Le virus, le chrétien et la guérison

Dans le terrible contexte de la propagation du coronavirus sur la planète entière, la question de la maladie et de la guérison divine pèse inévitablement sur les pensées des chrétiens. Quel regard biblique porter sur ce thème ?

Il faut au moins le reconnaître. Charismatiques et non-charismatiques sont égaux devant le coronavirus. Quand la maladie frappe, la vraie, il y a la théorie de la guérison, et la réalité de la maladie, crue et violente pour tout le monde.

Je me garderai d’un moindre reproche aux frères de la Porte Ouverte, qui ont fait au mieux avec les informations dont ils disposaient. Comme nous tous partout en France. Ils sont devenus un bouc émissaire facile,[1] ce que nous devons dénoncer avec force. Je soutiens cette Église en ce temps de crise, même si nos théologies peuvent diverger sur certains points. Plusieurs de mes collègues ont souligné l’équilibre de leur perspective sur la maladie et la guérison. J’ai apprécié les mots humbles du pasteur[2] et je pense qu’on peut apprendre du zèle de l’Église à organiser des semaines de jeûne et prière. Notre Église a prié pour les victimes, et nous continuerons de le faire. Nous sommes solidaires en tristesse et en douleur. 

Cospiel, Bethel et Copeland

Ceci dit, force est de constater que le virus (et le Seigneur qui le permet) ignore nos confessions de foi divergentes sur la maladie et la santé. Il expose au grand jour nos présuppositions et réduit à néant les idéologies erronées de « la guérison par la foi… ou par la parole de guérison » ou de « la guérison est dans l’expiation » prônées par l’évangile de prospérité (consulter cet excellent essai et analyse du CNEF), et par les nombreuses Églises qui en s’en sont inspirées en tout ou partie.

Un collègue et ami charismatique me confiait qu’il estimait criminels les propos de Kenneth Copeland, qui demandait d’ignorer les symptômes du Coronavirus « au nom de Jésus », et de saisir par la foi (ou plutôt par une main sur l’écran de télévision et une autre sur le chéquier) la « guérison » qu’il réalisait. Dans notre monde francophone, Cospiel prêche que Jésus est mort pour nos maladies pour que soit totalement guéri « celui qui croit ». Le Coronavirus ? Rien à craindre – mais il faut dire qu’il enregistre la vidéo dans le confinement total d’une forêt canadienne !

Même Bethel, la « super église » remplie d’apôtres puissants, qui propose à des milliers de jeunes d’apprendre les ministères de puissance au sein de son École du Ministère Surnaturel … a dû fermer ses portes et passer à des cultes et des formations en ligne ! Comme quoi, il y a la théorie de la guérison… et la réalité de la contamination.

J’apprends avec consternation que le président de Tanzani, John Magufuli, considère Dieu comme une sorte de talisman protecteur naturel contre la maladie :

Le Président participait à une messe à Dodoma, la nouvelle capitale tanzanienne. Prenant publiquement la parole devant les fidèles, il leur a dit que le covid-19 était une création « de Satan » qui ne pouvait survivre dans le corps du Christ. Estimant que seule une intervention divine pouvait vaincre le virus, il a demandé aux Tanzaniens de se rendre dans les lieux de culte, alors que plusieurs pays ont interdit les rassemblements religieux pour limiter la contagion.


Source: La Libre Afrique.

Cet article a pour but :

  • De présenter brièvement ma position sur les miracles.
  • De comprendre ce que signifie « c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (És 53.5)
  • De comprendre à qui est conféré cette extraordinaire puissance : « voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru… » (Marc 16.17s)
  • De présenter un excellent petit livre d’Henry Bryant et Sylvia Evans, Maladie, guérison et accompagnement, la force des Écritures,Éditions Clé, 2014. Proposé gratuitement en eBook ce mois d’avril!

Oui, Dieu fait encore des miracles !

Avant de commencer, je veux souligner que je crois que Dieu réalise les miracles et les guérisons qu’il veut réaliser, comme il veut, quand il veut ! Le « cessationisme[3] » que je défends croit simplement ceci :

  • Jésus a nommé des apôtres qui avaient eux seuls (et non l’Église) l’autorité plénipotentiaire de réaliser des guérisons en son nom et directement (Mc 16.17s, Ac 5.12-16; 2 Co 12.12, Hé 2.3-4).
  • Dieu se plait à guérir qui il veut quand il veut notamment en réponse à la prière de tous (1 Jn 5.14-15) ou des anciens qui l’accompagne de l’onction d’huile (Jc 5.13-16). Pas par la médiation d’un homme ayant l’autorité d’agir « au nom de Jésus » c’est-à-dire en lieu et place de Jésus, ou par le mandat explicite et direct de Jésus.
  • Une guérison en réponse à la prière est toujours un miracle, mais de nature différente d’une guérison réalisée par le « commandement » d’une personne dûment mandatée pour cela.

