Est-ce que le mal que je fais peut être la volonté de Dieu afin de punir quelqu’un ? (Épisode 40)

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Transcription :

« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont mises à disposition mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. N’hésitez cependant pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Merci d’avance. »

La question est posée : si je fais du mal à quelqu’un, est-ce que cela peut être la volonté de Dieu qui souhaite punir cette personne à travers moi ?

La question est fascinante, merci de l’avoir posée. En fait, je ne sais pas comment la traiter parce qu’elle a beaucoup de facettes. Je ne sais pas non plus dans quelle perspective elle est posée, c’est-à-dire, est-ce que c’est déjà quelque chose qui est fait, est-ce que c’est quelque chose que tu envisages de faire, ou bien est-ce que plutôt, tu es victime de quelque chose, ou est-ce que tu es témoin de cela, ce qui me permet peut-être plus librement de répondre de façon très générale et c’est probablement mieux ainsi. Pour répondre de façon assez brève, NON on ne peut pas faire le mal à quelqu’un en se pensant justicier de la vengeance ou de la volonté punitive de Dieu. On va regarder quelques textes.

Première chose : l’intentionnalité de faire du mal pour du mal est impossible. Tu ne peux pas avoir, au regard de l’Ecriture, cette volonté de répondre au mal que tu subis par le mal.

Romains 12. 17-21 dit la chose suivante : « Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-même, bien-aimés, mais laissez agir la colère ; car il est écrit : A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête. Ne sois pas vaincu par le mal, mais vainqueur du mal par le bien. »

Ce texte est limpide par rapport à la question qui nous est adressée.

Premièrement, la prescription, la volonté de Dieu, c’est de ne pas rendre le mal pour le mal. On ne pourra jamais se dire « Tiens, il m’a fait ce mal, donc je vais faire ce mal-là pour lui rendre la pareille », ce n’est pas une possibilité d’un disciple authentique de Christ.

Deuxième remarque que je ferais dans ce texte : je dois même aller au-delà, je dois chercher le bien de mes ennemis et je te concède que c’est super difficile ; quand il y a des gens qui nous ont fait du mal, c’est difficile de se réveiller sans y penser, c’est difficile de s’endormir sans y penser, qu’il y ait une démarche probablement de pardon à avoir dans son cœur vis-à-vis d’eux parce que c’est quelque chose qui peut vraiment empoisonner la vie. Mais Dieu nous demande d’aller au-delà et de chercher le bien des relations qui sont difficiles. On doit même tout faire pour être en paix avec tous les hommes, tout faire de ce qui est de notre ressort, de notre possible. Ce n’est pas toujours possible : il y a des personnes qui rejettent cette volonté-là, mais au moins il faut qu’on fasse ce qu’on peut pour essayer de maintenir une certaine paix.

Explicitement de nouveau au verset 19, nous ne pouvons pas nous venger nous-mêmes, mais laisser agir la colère. Laquelle colère ? Celle de Dieu.

Ce qui me conduit à réfléchir sur le processus de justice. Dans l’Ecriture, lorsque quelqu’un nous fait du mal :

