Peut-on adorer le Jésus terrestre ou seulement sa nature divine? (Épisode 160)

Jésus, pleinement homme, pleinement Dieu. Ce mystère suscite un bon nombre d'interrogations, dont en voilà un exemple. Florent Varak apporte un éclairage biblique et pertinent sur cette question de l'adoration du Christ.

Un Pasteur vous répond existe aussi en vidéo :

Rendez-vous chaque semaine pour un nouvel épisode d’un Pasteur vous répond : le podcast où la Bible répond à vos questions.

Si vous aimez le podcast, nous serions très reconnaissant que vous preniez 15 secondes pour laisser une note sur iTunes (cf. ici pour voir comment). C’est le seul moyen de le faire remonter dans le classement des podcasts "Religions" (et donc attirer d’autres publics).

Retrouvez tous les épisodes d’Un Pasteur vous répond sur :

Comment s’abonner au podcast ?

Vous ne savez pas comment vous abonner au podcast sur votre téléphone ? On y a pensé ! Découvrez un mini tutoriel vidéo ici.

Vous voulez poser une question ?

Posez votre propre question pour un pasteur en cliquant ici.

Transcription :

"Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont mises à disposition mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. N’hésitez cependant pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Merci d’avance."

1PVR 160 : Peut-on adorer le Jésus terrestre ou seulement sa nature divine ?

La question est posée :

Bonjour, en lisant des livres de théologie biblique, je me suis un peu embrouillé au sujet de la nature du corps de Christ. Christ est à la fois homme et Dieu, peut on considérer la chair (le corps) de Jésus comme divine ? Peut on adorer Jésus puisqu’il est aussi humain comme nous ? Ou faut il adorer uniquement la nature divine de Jésus, en excluant tout ce qui ne serait pas divin en lui comme son corps ? Merci beaucoup. Quelques podcasts sur l’union entre le divin et l’humain en Jésus seraient très utiles, c’est un sujet délicat à comprendre. Très fraternellement et merci pour votre travail pour l’affermissement des saints.

Alors, écoute, merci ! C’est une très très belle question de théologie et particulièrement de christologie, c’est-à-dire de la doctrine de Christ. Comment comprendre l’union entre le divin et l’humain ? Certainement, le plus grand et le plus beau miracle de toute l’histoire de la rédemption, que le Dieu créateur se fasse homme, que l’infini se fasse fini. C’est quelque chose qui dépassera quelque part toujours notre compréhension et notre imagination. On ne peut se le représenter que approximativement avec les données de l’Écriture. On va regarder également comment, au fil du temps, l’église a formulé cette doctrine et cette question.

Ce podcast ne reprend pas vraiment la divinité de Jésus. Il y a déjà eu plusieurs podcasts qu’ils l’ont abordé. Je te propose de les écouter. Tu pourras te représenter, un peu, ce que la Bible dit à ce sujet :

– le numéro 7 : Si Jésus est Dieu, pourquoi est-il assis à la droite de Dieu ?

– le numéro 107 : Doit on croire que Jésus est Dieu pour obtenir le salut pour être sauvé ?

– le 131 : Jésus s’est il trompé en parlant d’Adam et Ève ? (On va regarder la nature de sa

connaissance, en tant que Dieu incarné)

– Puis enfin le 132 : Si Jésus est Dieu, pourquoi ne connaît-il pas le jour et l’heure de son retour ?

Peut-on adorer un Jésus incarné ? Peut-on adorer "le corps de Jésus" ?

Ce que j’observe, pour commencer par les données bibliques, c’est que Jésus a, de tout temps, était adoré.

On le voit, par exemple, dans l’Ancien Testament, si on considère que l’ange de l’Éternel reflète les apparitions de Jésus pré-incarné, du fils de Dieu pré-incarné. On voit qu’il reçoit, à juste titre, l’adoration de ceux qui sont témoins de ces manifestations.

Par ailleurs, Jésus a accepté l’adoration de son vivant. Il n’a jamais corrigé ce qu’ils ont adoré.

– C’est important de le noter parce que, dans l’Ancien Testament, on voit Daniel qui veut adorer un ange qu’il impressionne tellement et l’ange le corrige.

