Est-ce que le mal que je fais peut être la volonté de Dieu afin de punir quelqu’un ?

L’épisode 40 aborde la question suivante : « Si je fais du mal à quelqu’un est-ce que cela peut être la volonté de Dieu qui souhaite punir quelqu’un à travers moi ? ». Florent Varak y répond en relevant 2 enseignements sur la volonté de Dieu pour les chrétiens face au mal. Il continue en expliquant le processus de justice dans la Bible puis termine en abordant 2 exemples des Écritures qui nous montrent que la souveraineté de Dieu est compatible avec la responsabilité de l’Homme.

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Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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10 thoughts on “Est-ce que le mal que je fais peut être la volonté de Dieu afin de punir quelqu’un ?

  1. miatchik dit :

    sauf mon respect, la réponse du pasteur évite ici (intentionnellement?) toute une dimension de la spiritualité qui va bien au-delà des considérations strictement « chrétiennes », et il est assez facile de subodorer du reste vers où pointe la question, ou plus précisément d’où part l’intention de soulever une telle question.

    en gros, ce que la question semble sous-entendre, c’est: est-il légitime, dans le contexte de la pensée chrétienne, de penser dans les termes de la philosophie hindouiste (ou plus précisément « vaïshnava ») et de dire qu’à travers mon (mauvais) karma Dieu se sert de moi pour infliger des punitions à ceux qui m’entourent?

    dans la philosophie hindoue, le karma est le résultat de mes actions (bonnes ou mauvaises) passées (dans cette vie ou dans les précédentes). l’âme que nous sommes est partie d’un organisme où tout interagit avec (ou contre) tout, où tous interagissent avec (ou contre) tous. ainsi, si je blesse quelqu’un, par exemple, je plante une « graine de mauvais karma » et je devrai en payer le prix éventuellement, dans cette vie ou dans une autre. logiquement, la personne ainsi blessée (par moi) se trouve de son côté à payer le prix d’une action passée qu’elle aurait commise (toujours: dans cette vie ou dans une autre). ainsi, la roue du karma est un engrenage très complexe mais d’une rigueur inébranlable: je fais quelque chose (positif ou négatif) =­ je reçois. même chose si quelqu’un me blesse: Dieu se sert de cette personne pour m’infliger une punition.

    c’est pourquoi la philosophie hindouiste préconise une vie « a-karma », c’est-à-dire une vie où l’âme consacrerait son existence à Dieu afin de minimiser au maximum la « création de karma » (positif comme négatif), et ainsi, ultimement, briser la roue du sanskara ou le cycle des réincarnations.

    il me semble assez évident que la question posée induisait une comparaison entre le « traitement du mal que je fais » dans le contexte du christianisme, et « le traitement du mal que je fais » dans le contexte hindoue.

    or, le pasteur ne fait que répondre comme s’il s’agissait uniquement d’une intention que j’aurais de faire le mal en passant par le prétexte de la punition divine. ce qui est très réducteur.

    1. Etienne Omnès dit :

      Pour être honnête, le parallèle ne paraît évident que si l’on est familier avec la philosophie hindoue. Peut-être celui/celle qui a posé la question pense au même parallèle que vous, mais pour ma part, j’aurais répondu le même genre de choses que F. Varak (avec moins de talent bien entendu).

      Pardonnez moi si je comprends mal la notion de Karma, mais ce que vous décrivez relève du mécanisme d’équilibrage: si un tel penche trop à gauche, il faut lui donner un bon coup de volant à droite. C’est une idée très élégante je le reconnais, mais je pense que la justice de Dieu et son administration ne sont pas de l’ordre du rééquilibrage moral, mais du redressement de tout mal et du triomphe de tout bien.

      Dans la pensée hindoue, il est possible de dire un mal à droite = un bien à gauche, ou encore de dire que la chute de l’empire babylonien compense la chute des autres empires. Mais dans la pensée chrétienne, Dieu est moralement pur, pas moralement neutre.

