalable, comment tu abordes ce texte. Est-ce que tu l’abordes en disant : forcément elle contient des erreurs, forcément, j’en sais plus qu’elle ; forcément, je vois les choses mieux que Dieu qu’il l’a inspirée. Et ça, c’est une présupposition de départ. Ou est-ce que tu l’abordes en la regardant comme fondement, comme écriture inspirée de Dieu, sans erreurs, que Dieu nous a donné pour qu’on sache ce qu’il pense, ce qu’il croit, ce qui est, ce qui est vrai.

Tu sais, on est dans un siècle extraordinaire, parce que les siècles précédents avaient beaucoup moins de lumière sur la véracité de l’écriture. L’archéologie a développé un trésor de connaissances. Je suis abonné à des sites qui, au moins chaque mois et souvent tous les 15 jours, je reçois des mots de telles découvertes qui font écho à un texte de l’écriture. Je trouve que c’est extraordinaire, on est dans une richesse de validation de l’écriture que n’ont pas connu nos prédécesseurs.

Et nos prédécesseurs étaient confrontés aux mêmes doutes : est-ce que Abraham a vraiment existé, est-ce que la civilisation mythique a vraiment existé, est-ce que Jésus franchement à marché sur les eaux, etc. etc. Il y a certaines choses qui demeureront obscures pour nous aujourd’hui, ça ne veut pas dire qu’elles le seront pour toujours. C’est à dire qu’au fil du temps il y a plus d’éclairage qui nous est laissé, plus de compréhension ou d’outils de compréhension qui nous sont donnés, et qui renforcent jusqu’ici en tout cas, ma foi, ma confiance dans ce que l’écriture est en tant que parole de Dieu inspirée sans erreur.

Comme le souligne Paul Wells c’est un théologien franco-britannique, en tout cas un homme qui a dévoué sa vie à enseigner la théologie à la faculté Jean Calvin à Aix. C’est un homme remarquable qui a toute mon admiration et il écrit : « la preuve de l’inerrrance de la Bible ne sera administrée que lors du rétablissement de toute chose à la fin des temps. Pour le moment, l’inerrance est objet de foi. Ce n’est que lorsque nous marcherons par la vue que la vérité de la Bible se trouvera confirmée. ». Et je partage et souscris entièrement à son propos. Il y a c’est vrai, des choses encore incomplètes dans notre compréhension actuelle, mais les choses vont se compléter et un jour elles seront absolues.

Et en attendant, je t’encourage à ne pas mettre en doute l’écriture, même si il y a parfois ici et là des questions compliquées à résoudre, mais d’aborder ces problèmes sous l’angle d’un pote qu’on cherche à défendre, et dont on va trouver toutes les raisons pour lesquelles on peut croire paisiblement à ce qu’il nous dit.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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