– On voit l’apôtre Pierre qui corrige Corneille qui se prosterne devant lui en disant : "Non, non, je suis qu’un homme."

– On voit l’apôtre Jean qui est tellement impressionné par un ange puissant qu’il se prosterne devant lui et l’ange le corrige.

Jésus ne corrige jamais ceux qui se prosternent devant lui. C’est déjà le cas avec les mages, mais là tu pourras rétorquer "il était un petit peu trop petit pour répondre", et c’est vrai. Mais Matthieu 8. 2 : "Un lépreux survint et se prosterna devant lui…". Proskuneo, en grec, c’est le même mot que le mot adorer. Se prosterner et adorer sont des synonymes, ou ce sont les mêmes mots qui se traduisent différemment selon le contexte.

Matthieu 14. 33 (lorsque Jésus calme la tempête) : les disciples (les apôtres) se prosternent devant lui. Ils reconnaissent sa divinité, quelque part.

Jean 9. 38, l’aveugle-né quand il comprend qui l’a guéri. Il dit : "Je crois, Seigneur. Et il l’adora."

Et puis je note que, même les esprits impurs se prosternaient devant lui. Matthieu 3. 11 : ils (les démons) conduisaient ceux qu’ils occupaient à se prosterner.

Jésus a accepté l’adoration de son vivant aussi après la résurrection. Jésus est adoré sans qu’il ne s’y oppose. Lorsque les deux disciples, ceux qui ont vu Jésus sur la route d’Emmaüs, quand ils le découvrent qui il est. "Pour eux, après l’avoir adoré, ils retournèrent à Jérusalem avec une grande joie." (Luc 24. 52)

Matthieu 28. 9. Les femmes qui se présentent au tombeau, voient Jésus, "elles l’adorèrent."

Et enfin Matthieu 28. 16-17 : "Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus avait désignée. Quand ils le virent, ils l’adorèrent."

Enfin, je note que, après son ascension et sa glorification en Apocalypse 4. 10 : les "vingt-quatre anciens" se prosternent devant celui qui est assis sur le trône, dont il est dit : "tu as créé toute chose et c’est par ta volonté qu’elles existent". Or qui "a créé toute chose" ? Colossiens 1. 16 est explicite : c’est Jésus qui est le créateur de toute chose. Apocalypse 5. 8, nous les voyons se prosterner devant l’Agneau.

Comme tu le vois, avant son incarnation, pendant son incarnation, après son incarnation, Jésus reçoit légitimement l’adoration.

Les précédents sont donc nombreux, et ça n’a absolument pas gêné les premiers chrétiens de le considérer ainsi.

Maintenant, comment est-ce que l’on peut comprendre cette notion ?

Nous parcourons un peu les Écritures et qu’est-ce que l’on voit ? On voit un Dieu qui existe de toute l’éternité, qui est engendré mais non créé, et il s’incarne. Et la Bible nous dit qu’il se dépouille. Il se dépouille de quoi ? Non pas de sa divinité, il se dépouille de la visibilité de sa divinité en quelque sorte, il se dépouille de sa gloire. Il prend chair humaine et, si on l’avait vu passer dans un magasin, on l’aurait croisé en pensant que c’est un voisin quelconque. Rien n’aurait attiré notre regard, c’est ce qu’ainsi, prophétise Esaïe 53. Il était totalement invisible dans sa gloire, dans son humanité.

Comment est-ce qu’on peut articuler cette humanité et cette divinité ? En un mot, et ça répond à ta question, il n’y a dans l’humanité et la divinité (personne de Christ), aucune confusion, ni changement, ni division, ni séparation. Ce sont des mots qui nous permettent d’articuler et de comprendre ce qui se passe dans l’incarnation.

