L’espérance et les douleurs du monde

Devant l’anxiété montante, avec le déferlement du Coronavirus, beaucoup s’interrogent sur le sens de cet événement. Comment rattacher cet événement au fil de l’histoire biblique ? Comment comprendre l’espoir de la Bible ?

Cet article est la première partie d’un chapitre d’un livre collectif rédigé lorsque beaucoup avaient peur de la fin du monde, soi-disant annoncée avec le calendrier Maya (intitulé 2012 : La fin? disponible gratuitement ici). Il a été légèrement retouché pour le contexte actuel. La seconde partie sera publiée la semaine prochaine et traitera des signes bibliques de la fin des temps.

L’historien Henri Irénée Marrou a bien perçu la vision chrétienne de l’histoire :

Comme sa religion mère le judaïsme, le christianisme est une religion historique, professant une intervention de Dieu dans l’histoire humaine, ce qui implique une valorisation positive du temps vécu : l’histoire est le mode de réalisation d’une « économie », d’un plan divin, destiné à promouvoir le salut.


Henri Irénée Marrou, « La théologie de l’histoire » Encyclopaedia Universalis, Paris, 1985, p. 375.

Autrement dit, Dieu s’intéresse à l’histoire : l’histoire du monde en général, et l’histoire de ma vie en particulier. Oui, la Bible parle d’un « sauvetage » de l’humanité, qui a lieu en deux étapes. Le premier, individuel, est en cours : chacun peut saisir la main que Dieu lui tend, parce qu’il est venu une première fois pour que nous puissions accéder à lui. Le second, collectif, est à venir : Dieu interviendra une seconde fois pour taire la guerre et la violence… un jour.

Le fil rouge de la Bible est simple : un monde créé parfait (3 pages au début de ce gros livre) qui se terminera dans une gloire parfaite (3 pages à la fin). Entre les deux, une gigantesque fresque humaine qui relate la marche difficile des hommes et le chemin que Dieu trace vers eux pour résoudre le problème du mal (plus de 1 600 pages). Les personnages dont la vie nous est relatée ne sont pas toujours des héros, et on n’aimerait pas vraiment vivre ce qu’ils ont vécu. Le peuple né d’Abraham n’est pas un peuple parfait dont on pourrait vanter les exploits. En filigrane, on perçoit que le seul véritable héros, c’est un Dieu personnel qui vient au secours de personnes qui reconnaissent qu’elles ont besoin de lui. Un Dieu qui aime des gens peu aimables, et qui leur propose inlassablement une espérance.

« Au commencement, Dieu créa… »

La Bible s’ouvre sur un récit de la création[i] en deux courts chapitres. Nous venons d’un premier paradis, caractérisé par une juste relation des êtres humains avec Dieu, entre eux, et avec la nature. Les hommes pouvaient profiter de l’ensemble de cette création. Sauf s’ils prenaient du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Beaucoup d’encre a coulé pour suggérer ce qu’était vraiment cet arbre (symbole de sexualité[ii], ou de connaissance philosophique[iii], etc.). Mais l’idée est toute simple. Il est l’arbre qui devait distinguer et révéler la volonté de bien ou de mal d’Adam et Ève. Choisir le bien, c’était se « contenter » de l’abondance, c’était user de l’arbre de la vie avec reconnaissance. Choisir le mal, c’était rejeter les limites de ce jardin, et désobéir. Luc Godet commente ainsi ce choix :

Si l’homme obéissait, il apprenait à connaître le bien par expérience et le mal par la vue du danger auquel il avait échappé, de même que du haut d’une cime on mesure la profondeur de l’abîme où l’on aurait pu tomber ; s’il désobéissait au contraire, il apprenait à connaître le mal par expérience et le bien comme un bonheur perdu, ainsi que du fond de l’abîme on mesure du regard la hauteur de la cime à laquelle on devait parvenir.


Frédéric Godet, La Bible Annotée, La Bible Online Premium 2011 (DVD des Éditions Clé), sur Genèse 2.9.

Devinez ce qui s’est passé ?! L’homme a pris son indépendance. Il a choisi de décider pour lui-même ce qui serait bien et ce qui serait mal. Il est expulsé du jardin d’Éden…

« Je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre »

La Bible se termine sur une description du paradis futur. Très brève, il n’est décrit qu’en deux chapitres. Ce sont les trois dernières pages de l’Apocalypse. Il est question d’un monde nouveau, qui ressemble en partie au nôtre. On y trouve des montagnes, des fleuves, des villes, des civilisations… Mais avec deux changements majeurs.

