Devrait-on baptiser les enfants? (Épisode 38)

Une auditrice nous écrit pour demander: « Faut-il baptiser des enfants ou des adultes? » L’épisode 38 est consacré à cette question importante. Florent Varak explique dans un premier temps pourquoi certaines Églises pratiquent le baptême de nourrissons. Puis le pasteur Varak continue en donnant 4 raisons pour lesquelles il est fortement opposé à cette pratique.

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La question est posée : A propos de baptême : enfant ou adulte ? C’est quoi le sens vraiment du baptême ? La repentance aussi  : sa définition.

Il y a plein d’aspects dans cette question, et je vais d’abord aborder dans ce podcast la question du baptême des enfants.C’est une question importante qu’il est difficile d’aborder en 10-15 min, donc tu me feras grâce de certains raccourcis j’espère.

Mais si je comprends bien la position des églises réformées évangéliques qui pratiquent le baptême des enfants, ces églises le font pour les raisons suivantes : elles voient dans le baptême un signe similaire à la circoncision de l’ancien testament, les enfants mâles étaient circoncis pour signifier qu’ils appartenaient au peuple de l’alliance, ces enfants devaient tout de même, plus tard, exprimer leur foi en Dieu, mais tant qu’ils ne reniaient pas le Dieu d’Israël, ils étaient en quelque sorte sauvés et ils restaient, ils étaient par défaut dans l’alliance que Dieu avait faite à Abraham.

Et le baptême des enfants se fondent sur ce schéma :  les enfants reçoivent un signe par l’aspersion de quelques gouttes d’eau, ils font partie alors de la nouvelle alliance, l’alliance établie par Jésus Christ, l’alliance même éternelle, dans la perspective d’une théologie de l’alliance; les enfants reçoivent un signe par l’aspersion de ces quelques gouttes d’eau, et font parties de cette alliance parce que leurs parents ou l’un de leurs parents sont chrétiens, et que s’appuyant sur des textes comme 1 Corinthiens chapitre 7, ils estiment que, par là même, il y a une grâce particulière qu’ils signifient par le baptême.

Alors, comme c’est quand même une situation où l’enfant n’exprime pas sa foi, ils ont souvent créé un rite de passage, ou une expression de confirmation de la foi que les parents sont censés enseigner à leurs enfants, et que les enfants adoptent et acceptent. Généralement ces églises ont créé cette étape que l’on appelle la confirmation : l’enfant va confirmer la foi que ses parents, et l’église, ont voulu lui transmettre.

C’est donc une construction théologique, et j’ai consulté plusieurs sites réformés évangéliques dans la préparation de ce podcast. Je donnerai d’autres arguments, mais il faut quand même remarquer que c’est une construction théologique, une réflexion qui maximise les ressemblances entre d’un côté, Israël, et de l’autre côté, l’église. Dans les textes bibliques principaux qui sont utilisés pour défendre cette construction théologique en Actes : 16-15, nous lisons que « Lydie est baptisée, elle et sa famille » ou encore le gardien de la prison de Philippes en Actes 16 v 33 où nous lisons « il a immédiatement été baptisé, lui et tous les siens » et mes amis, issus de cette conception théologique me disent « et bien tu vois il y avait des enfants dans ces familles qui ont été baptisés, et rien ne dit qu’ils aient professé la foi, donc le baptême a touché cette famille qui rentre dans l’alliance parce que Dieu se plaît à oeuvrer au travers de familles et à faire bénéficier de l’alliance à l’ensemble de la famille ». Je répondrai bientôt à ces arguments sur le livre des Actes.

Je voudrais juste souligner que j’ai des collègues que j’estime et que je respecte énormément, certains sont des amis proches, ils marchent loin devant moi dans leur amour pour Christ et de la Parole, j’ai beaucoup à apprendre d’eux et donc je veux le souligner.

Il y a bien sûr des « stars » du monde protestant [protestant évangélique] qui font partie de cette persuasion. Keller est sûrement le plus célèbre d’entre eux, et il serait difficile de l’accuser d’un manque d’attachement à Christ et à sa Parole, donc vraiment, on n’est pas dans le cadre d’une distinction d’hérésie, mais dans une distinction de théologie, d’ecclésiologie, c’est à dire de la doctrine de l’église et de pratiques. Toutefois, et je vais quand même livrer mon avis, je suis fortement contre cette notion de baptême d’enfants, et voilà les raisons qui me conduisent à avoir un avis extrêmement différent.