Alors je cite Henri Blocher, théologien éminent, qui reconnaît en cela le bien fondé d’une formulation, qui a pris du temps à s’énoncer de cette manière, et que l’on retrouve sous le vocable du concile de Chalcédoine. C’est un concile qui a lieu en 451 ap. JC – là, je te plonge probablement dans un monde que l’on ne connaît pas beaucoup, qui est le monde de l’histoire de l’église, surtout chez les évangéliques. On n’est pas très familiers de ces notions. Mais il ne faudrait pas retenir que c’est une formulation tardive. C’est simplement une formulation qui a pris du temps à s’énoncer, mais qui reflétait la compréhension des chrétiens solides, attachés à l’Écriture. Voilà donc ce que Henri Blocher en dit : "Tirant profit des travaux de l’Orient et de l’Occident, les Pères de Chalcédoine sont parvenus à une formulation admirable d’équilibre, qui balise le territoire de vérité accordé par la révélation, et exclut nombre d’erreurs graves sans prétendre enclore toute la christologie."

Ce qu’il dit "toute la christologie" n’est pas dit dans cette formulation, mais elle reflète l’essentiel et elle évite pas mal d’erreurs.

Alors que dit le concile de Chalcédoine ? Je vais le citer, et je cite ce qui est dit en grec et traduit en français sur le l’excellent site du "leboncombat. fr", tenu par mon ami et collègue Guillaume Bourin. Donc je le cite… enfin je cite le site :

"Suivant donc les saints Pères, nous enseignons tous unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d’une âme raisonnable et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l’humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et pour notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l’humanité, un seul même Christ, Fils du Seigneur, l’unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des deux natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union, la propriété de l’une et l’autre nature étant bien plutôt sauvegardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase, un Christ ne se fractionnant ni se divisant en deux per- sonnes, mais en un seul et même Fils, unique engendré, Dieu Verbe, Seigneur Jésus-Christ, selon que depuis longtemps les prophètes l’ont enseigné de lui, que Jésus Christ lui- même nous l’a enseigné, et que le Symbole des pères nous l’a transmis."

Alors, tu décortiqueras ou bien tu relieras cette citation. Elle est un petit peu complexe, mais tu as la réponse, en fait, à ta question dans cette formulation : l’union du divin et de l’humain se fait sans confusion, sans changement, sans divisions et sans séparation.

Est-ce que la chair de Jésus, son corps donc, est devenue divine ? Nullement !

Est-ce que la divinité de Jésus est devenue humaine ? Nullement !

Mais Jésus est pleinement Dieu et pleinement homme. Et tu ne peux couper au scalpel entre les deux.

Tu te demandes s’il serait légitime d’adorer son corps. On ne peut pas dissocier Jésus de son corps ! Le seul moment où la question pourrait éventuellement se poser (mais je dis pas qu’elle se pose. Je dis "éventuellement pourrait se poser") serait entre sa mort et sa résurrection. La question pourrait peut-être être là, mais l’Évangile ne la formule pas ainsi, puisque les disciples étaient tellement stupéfaits de la mort du sauveur, qu’ils n’étaient pas dans une disposition d’esprit à comprendre ce qui se passait. Et puis bien entendu, les ennemis de Christ n’avaient aucune envie d’adorer Jésus.

On peut adorer Jésus dans son corps parce qu’on peut pas distinguer son corps. Tu ne peux pas dissocier le Jésus incarné du Jésus divin, ni adorer que le Jésus divin en éliminant ce qui est humain. Ce serait justement une incompréhension de la véritable nature de Christ.

Grudem, dans sa Théologie systématique (un livre que tu devrais avoir dans ta bibliothèque), page 619 nous dit ceci :

"Une fois que nous avons conclu que Jésus était pleinement homme et pleinement Dieu, et que sa nature humaine demeurait pleinement humaine et sa nature divine pleinement divine, nous pouvons encore nous demander s’il a certaines qualités ou propriétés d’une nature qui ont été données (ou" communiquées ") à l’autre. Il semblerait que oui. Premièrement, de la nature divine à la nature humaine. Parce que la nature humaine était unie à la nature divine dans la personne du Christ, elle est devenue, sans cesser pour autant d’être pleinement humaine, (a) digne d’adoration et (b) incapable de pécher, deux propriétés qui autrement n’appartiennent pas aux êtres humains. Deuxièmement, de la nature humaine à la nature divine. La nature humaine de Jésus lui a donné (a) la capacité de connaître la souffrance et la mort ; (b) la capacité d’être notre sacrifice substitutif, ce que Jésus n’aurait pas pu faire s’il n’avait été que Dieu."