  •  Si c’est quelqu’un de l’église…, Jésus a institué en Matthieu 18 un processus par lequel je puis essayer de résoudre la question. Il nous est dit : « Si ton frère a péché, va et reprends-le seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère ». La question est réglée. « Mais, s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l’affaire se règle sur la parole de deux ou trois témoins. » Et les deux ou trois témoins ont l’avantage de pouvoir être des juges plus distants. Ils peuvent réfléchir : soit c’est l’un qui fait du cinéma, soit c’est l’autre qui vraiment a été offensé ; ils peuvent juger de la situation. Et là encore l’idée c’est qu’un conseil puisse être verbalisé, donné, et que le conflit puisse être résolu. « S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Eglise ; et s’il refuse aussi d’écouter l’Eglise, qu’il soit pour toi comme un païen et un péager. » C’est-à-dire qu’on exclut l’individu qui a fait du mal de la communauté des croyants. Alors on ne le déteste pas, on l’aime, mais néanmoins, il y a un processus de jugement, un jugement qui peut être difficile parfois à vivre si on aime Jésus-Christ, si on aime l’Eglise, ce sont des choses sérieuses. Et Jésus enchaîne : « Lorsque deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Ce n’est pas une promesse de sa présence pour les réunions de prière où il n’y a personne, c’est une promesse de sa présence lorsque deux ou trois témoins disent « Tu as péché et nous t’excluons de l’église ». C’est donc une perspective assez solennelle à avoir sur ce processus de discipline au sein de l’église. Donc la justice de Dieu est véhiculée par des institutions : l’église lorsqu’il s’agit de croyants qui ont un différend entre eux, mais lorsque ce différend va sur des thématiques qui sont graves, qui sont une offense à l’état, la Bible nous dit que Dieu a instauré des gouvernements pour pouvoir exercer la justice. Romains 13. 4 nous dit que les gouvernants sont au service de Dieu pour montrer sa vengeance et sa colère à celui qui pratique le mal. Si quelqu’un t’a volé, si quelqu’un t’a blessé, si quelqu’un a fait des choses graves à ton encontre, tu es totalement en droit de faire appel à César en quelque sorte, de faire appel au jugement de l’état pour pouvoir te protéger ou faire valoir tes droits. On n’est pas obligé de le faire dans certains cas, dans d’autres on est obligé de le faire. Je prends l’exemple de la pédophilie ou autres : en aucun cas, si tu es témoin de ce genre de choses, tu n’as pas le droit de cacher ces événements, la loi te l’interdit. Je pense aussi que la conscience doit te l’interdire. Tu dois dénoncer ces faits pour protéger d’autres enfants et pour permettre à ceux qui en ont été victimes de se rétablir du traumatisme qui a été vécu.

Donc tu ne peux pas avoir comme intentionnalité de faire du mal en réponse au mal. Mais si un mal t’a été fait, tu as tout à fait le droit de faire appel aux autorités de l’église lorsqu’il s’agit d’un conflit ou d’un péché que tu as subi, qui reste proportionné en quelque sorte, à des situations relationnelles de vie classique, mais si ça touche des problèmes graves comme ceux que je viens de citer, tu peux tout à fait faire appel, peut-être même tu dois faire appel à la justice.

Et le texte de Romains 12 continue en disant de faire le bien, de ne pas être vaincu par le mal, mais être vainqueur du mal par le bien. C’est quelque chose bien sûr d’assez difficile à réaliser, mais montrer la manière généreuse de traiter le mal, c’est souvent un beau parti pour un chrétien. La Bible dit que l’amour couvre une multitude de péchés et donc nous devons couvrir la multitude de péchés des autres dans une église. Une église rassemble des pécheurs, certes justifiés, mais des pécheurs encore : on va souvent se blesser, se faire du mal, parfois volontairement, parfois involontairement. Et l’amour couvre une multitude de péchés, donc je vais essayer de ne pas compter les fautes, je vais au contraire essayer d’être généreux dans mon pardon sachant aussi que Dieu est tellement généreux à mon égard.