Le premier, c’est que Dieu est au milieu de son peuple. Aujourd’hui, personne ne voit Dieu – et ceux qui le prétendent sont dangereux ou fous ! Un écran épais et impénétrable nous sépare de lui. La Bible dit que notre moralité défaillante en est la cause. L’apôtre Paul affirme en effet que « tous ont péché, en effet, et sont privés de la glorieuse présence de Dieu » (la Bible, Romains 3.23). Nous croyons en un Créateur[v] parce qu’il a laissé des traces de son œuvre : la beauté, l’intuition du bien et du mal, la complexité coordonnée du corps humain, de l’univers, etc. Mais il reste en dehors de l’expérience de la vue. Personne ne voit Dieu. Mais lorsque le plan de sauvetage sera achevé, Dieu lui-même sera avec les hommes. Mieux, « Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus et il n’y aura plus ni deuil, ni plainte, ni souffrance. Car ce qui était autrefois a définitivement disparu ».


La Bible, Apocalypse 21.4

Et c’est la seconde différence. Le mal n’existera plus. Aucune violence, aucune souffrance. Une vie éternelle, jamais altérée par la mort. En cela, cet ultime paradis est difficile à imaginer : vivre éternellement, dans un univers pacifié, avec l’ensemble des sauvés, sans qu’il y en ait qui se plaignent ou d’autres qui se battent ! C’est une belle espérance, mais teintée d’inquiétude. Pour que ce monde à venir soit parfait, il faut en exclure tout ce qui pourrait le corrompre. Ayant dépassé la quarantaine, je mesure trop le poids de l’égoïsme qui m’habite. Je suis celui qui tacherait ce monde si j’y entrais ! Et qui pourrait y entrer sans craindre ce même effet ? La Bible ne laisse pas trop d’espoir :

Heureux ceux qui lavent leurs vêtements. Ils auront le droit de manger du fruit de l’arbre de vie et de franchir les portes de la ville. Mais dehors les hommes ignobles, ceux qui pratiquent la magie, les débauchés, les meurtriers, ceux qui adorent des idoles et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge.


La Bible, Apocalypse 22.14-15

Je dois avouer que j’appartiens à ces gens à qui Dieu dirait « dehors ! » Que faire ? Nous allons parcourir en cinq minutes le message central de la Bible.

Le plan de Dieu

Dieu se révèle à Abraham (env. 2000 av. J.-C.) pour lui faire une promesse aux multiples contours. Notamment, qu’il naîtrait de sa descendance un homme qui ferait la joie de toutes les nations. Dieu se révèle à Moïse (env. 1500 av. J.-C.) pour lui donner des lois et l’orienter dans un culte fait d’offrandes et de sacrifices d’animaux : chaque péché, chaque impureté rituelle trouvent une réponse soit dans la mort du coupable, soit dans la mort d’un animal. Religion difficile qui montre sans cesse notre incapacité à « tenir » devant Dieu. C’est une mauvaise nouvelle, révélatrice d’un problème majeur entre Dieu et les hommes ! Mais c’est aussi une préparation nécessaire pour une excellente nouvelle…

Dieu suscite David, premier grand roi d’Israël (env. 1000 av. J.-C.). Mais le voilà qui s’amourache d’une femme mariée et fait tuer son mari pour l’épouser. Pas bien. Il en prend conscience et réalise qu’aucun sacrifice ne pourra apaiser Dieu (Psaumes 32 et 51). Son seul salut est le pardon d’un Dieu aimant. Image forte qui annonce que Dieu peut pardonner… même aux pires d’entre nous. Notons aussi que Dieu reprend la promesse faite à Abraham, la précise et l’applique à David : un de ses descendants à venir sera le Roi, l’espérance promise…

Mais les rois qui suivent sont rarement de qualité. Dieu envoie des prophètes pour tenter de réveiller la spiritualité du peuple. Rien n’y fait. Les prophètes annoncent un jour où Dieu viendra, personnellement, résoudre le problème du mal. Il le fera en deux étapes. Il existe des centaines d’allusions à la venue du Roi-Messie avant qu’il n’arrive, dont plusieurs dizaines sont d’une précision hallucinante[vi]. Ce qui fait dire à Pascal :

Quand un seul homme aurait fait un livre des prédictions de Jésus-Christ, pour le temps et pour la manière, et que Jésus-Christ serait venu conformément à ces prophéties, ce serait une force infinie. Mais il y a bien plus ici, c’est une suite d’hommes, durant 4 000 ans, qui, constamment et sans variation, viennent, l’un ensuite de l’autre, prédire ce même événement. C’est un peuple tout entier qui l’annonce, et qui subsiste depuis 4 000 ans, pour rendre témoignage des assurances qu’ils en ont, et dont ils ne peuvent être divertis par quelques menaces et persécutions qu’on leur fasse : ceci est autrement considérable.


