Est-ce que je peux prendre la pilule ou mettre le stérilet?

La contraception est un des sujets que l’on a brièvement traité lors de notre webinaire sur l’éthique biblique. L’épisode 29 revient sur le sujet en répondant à la question d’une lectrice du blog, qui demande: « Est-ce que je peux prendre la pilule ou mettre le stérilet? Je ne serais pas en désaccord avec Dieu? » Florent Varak nous rappelle le cadre biblique de la question avant d’y répondre et nous faire une révision de la formation du Dr. Rébeillé-Borgella.

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La question est posée : est-ce que je peux prendre la pilule ou mettre le stérilet ? Je ne serai pas en désaccord avec Dieu ?

Je ne suis pas un médecin et je ne suis pas un spécialiste d’éthique ni de bioéthique, mais j’ai eu la joie de participer à un webinaire que toutpoursagloire.com a organisé sur le thème de l’éthique. C’est assez frais dans ma mémoire, j’ai eu la joie d’accueillir mon ami le médecin Vincent Rébeillé-Borgella qui a abordé l’éthique de façon succincte et rapide pour pouvoir justement évoquer déjà, et peut-être plus en profondeur que je le ferai ici, la réponse à cette question. Alors, pourquoi j’en parle de nouveau dans ce podcast ? Parce que déjà les publics sont différents, entre ceux qui suivent le Webinaire et ceux qui suivent le podcast, et il me semble que la question est vraiment pertinente, vraiment importante et je ne voudrais pas qu’on puisse ignorer ce qu’il se passe vraiment dans les deux méthodes qui sont abordées ici.

Alors dans la question : pilule ou stérilet, il y a déjà la question : Est-ce que c’est légitime d’utiliser un moyen de contraception tel que la pilule ? Il me semble que la question est encadrée dans un seul verset de l’écriture. C’est vraiment fascinant, parce que c’est un verset fondationnel de la vie de couple, de la vie dans la société. Dans Genèse chapitre 1 verset 28, Dieu bénit et dit à ce premier couple : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre ». Cette perspective invite chaque couple à être généreux, lorsque c’est possible, dans l’accueil d’enfants que la providence, la nature, Dieu, pourraient leur accorder. Et je pense que c’est important de se souvenir que les enfants sont un cadeau de Dieu. C’est ce que le psaume 127.3 nous rapporte. On voit combien Jésus était proche des enfants, combien il a voulu les bénir, les entourer, les accueillir, les valoriser à une époque où ils étaient plutôt considérés comme une quantité négligeable, éventuellement un produit futur pour le travail de la ferme… il n’y avait pas le même souci que l’on peut avoir aujourd’hui pour un enfant. Et à une époque où c’est difficile d’accueillir et d’élever des enfants, c’est onéreux, ça va avoir beaucoup de conséquences sur les logements, sur les voitures… Dans la civilisation occidentale, c’est une question qui devient presque problématique. Je crois qu’il faut garder cette perspective qu’un enfant c’est un cadeau. Il y a des couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants et c’est cruellement douloureux de ressentir ce manque. Je crois que c’est bien de remarquer que quand Dieu invite à remplir la terre, il faut aussi voir cette dimension positive et généreuse d’accueillir de nombreux enfants (quand je dis nombreux, c’est ensuite à corréler avec ce que je vais dire dans la suite). Je connais d’ailleurs des parents qui ont fait le choix d’accueillir autant d’enfants qu’il sera possible biologiquement d’accueillir. Je ne suis pas nécessairement d’accord avec cette perspective, en tout cas, je ne pense pas du tout que ce soit la perspective ou la seule perspective qui soit possible selon l’Écriture. Mais je veux remarquer que c’est au moins une perspective possible, et qu’il ne faudrait pas juger trop rapidement ceux qui décident de ne pas utiliser de moyens contraceptifs. Bien sûr, ce n’est pas là le choix d’un homme ou d’une femme; c’est le choix d’un couple qui va cheminer dans sa réflexion et en supporter les bénédictions et les difficultés. J’ai entendu parler d’une famille aux États-Unis qui a été suivie dans un talk-show, qui a cheminé pendant plusieurs années, et qui a accueilli 19 enfants. Bien sûr, c’est quand même assez exceptionnel dans une vie de femme, dans une vie de famille de pouvoir accueillir 19 enfants. C’est aussi, si on choisissait une telle perspective le risque auquel on pourrait s’exposer en tant que couple.