Je voudrais aussi remarquer : il y a un événement assez surprenant dans le livre de Jérémie. Peut-être que tu connais l’histoire d’Israël, mais après David, après Salomon, le royaume se sépare en deux, le royaume du Nord et le royaume du Sud. Le royaume du Nord et le royaume du Sud vont aller de bien en mal, enfin le royaume du Nord, ça va être quasiment que catastrophique : les armées assyriennes vont venir l’emporter en captivité en 722 av. JC. Et les armées babyloniennes vont venir prendre en captivité à partir de 605-586 les populations du royaume du Sud, et c’est le roi de Babylone qui va se charger de cette tâche. Nebucadnetsar était un grand roi, un grand dictateur, un peu sanguinaire comme tous les dictateurs souvent d’ailleurs. C’est ça qui est extraordinaire, c’est Dieu qui utilise cet homme pour exercer le jugement qu’il voudrait réaliser. Ecoute bien ce que nous lisons en Jérémie 51. 20-23, c’est fascinant : Dieu parle à Nebucadnetsar, ce roi dictateur de Babylone qui va emporter les juifs du royaume du Sud en captivité en Babylonie pour 70 ans, tel que le prophète Jérémie l’avait annoncé. Voici ce que Dieu dit à cet homme : « Tu as été pour moi un marteau, des armes de guerre. J’ai martelé par toi des nations, j’ai détruit par toi des royaumes. Par toi j’ai martelé le cheval et son cavalier ; par toi j’ai martelé le char et celui qui le monte. Par toi j’ai martelé l’homme et la femme ; par toi j’ai martelé le vieillard et l’enfant ; par toi j’ai martelé le jeune homme et la jeune fille. Par toi j’ai martelé le berger et son troupeau ; par toi j’ai martelé le laboureur et son attelage ; par toi j’ai martelé les gouverneurs et les magistrats. » La répétition nous permet de voir que Nebucadnetsar a fait une œuvre atroce, mais que Dieu a utilisé cet homme pour réaliser en cela son propre jugement. C’est incroyable cette compatibilité entre la souveraineté de Dieu et la responsabilité des hommes. Et voilà comment se termine cette section avec le verset 24 : « Je rendrai à Babylone et à tous les habitants de Chaldée tout le mal qu’ils ont fait à Sion sous vos yeux. » Tu ne trouves pas ça étrange ? D’un côté Dieu est souverain, il exerce son jugement par Nebucadnetsar, mais d’un autre côté, Nebucadnetsar ne s’est pas fait prier pour exercer ce jugement. En fait, il a agi selon les désirs naturels de son cœur pour faire du mal, pour piller, pour tuer, pour emporter en captivité et Dieu lui dit « Je te tiens pour responsable de ça ». Ce qui nous permet de voir que la souveraineté de Dieu est complète, même sur les méchants, mais que ceux qui font la méchanceté ne sont pas pour autant dédouanés de leurs responsabilités. Je ne sais pas comment ça marche parce que dans ma tête on est soit pantin, soit on est libre. Mais dans la pensée de Dieu on n’est ni l’un ni l’autre : Dieu est souverain et donc il conduit, y compris les dictateurs ; Dieu est souverain mais en même temps il rend pleinement responsables ceux et celles qui agissent.

Et cette situation est exemplifiée avec Judas, non pas la tribu de Juda, mais le personnage Judas dans les évangiles. Qu’est-ce qui a conduit Judas à trahir Christ ? On ne connaît pas ses motivations intérieures, on ne connaît pas non plus tous les facteurs spirituels, puisqu’à un moment donné, Satan rentre en lui.

Mais ce que je remarque, c’est ce que nous dit Actes 4. 27-28 : « Car en vérité, contre ton saint serviteur Jésus, à qui tu as donné l’onction, Hérode et Ponce Pilate se sont ligués, dans cette ville, avec les nations et avec les peuples d’Israël, … » Qui s’est lié contre Jésus ? D’abord Judas, ce n’est pas dans le texte mais c’était le premier ; Hérode ; Ponce Pilate ; et « avec les nations et avec les peuples d’Israël ». Toutes les nations se sont opposées à Jésus-Christ. Elles l’ont fait librement, volontairement, elles n’ont pas aimé Jésus qui menaçait leur indépendance et leur autonomie, leurs traditions, leur pouvoir et leur autorité. Elles se sont, ensemble, opposées comme l’annonçait le Psaumes 2 : toutes les nations se sont montées contre le Messie. Mais regarde le verset 28 « …pour faire tout ce que ta main et ton conseil avaient déterminé d’avance. » C’est extraordinaire ! Dieu n’est jamais surpris par ce qui se passe, les événements internationaux, les événements individuels, les vengeances personnelles, les situations méchantes et dures. On ne voit pas, on ne comprend pas toujours ce qui se passe, mais Dieu reste souverain.

En résumé et pour terminer ce podcast, ne te fais pas justice, ne fais pas le mal. Ça c’est une prescription de Dieu. Tu ne peux pas faire du mal pour penser accomplir un jugement de Dieu, tu n’es pas mandaté pour cela.

