Mais que fait donc un pasteur de ses journées ?

Dans cet épisode, Florent Varak nous fait un partage de ce qu’étaient ses journées en précisant que cela n’est bien-entendu pas exhaustif. Il nous explique comment il répartissait son travail, selon les priorités, circonstances et qualifications. Enfin il termine en donnant un précieux conseil aux personnes étant investies dans le ministère.

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La question est posée : qu’est-ce que vous faites de vos journées, exactement ? 

C’est une bonne question, et je l’aborderai avec un ensemble de questions aussi, mais pas dans ce podcast mais plus tard, un ensemble de questions sur le ministère pastoral, certains ont posé la question sous forme un peu incisive en disant : ça n’existe pas dans la bible, donc comment vous justifiez un tel ministère ? 

Question intéressante et on va regarder cette situation telle que je la comprends dans l’Ecriture mais là, je suis à quelques heures de partir en vacances, je finis les podcasts pour l’été, et je voulais juste aborder sous forme d’un témoignage cette question, c’est l’avantage et la difficulté du travail pastoral, c’est que je pense que ça dépend beaucoup des dons spirituels, des compétences particulières du pasteur, ça dépend aussi de son contexte, de son environnement; un pasteur qui est très impliqué dans l’implantation d’église vivra des choses différemment qu’un pasteur qui est très attaché au développement d’une église locale et puis milieu urbain, milieu rural, tradition ou bien église plus récente, tout cela va énormément jouer sur l’activité d’un pasteur; donc comprends bien qu’en répondant à cette question, je réponds sous forme d’un témoignage et je ne dis pas que c’est comme cela qu’il faut faire. Voilà, c’est juste pour ceux que ça intéresserait, et puis si tu veux des principes plus solides, il faudra attendre d’autres podcasts sur le ministère pastoral tel que je peux le découvrir ou le comprendre dans l’Ecriture.

A titre personnel, nous habitons avec mon épouse un peu à l’extérieur de la ville où se trouve l’église, une trentaine, quarantaine de minutes de distance donc, ce qui fait que moi je partais tous les matins vers le bureau de l’église vers 6h30 pour éviter les embouteillages des grandes villes. Ca me faisait arriver vers 7h – 7h15 au bureau et puis j’y restai jusqu’à 18h à peu près, parfois 19h, mais c’était rare pour tout le travail qui faisait partie de ma charge, sauf quand j’avais des réunions, généralement 2 soirées par semaine, parfois 3 et auquel cas je rentrai vers 11h ou minuit donc tu peux faire le calcul, c’étaient des journées où il y avait de quoi faire.

Comment je les passais ? J’aimais bien commencer ma journée avec un temps de lecture, de méditation et de prière, parce que je sais qu’après ça s’enchaîne. J’étais pas toujours très bon à ça dans le sens où je crois qu’il faut vraiment intégrer cette notion de méditation et de vie de prière. C’est à dire que, notamment quand on est dans un travail pastoral, on manie la Bible beaucoup par la préparation d’études, de formations ou de prédications, et c’est aussi un temps de méditation, c’est aussi un temps de croissance et c’est certainement pas un temps où Dieu serait moins présent qu’un temps de méditation personnelle. 

Il faut savoir intégrer les deux tout comme la vie de prière, je trouve que c’est tellement important de pouvoir prier librement tout au long de la journée, régulièrement. Certains préfèrent avoir une demi-heure de temps de réflexion ou d’écoute, je trouve que c’est totalement légitime pour une personne qui veut décider ainsi mais, dans mon cas, j’ai une tendance à ne pas savoir trop rester sur place facilement donc, j’avais un temps de prière mais aussi, tout au long de ma journée, des petites pauses de prière pour des sujets, des gens que je pouvais rencontrer ou des situations qui me venaient à l’esprit. J’essayais, je ne l’ai pas fait systématiquement, mais j’ai une petite alarme sur mon téléphone portable à 10h02 en pensant à Luc chapitre 10 verset 2 qui me rappelle par l’application Joshua Project des peuples non atteints, qui me rappelle de prier pour des ouvriers de la moisson, que des gens puissent avoir le courage, l’appel de leur parler de Jésus-Christ. Voilà différents éléments qui nourrissent un peu ma pensée et ma vie de prière. Et puis ensuite, pour commencer ma journée, déjà gérer et organiser ma journée donc voir les mails les plus urgents pour les dégager de ma préoccupation, organiser ma journée avec des tâches nécessaires qu’il fallait recenser pour être sûr que je n’étais pas en retard; donc, à la fin de la journée, il fallait les avoir accomplies, et puis j’essayais, dans la mesure du possible, de passer mes matinées à la préparation des études, des conférences et des messages et puis, je gardais l’après-midi et les réunions possibles entre midi et deux pour, soit rencontrer mes amis non-chrétiens qui voulaient qu’on discute, ou qui voulaient des études-découvertes de la Bible, soit pour l’après-midi des rendez-vous personnels, des réunions avec mon groupe de croissance, ou avec des gens qui souhaitaient me voir pour différentes choses, ou bien des réunions pour l’organisation de projets, réunions d’équipe, de staff puisqu’on avait le privilège de travailler dans un contexte de staff.