Pascal, Blaise, Pensées, Éditions Léon Brunschvicg, 1897, fragment n°710. L’e-book intégral est accessible ici.

Avec les prophéties, la Bible porte comme une signature de son inspiration divine. Et si les premières promesses se sont réalisées en Christ, celles pour l’avenir se réaliseront aussi.

1re étape : résoudre le problème du mal individuel

Avec la première étape, Dieu résout le problème de la culpabilité des hommes, une fois pour toutes. Huit siècles avant que Jésus ne vienne, le prophète Ésaïe écrit :

Mais c’est pour nos péchés qu’il a été percé, c’est pour nos fautes qu’il a été brisé. Le châtiment qui nous donne la paix est retombé sur lui et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants, pareils à des brebis, chacun de nous allait par son propre chemin : l’Éternel a fait retomber sur lui les fautes de nous tous.


La Bible, Ésaïe 53.5-6

Ce texte annonce Jésus-Christ mourant sur la croix – des siècles avant que les Romains n’inventent ce terrible supplice. Alors que les ténèbres descendent sur la scène de la crucifixion, se produit une transaction extraordinaire. Dieu le Père place sur les épaules de Jésus, Dieu le Fils, le jugement mérité par l’ensemble des fautes de tous les hommes. Jésus devient l’agneau préfiguré par les sacrifices du temps de Moïse. Un pasteur explique ainsi l’événement :

Pendant les ténèbres, le Père a longuement regardé au Fils. Chacun savait pleinement ce que l’autre faisait pendant ce deuxième aspect unique de la coupe que le Père demandait au Fils de boire. N’était-il pas normal que son aspect ne soit plus celui de l’homme, qu’il soit difforme au-delà de tous les fils d’Adam qui l’ont précédé (Ésaïe 52.14) ? Comment en serait-il autrement ?

Pendant trois heures – la colère divine épanchée et acceptée par le Seul capable de la recevoir.
Pendant trois heures – la soumission silencieuse et volontaire de l’Agneau de Dieu, le Serviteur de Yahvé. 
Pendant trois heures – Jésus a payé la plénitude des péchés passés, présents et futurs.
Pendant trois heures – le Père a frappé le Fils de toute la colère que Lui seul pouvait manifester.

Et puis soudain – il s’est arrêté.


Greg Harris, The Darkness and the Glory, Kress, 2008, p. 96-97.

Toutes les religions et toutes les spiritualités cherchent à compenser le mal des hommes. Les notions de karma, de bonnes œuvres, de souffrance expiatoire, de jeûne ou de prières pour obtenir un salut de Dieu, supposent qu’on peut gagner le paradis perdu en s’améliorant ou en compensant le mal par le bien. Le christianisme biblique est le seul à dire que c’est impossible. Notre mal est trop profond, et Dieu est trop saint. Mais parce qu’il nous aime, il fait que la condamnation tombe sur quelqu’un d’autre. Encore mieux : nous remettons à Dieu notre crasse et notre culpabilité – il en a payé le prix à la croix – et à la place, il nous revêt de pardon et de justice. N’est-ce pas ce que nous lisions sur le paradis à venir ?

Heureux ceux qui lavent leurs vêtements. Ils auront le droit de manger du fruit de l’arbre de vie et de franchir les portes de la ville. Mais dehors les hommes ignobles, ceux qui pratiquent la magie, les débauchés, les meurtriers, ceux qui adorent des idoles et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge.