      Cela veut dire que Dieu ne recherche pas la neutralité morale, il cherche le bien maximal. Aucun mal ne peut compenser un autre mal, au contraire: les deux s’additionnent et s’accumulent, et seront punis tous les deux au même titre.

      Voilà pourquoi la Bible nous enseigne à aimer nos ennemis: pas parce qu’il faut « compenser » le mal et atteindre une sorte de somme morale nulle, mais parce qu’en fin de compte le Mal sera vaincu et le Bien seul vainqueur.

      Cette notion fait-elle sens pour vous? Me suis-je bien exprimé?

      1. Florent Varak dit :

        Merci Etienne.

      2. miatchik dit :

        je comprends en gros ce que vous voulez dire, mais je crois que c’est moi qui me suis mal exprimé en expliquant la nature du « bien » dans le contexte hindoue et dans cette philosophie où la notion de karma est si importante.

        pour essayer de faire court et clair (difficile!), je dirais tout d’abord qu’il ne faut pas confondre bouddhisme et hindouisme. le but de sortir du cycle des réincarnations n’est pas d’arriver à un état nul ou neutre, mais de faire toute la place à l’amour de Dieu (ou de Krishna) en se débarrassant des « affections terrestres » ou matérialistes (les notions de bien et de mal étant considérées comme « trop humaines » dans cette philosophie). c’est à la limite très eckhartien comme démarche intérieure. il faut ainsi atteindre un état où on devient un véhicule pur de cet amour qu’est, que représente et qu’inspire Dieu en se pénétrant de sa parole dans chaque aspect de notre vie quotidienne. le corps, les actions, toute la dimension physique de notre existence doit donc être dédié à atteindre cet état de pureté. mais cela a un prix, et c’est seulement après s’être « racheté » de toutes nos actions passées (bonnes ou mauvaises) et après s’être purifié de toute idée d’orgueil (nécessairement accumulé, même inconsciemment, par les « bonnes actions » que nous avons posées) ou de culpabilité, passions et affections de toutes sortes que nous serons en mesure de faire place à cet état tant convoité et qui exclu même le « karma ». un sadhu n’a aucun karma, il vit la parole de Dieu et dans la parole de Dieu, qui est situé au-delà des notions de bien et de mal, dans l’amour pur. voilà…

        encore une fois, je ne sais pas si je me suis bien exprimé.

        c’est pourquoi la capsule du pasteur Varak m’a tellement intéressé. tout d’abord, quoique né dans la tradition catholique, je me considère comme un débutant dans mon parcours de chrétien. après avoir fait 5 ans de philosophie hindouiste, j’ai décidé que le christianisme correspondait mieux à mon « état intérieur » ou à l' »humeur de mon coeur », et c’est pourquoi je maîtrise encore mal quelques concepts. je me pose des questions toutes bêtes, par exemple: « pourquoi souffrons-nous? », « pourquoi nous fait-on souffrir? », « quel sens donner à une mauvaise naissance? », « comment vivre l’injustice », etc., et j’ai encore du mal à trouver les réponses dans les textes chrétiens…

        l’idée d’un rééquilibrage que vous lisez dans le système hindouiste est exacte mais ce qui vous semble un bête « effet de balancier » est à considérer comme un phénomène bien logique d’action-réaction: si je fais cela, ça aura des conséquences. mais attention: le mal que je fais ne devient pas un « bien » juste parce que c’est la volonté de Dieu (parce qu’il a d’autres plans, par exemple: en punir un autre). en revanche, si je m’attache au bien que je peux faire, je m’enorgueillirai tant que je retomberai dans la dimension matérialiste de la vie. le mieux étant de m’attacher à faire la volonté de Dieu sans m’attarder aux résultats (positifs). ce n’est pas « neutre » comme position, c’est s’aligner dans le sens de l’amour divin, devenir un véhicule de cet amour.