Est-ce que tu vois un peu ce qui se passe ? J’espère que cela t’éclaire, et que cela répond à ta question, même si, évidemment, cela nourrit notre imagination. Mais alors, quand à se le représenter pleinement, c’est une dimension de foi, de mystère, d’émerveillement.

Je voudrais signaler, pour l’intérêt de ta question, qu’il y a eu, au fil des siècles aussi, des hérésies qui ont tenté de faire une synthèse un petit peu différente.

Par exemple, on a Apollinaire qui a voulu épater la galerie en projetant une visione trichotomiste de Jésus, c’est-à-dire que Jésus serait composé d’un corps, d’une âme et d’un esprit, et qu’il aurait affirmé qu’il aurait une âme ou un esprit divin. Donc ça lui permet de distinguer les choses, et Henri Blocher nous dit à son sujet que Jésus "n’est pas un être humain mais semblable à un être humain, puisqu’il n’est pas consubstantiel à l’humanité dans sa partie supérieure". Blocher cite là, Apollinaire.

La métaphore est de moi, elle sera bien limitée mais comment comprendre la position d’Apollinaire ? Il imagine que Dieu enfile un corps comme on enfile une chaussette. Ce n’est pas vraiment dans sa nature.

Nestorius est célèbre pour une perspective qui serait probablement davantage à créditer pour ses disciples, mais voilà, c’est lui qui porte le chapeau de cette hérésie. Il distingue trop nettement Christ en une personne : une personne humaine et une personne divine. Cette distinction est excessive dans sa compréhension.

Et enfin Eutychus qui représente une troisième tentative de synthèse erronée. Il enseignait que la nature divine avait absorbé la nature humaine, et créé une nouvelle nature et unique dans la personne de Christ. On appelle sa position monophysite.

Tu comprends donc, j’espère, qu’on ne peut pas vraiment séparer au scalpel le corps humain de Christ et sa nature divine. Jésus est pleinement homme, pleinement Dieu.

C’est d’ailleurs parce que Jésus est pleinement homme et pleinement Dieu qu’il est capable de sauver parfaitement ceux qui s’approchent de lui, parce qu’il est le pont parfait ! Il représente pleinement notre humanité devant le Père en son sacrifice, et il représente pleinement le Père à notre égal dans son incarnation. D’ailleurs, Jésus dira : "Celui qui m’a vu, a vu le Père." Donc c’est vraiment une doctrine assez extraordinaire.

Si tu veux approfondir le sujet de la christologie et si tu veux être émerveillé, un peu, en réfléchissant à différents aspects (parce que il y a beaucoup d’aspects qui sont liés à la doctrine de Christ), je te propose de lire l’excellent ouvrage de Mark Jones, qui s’intitule "Connaître Christ". Le titre est le pendant de celui de J. I. Packer, "Connaître Dieu". Il développe tout l’aspect de la personne et de l’œuvre de Jésus et il le fait, à la fois, de façon théologique, mais aussi de façon méditative et contemplative. C’est un livre qui va nourrir ton adoration et ton émerveillement sur la personne de Christ.

Je termine ce podcast sur cette réflexion, sur une citation de ce livre et je cite :

"Quelles sont les paroles les plus choquantes des Écritures ?" Il est presque impossible de répondre à une telle question, mais les paroles de Jean 1. 14 auraient figuré parmi les plus surprenantes pour un Juif du premier siècle. L’idée que Yahweh devienne chair était considérée comme un blasphème (Jean 10. 33). L’Incarnation est la plus grande merveille que Dieu ait jamais opérée. Dieu lui-même n’aurait pas pu faire une œuvre plus difficile et plus glorieuse et aucune créature n’aurait pu l’envisager. Certains ont appelé l’Incarnation, à juste titre, le miracle de tous les miracles. Le théologien irlandais James Ussher l’a traité de "sommet de la sagesse, la bonté, la puissance et la gloire de Dieu". Pour reprendre une expression de Thomas Goodwin, quand le Fils a pris chair, "Le ciel et la terre se sont rencontrés et ils se sont embrassés, à savoir, Dieu et l’homme."

Merci encore de ta question et j’espère que ces quelques réponses ont permis de clarifier cette perspective.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

Articles pouvant vous intéresser

>