La Bible, Apocalypse 22.14-15

Nous pouvons laver nos habits ! L’image d’un vêtement sale convient à merveille pour décrire nos manquements. Je suis taché. Je suis de ceux qui ont aimé le mensonge – et bien d’autres choses de cette liste. Mais un jour, j’ai compris ce qu’était l’Évangile, et je l’ai trouvé libérateur. Reprenons le verset cité en début de chapitre, qui nous condamne en apparence, et lisons la suite :

Tous ont péché, en effet, et sont privés de la glorieuse présence de Dieu, et ils sont déclarés justes par sa grâce ; c’est un don que Dieu leur fait par le moyen de la délivrance apportée par Jésus-Christ. C’est lui que Dieu a offert comme une victime destinée à expier les péchés, pour ceux qui croient en son sacrifice.


La Bible, Romains 3.23-25

Voilà la bonne nouvelle ! Le mal – le mien – a été résolu à la croix. Il m’appartient de saisir ce salut. Il m’appartient de recevoir cette délivrance offerte en Jésus. Par la foi. C’est par l’aveu de ma faillite, et la confiance en ce que Christ a réalisé pour moi, que je suis réconcilié avec Dieu.

2e étape : résoudre le problème du mal collectif

Mes amis me disent parfois : « si Dieu existait, il ferait cesser les guerres, la souffrance, le mal… » Ma réponse est invariable. Heureusement qu’il ne le fait pas ! Parce que le jour où il le fera, il sifflera l’arrêt du match – pour tout le monde. Il arrêtera autant le dictateur que le menteur. Le tueur comme l’orgueilleux. C’est exactement cela la fin du monde : Dieu fera cesser le mal – tout mal, quelle qu’en soit la forme.

Je réponds donc à mes amis que Dieu est drôlement patient ; il leur donne plus de temps pour répondre à son amour, ce qui nous renvoie à la première étape ! Parce que le jour où Dieu fera cesser le mal définitivement, ce sera le temps du passage à la nouvelle terre. Comme le dit l’apôtre Pierre : « Le Seigneur n’est pas en retard dans l’accomplissement de sa promesse, comme certains se l’imaginent, il fait simplement preuve de patience à votre égard, car il ne veut pas qu’un seul périsse. Il voudrait, au contraire, que tous parviennent à se convertir » (la Bible, 2 Pierre 3.9).

De nombreuses prophéties de la Bible annoncent que Dieu interviendra un jour dans l’histoire des hommes. Avant de les quitter, Jésus dit à ses disciples : « Je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que vous soyez, vous aussi, là où je suis » (Jean 14.3). Toute lecture sérieuse de la Bible révèlera que « la foi chrétienne est animée par une espérance eschatologique : l’attente du Jour du Seigneur, du retour glorieux du Christ qui marquera la fin des temps, la fin de l’histoire[ix]. » Le Nouveau Testament (la deuxième partie de la Bible) parle longuement de cet événement futur, où Dieu viendra instaurer son règne[x].

Ce sera l’objet du prochain article. Les signes annonciateurs d’un monde nouveau. En attendant, j’espère que cela vous convie à étudier et apprécier l’espérance que Dieu offre en la personne de son Fils Jésus-Christ.


[i] Je m’intéresse ici à ce que la Bible dit sans chercher à le démontrer. Pour une approche abordable de la notion de création, cf. Henry Bryant, Au commencement, Dieu ? Éditions Clé, 2000.

[ii] Partout dans la Bible, la sexualité est célébrée comme le plaisir légitime du couple marié. C’est un cadeau de Dieu qui n’a rien à voir avec cet arbre ! Cf. Genèse 2.24, 26.8-9, Deutéronome 24.5, Proverbes 5.18-19, 1 Corinthiens 7. 3-5, etc.

[iii] Beaucoup se plaisent à croire que la Bible s’oppose à la connaissance, et que ce serait précisément la tentation du jardin d’Éden : il aurait fallu choisir entre la foi naïve et la connaissance. Notre texte précise bien qu’il s’agit de la connaissance du bien et du mal. L’autonomie morale est visée.

[v] Le meilleur livre sur l’existence de Dieu est celui de Timothy Keller, La raison est pour Dieu, Éditions Clé, 2010.

[vi] Robert Schroeder recense et analyse les multiples prophéties annonçant la venue du Christ, Le Messie de la Bible, Emeth, 2010.

[ix] Henri Irénée Marrou, op. cit., p. 376.

[x] Les passages les plus développés sont Matthieu 24 et 25 ; 1 Corinthiens 15 ; 1 Thessaloniciens 4 ; 2 Thessaloniciens 2 ; 2 Pierre 3. Et bien sûr l’Apocalypse, qui reste un livre difficile à comprendre !

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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