        je parle beaucoup, pardonnez-moi. mais sur ce sujet je trouve la philosophie hindouiste (vaïshnaviste) si claire, si logique et si pratique, que les idées chrétiennes me déroutent. surtout l’idée selon laquelle Jésus aurait racheté mes péchés sur la croix… cela pour moi semble trop… facile, je ne sais pas et j’ai un peu de mal à la comprendre. davantage d’études serait préférable avant d’intervenir sur des plateformes comme celle-ci je suppose…

        toutes mes excuses si j’ai bousculé certaines sensibilités. mon intention n’était surtout pas de provoquer. j’ai vraisemblablement interprété un peu trop vite et vu des sous-entendus là où il n’y en avait pas… par habitude ou par déformation de la sensibilité.

        mille merci de votre réponse en tout cas.

        1. Etienne Omnès dit :

          Non, ne vous excusez surtout pas, vous n’avez rien fait de mal! Nous avons tous des habitudes et des déformations de la pensée: le christianisme est difficile à comprendre et ce même quand vous êtes né dans une famille chrétienne comme moi! Il ne devient évident que lorsqu’on a abondamment labouré et macéré dans l’idée, que notre esprit a pris de nouvelles habitudes de raisonnements, et c’est justement ce que vous cherchez à acquérir. De ceci je me réjouis!

          Je reconnais aussi ne pas en savoir assez sur la philosophie hindoue pour vous aider plus clairement. Pour mieux vous faire comprendre le point d’arrivée (la croix de Jésus) j’aurais besoin de mieux connaître votre point de départ, or je n’ai jamais été exposé aux idées hindoues. Cependant, je pense que Florent Varak est beaucoup plus compétent que moi dessus, et il sera très surement un bon contact pour toutes vos questions.

          Par contre il y a une chose que je peux faire: c’est prier pour que la compréhension vous soit accordée, et que le travail qui a été commencé en vous aille jusqu’au bout. Et je le ferais.

          Que le Seigneur vous bénisse

          1. miatchik dit :

            merci encore une fois pour votre réaction. je suis également né dans une famille chrétienne. n’ayant jamais été « croyant », j’ai simplement décidé un jour d’adopter la culture et la philosophie védiques, plus précisément la philosophie vaïshnava, pour quelques années plus tard comprendre qu’intérieurement j’étais plus chrétien, que ma sensibilité était résolument chrétienne. mais certains éléments de la pensée védiques sont demeurés en moi et mon retour à la chrétienté me donne du fil à retordre.

            mais le problème quand on parle d’hindouisme, c’est les sources. il y a tant de livres, tant de nuances, tant de courants, qu’il est extrêmement facile de s’y perdre. en même temps, et par voie de conséquence, il est extrêmement facile de justifier tout et n’importe quoi quand on présente des argumentations pour ou contre certains concepts de cette philosophie. pour ma part, je me base sur les textes traduits par A. C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada (Bhagavad Gita, Srimad Bhagavatam, essentiellement) et sur les concept qu’il expose.

            pour boucler un peu la boucle, je dirai après le parcours que j’ai traversé, que je ne me réclame d’aucune confession, dans le sens où je sens que la vérité religieuse, l’essentiel du message divin se situe au carrefour des grandes religions et que chaque tradition ou culture religieuse contient un aspect du « dénominateur commun » spirituel qui donne la voie vers Dieu, qui suggère à l’homme le divin et qui prouve la nécessité de croire.

    2. Florent Varak dit :

      Merci pour votre commentaire. Merci d’avoir pris le temps d’écouter et de réfléchir à ces questions.
      Je suis né dans une famille passionnée de spiritualité orientale et abreuvée de notion de karma et de réincarnation (à l’occidental). J’ai peu évoquer le sujet dans une conférence tenue à Lille. Vous pourrez peut être apprécier comment ma perspective a changé. http://toutpoursagloire.com/conference-sur-la-reincarnation-florent-varak/.
      Le premier livre que j’ai écrit, et qui date maintenant (le temps passe, n’est-ce pas?!) porte sur ce sujet. https://www.amazon.fr/réincarnation-Examen-arguments-perspective-biblique/dp/2906090115.