Deuxièmement, utilise les institutions que Dieu a mis en place pour pouvoir faire état du mal que tu as subi, que ce soit par l’église et ses responsables, ou que ce soit par les institutions civiles, porter plainte, la police, l’armée dans certains cas, pour pouvoir réaliser un acte de justice dans ta situation.

Et troisièmement, fais quand même confiance en Dieu parce qu’il reste souverain sur tout ce qui se passe. Et que de toute façon, à la fin du chemin, nous pourrons voir que Dieu a été parfait dans sa gestion des événements et qu’il apportera la justice de façon admirable sans que personne ne puisse contester en disant « mais non, c’est injuste ça ». Sa justice sera parfaite. Et pour les non-croyants qui nous ont fait du mal, finalement il n’y a que deux choix : soit leurs actes tombent sur les épaules de Jésus-Christ par la condamnation à la croix, et ils sont sauvés, et leurs péchés s’envolent comme nos péchés se sont envolés, soit ils restent en dehors de la grâce de Christ et recevront dans le jugement de l’enfer quelque chose d’assez terrible. Dieu fera justice.

Et pour nous qui sommes chrétiens et pour les blessures que nous infligeons parfois les uns aux autres, nous passerons tous devant le tribunal de Christ avant de profiter de l’éternité. C’est un tribunal de récompense, c’est un tribunal aussi je pense de réalisation de ce qui s’est passé, ce n’est pas un tribunal qui envoie en enfer ou pas, ça c’est réglé à la croix.

Et je pense qu’il n’y aura pas de situation non réglée avant que nous profitions pour l’éternité du ciel, ce qui doit nous donner confiance et nous donner la capacité d’être généreux les uns avec les autres.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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  • miatchik dit :

    sauf mon respect, la réponse du pasteur évite ici (intentionnellement?) toute une dimension de la spiritualité qui va bien au-delà des considérations strictement « chrétiennes », et il est assez facile de subodorer du reste vers où pointe la question, ou plus précisément d’où part l’intention de soulever une telle question.

    en gros, ce que la question semble sous-entendre, c’est: est-il légitime, dans le contexte de la pensée chrétienne, de penser dans les termes de la philosophie hindouiste (ou plus précisément « vaïshnava ») et de dire qu’à travers mon (mauvais) karma Dieu se sert de moi pour infliger des punitions à ceux qui m’entourent?

    dans la philosophie hindoue, le karma est le résultat de mes actions (bonnes ou mauvaises) passées (dans cette vie ou dans les précédentes). l’âme que nous sommes est partie d’un organisme où tout interagit avec (ou contre) tout, où tous interagissent avec (ou contre) tous. ainsi, si je blesse quelqu’un, par exemple, je plante une « graine de mauvais karma » et je devrai en payer le prix éventuellement, dans cette vie ou dans une autre. logiquement, la personne ainsi blessée (par moi) se trouve de son côté à payer le prix d’une action passée qu’elle aurait commise (toujours: dans cette vie ou dans une autre). ainsi, la roue du karma est un engrenage très complexe mais d’une rigueur inébranlable: je fais quelque chose (positif ou négatif) =­ je reçois. même chose si quelqu’un me blesse: Dieu se sert de cette personne pour m’infliger une punition.

    c’est pourquoi la philosophie hindouiste préconise une vie « a-karma », c’est-à-dire une vie où l’âme consacrerait son existence à Dieu afin de minimiser au maximum la « création de karma » (positif comme négatif), et ainsi, ultimement, briser la roue du sanskara ou le cycle des réincarnations.

    il me semble assez évident que la question posée induisait une comparaison entre le « traitement du mal que je fais » dans le contexte du christianisme, et « le traitement du mal que je fais » dans le contexte hindoue.

    or, le pasteur ne fait que répondre comme s’il s’agissait uniquement d’une intention que j’aurais de faire le mal en passant par le prétexte de la punition divine. ce qui est très réducteur.

    • Etienne Omnès dit :

      Pour être honnête, le parallèle ne paraît évident que si l’on est familier avec la philosophie hindoue. Peut-être celui/celle qui a posé la question pense au même parallèle que vous, mais pour ma part, j’aurais répondu le même genre de choses que F. Varak (avec moins de talent bien entendu).