« Guéris par ses meurtrissures » (cf. Ésaïe 53)

Ce texte est très largement utilisé pour dire que les chrétiens sont guéris ou doivent être guéris, parce que la guérison serait associée à l’expiation, à la croix du Christ. Il suffirait de s’approprier cette promesse par la foi[4]. Voici l’extrait pertinent de ce 4e chant du serviteur[5] qui annonce la venue et les prouesses du Messie :

4Certes ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; et nous, nous l’avons considéré comme atteint d’une plaie ; comme frappé par Dieu et humilié. 5Mais il était transpercé à cause de nos crimes, écrasés à cause de nos fautes ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.

Ésaïe 53.4-5

L’argument est le suivant : si Christ a porté nos souffrances, et si par ses meurtrissures nous sommes guéris, alors l’expiation du Christ accorde pardon et guérison. Si Christ a porté mes maladies, alors je n’ai pas à le faire. Est-ce une bonne lecture ? Aucunement.

  • Le terme « maladie » est utilisé par les livres prophétiques et poétiques pour décrire la maladie spirituelle, le péché, et notamment au début du livre d’Esaïe (És 1.5 ; Jér 6.7 ; Os 5.13).
  • Le mot « guérison » est d’amplitude assez large et s’applique à d’autres aspects que la guérison de maladies corporelles (1 Rois 18.30 pour décrire le rétablissement de l’autel, 2 Rois 2.21-22 pour l’assainissement des eaux, Psaume 41.4 pour décrire la guérison de l’âme et le soutien des faibles – voir aussi És 57.18, Ps 147.3, Jér 15.18 – et il s’applique souvent au pardon des péchés ou au rétablissement d’un peuple comme en És. 30.26, Jér. 6.14, Jér. 8.11, Jér. 51.8, Os. 7.1.
  • Pour nous pardonner, Christ est devenu péché pour nous (2 Cor 5.21). C’est pour cela qu’il peut me pardonner : il s’est substitué à moi, devenant péché pour moi, devenant malédiction pour moi (Gal 3.13-14). C’est la clé pour comprendre comment Dieu me pardonne : le jugement que j’aurais dû recevoir est tombé sur lui. Il s’est substitué à moi dans sa vie, sa mort à la croix, et dans sa résurrection. Ce qu’il a payé, ce sont mes nombreux péchés. Or cette substitution ne concerne que le péché – Jésus n’est pas devenu maladie à ma place ! Il n’est pas devenu « maladie pour nous ». Si la guérison faisait partie de l’expiation, alors toute personne malade se convertissant recevrait instantanément (1) le pardon et (2) la guérison. Même s’il avait le SIDA… Or ce n’est manifestement pas le cas.
  • La manière dont le N.T. cite ce passage montre que cette prophétie est un exposé chronologique du ministère du Christ. Pendant son périple terrestre, Jésus guérit et Matthieu cite Es 53.4 « c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé »: guérison physique et spirituelle sont associées à sa présence – et lorsqu’il reviendra, il ressuscitera les siens. Mais Pierre cite plutôt le verset 5 pour parler de l’expiation du péché: « c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. » Ce sacrifice est source de pardon, pas de guérison maintenant.

Même si c’est difficile à accepter, Dieu règne dans le domaine de la maladie, et la guérison n’est jamais présentée comme un dû.

  • « Qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle ? N’est-ce pas moi, l’Eternel ? » (Ex. 4.11).
  • « Maintenant donc, voyez que c’est moi, moi seul qui suis (Dieu), Et qu’il n’y a point d’(autres) dieux près de moi ; Moi je fais vivre et je fais mourir, Je blesse et je guéris, Et personne ne délivre de ma main » Deutéronome 32.39
  • Dieu a utilisé la maladie pour enseigner l’humilité à Paul (2 Cor. 12.7-10).
  • Paul a évangélisé la Galatie parce qu’une maladie l’a forcé à y séjourner (Gal. 4.13).
  • Paul évoque des collaborateurs qui sont tombés malades sans qu’une ombre de culpabilité repose sur eux (cf. 1 Tim. 5.23; 2 Tim. 4.20; Phil. 2.27).
  • Certes le péché peut entraîner le jugement de Dieu par la maladie (cf. 1 Cor. 11.30-32; Jean 5.14 ; Ps. 38.1-6, etc.), mais on ne peut en faire une loi. Certains rois d’Israël sont morts de maladie alors qu’ils étaient d’une piété exemplaire, quand d’autres, impies, n’ont pas été inquiété.

Ni Jésus, ni la croix, ne sont un talisman protecteur dans un monde marqué par la chute. Jésus vient secourir des pécheurs, et un jour, à la résurrection, nous serons libérés de nos corps malades. Mais ce n’est pas un dû. Un frère, théologien charismatique et un ami dont je respecte énormément l’érudition et la spiritualité, affirme à juste titre :

Je crois que la rédemption du corps appartient à l’accomplissement final du salut (Rm 8.23). De manière ultime, la mort de Jésus à la croix implique la victoire sur toutes les conséquences du péché, donc sur la maladie et la mort (És 53.4-5).

Toutefois, je réfute l’idée que l’accomplissement plein de l’œuvre de guérison de Jésus puisse être affirmée pour le temps présent : c’est une grave confusion du « pas encore » de la résurrection avec le « déjà » de la situation intermédiaire actuelle.

Je crois que nous pouvons demander la guérison à Dieu, comme signe – limité – de la rédemption finale. Non comme un dû, mais comme une grâce. 

Je souscris pleinement à sa perspective – et je sais que nous divergeons sur le point qui suit.

« Voici les signes … » (Marc 16.17s)

L’Évangile de Marc se termine sur un mandat spectaculaire[6] : « En mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris » (Marc 16.17-18). Sa réalisation dans le livre des Actes est à la hauteur de l’annonce de Marc 16. Jugez-en plutôt avec ces quelques exemples (c’est moi qui souligne) :

Actes 2.43 « La crainte s’emparait de chacun, et il se faisait beaucoup de prodiges et de signes par les apôtres ».

Actes 5.12–16 « 12 Beaucoup de signes et de prodiges se faisaient au milieu du peuple par les mains des apôtres. Ils se tenaient tous d’un commun accord au portique de Salomon, 13 et personne parmi les autres n’osait se joindre à eux ; mais le peuple les louait hautement. 14 Les multitudes d’hommes et de femmes qui croyaient au Seigneur augmentaient toujours plus. 15 On apportait les malades dans les rues et on les plaçait sur des litières et des grabats, afin que, lors du passage de Pierre, son ombre au moins puisse couvrir l’un d’eux. 16 La multitude accourait aussi des villes voisines de Jérusalem et apportait des malades et des gens tourmentés par des esprits impurs ; et tous étaient guéris ()

Actes 6.8 « Étienne, plein de grâce et de puissance, opérait de grands prodiges et des signes parmi le peuple. » Actes 8.7 « Car des esprits impurs sortaient de beaucoup de démoniaques, en criant d’une voix forte, et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris. »

Actes 19.11–12 : « 11 Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, 12 au point qu’on appliquait sur les malades des linges ou des étoffes qui avaient touché son corps ; alors les maladies les quittaient, et les esprits mauvais sortaient.

 Actes 28.8-9 :  « Le père de Publius était alité, en proie à la fièvre et à la dysenterie ; Paul entra chez lui, pria, lui imposa les mains et le guérit. Là-dessus, vinrent les autres malades de l’île, et ils furent guéris.

Pouvez-vous vous représenter ces scènes ? Ce serait comme si Paul entrait aujourd’hui dans un hôpital, et guérissait tous les malades. Ces guérisons n’avaient pas lieu dans une ambiance de louange et de ferveur, mais dans le contexte brutal, douloureux et impitoyable des sociétés antiques sans trop d’options médicales. Ces guérisons ne touchaient pas les « bobos » de nos maux de dos, ou de détresse intérieure, mais des handicaps profonds, communément reconnus…

Beaucoup se languissent de revoir ce temps. De revoir Dieu en action, en spectacle en quelque sorte – c’est un peu l’idée d’un signe : une action de Dieu qui interpelle, émerveille, et nous renvoie à une réalité supérieure, l’Évangile.

