Matthieu 18.10 dit-il que nous avons tous un ange gardien? (Épisode 119)

Dans cet épisode, Florent Varak parle du sujet des anges gardiens, plus particulière du sens de Mt 18.10. Il commence par remettre le passage dans son contexte pour ensuite en tirer une juste interprétation.

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La question du jour concerne les anges gardiens, ou la notion d’ange gardien. Voici ce qui nous a été posé sur le site de toutpoursagloire.com : Quel est le sens de Matthieu 18.10 « Gardez-vous de mépriser un seul de ses petits, car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. » ?

Alors c’est intéressant, car ça a donné naissance à la conception que nous aurions chacun, et peut-être plus particulièrement les enfants, des anges gardiens attribués qui sont chargés de garder nos chemins, nos vies jusqu’à ce que nous passions à trépas. Comme d’habitude, aucun verset ne se comprend sans considérer le contexte dans lequel il est écrit, parce que c’est comme ça qu’il faut voir le sens de ces questions. Si mes souvenirs sont bons, nous trouvons ce verset dans le quatrième des cinq grands discours que l’évangéliste Matthieu recense dans son évangile.

Donc dans ce quatrième discours, il traite des conditions d’accès au royaume de Dieu et des conditions de vie dans sa communauté de vie qui devient l’église avec la Pentecôte.

Matthieu chapitre 18, on va lire dans ce contexte à partir du verset 1 et je lirais jusqu’au verset 14 : « 1 A ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? 2 Alors Jésus appela un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit :3 En vérité je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. 4 C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. 5 Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. 6 Mais, si quelqu’un était une occasion de chute pour un de ces petits qui croient en moi, il serait avantageux pour lui qu’on suspende à son cou une meule de moulin, et qu’on le noie au fond de la mer. 7 Malheur au monde à cause des occasions de chute ! Car il est inévitable qu’il se produise des occasions de chute ; mais malheur à l’homme par qui elles se produisent ! 8 Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie de manchot ou boiteux, que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel. 9 Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie borgne, que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans la géhenne de feu. 10 Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. 11[Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu.] 12 Qu’en pensez-vous ? si un homme a cent brebis, et que l’une d’elle s’égare, ne laisse-t-il pas les 99 autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s’est égarée ? 13 Et, s’il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il s’en réjouit plus que pour les 99 qui ne sont pas égarées. 14 De même, ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits. »

On va découper un peu ce passage pour voir de quoi il parle, et j’espère que cela permettra de comprendre avec davantage de clarté ce verset 10 qui concerne les anges qui « voient continuellement la face de mon Père ».

D’abord, dans les versets 1 à 3, Jésus évoque les conditions d’entrée dans le royaume de Dieu. Il faut avoir l’attitude confiante, finalement, d’un enfant. Un homme qui se croit adulte, puissant, indépendant n’aura vraiment pas trop à faire de Jésus-Christ parce que Jésus vient au secours de ceux qui reconnaissent leurs besoins. Si tu estimes que tu n’as besoin de rien pour ta vie et pour ta mort, Jésus ne te sera pas de grande utilité. Et alors pour illustrer ça, parce que c’est un peu l’attitude des disciples qui pensaient être des gens forts, supérieurs aux autres, et bien il prend un petit enfant, le place au milieu d’eux et leur dit : Voilà vous devez avoir l’attitude de cet enfant et vous devez vous convertir. C’est-à-dire qu’il faut avoir cette attitude d’enfant et faire demi-tour, avoir confiance que Dieu nous appelle à venir à lui et ce demi-tour c’est une déclaration de foi, une déclaration de dépendance, une déclaration de reconnaissance de dette morale et spirituelle. J’ai besoin de la grâce de Dieu, je suis éloigné de Dieu et j’ai besoin de faire demi-tour dans ma manière de vivre et dans mes appuis que j’ai pour ma vie. Je ne peux pas m’appuyer sur mon nombril, je ne peux pas ’appuyer sur ma richesse, je ne peux pas m’appuyer sur mes rites, sur ma religion. Je ne peux m’appuyer que sur Dieu lui-même et c’est ce qu’il propose. Alors la conversion par exemple, elle est évoquée en Actes chapitre 3 verset 19 « Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés. » La repentance est un changement de mentalité très profond, et puis la conversion est un demi-tour, c’est la conséquence de ce changement qui a lieu à  l’intérieur de soi vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis de la vie.

