La mariage à la mairie est-il valide devant Dieu? (Épisode 131)

Dans l'épisode 131, Florent répond à une question portant sur la mariage. Est-ce que le fait de se marier à la mairie est valide devant Dieu? Ou doit-on faire le mariage à l'Église pour que celui-ci soit valide devant Dieu?

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Épisode 131 : Le mariage à la mairie est-il valide devant Dieu ?

La question est la suivante, pour ce podcast : Bonjour, merci encore pour les merveilleux articles que vous publiez quotidiennement. C’est vraiment d’une grande sagesse et traite des points très importants pour chaque chrétien. Permettez-moi de vous poser une question qui me trotte dans la tête. Je me suis mariée en février, cependant nous l’avons fait à la mairie donc sans présence d’un pasteur. Je ne sais pas réellement si l’on peut me considérer comme chrétienne à cette période. Je n’étais pas encore baptisée, mon conjoint non plus mais je priais, lisais ma Bible constamment, je croyais bien au Seigneur Jésus comme sauveur. Mais voilà, je me suis fait baptiser, ainsi que mon conjoint, en ce week-end de Pâques et ma question est la suivante : est-ce que Dieu reconnaît notre mariage ou faut-il obligatoirement passer par l’Église ? Merci d’avance pour votre réponse. Que Dieu vous bénisse abondamment.

Merci d’abord de tes encouragements et je dois les passer à toute l’équipe. Moi, je n’ai que la partie des podcasts, mais c’est vrai qu’ils font un travail formidable. Je suis reconnaissant que ça puisse être utile aux uns et aux autres. Pour tous ceux qui sont volontaires et qui s’astreignent à publier, parfois traduire, parfois corriger, parfois mettre sur le site, parfois répondre aux correspondances etc, de tels encouragements, c’est du baume sur le coeur donc un grand merci.

Alors c’est une super question et la réponse courte est : oui ! C’est-à-dire, oui tu es mariée, tu es absolument, vous êtes absolument, complètement, correctement mariés ! Mais ça va me permettre, un peu, d’aborder ce qu’est le mariage en regard de la Bible par rapport à la société.

En fait, le mariage n’est pas une institution religieuse. C’est une institution universelle qui commence dès la création. Je reprends ici la réflexion des responsables de l’Église de Cusset – Villeurbanne Cusset – où j’ai été pasteur pendant plusieurs années. On a travaillé ensemble sur ce qu’était le mariage et ce que c’était, justement, les conditions de célébration d’un mariage; ça nous a trotté un petit peu dans la tête. Et donc sur le site de epevc. org, tu retrouveras un document un petit peu plus élaboré, mais je vais m’inspirer beaucoup du travail que nous avons réalisé en équipe, pour répondre à ce podcast.

C’’est Dieu qui, fondamentalement, a institué le mariage, au moment de la création. Genèse 2 : 24, nous dit : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair. » C’est Genèse 2 : 24. Et on constate que Dieu instaure une rupture de dépendance, ou de loyauté exclusive, en tous cas à l’égard de la famille d’origine; qu’il y a un engagement réciproque librement consenti, le contexte antérieur décrit l’admiration de l’aimé, exprimant à la fois le désir et le consentement. Troisièmement, Dieu instaure le développement d’une relation, en tout point intime, une relation intime dans le domaine humain, de la sexualité, dans le domaine de la spiritualité… dans tous les domaines en fait. Et, d’une certaine manière, dans le point de départ, et Jésus nous le rappelle plus tard, une certaine indissociabilité du couple qui se constitue sur ces termes.

Voilà le grand principe : quatre éléments qu’il faut envisager quand on parle de mariage. Quatre éléments créationnels : une rupture, un engagement, le développement d’une intimité et une indissociabilité ou une longévité du couple qui devrait aller jusqu’à la mort de l’un ou de l’autre.

