L’agriculteur. Une histoire pour les découragés du ministère

Louise Klawitter et son mari Paul sont des amis et des collègues qui travaillent à Dijon. Comme tous les missionnaires, et tous ceux qui œuvrent dans le ministère, ils ont connu leur lot de joie et de peine. Il y a assez longtemps, Louise a rédigé cette histoire, plutôt poignante en fait. J’ai souvent été encouragé en la relisant. J’espère que cela vous donnera un petit boost pour cette nouvelle année.

Je suis un agriculteur, comme tout autre, je suppose, sauf que… la terre que je cultive (et qui appartient à un autre) ne donne pas de moisson abondante. Oui, c’est vrai… les choses ne poussent pas bien dans mes champs. Enfin, de temps en temps, une parcelle de verdure surgit et on en prend soin et ça pousse…. et elle est souvent malmenée par les éléments, réduite en taille, et elle réussit tout juste à tenir le coup. Mais j’attends toujours le jour où de partout elles pousseront simultanément et où le champ deviendra blanc pour la récolte. Une rêve utopique… peut-être.

Pendant des années, avec mes collègues agriculteurs de la région, j’ai travaillé le sol, planté nos semences et soigné les quelques résultats – tellement rares.

« Avez-vous pensé à changer vos méthodes ? » demande-t-on, et quelque chose en moi se noue. Bien sûr, j’ai lu, fait des recherches et remis en question mes techniques d’agriculture. Mais je reviens à des pratiques traditionnelles – préparer le sol, planter délicatement les semences, arroser, puis attendre… Il semble que je fasse beaucoup de cela. Non pas que je sois oisive, mais je ne semble jamais avoir une récolte égale à mon travail. J’attends donc le jour où je serai peut-être un meilleur agriculteur…

« Peut-être que le sol n’est pas bon », mais un mauvais sol ne produit pas de plantes saines – et il y en a quelques-unes dans mon champ, qui poussent à côté des taches brunes et craquelées de la terre.

« Peut-être que tu devrais cultiver dans un endroit différent, là où les choses poussent mieux ? » Je dois admettre que j’y ai pensé, mais bizarrement, j’aime bien être ici. Ça me convient. Et il y a longtemps, quand un homme plus âgé et plus sage s’est approché de moi et m’a dit: « Fils, tu ferais un bon agriculteur », il m’a dit de venir ici parce qu’il y avait du travail à faire.

Oh, parfois ça devient décourageant, quand je suis fatigué ou que je perds une plante fragile. Je dois dire que j’ai du mal à apprécier les nouvelles de récoltes foisonnantes ailleurs… mais je ne veux pas vraiment aller ailleurs. Je veux que CETTE parcelle donne une riche récolte.

Ce champ – que j’ai bêché et planté de mes propres mains… ce champ où j’ai passé tant de longues journées et quelques précieux moments de satisfaction à la fin d’un après-midi chaud, le soleil se couchant tranquillement sur mon petit champ particulier – ce champ est là où se trouve mon cœur.

Les moments les plus difficiles sont peut-être ceux où je me demande ce que le propriétaire des champs dira quand il sera temps de régler les comptes. Me demandera-t-il « Où est la récolte ? Qu’as-tu à montrer pour toi-même, Fermier? Pourquoi votre champ n’a pas produit comme les autres? » … Ou bien me demandera-t-il, « Fermier, as-tu cultivé? »

Louise Klawitter – 1993

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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