Mais le verset de Genèse 1.28 continue avec cette autre partie : « et soumettez-la », soumettez cette nature, dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel etc. Donc je relis le verset : « Dieu les bénit et Dieu leur dit : soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la ». C’est intéressant, parce que ça veut dire que les êtres humains sont sur cette terre un peu comme les représentants de Dieu, un peu comme ceux qui doivent régner de la part de Dieu. Ils sont à son image, ils le reflètent, ils le représentent et ils agissent quelque part en son nom. À partir du moment où nous avons ce mandat, on doit réaliser que l’être humain doit contraindre la nature à sa volonté en partie du moins, à ses projets, doit la gérer correctement, doit s’impliquer dans cette nature avec sagesse. Et donc, il me semble légitime qu’un couple, qu’une famille réfléchisse à la capacité qu’elle a de recevoir des enfants. Dans certains pays, c’est souhaitable et désireux d’avoir beaucoup d’enfants, pour des contraintes économiques ou des opportunités économiques ou bien parce que c’est plus facile de le faire. Dans d’autres pays, ce sera plus difficile, parce que la santé de la maman peut être en question, ou la santé du mari, futur père également. Donc tous ces facteurs doivent être intégrés, et il me semble sage, ou possible du moins, de pouvoir exercer une domination sur la nature qui pourrait faire que l’on ait jusqu’à 19, 20 ou plus d’enfants (j’ai pas consulté le livre des records pour savoir où ça en est de ce côté-là). Exercer une contrainte sur un processus naturel tel que l’enfantement, l’engendrement de la vie, ça me semble légitime. Alors, quand on parle de contraception, on parle de ce qui empêche la conception. C’est-à-dire ce qui empêche la semence d’un homme et la semence d’une femme de se réunir pour former une vie nouvelle. On ne parle pas ici de ce que l’on fait une fois que la vie est créée, auquel cas ce n’est plus de la contraception mais des méthodes abortives et la Bible a d’autres considérations sur ce sujet.