Maintenant, concrètement ça veut dire quoi ? Parce que là, on a absolument aucune donnée sur la manière dont il faut se marier, on a juste le principe qui nous est énoncé. Il appartient, à mon avis, à chaque culture, de définir plus précisément le comment de cette union, qui est universel. Il fait partie des constances, des civilisations; il y a un rite, un geste, quelque chose qui fait qu’un homme et une femme s’unissent et deviennent un, entrent dans une relation qui est de cette nature, même si, culturellement et depuis la chute, il y a des variations. Mais en tout cas, à ma connaissance, ni l’Ancien Testament, ni le Nouveau Testament, ne définissent des critères ou des normes quant à la célébration d’un mariage. Nous ne trouvons que des exemples : Genèse 24 : 67, 1 Rois 3 : 1… et cela me permet de conclure ou de voir, en tout cas, que le mariage des païens n’est pas moins un mariage que celui des chrétiens. C’est à chaque culture de définir le comment de cette union. Mais cette union a lieu, qu’il y ait ou pas la présence d’un pasteur ou d’un être religieux quelconque.

Je regardais un petit peu quelques réflexions là-dessus : si Dieu définit les critères du mariage, la Bible n’en définit pas les formes : du temps des patriarches, par exemple, aucun contrat n’était nécessaire. L’engagement était reconnu par les familles et ça, ça suffisait pour l’établir. Du temps de Moïse, les fiançailles font leur apparition et établissent des devoirs et des droits. A partir du moment où la personne est engagée dans des fiançailles, elle a des devoirs, elle a aussi des droits et puis des restrictions; il faut attendre le mariage. Et puis du temps du Nouveau Testament, on découvre un protocole un peu mieux établi. Déjà, dans le Cantique des cantiques, on voit cette forme protocolaire qui prend naissance. Puis on voit Jésus se trouvant au milieu d’une cérémonie de mariage – pas vraiment une cérémonie – une festivité de mariage qui montre qu’il y a un protocole sociétal, qui est reconnu par tous. On est là dans un mariage, dans une situation de fête de mariage.

Henri Blocher, qui est un théologien évangélique, résume ainsi les éléments constitutifs du mariage, que la culture va, ensuite, légitimer : « Il y a mariage, mariage valide, quand les termes de cette définition sont respectés : l’alliance, sanctionnée par l’autorité en charge de l’ordre social, par laquelle un homme et une femme s’engagent sans contrainte à mener une vie commune et s’unir sexuellement. »

Donc qu’est-ce que Blocher dit : il y a une alliance, et cette alliance est sanctionnée par quelqu’un qui est en charge de l’ordre social, par laquelle un homme et une femme s’engagent à mener une vie commune et à s’unir sexuellement. Voilà les éléments clés de ce mariage. Et il est à noter que, pour Luther, « le mariage ne regarde pas l’Église, il est extérieur à elle, c’est une affaire séculière, temporelle, qui ressort des autorités » . C’est ainsi qu’il est absolument légitime de considérer que le mariage à la mairie est un mariage, conséquent, suffisant, que Dieu reconnaît. Que le maire le reconnaisse ou pas importe peu, les gens se sont engagés devant l’autorité qui est en charge de la reconnaître.

Chez les Romains, du temps du Nouveau Testament, qu’est-ce que l’on découvre comme élément qui pourrait nous aider un peu à approfondir la question, pour le fun ! J’espère déjà avoir répondu à ta question en tout cas. Bien, chez les Romains, il y avait quatre manières de contracter une union :