      Pardonnez moi si je comprends mal la notion de Karma, mais ce que vous décrivez relève du mécanisme d’équilibrage: si un tel penche trop à gauche, il faut lui donner un bon coup de volant à droite. C’est une idée très élégante je le reconnais, mais je pense que la justice de Dieu et son administration ne sont pas de l’ordre du rééquilibrage moral, mais du redressement de tout mal et du triomphe de tout bien.

      Dans la pensée hindoue, il est possible de dire un mal à droite = un bien à gauche, ou encore de dire que la chute de l’empire babylonien compense la chute des autres empires. Mais dans la pensée chrétienne, Dieu est moralement pur, pas moralement neutre.

      Cela veut dire que Dieu ne recherche pas la neutralité morale, il cherche le bien maximal. Aucun mal ne peut compenser un autre mal, au contraire: les deux s’additionnent et s’accumulent, et seront punis tous les deux au même titre.

      Voilà pourquoi la Bible nous enseigne à aimer nos ennemis: pas parce qu’il faut « compenser » le mal et atteindre une sorte de somme morale nulle, mais parce qu’en fin de compte le Mal sera vaincu et le Bien seul vainqueur.

      Cette notion fait-elle sens pour vous? Me suis-je bien exprimé?

      • Florent Varak dit :

        Merci Etienne.

      • miatchik dit :

        je comprends en gros ce que vous voulez dire, mais je crois que c’est moi qui me suis mal exprimé en expliquant la nature du « bien » dans le contexte hindoue et dans cette philosophie où la notion de karma est si importante.

        pour essayer de faire court et clair (difficile!), je dirais tout d’abord qu’il ne faut pas confondre bouddhisme et hindouisme. le but de sortir du cycle des réincarnations n’est pas d’arriver à un état nul ou neutre, mais de faire toute la place à l’amour de Dieu (ou de Krishna) en se débarrassant des « affections terrestres » ou matérialistes (les notions de bien et de mal étant considérées comme « trop humaines » dans cette philosophie). c’est à la limite très eckhartien comme démarche intérieure. il faut ainsi atteindre un état où on devient un véhicule pur de cet amour qu’est, que représente et qu’inspire Dieu en se pénétrant de sa parole dans chaque aspect de notre vie quotidienne. le corps, les actions, toute la dimension physique de notre existence doit donc être dédié à atteindre cet état de pureté. mais cela a un prix, et c’est seulement après s’être « racheté » de toutes nos actions passées (bonnes ou mauvaises) et après s’être purifié de toute idée d’orgueil (nécessairement accumulé, même inconsciemment, par les « bonnes actions » que nous avons posées) ou de culpabilité, passions et affections de toutes sortes que nous serons en mesure de faire place à cet état tant convoité et qui exclu même le « karma ». un sadhu n’a aucun karma, il vit la parole de Dieu et dans la parole de Dieu, qui est situé au-delà des notions de bien et de mal, dans l’amour pur. voilà…

        encore une fois, je ne sais pas si je me suis bien exprimé.

        c’est pourquoi la capsule du pasteur Varak m’a tellement intéressé. tout d’abord, quoique né dans la tradition catholique, je me considère comme un débutant dans mon parcours de chrétien. après avoir fait 5 ans de philosophie hindouiste, j’ai décidé que le christianisme correspondait mieux à mon « état intérieur » ou à l' »humeur de mon coeur », et c’est pourquoi je maîtrise encore mal quelques concepts. je me pose des questions toutes bêtes, par exemple: « pourquoi souffrons-nous? », « pourquoi nous fait-on souffrir? », « quel sens donner à une mauvaise naissance? », « comment vivre l’injustice », etc., et j’ai encore du mal à trouver les réponses dans les textes chrétiens…

        l’idée d’un rééquilibrage que vous lisez dans le système hindouiste est exacte mais ce qui vous semble un bête « effet de balancier » est à considérer comme un phénomène bien logique d’action-réaction: si je fais cela, ça aura des conséquences. mais attention: le mal que je fais ne devient pas un « bien » juste parce que c’est la volonté de Dieu (parce qu’il a d’autres plans, par exemple: en punir un autre). en revanche, si je m’attache au bien que je peux faire, je m’enorgueillirai tant que je retomberai dans la dimension matérialiste de la vie. le mieux étant de m’attacher à faire la volonté de Dieu sans m’attarder aux résultats (positifs). ce n’est pas « neutre » comme position, c’est s’aligner dans le sens de l’amour divin, devenir un véhicule de cet amour.