      Ce qui m’a bouleversé / renouvelé c’est que je n’avais pas besoin de porter le moindre karma, la moindre dette – Jésus l’avait fait pleinement pour moi, à ma place, pour me faire profiter pleinement de son pardon. La personne du Christ est à découvrir. Si vous vouliez que je vous envoie un Nouveau Testament (la seconde partie de la Bible) je serai heureux de vous la faire parvenir. Il n’y aura pas de suite, bien sûr. Je vous laisserai mon mail et vous pourrez, en privé, m’envoyer votre adresse. Bien cordialement,

      1. miatchik dit :

        M. Varak, merci pour votre réponse. je lirai sans faute l’article que vous m’avez indiqué, et j’avoue en avoir encore beaucoup à apprendre sur les nuances de la pensée chrétienne sur bien des sujets. je m’y efforce à tous les jours depuis presque un an maintenant. j’ai lu au moins une bonne fois le nouveau testament, les évangiles, et je m’attelle aux pères de l’église et à approfondir la pensée des premiers chrétiens. je devrai macérer encore plusieurs années dans ces textes, je le comprends bien…

        je suis très conscient d’être intervenu un peu brusquement sur ce post. mon intention n’était pas de critiquer, mais d’exprimer une déception, peut-être, de voir qu’à une question que je considérais comme fondamentale, vous n’apportiez qu’un aspect, selon moi, de la réponse (soit: ne pense pas que tu puisses te servir du bras punitif de Dieu pour justifier tes mauvais gestes, ou quelque chose du même type), alors que je m’attendais plutôt à ce que vous examiniez le pourquoi derrière le mal que je fais: pourquoi je fais le mal ou plutôt: si Dieu est amour et n’est qu’amour, quel est son implication dans le mal que je fais aux autres? se pourrait-il qu’il fasse « servir » ce mal que je fais pour punir une autre personne? ce qui s’inscrit parfaitement dans la conception du karma hindouiste, il me semble. de toute évidence, votre podcast aurait dû être l’occasion pour moi de me replonger plus avant dans les textes que je lis déjà et non d’intervenir comme ça un peu comme un chien dans un jeu de quille…

        bref, la question demeure en effet fascinante et je suis allé un peu trop vite dans ma réaction. je vous prie de m’en excuser.

        1. Florent Varak dit :

          Il n’y aucun problème. C’est super de pouvoir discuter de ces questions si importantes. Le podcast le plus complet sur les notions essentielles du Christianisme serait celui ci: http://toutpoursagloire.com/obtenir-salut-role-joue-grace-partie-1-2/. 20 minutes pour comprendre l’essentiel ! Sinon, je suis en partance pour 2 semaines de vacances et je ne suis pas sûr d’avoir de connexion internet solide. Je vous propose de continuer, si vous le souhaitez, par mail personnel: fvarak @ gmail (je ne mets pas l’extension pour éviter le repiquage des moteurs de recherche de mail et il faut supprimer les espaces). Je pourrai vous répondre avec plaisir à partir du 16 août. Bien cordialement.

      2. miatchik dit :

        d’ailleurs, je suis bien conscient que ma conception de l’idée de réincarnation est basée non sur une argumentation scientifique (hypothèse – recherche de preuves – démonstration) mais sur un sentiment qui me pousse à conclure que c’est une notion qui me pousse toujours « en avant »: l’espoir que crée en moi cette idée qu’on a toujours une nouvelle chance de se rapprocher de Dieu me donne des forces, m’inspire et m’amène à poser des gestes conscients, concrets, à faire toujours plus dans cette direction. voilà. c’est sans doute une faiblesse et vos conférences me feront sans doute énormément réfléchir.

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