Et puis deuxièmement, à partir du verset 4 et pour l’ensemble du chapitre 18, dans ce quatrième discours, et bien nous avons la manière de vivre dans le royaume. C’est d’ailleurs exceptionnel; de toutes façons, tout ce que Jésus dit et tout ce que la Bible dit est exceptionnel, mais au verset 4, il est question d’une humilité importante.

 

Au verset 5, la manière dont on se traite les uns les autres. Je suis assez effaré à quel point on a de la facilité à se traiter plutôt mal dans les églises. Les uns envers les autres à avoir des propos d’un jugement et d’une violence gratuite, qui ne reflète absolument pas la manière dont Jésus nous traite et dont Jésus traite son Eglise. Et l’une des marques d’une foi authentique, d’une conversion authentique c’est qu’on fait attention à ne pas être une occasion de chute pour les chrétiens. Si ton frère lutte avec l’alcool tu ne vas évidemment pas lui mettre un verre d’alcool sous le nez. Si tu as des idées bien arrêtées sur des points secondaires, tu ne les imposes pas aux autres. Tu te les imposes à toi-même il n’y a aucun souci, mais tu ne cherches pas à contredire des gens pour des choses secondaires.

Si tu décourages des chrétiens, notamment des jeunes chrétiens, vraiment c’est un danger, tu deviens une occasion de chute c’est-à-dire que certaines personnes vont cesser de vouloir venir à Dieu à cause de ton comportement, à cause de tes paroles, à cause de ton exemple, à cause des propos que tu tiens sur des conditions pour entrer dans le royaume de Dieu… Bref si tu empêches quelqu’un de devenir comme un enfant pour qu’il se convertisse et qu’il se repente, c’est super grave. La vie chrétienne se caractérise donc par cette humilité, elle se caractérise par la manière dont on se traite, la manière dont également on n’est pas une occasion de chute pour les autres, et donc dans la manière dont on fait attention aussi à sa propre marche avec le péché qui sera toujours un danger pour chacun d’entre nous jusqu’à ce que nous soyons enfin débarrassé de cette nature et de ces habitudes qui nous enveloppe encore trop.

On arrive donc au verset 10 « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. » Alors c’est quoi « ces petits » ? Dans le contexte, ça semble être quand même les jeunes convertis et pas forcément les enfants. Je l’ai souvent compris comme cela : les enfants que Dieu affectionnent et aiment particulièrement. J’ai l’impression que ce sont plus les personnes qui sont le plus vulnérables dans leurs marche avec Christ. Les personnes qui viennent de se convertir, les personnes qui ne sont pas encore très fortes, ou qui sont faibles dans certaines notions liées à leur foi. Et il est super important d’avoir un comportement qui les encouragent dans leur démarche spirituelle, et qui ne les découragent pas.

Il y a tout ça, et il y a également la notion de leurs anges dans les cieux, c’est l’expression qui te questionne je suppose, et est-ce que ça implique que chaque chrétien a un ange qui lui est attribué ? Il faut savoir que c’était un peu la pensée populaire du Judaïsme et peut-être la pensée populaire qui est restée dans la France profonde, ou je ne sais pas où tu te trouves pour avoir posé cette question, mais on en trouve traces ailleurs, en Actes chapitre 12 versets 13 à 16.

Je ne sais pas si tu te souviens, mais l’apôtre Pierre a été emprisonné et puis un ange qui miraculeusement se présente, libère Pierre de la prison et après réflexions il s’est dit : je vais aller chez Marie et Jean parce qu’ils seront peut-être à même de m’accueillir. C’est au milieu de la nuit, c’est un peu étrange comme histoire, et nous lisons au verset 13 :« Quand il eut frappé à la porte d’entrée, une servante du nom de Rhode, s’approcha pour écouter. 14 Elle reconnut la voix de Pierre et, dans sa joie, au lieu d’ouvrir, elle courut annoncer que Pierre était là, devant l’entrée. 15 Ils lui dirent : Tu es folle. Mais elle soutenait qu’il en était bien ainsi. 16 Et ils dirent : C’est son ange. Cependant Pierre continuait à frapper. Ils ouvrirent et furent étonnés de le voir. »

C’est une situation un peu rigolote qui nous est racontée ici, parce qu’on peut tout à fait imaginer cette scène tellement elle est pleine de vie dont la manière que Luc la rapporte. Mais la réponse implique que, spontanément, les disciples pensaient que les gens avaient des anges. C’est peut-être l’ange de Pierre que tu vois et non pas Pierre lui-même. Mais vraiment c’est le seul autre passage de la Bible où on pourrait imaginer cette pensée, mais elle n’est pas très fondée bibliquement.