  •  il y avait l’union d’esclaves, dont la durée dépendait de la volonté du maître. Ça c’est terrible d’ailleurs ! Tu es un petit esclave et le maître te dit : « je te donne cette femme pendant quelques années, puis après on verra. » C’est compliqué donc, une forme réduite de mariage;
  •  il y avait le mariage par l’usage c’est-à-dire qu’on cohabitait avec une femme pendant un an et un jour. C’était une union qui était reconnue bien sûr. Si l’épouse découchait trois nuits de suite, la désunion était aussi reconnue;
  •  troisièmement, il y avait un contrat (coemptio, ceux qui sont latinistes corrigeront ou rigoleront bien) dans lequel les deux parties se liaient l’une à l’autre par une vente simulée. Il ne durait que le temps du consentement des époux et s’établissait surtout entre deux personnes de rang différent. Donc quand tu avais un noble et quelqu’un – un voyageur libre, pas esclave – et bien il y avait une sorte de contrat qui s’établissait mais ça durait – c’est un peu le PACS de l’époque – ça durait le temps qu’on voulait bien donner à cette union;
  •  puis il y avait une cérémonie religieuse (confarreatio, nous disent les experts), en présence de dix témoins, du grand prêtre, et accompagné du sacrifice d’une brebis.

C’est cette dernière forme qui deviendra la norme des chrétiens… Enfin la dernière forme. Non qu’ils aient des brebis aujourd’hui, mais à cause de la notion de témoins, de la notion de représentants officiels, de la notion d’une cérémonie religieuse; c’est un peu ce que l’on reproduit après dans les Églises, et c’est un peu ce que l’on établit comme étant la norme. On a élevé la forme la plus supérieure du mariage romain, pour dire : voilà le mariage auquel les chrétiens doivent aspirer. Comme les civilisations européennes sont issues un peu de cette pensée, c’est ainsi qu’est née la forme qui a prévalu du mariage.

Ce qui est intéressant, c’est de remarquer que jamais les apôtres ne font de distinction entre ces quatre types de mariage. D’ailleurs, il paraît qu’il y en aurait d’autres – je n’ai pas creusé la question, mais qu’il avait encore d’autres formes de contrat de mariage – mais lorsque l’apôtre Paul parle du mariage, il en parle dans des termes génériques. Et je pense que Paul incluait toutes les formes d’union : vous êtes unis de façon officielle. C’est pas les formes d’union « à la colle rapide » , mais vous êtes unis de façon officielle, vous êtes mariés ! Christ vous a saisis, vous êtes mariés. Et le vocabulaire de 1 Corinthiens 7 ou de Romains 7. 3 ne distingue pas ces situations. En sorte que l’engagement moral d’un chrétien devra ressembler à la norme biblique, telle qu’elle a pu être définie plus haut, même si la forme juridique employée sera dépendante de la culture. Il se peut que, dans certaines cultures, il s’agisse de faire sept fois le tour du village, main dans la main, avec sa bien-aimée, pour être considéré marié. Et ça suffit, si c’est ça qui est exigé dans cette culture. Mais si on est chrétien, le fait d’avoir fait ce geste, le fait d’avoir pris cet engagement de cette manière, suppose ensuite de suivre les injonctions morales qui accompagnent, qui s’associent au mariage.

Maintenant, dans la société française, en France, seul l’État est habilité à légaliser un mariage. L’Église ne peut que célébrer ce qui a, antérieurement, été signé. La cérémonie ecclésiastique n’est pas le mariage, c’est juste une célébration du mariage. C’est pour ça que, en tant que pasteur, il m’est interdit de célébrer un mariage si le couple n’est pas passé d’abord devant la mairie. D’ailleurs je demande, avant de célébrer. Normalement, il y a un papier, qui a été donné par la mairie, et qui atteste que les deux individus ont vraiment pris cet engagement et signé ce contrat.

Il faut savoir que, d’un point revue historique, c’est parce que l’Église catholique avait le monopole des mariages et de l’accompagnement – enfin de tout le processus officiel du mariage – qu’on le lui a retiré à la Révolution française. Pourquoi ? Parce que les catholiques ne reconnaissaient pas les mariages des protestants et que leurs enfants étaient considérés comme des bâtards. C’était profondément injuste en quelque sorte, parce que si on n’était pas catholique, on ne pouvait pas se marier; et si on se mariait selon les rites simples du protestantisme, ce n’était pas reconnu. Les enfants n’étaient pas reconnus, les questions d’héritage étaient compliquées… ou même impossibles. C’était une manière, vraiment, de contrôler la vie des gens, par ce contrôle de l’activité matrimoniale. C’est ainsi qu’on a retiré au clergé ce droit de marier, et qu’aujourd’hui il appartient à la mairie. Dans d’autres pays, comme c’est le cas par exemple aux États-Unis, les pasteurs sont revêtus de l’autorité civile pour signer un acte de mariage. D’ailleurs, quand j’étais aux États-Unis, j’ai pu signer le contrat de mariage de notre fils parce que j’étais dans l’État où il était; c’était totalement légitime de le faire en tant que pasteur.