        je parle beaucoup, pardonnez-moi. mais sur ce sujet je trouve la philosophie hindouiste (vaïshnaviste) si claire, si logique et si pratique, que les idées chrétiennes me déroutent. surtout l’idée selon laquelle Jésus aurait racheté mes péchés sur la croix… cela pour moi semble trop… facile, je ne sais pas et j’ai un peu de mal à la comprendre. davantage d’études serait préférable avant d’intervenir sur des plateformes comme celle-ci je suppose…

        toutes mes excuses si j’ai bousculé certaines sensibilités. mon intention n’était surtout pas de provoquer. j’ai vraisemblablement interprété un peu trop vite et vu des sous-entendus là où il n’y en avait pas… par habitude ou par déformation de la sensibilité.

        mille merci de votre réponse en tout cas.

        • Etienne Omnès dit :

          Non, ne vous excusez surtout pas, vous n’avez rien fait de mal! Nous avons tous des habitudes et des déformations de la pensée: le christianisme est difficile à comprendre et ce même quand vous êtes né dans une famille chrétienne comme moi! Il ne devient évident que lorsqu’on a abondamment labouré et macéré dans l’idée, que notre esprit a pris de nouvelles habitudes de raisonnements, et c’est justement ce que vous cherchez à acquérir. De ceci je me réjouis!

          Je reconnais aussi ne pas en savoir assez sur la philosophie hindoue pour vous aider plus clairement. Pour mieux vous faire comprendre le point d’arrivée (la croix de Jésus) j’aurais besoin de mieux connaître votre point de départ, or je n’ai jamais été exposé aux idées hindoues. Cependant, je pense que Florent Varak est beaucoup plus compétent que moi dessus, et il sera très surement un bon contact pour toutes vos questions.

          Par contre il y a une chose que je peux faire: c’est prier pour que la compréhension vous soit accordée, et que le travail qui a été commencé en vous aille jusqu’au bout. Et je le ferais.

          Que le Seigneur vous bénisse

          • miatchik dit :

            merci encore une fois pour votre réaction. je suis également né dans une famille chrétienne. n’ayant jamais été « croyant », j’ai simplement décidé un jour d’adopter la culture et la philosophie védiques, plus précisément la philosophie vaïshnava, pour quelques années plus tard comprendre qu’intérieurement j’étais plus chrétien, que ma sensibilité était résolument chrétienne. mais certains éléments de la pensée védiques sont demeurés en moi et mon retour à la chrétienté me donne du fil à retordre.

            mais le problème quand on parle d’hindouisme, c’est les sources. il y a tant de livres, tant de nuances, tant de courants, qu’il est extrêmement facile de s’y perdre. en même temps, et par voie de conséquence, il est extrêmement facile de justifier tout et n’importe quoi quand on présente des argumentations pour ou contre certains concepts de cette philosophie. pour ma part, je me base sur les textes traduits par A. C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada (Bhagavad Gita, Srimad Bhagavatam, essentiellement) et sur les concept qu’il expose.

            pour boucler un peu la boucle, je dirai après le parcours que j’ai traversé, que je ne me réclame d’aucune confession, dans le sens où je sens que la vérité religieuse, l’essentiel du message divin se situe au carrefour des grandes religions et que chaque tradition ou culture religieuse contient un aspect du « dénominateur commun » spirituel qui donne la voie vers Dieu, qui suggère à l’homme le divin et qui prouve la nécessité de croire.