On a en Hébreux chapitre 1 verset 13 cette notion : « Auquel des anges n’a-t-il jamais dit : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied ? 14 Ne sont-ils pas tous des esprits au service (de Dieu), envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ? » On a donc le sentiment plutôt non pas qu’il y ait un ange gardien pour chacun d’entre nous, ou chacun des nouveaux chrétiens, mais plutôt que les anges sont envoyés régulièrement pour exercer un service que Dieu leur attribue à notre égard.

A quoi correspondent ces services ? Ecoute, je pense qu’on a l’éternité pour poser des questions aux anges qui seront là, à ce moment nos proches et nous pourrons dialoguer avec nos regards sur nos histoires, et sur l’histoire en général. Je pense ça va faire des discussions assez sympas autour du feu, si on fera les choses ainsi dans l’éternité. Mais en tout cas, je suppose que l’on va apprendre énormément de choses de ce que l’on va découvrir, puisque les anges sont présents au milieu de nous, autour de nous, témoins de nos vies avec ce qu’elles ont de bien de moins bien. Et leur intervention vraisemblable et fréquente, nous apparaîtra alors comme une autre manifestation de la grâce de Dieu et de la bienveillance de Dieu à notre égard.

Alors qu’est-ce qu’il faut comprendre de leur ministère ? Je me tourne vers le commentaire de John MacArthur. Il est assez simple sur cette question, je le trouve assez lumineux dans ce qu’il dit. Et voilà je cite « Dans Matthieu 18.10 Jésus parle des croyants et de leurs anges au sens collectif. Ces anges, qu’ils s’agissent d’un groupe distinct ou de l’ensemble des saints anges, sont tenus de prendre soin des petits de Dieu, ceux qui croient en son Fils (verset 6). C’est en partie en raison de ces anges qui vivent en présence du Père qui est dans les cieux, que les croyants sont dissuadés de se mépriser les uns les autres. Le fait que le Dieu tout puissant prenne soin de ses enfants bien aimés au point de tenir en sa présence une armée d’anges prête à voler à leurs secours, démontre clairement combien les croyants lui tiennent à cœur. Et qu’il est terriblement répréhensible de mépriser une personne à qui Dieu accorde un si grand prix. » Je trouve ce n’est pas mal comme notion. Alors il faut probablement renoncer à cette idée d’ange personnel qui nous est attribué, d’ange gardien, mais il faut probablement se représenter qu’à bien des reprises, Dieu dans sa bienveillance, son amour, sa patience à envoyer des anges pour nous protéger, pour nous garder, pour nous orienter et qu’on aura évidemment plus d’information plus tard.

Je voudrais préciser qu’il est interdit de s’occuper au-delà de l’Écriture de ce que les anges font ou disent. Il a des gens qui, la Bible nous met en garde, ont développé une sorte de culte des anges, qui essayent de questionner des anges. C’est un peu des pratiques qui sont occultes et qui sont fondées sur des apparences de spiritualité chrétienne. Il faut s’en séparer, nous avons qu’un seul médiateur : c’est Jésus-Christ Homme qui est le pont parfait entre Dieu et les Hommes. Nous n’avons pas besoin de chercher à connaître des choses qui aujourd’hui nous sont cachées, mais qui seront probablement révélées plus tard.

Je termine en observant avec les versets 11 à 14, que finalement la vie communautaire au sein d’une église implique une certaine solidarité et qu’elle se fonde sur la volonté du Père. Cette section se conclut avec une histoire sur la brebis perdue et qui nous montre que l’intention doit être au sein de la communauté des rachetés, que nous parvenions tous ensemble dans la foi, dans la confiance et dans la force à la ligne d’arrivé, sans nous rejeter les uns les autres, sans nous faire du mal ou nous faire trébucher les uns les autres, et que ça doit occuper nos pensées plutôt que nous séparer de ce divin berger qui est Jésus-Christ. Et certainement son attention est d’utiliser tous les anges qui sont à sa disposition pour nous aider par ce chemin là, et nous aurions tort de vouloir faire obstacle à l’accomplissement de ce désir et de cette pensée.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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