Donc si je comprends bien Genèse 1.28 et la pensée générale de l’écriture, il me semble légitime de pouvoir agir sur ce processus de conception et de pouvoir l’empêcher. Et dans cette liste, mon ami le médecin me disait : la pilule, les préservatifs, les crèmes spermicides, les méthodes naturelles sont des moyens légitimes de contraception, légitimes au regard de l’éthique biblique. Il existe, par contre, des méthodes qui sont faussement présentées comme des méthodes de contraception. Ce sont des méthodes qui empêchent la nidation d’un fœtus formé. C’est-à-dire qu’une fois que les semences d’un homme et d’une femme se sont rencontrées et ont formé un embryon, ces méthodes empêchent cet embryon de s’accrocher au corps de la maman et d’évoluer jusqu’à la naissance d’un enfant qui respire. On ne parle pas là strictement de contraception mais on parle d’avortement. On expulse une vie qui vient d’être créée, qui serait potentiellement viable et qui pourrait naître et vivre une vie normale. Dans cette liste-là, je ne suis pas exhaustif, on trouve la pilule du lendemain et le stérilet, qui font partie de ces méthodes. Il y a une grande différence entre la pilule et le stérilet. La pilule empêche la conception, le stérilet empêche la nidation et donc ne permet pas à une vie déjà créée d’évoluer jusqu’à son terme. Pourquoi c’est important de faire cette différence et d’y réfléchir en tant que femme, homme, parent ?  Parce que la Bible semble montrer que la vie commence dès la conception. D’ailleurs, en embryologie, on parle d’une explosion de vie dès la rencontre des 2 gamètes. C’est un processus, un continuum qui ne connaît pas vraiment d’étapes faciles ou complètes qui permettraient de saucissonner cette progression, depuis cette cellule jusqu’à l’être humain. Je vous lis quelques versets que je trouve touchants et bouleversants; ils nous montrent un peu la manière dont la vie existe aux yeux de Dieu, au sein même du corps d’une femme. Dans le Psaume 139 par exemple, David s’émerveille et dit « C’est toi qui as formé mes reins, Qui m’as tenu caché dans le sein de ma mère. Je te célèbre; car je suis une créature merveilleuse. Tes œuvres sont des merveilles, Et mon âme le reconnaît bien. Mon corps n’était pas caché devant toi, Lorsque j’ai été fait en secret, Tissé dans les profondeurs de la terre. Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient; Et sur ton livre étaient tous inscrits Les jours qui étaient fixés, Avant qu’aucun d’eux (existe)». Job en parle de manière toute aussi touchante dans le chapitre 10, verset 8 : “Tes mains m’ont façonné, elles m’ont fait tout entier (…) Ne m’as-tu pas coulé comme du lait ? Ne m’as-tu pas caillé comme du fromage ? Tu m’as revêtu de peau et de chair, tu m’as tissé d’os et de nerfs ; Tu m’as accordé la vie et la bienveillance, Tes soins m’ont conservé le souffle. ». Là encore, on a ce sentiment que la vie existe alors que l’être humain se développe dans le corps d’une femme. Et je remarque que, dans le Nouveau Testament, le même terme « brefos » est utilisé, un terme qui veut dire enfant ou fœtus, un enfant dans le sein de sa mère. C’est le même mot qui est utilisé pour l’enfant qui est dans le corps de sa maman comme pour l’enfant qui  est à l’extérieur de son corps. Tu pourras consulter Luc 1.41, Luc 2.12, 2 Timothée 3.15 pour voir comment ces termes s’appliquent à des situations différentes. Alors, si la question est posée et que vous avez choisi en tant que couple ou parents d’opter pour un stérilet, j’imagine que ce que je viens de dire est un choc et que vous allez envisager des changements. En tout cas, je vous invite à y réfléchir très solennellement, très sérieusement, au regard de ce que la Bible dit du commencement de la vie. Et je voulais aussi souligner, et ça c’est l’une des grandes forces du propos de Vincent dans le webinaire, c’est que l’éthique biblique possède quand même 4 points de référence : l‘Écriture, la seigneurie de Christ et, pour ceux qui se réclament de Jésus et le considèrent comme le maître, l‘éthique est centrée sur l’amour de Dieu et l’amour du prochain, et c’est aussi une éthique de grâce.

Je voudrais rester sur cette notion d’éthique de grâce qui fait qu’on est parfois confrontés à nos manquements devant les exigences de Christ ou les exigences de la Bible. Cela nous fait de la peine de constater que nous ne sommes pas à la hauteur, que nous avons péché, que nous avons transgressé des lois qui sont quand même assez importantes, des lois de vie et de mort. En cela, quand on le réalise, Dieu nous invite à venir à la croix, à venir reconnaître les choses telles que Dieu les voit pour recevoir de sa part un plein pardon, une grâce, un accompagnement, un relèvement. Et donc, en soulignant ce que je viens de dire de l’éthique de la contraception, je voudrais aussi souligner qu’il y a une éthique de grâce pour ceux et celles qui reconnaissent leur besoin de pardon. Voilà, j’espère que ça t’a un peu éclairé. Si tu veux plus de détails je te recommande de lire le livre de Wyatt qui s’intitule Questions de vie ou de mort, un excellent ouvrage de bioéthique. Il aborde beaucoup plus de questions que celle à laquelle je viens de tenter de répondre en quelques minutes, et c’est l’ouvrage de référence sur la question. Il aborde toutes les questions de bioéthique, de contraception, d’avortement et puis tout ce qui tourne autour de ces problématiques, conception assistée (PMA)… Tu pourras consulter l’avis d’un spécialiste qui est très bien référencé et approche ses problématiques sous différents angles.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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6 thoughts on “Est-ce que je peux prendre la pilule ou mettre le stérilet?