    • Florent Varak dit :

      Merci pour votre commentaire. Merci d’avoir pris le temps d’écouter et de réfléchir à ces questions.
      Je suis né dans une famille passionnée de spiritualité orientale et abreuvée de notion de karma et de réincarnation (à l’occidental). J’ai peu évoquer le sujet dans une conférence tenue à Lille. Vous pourrez peut être apprécier comment ma perspective a changé. http://toutpoursagloire.com/conference-sur-la-reincarnation-florent-varak/.
      Le premier livre que j’ai écrit, et qui date maintenant (le temps passe, n’est-ce pas?!) porte sur ce sujet. https://www.amazon.fr/réincarnation-Examen-arguments-perspective-biblique/dp/2906090115.

      Ce qui m’a bouleversé / renouvelé c’est que je n’avais pas besoin de porter le moindre karma, la moindre dette – Jésus l’avait fait pleinement pour moi, à ma place, pour me faire profiter pleinement de son pardon. La personne du Christ est à découvrir. Si vous vouliez que je vous envoie un Nouveau Testament (la seconde partie de la Bible) je serai heureux de vous la faire parvenir. Il n’y aura pas de suite, bien sûr. Je vous laisserai mon mail et vous pourrez, en privé, m’envoyer votre adresse. Bien cordialement,

      • miatchik dit :

        M. Varak, merci pour votre réponse. je lirai sans faute l’article que vous m’avez indiqué, et j’avoue en avoir encore beaucoup à apprendre sur les nuances de la pensée chrétienne sur bien des sujets. je m’y efforce à tous les jours depuis presque un an maintenant. j’ai lu au moins une bonne fois le nouveau testament, les évangiles, et je m’attelle aux pères de l’église et à approfondir la pensée des premiers chrétiens. je devrai macérer encore plusieurs années dans ces textes, je le comprends bien…

        je suis très conscient d’être intervenu un peu brusquement sur ce post. mon intention n’était pas de critiquer, mais d’exprimer une déception, peut-être, de voir qu’à une question que je considérais comme fondamentale, vous n’apportiez qu’un aspect, selon moi, de la réponse (soit: ne pense pas que tu puisses te servir du bras punitif de Dieu pour justifier tes mauvais gestes, ou quelque chose du même type), alors que je m’attendais plutôt à ce que vous examiniez le pourquoi derrière le mal que je fais: pourquoi je fais le mal ou plutôt: si Dieu est amour et n’est qu’amour, quel est son implication dans le mal que je fais aux autres? se pourrait-il qu’il fasse « servir » ce mal que je fais pour punir une autre personne? ce qui s’inscrit parfaitement dans la conception du karma hindouiste, il me semble. de toute évidence, votre podcast aurait dû être l’occasion pour moi de me replonger plus avant dans les textes que je lis déjà et non d’intervenir comme ça un peu comme un chien dans un jeu de quille…

        bref, la question demeure en effet fascinante et je suis allé un peu trop vite dans ma réaction. je vous prie de m’en excuser.

        • Florent Varak dit :

          Il n’y aucun problème. C’est super de pouvoir discuter de ces questions si importantes. Le podcast le plus complet sur les notions essentielles du Christianisme serait celui ci: http://toutpoursagloire.com/obtenir-salut-role-joue-grace-partie-1-2/. 20 minutes pour comprendre l’essentiel ! Sinon, je suis en partance pour 2 semaines de vacances et je ne suis pas sûr d’avoir de connexion internet solide. Je vous propose de continuer, si vous le souhaitez, par mail personnel: fvarak @ gmail (je ne mets pas l’extension pour éviter le repiquage des moteurs de recherche de mail et il faut supprimer les espaces). Je pourrai vous répondre avec plaisir à partir du 16 août. Bien cordialement.

      • miatchik dit :

        d’ailleurs, je suis bien conscient que ma conception de l’idée de réincarnation est basée non sur une argumentation scientifique (hypothèse – recherche de preuves – démonstration) mais sur un sentiment qui me pousse à conclure que c’est une notion qui me pousse toujours « en avant »: l’espoir que crée en moi cette idée qu’on a toujours une nouvelle chance de se rapprocher de Dieu me donne des forces, m’inspire et m’amène à poser des gestes conscients, concrets, à faire toujours plus dans cette direction. voilà. c’est sans doute une faiblesse et vos conférences me feront sans doute énormément réfléchir.

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