Il y a nécessairement, toujours, beaucoup d’administratif, que ce soit la gestion des mails maintenant qui devient peu gérable, tellement c’est un flot continu de demandes et d’informations. Faut quand même essayer de le gérer au mieux, le dispatcher, rendre le plus possible les mails aux personnes qui sont responsables de gérer certains aspects du ministère. Une partie du travail du pasteur est de savoir, si possible, déléguer les tâches qui ne sont pas de son ressort ou qui ne sont pas de sa priorité. 

J’ai dû réaliser que je n’étais pas très bon en relation d’aide et que ce n’était pas là où je devais investir mon temps. Je me suis beaucoup investi au début de mon ministère. J’ai fait beaucoup d’erreurs, j’ai réalisé pas mal de choses sur ce qu’étaient mes forces et mes faiblesses, et donc je me suis le plus possible concentré sur ce qui était, me semble-t-il, mes trois dons principaux, les trois appels principaux que je pouvais discerner dans mon chemin. Le premier c’était mon rapport avec les non-croyants, je ne pense pas être un évangéliste, mais je crois que l’évangélisation est très haut dans mes priorités, dans mon souci, peut-être dans mes capacités; j’ai beaucoup de joie à partager l’évangile, à passer du temps avec un non-chrétien qui aurait des questions la-dessus. J’ai aussi des amis non-chrétiens simplement pour être ami avec eux, mais ça fait vraiment partie des choses un peu centrales pour mon ministère et mon appel. 

Deuxièmement l’enseignement, la prédication en tous cas; alors ça dépend à qui tu demandes, certaines personnes ne me trouveront pas très très doué dans cela, mais en tous cas, c’était un appel fort pour pouvoir le développer dans mon travail de pasteur. 

Et puis troisièmement, un peu de ce qui était du leadership, là encore avec une forme qui était la mienne, on n’est pas tous des leaders identiques. Certains ont trouvé que c’était approprié, d’autres ont trouvé qu’il était excessif, d’autres qu’il n’était pas suffisamment fort ou exprimé. Le ministère c’est une pâte humaine. Dieu nous utilise tels que nous sommes avec nos forces et nos faiblesses, et j’ai essayé d’être optimal, pas toujours avec succès, parfois avec succès dans la manière de gérer ce temps et les projets que j’avais devant moi dans l’église.

J’ai utilisé le passé parce que pendant plus de 20 ans, j’ai été pasteur d’une église à Villeurbanne, et puis une série de circonstances m’ont fait réaliser que peut-être il fallait que je passe la main à quelqu’un d’autre, quelqu’un d’autre qui aurait la vision de mener l’église plus loin, de donner une autre dimension à  son développement. 

Donc j’ai informé l’église que je ne restais pas plus d’un mandat supplémentaire, dans notre église, ce sont des mandats de 5 ans et que ce seraient mes derniers 5 ans et quelques 6 mois plus tard, j’ai reçu l’invitation d’une mission, la mission Encompass avec laquelle nous sommes en partenariat dans notre union d’églises, pour assumer un travail missionnaire, et donc maintenant j’apprends un autre métier en quelque sorte, qui est le travail de coordination d’une équipe missionnaire formidable qui travaille dans différents coins du monde. Bref, c’est une autre question.

Donc, tu peux réaliser en tous cas que ça fait pas mal d’heures, et que il y a souvent trop de travail à faire pour le temps qui est disponible, et l’exhortation que je pourrai faire pour terminer ce podcast, c’est de vraiment faire attention si tu es dans le ministère, et si tu es notamment dans un ministère très prenant, de dégager suffisamment de temps pour ta famille. 

Alors, avec Lorie on avait décidé et on a gardé ça vraiment de façon très très stricte, que nous aurions une soirée en famille non négociable. Une soirée,  bien sûr quand il y a un décès ou autre on peut comprendre les exceptions, mais en dehors des situations catastrophiques exceptionnelles, vraiment, il y avait une soirée par semaine qui était une soirée de famille, de jeux. On profitait du temps que nous avions pour voir un film éventuellement, jouer à des jeux de société, rire avec nos enfants, enfin créer du lien familial avec nos enfants, et puis un jour de congé là encore non négociable : téléphone débranché; heureusement, il n’y avait pas de mails à l’époque, ni de téléphones portables, mais l’église a été vraiment super, à comprendre cela, j’ai très rarement été dérangé le mercredi. 