Que dit la loi française ? La loi française dit que « Le mariage est un acte public, juridique et solennel par lequel un homme et une femme s’engagent l’un envers l’autre dans la durée, devant et envers la société, pour fonder ensemble un foyer. En se mariant, les époux font ensemble une double démarche. Ils acceptent et reconnaissent l’institution du mariage et la loi commune qui la régit, mais en retour ils demandent à la société de reconnaître l’existence et la valeur de leur engagement mutuel et de leur assurer la protection de la loi. Le mariage civil, qui n’est pas une simple formalité administrative, ne commence et ne s’achève pas le jour de la cérémonie. »

Voilà, c’est quand même sérieux. On s’engage devant l’État, on bénéficie de privilèges, des privilèges fiscaux, des privilèges d’être considéré comme une seule entité. Et donc, c’est totalement légitime.

Je reprends les propos d’Henri Blocher, qui parle cette fois-ci dans un article un petit peu plus long. Il l’a écrit, je crois, en 1990 et il s’intitule – dès que je le retrouve – « Perspectives bibliques et théologiques sur Mariage et Cohabitation » Fac Réflexion, N° 16, Avril 1990. Blocher relève ceci à propos du mariage – et c’est promis, je m’arrête bientôt, de toutes façons, tu as au moins déjà ta réponse – « l’institution du mariage fait de lui une alliance, d’où l’emploi métaphorique des épousailles, d’Osée à l’Apocalypse, pour l’alliance de Dieu. »

On y distingue trois ingrédients essentiels :

– le libre accord de l’homme et de la femme qui se marient est indispensable;

– deuxièmement, l’accord concerne l’union, qui est le second ingrédient : « union sexuelle proprement dite et union plus large de la vie commune, évoquées par la formule décisive » une seule chair « (au sens le plus étroit,  1 Corinthiens 6. 17) et par la condition posée pour l’homme qu’il quittera son père et sa mère pour se marier. »

Je passe la citation et, enfin, le troisième ingrédient de l’alliance du mariage peut se nommer socialité : « il appartient au mariage de ne pas rester un engagement purement privé mais d’être reconnu par la société; il comporte essentiellement une dimension sociale » .

Voilà donc ces trois ingrédients du mariage que pose Henri Blocher. Le libre accord des époux, l’union sexuelle avec vie commune et la reconnaissance sociale sont les éléments d’un mariage. Et donc, cela revient encore à souligner : oui, tu es vraiment mariée, devant Dieu et devant les hommes ! Pour l’Église, ça ne fait aucune différence. Tu es véritablement mariée, même si aucun pasteur n’a scellé votre union d’une prière ou d’une cérémonie ou d’un rite. Mais par contre, rien n’empêche de se réjouir. On peut toujours se réjouir des bons événements et demander qu’il y ait une cérémonie. Une cérémonie qui simplement atteste, célèbre joyeusement, exprime sa reconnaissance ou bien demande la prière de l’Église pour le foyer. Rien n’empêche de faire la fête mais simplement, il ne faut pas y voir une sorte d’onction magique particulière, une bénédiction qui viendrait donner un plus à la vie du couple. Vous avez tout ce qu’il faut pour réussir votre vie de couple, en tant que couple marié, maintenant que vous l’êtes aux yeux de la société française. Et c’est en tout cas le plein de bonheur que je peux vous souhaiter en cette fin de podcast.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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