Alors, pourquoi ne voyons-nous plus ces signes ? l’Église a-t-elle pour mandat de guérir ? J’ai rédigé deux articles pour répondre à cette question accessible ici pour le premier… et ici pour le second. A lire pour bien comprendre Marc 16.

Bien comprendre la maladie et la guérison

Henry Bryant était un serviteur de Dieu remarquable. J’ai eu la joie de le rencontrer souvent dans le contexte des Éditions Clé. Aimable, serviable, il était rempli du fruit de l’Esprit, et on avait envie d’aimer Jésus davantage quand on commençait à parler avec lui. C’était un érudit – il lisait son NT grec comme vous et moi lisons la Bible en français courant ! – qui n’avait aucun embarras à passer des jours avec des moellons et des scies pour bâtir ou aménager des locaux pour l’œuvre de Dieu (bâtiments d’église, le FEU, Éditions Clé, etc.).

Dans le livre qu’il a co-écrit avec Sylvia Evans (infirmière formée aux soins palliatifs et qui traite plus spécifiquement de l’accompagnement des malades et de leur famille), Maladie, guérison et accompagnement, la force des Écritures,(Éditions Clé, 2014, gratuit ce mois d’Avril au format eBook), il souligne :

Un survol des épitres du Nouveau Testament met en évidence que la chose importante pour Dieu, ce n’est pas tant notre santé physique, mais notre état spirituel. Ce fait est confirmé par le peu de place accordée aux instructions concernant la maladie. Il n’y a que deux petits passages dans toutes les lettres où les auteurs donnent des consignes. Paul encourage Timothée à faire usage d’un peu de vin à cause de son estomac et de ses fréquentes indispositions (!) et Jacques en parle dans un texte que nous examinerons en détail plus loin. Par contre, Paul emploie souvent dans ces lettres les expressions la saine doctrine, les saines paroles, sains dans la foi. Cela ne veut nullement dire que Dieu ne s’intéresse pas à notre santé physique mais qu’il a plutôt d’autres priorités dans son plan d’amour pour nous (p. 41-42).

Ce livre est d’autant plus touchant que Henry l’a écrit alors qu’il luttait depuis 8 ans avec un cancer qui devait l’emporter. Un livre paisible, fondé sur la Bible. Je vous encourage vivement à développer une solide perspective sur le thème de la maladie et de la guérison, afin de ne pas laisser à des pensées déraisonnables prendre le dessus ou dicter des attentes irréalistes quant à ce que la Bible enseigne.


[1] Voir l’article diffusé sur France Inter, et celui sur La Vie pour des informations supplémentaires. La polémique est injuste. Si le foyer était parti d’un événement sportif, ou d’une colonie de vacances, personne ne l’aurait reproché aux amateurs de sport ni aux camps de jeunes.

[2] Voir son communiqué ici.

[3] Le cessationisme comprend que l’Esprit saint accorde certains dons spirituels à un moment et pour un moment de l’histoire de la rédemption, parce qu’ils sont nécessaires au développement de son œuvre à ce moment-là. Par exemple, le don d’artisan qu’a reçu Betsaleel (Ex 31.2s et 35.30), ou le don d’apôtre de Jésus Christ (cf. plus loin dans l’article). Le cessationisme ne dit pas que Dieu ne réalise plus de miracles…

[4] Les exemples sont trop nombreux pour être cités. Il vous suffit de chercher « guérison divine », « guérison par la foi » sur YouTube pour découvrir les promesses et les histoires les plus … surprenantes (restons sobres et mesurés !).

[5] Esaïe 42.1-9, 49.1-7, 50.4-11, 52.13-53.12.

[6] Sa présence dans l’Évangile original est douteuse. L’introduction au Nouveau Testament des éditions Emmaüs souligne « Tant l’évaluation du poids de l’attestation manuscrite que les considérations de caractère exégétique tendent donc à la même conclusion : Marc a mis un point final à son œuvre après 16.8. La conséquence suivante doit en être tirée : ce qui suit n’a aucune valeur canonique ; les finales sont des textes qui peuvent être intéressants pour l’étude du christianisme du deuxième siècle, mais qui ne sont pas revêtus de l’autorité des écrits apostoliques » F. Bassin, F. Horton, A. Kuen, Introduction au Nouveau Testament, Saint-Légier (Suisse) : Éditions Emmaüs, 1990, p. 219.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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