Premièrement, il y a des raisons pastorales : la plupart des chrétiens veulent se rassurer quant à leur salut et leur foi, qu’ils soient catholiques, protestants… et trop souvent j’entends dire « je suis chrétien parce que j’ai été baptisé, si j’ai été baptisé c’est que je suis chrétien » et dans beaucoup de pensées, c’est le baptême qui justifie la foi chrétienne, enfin c’est comme ça que les gens se justifient de leur christianisme, et je me dis que c’est la pire raison pour croire que l’on est chrétien, ce n’est pas le baptême qui sauve, ça n’a jamais été le baptême qui sauve, et les réformés seraient tout à fait d’accord pour le souligner ainsi, enfin les réformés évangéliques.

Le baptême ne sauve pas, et le problème c’est que ça donne cette conception que, parce que j’ai été baptisé, je suis donc chrétien, et ça me semble être une très mauvaise argumentation. Cette raison pastorale fait que, si ça donne une fausse assurance, moi je ne le ferai pas, et même avec un bon enseignement, psychologiquement on attache la raison de son christianisme à cet acte et ça me semble très problématique.

Deuxième raison, et c’est une raison historique, et je vais dans l’ordre d’importance : du moins important au plus important. Les raisons historiques, si ma connaissance de l’histoire de l’église est bonne, et elle peut tout à fait être inversée par vos propos en fonction des commentaires que je recevrai, je n’en doute pas sur cette question, mais à priori le baptême pour enfants apparaît plutôt au 2ème / 3ème siècle et pour la petite histoire c’est Théodos II qui dans un édit de 413, interdit le baptême d’une personne qui aurait été baptisée dans son enfance sous peine de mort, juste pour que ce soit suffisamment grave. A partir de ce moment là, on est donc au 5ème siècle après Jésus Christ, la notion de baptiser des adultes est interdite par la loi, sous peine de condamnation à mort, notamment lorsqu’on a été baptisé en tant que enfant. Et c’est à partir de ce moment-là que va se sceller cette notion de baptême des enfants, le baptême des nourrissons comme une obligation très forte qui pèse sur le christianisme. Il n’en était pas le cas au 1er et au début du 2ème siècle après Jésus Christ.

Des siècles plus tard, même le théologien presbytérien Warfield reconnaît que le baptême des enfants n’est pas dans la Bible. Schleiermacher qui n’est certainement pas le théologien le plus conservateur, un luthérien, qui dit, avec un certain humour, qu’il faudrait l’insérer dans la Bible pour dire que c’est biblique, donc il faut bien reconnaître que si l’histoire chrétienne ne l’atteste pas non plus, je ne le ferai pas.

Troisième raison, peut être plus importante maintenant, les raisons théologiques (les constructions théologiques, que nous avons tous ). Beaucoup de nos positions sont issues de nos pré-suppositions, mais tout de même les constructions théologiques doivent être assujetties à l’exégèse et à la théologie biblique. Affirmer que l’église est le pendant d’Israël, sans qualification aucune, c’est tomber dans le piège qui a pourri, me semble-t-il l’histoire de l’église, puis qu’en transférant ce modèle avec un Dieu, une Terre, une religion, le christianisme, la chrétienté a imposé très souvent cette perspective : un roi, une terre, une religion, et il n’y avait en aucun cas la moindre liberté de conscience, d’où les guerres de religion qui ont vraiment marqué des siècles d’histoire du christianisme.

Mais je dirais que c’est plutôt l’histoire de la chrétienté et non pas du christianisme, en tout cas pas du christianisme biblique, puisqu’il me semble qu’on est loin de ce schéma : l’église est distincte d’Israël, même si elle en est l’aboutissement, mais évidemment, il y a des parallèles et elle est le joyau de l’oeuvre de Dieu.

C’est quoi l’église ? C’est un mystère qui était à peine dévoilé dans l’ancien testament, parce que ça allait rassembler des hommes et des femmes à la fois issus des nations, et à la fois issus du judaïsme en un seul peuple, détruisant le mur de l’inimitié, non seulement ça, mais ces gens qui étaient des goyims, des gens étrangers au judaïsme allaient être baptisés de l’Esprit, allaient bénéficier des promesses spirituelles faites en la nouvelle alliance de Jérémie chapitre 31, une alliance qui est faite principalement bien sûr au départ avec Israël.

Voilà que des nations peuvent bénéficier de l’aspect spirituel de ces promesses; donc l’église est quelque chose d’assez différent et d’assez nouveau, pour ce qui est de la manière dont elle allait se construire. D’ailleurs lorsque Jésus parle de l’église, Il dit qu’Il la bâtirait, c’est un futur, un futur qui attend son démarrage avec la pentecôte en Actes chapitre 2, où le Saint-Esprit vient sur tous ceux qui sont des croyants. Donc il y a quelque chose de radicalement différent, même s’il y a continuité, certaines continuités, il y a quelque chose de radicalement différent qui sépare l’église d’Israël.