Mardi soir, c’était le jour de soirée de famille, mercredi c’était le jour avec les enfants et on faisait plein de choses, mais vraiment consacrées aux enfants c’est à dire que c’était pas simplement une journée à la maison où on fait le ménage, je sais pas, où on fait les courses mais on fait des choses qui créent du lien, qui créent de l’affection, qui créent de l’amitié, qui créent des zones de détente, de partage, des temps d’enseignement aussi, formels ou informels, plutôt informels dans notre famille, on n’a jamais su vraiment être très bons avec un culte familial. Il y a des raisons très personnelles à cela : ni Lorie ni moi ne venons de familles chrétiennes où ça faisait partie de nos exemples, et puis chaque fois que j’ai voulu l’organiser, ça se terminait un peu en imposition difficile à gérer. Je me suis dit que ça ne donnait pas une notion très joyeuse au culte familial. Alors je trouve que c’est formidable quand les familles peuvent le faire paisiblement. 

Chez nous on a instruit nos enfants un peu autrement, on a choisi d’individualiser les choses, on lisait une histoire avec chacun avant de dormir, sur la Bible, on discutait, on priait avec et puis surtout, on saisissait toutes les opportunités qui nous étaient données de témoigner et d’attester de ce que nous trouvions dans l’Ecriture. Soit on était à observer quelque chose de magnifique, on observait combien la Création était belle, intelligente, soit on était confrontés à une difficulté, parfois on demandait, souvent, on demandait pardon parce qu’on avait eu un mot de travers, parfois on essayait d’utiliser les conflits qu’ils avaient les uns avec les autres, ils avaient nos gènes, nos enfants, ils ont nos gènes, et  aussi nos péchés et donc, ces jours là on essayait de montrer par quels principes on pouvait résoudre les conflits, des problèmes, des jalousies, des ambitions différentes et apprendre à devenir serviteurs les uns des autres. 

Cette journée, pour nous, c’était central, c’était un pivot, alors c’est un peu décalé avec la question que tu poses, mais c’était un pivot et je t’encourage, si tu es dans le ministère et que tu te sens submergé par des tas d’activités, des tas d’exigences, de privilégier ce temps en famille.

Quand les enfants sont devenus ados, c’était plus difficile parce que, d’abord ils avaient souvent cours le mercredi et puis ils avaient peut-être moins envie de passer du temps avec les parents, donc à ce moment là on a inventé d’autres choses, je faisais des sorties intentionnelles avec notre fils et l’une de nos deux filles pour passer du temps vraiment avec elles, leur montrer combien chacun était important, discuter de tout et de rien, de leurs joies et de leurs difficultés, et de créer ce lien. Mais c’est particulièrement important si tu es dans un environnement très prenant au niveau professionnel, au niveau du ministère. 

Et de pouvoir leur communiquer verbalement cette priorité, parce qu’on ne regrette jamais d’avoir passé du temps avec nos enfants, et on peut regretter le temps du ministère parce que le ministère est une activité de service pour Christ, mais c’est aussi une profession, et ça peut devenir une idole en tant que telle. Nous devons aimer Jésus, pas le ministère et j’ai dû l’apprendre à mes dépens parce que j’ai souvent, je crois, inversé les priorités. Et de réaliser qu’on ne trouve aucune validation auprès de Christ à passer du temps dans le ministère. 

Nous sommes pleinement acceptés en Jésus-Christ à cause de son sang et nous le servons par gratitude et nous devons utiliser le temps qu’il nous accorde pour ce service avec sagesse mais uniquement par gratitude et aucunement avec une arrière-pensée de mérite quelconque. Ce n’est évidemment pas le cas.

Voilà, alors après, les priorités que l’on doit donner vont dépendre comme je l’ai dit des circonstances et de ses qualifications, et ce que j’espère en tous cas c’est que ce petit exemple très modeste où il y a  eu beaucoup d’erreurs et en même temps beaucoup de joies t’aidera à réfléchir sur ta propre trajectoire personnelle, là où tu dois investir le plus possible, le plus correctement tes dons, tes ambitions, ton orientation et là où tu dois laisser tomber pour laisser à d’autres le soin de le réaliser.

J’espère aussi que ça te montre que le temps c’est un sacrifice, voilà c’est entre 50 et 60 heures un ministère, souvent, par semaine, et qu’à cause de cela, tu dois veiller à prendre soin de ton épouse, prendre soin de tes enfants, privilégier ces temps qui font qu’on construit quand même quelque chose, et maintenant que nos enfants sont tous partis de la maison, on doit apprendre avec Lorie, mon épouse, à trouver ces temps en plus qui font que nous ne devenons pas un peu deux personnes sur deux trajectoires différentes, mais qu’on a bien une même trajectoire commune dans le service. Et même si c’est pas ensemble dans le service puisque ma femme a d’autres activités que les miennes, que nous puissions rester de cœur ensemble par rapport à ce service. [Voilà !]

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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