  1. Yan dit :

    Bonjour, je suis moi-même médecin et chrétien et j’ai récemment travaillé cette question des méthodes contraceptives et contragestives (ou abortives). Je pense qu’il faut préciser et nuancer la question du stérilet. En effet, certains stérilets intègrent une hormone (un progestatif) dont l’action est principalement contraceptive (suppression de l’ovulation 50% des cas, suppression des pics et FSH et LH, action sur la glaire cervicale, diminution de l’activité ciliaire dans les trompes…désolé pour les termes techniques !). Par ailleurs, des nouvelles données de la science amènent à penser que les stérilets au cuivre (sans hormones) auraient plus une action contraceptive que contragestive par toxicité directe des ions cuivre, présents dans les sécrétions vaginales, sur les spermatozoïdes. Ceux-ci seraient alors dans l’incapacité d’atteindre l’ovule. Dans ce cas, il n’y a pas d’avortement, car pas de fécondation…Mais parfois, les spermatozoïdes arrivent tout de même à atteindre l’ovule, alors ce sera l’action anti-nidatoire (abortive) du stérilet qui empêchera la suite de la grossesse. Ces données brouillent les cartes car le stérilet peut empêcher une grossesse par une action contraceptive (alors en phase avec l’éthique biblique) ou contragestive. Alors que faire ? De mon point de vue, privilégier les méthodes contraceptives pures et éviter, autant que faire se peut d’utiliser le stérilet, dans le doute.

    1. Valérie dit :

      N’y a t il pas AUSSI la plupart des pilules classiques (autres que du lendemain) qui agissent de manière abortive ET contraceptive empêchant ľovulation la plupart du temps ET la nidation au cas où il y ait eu ovulation quand même?

      1. La Rébellution dit :

        Bonjour Valérie !
        En effet, c’est un point très important. Je suis assez surpris de voir Florent classifier toutes les pilules comme non-abortives.
        Sur la Réb, il y a un article qui va un peu plus loin (http://www.larebellution.com/2013/02/19/du-caractere-sacre-de-la-vie-debut-de-vie-contraception/), mais si quelqu’un a des données récentes sur le sujet, ce serait effectivement super utile !

  2. Christophe Bernard dit :

    Pourquoi ne pas être contre la contraception comme les catholique, est-ce Dieu qui contrôle la famille ou l’homme?

    1. Vincent Rébeillé-Borgella dit :

      Question très intéressante. L’église catholique est pour la régulation des naissances par des méthodes naturelles (catéchisme de l’église catholique 2368) mais contre la contraception avec les moyens artificiels( 2370).
      (http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P81.HTM)
      La question sous jacente est donc la signification de la sexualité corporelle dans le couple. Elle peut être relue à l’éclairage de 1Co7:5.
      Et comme dans toute question éthique, la décision finale appartient à celui qui va agir. En l’occurence ici le couple et sa capacité à gérer cet aspect dans la relation à l’autre.

    2. Florent Varak dit :

      Bonjour. avez vous pu écouter le podcast? « Dominer sur la nature » (Gen 1-2) peut il inclure le choix du moment d’accueillir un enfant? Ou une femme fertile doit elle consentir à accepter jusqu’à 15 ou 20 enfants? Je pense que le choix de « laisser Dieu » contrôler est possible. Je pense aussi que celui d’être intentionnel également, à condition que cela ne conduise pas à une action qui termine une vie commencée…

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