Et enfin, voilà la quatrième raison pour laquelle je suis vraiment opposé de mon côté au baptême des nourrissons, ce sont des raisons exégétiques. Le texte principal qui mandate la pratique du baptême se trouve en Matthieu chapitre 28 et c’est vraiment ce que nous recevons du Seigneur. Il nous dit « Allez faites de toutes les nations des disciples, baptisez les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et enseignez leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit ». Le sens du verbe baptizo est plonger, bien sûr il a parfois un sens métaphorique, mais dans la manière dont ce sera pratiqué dans le livre des Actes, c’est constamment une immersion, ça fait d’ailleurs référence au baptême dans le judaïsme, dans lequel nous reviendrons dans un prochain podcast. Bref : il s’agit de plonger dans l’œuvre du salut réalisée par le Dieu trinitaire, le Père, le Fils et le Saint-Esprit qui sont mentionnés, et il faut retenir que de l’ensemble de ces impératifs que nous avons en français, le texte grec a un seul impératif, ce sont des constructions assez fréquentes dans le grec où il y a une série d’impératifs dont un certain nombre dépend d’un impératif principal. Enfin, pour être plus technique et pour être précis pour ceux qui savent de quoi je parle, il y a des participes présents qui s’appuient sur un impératif principal.

Or, le seul impératif que nous ayons dans cette série de commandements, que nous trouvons en Matthieu chapitre 28, c’est “faites des disciples” donc l’action est centrale pour les apôtres, et bientôt pour les témoins de Jésus-Christ, et bientôt pour l’ensemble de l’église, c’est de faire des disciples et toutes les autres actions sont conditionnelles à cette demande principale.

On pourrait presque traduire : faites des disciples en allant, baptisez les et enseignez leur à obéir. En sorte que, on ne baptise, me semble-t-il que des disciples de Jésus-Christ, et c’est absolument impossible d’imaginer qu’un nourrisson soit déjà un disciple de Jésus-Christ.

Alors, comment traiter les textes que nous avons en Actes chapitre 16 notamment, où des gens sont baptisés, ainsi que toute leur famille? Mais c’est tirer un argument du silence des écritures que de dire qu’il y a là des nourrissons. On peut imaginer des familles où il y a des adolescents qui sont bouleversés à l’entente, à l’écoute de l’évangile; on peut aussi reconnaître que dans des structures beaucoup plus collectivistes qu’étaient les sociétés orientales de l’époque et encore aujourd’hui, la décision d’un patriache, d’un père ou d’une mère, d’une personne qui a vraiment toute la confiance de l’ensemble de la communauté, va entraîner la considération sérieuse de l’ensemble de la famille, et je ne peux pas me dire forcément qu’il y a là des nourrissons.

On peut tout à fait comprendre ce père, surtout avec les responsabilités qu’il avait en tant que directeur de prison. Il avait probablement pris un certain nombre d’années de service pour être dans cette posture, dans sa carrière en quelque sorte. On peut tout à fait imaginer qu’il avait des enfants conscients du choix qu’ils faisaient, et qu’ils placent leur confiance en Jésus-Christ.

Pour toutes ces raisons, je ne pense pas qu’il soit souhaitable de baptiser des enfants, je ne crois pas que ce soit une pratique biblique, même si je comprends qu’à cause de certaines pré- suppositions herméneutiques et théologiques antérieures, certaines personnes arrivent à des conclusions différentes.

Mais la position que je défends, qui est la position “baptiste classique évangélique”, est une position qui me semble cohérente avec les données de l’écriture. Dans un prochain podcast on regardera ce que veut dire le baptême plus précisément.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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2 thoughts on “Devrait-on baptiser les enfants? (Épisode 38)

  1. Alex dit :

    Sur l’aspect historique, je trouve difficile de nier que le baptême des nourrissons remonte à très, très tôt (pour ma part je le fais remonter à l’époque de l’église primitive !). “L’Église a reçu des apôtres la tradition d’administrer le baptême même aux petits enfants.“ – Origène (185-253), Commentaire sur l’Épître aux Romains, sur le ch. 6, v. 5-7. Et aussi : “On baptisera en premier lieu les enfants ; tous ceux qui peuvent parler pour eux-mêmes parleront ; quant à ceux qui ne le peuvent pas, leurs parents parleront pour eux ou quelqu’un de leur famille.“ – Hippolyte de Rome (170-235), Tradition apostolique. Tertullien (160-220), dans son « Traité du baptême », plaide pour le retardement de l’âge du baptême (pour de mauvaises raisons, soit dit en passant), révélant par là-même que le baptême des petits enfants était courant à son époque.

  2. Flo Phil dit :

    Bon podcast, je n’avais pas fait de lien entre le baptême des enfants et quelque chose qui n’est pas nommé dans le podcast, la théologie de la substitution (l’église remplace Israël), décidément cette théologie a fait énormément de dégâts, et continue a en faire, elle a même une influence sur ce sujet, c’est fou !

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