Quelle est la juste place de la musique dans l’église? (Episode 70)

Dans l'épisode 70, Florent Varak répond à une question sur la place de la musique dans le culte, qu'on confond trop souvent avec la louange. Il fait le point biblique sur le sujet, puis explique pourquoi la musique reste la forme de louange la plus adaptée au culte chrétien.

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La question est posée : « Bonjour, musicien et accompagnant les chants depuis de nombreuses années, je me pose la question de la juste place que doit accorder l’église à la musique, d’après les données bibliques, au-delà du fait que le terme louange pourrait presque devenir, malencontreusement dans le vocabulaire, un synonyme de musique instrumentale, et qu’il faudrait un groupe de musique ou un groupe de louange pour exprimer sa louange à l’assemblée.

Je note que le Nouveau Testament est discret sur les instruments de musique pour exprimer ses louanges à Dieu. Peut-être Ephésiens 5.19, Colossiens 3.16 qui parlent des psaumes qui sont instrumentaux, passage de Matthieu 11.17 ayant un contexte différent. Tous les autres passages parlant de chants qui seraient « a cappella », Matthieu 26.30, Jacques 5.13, Apocalypse 5.9 et 15.3. Deuxièmement, sauf erreur, quand Dieu a institué le culte et donné toutes ses directives divines, il n’y avait pas d’instruments de musique, et que c’est le roi David, musicien convaincu et compositeur, qui a pris l’initiative de fabriquer et d’amener des instruments de musique dans le temple, et même de confier à certains lévites, la responsabilité de faire le service devant l’arche de l’Eternel (1 Chroniques 16.4 et 22.1, 2 Chroniques 7.6). Et enfin, si David avait été peintre virtuose au lieu d’être un musicien, aurait-on aujourd’hui des groupes de louanges de peintures dans nos églises ? Merci beaucoup d’avance si ce sujet peut être traité. »

Alors, il y a beaucoup de questions dans la question, merci en tout cas de l’avoir posée, et je dois l’aborder en quelques minutes, donc je suis conscient que cela va être un survol trop rapide. Mais il faut distinguer les éléments prescriptifs, des éléments descriptifs. Quels sont les écrits, les éléments prescriptifs qui définissent notre devoir ou en tout cas, ce qui est attendu de nous en tant qu’assemblée ?

Effectivement, tu as bien repéré les textes les plus importants et notamment celui qui est emblématique de notre préoccupation, c’est en Colossiens 3.16 où nous lisons : « que la Parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et avertissez-vous les uns les autres en toute sagesse, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels et chantez pour le Seigneur de tout votre cœur, sous l’inspiration de la grâce. »

Ce que nous dit ce verset, c’est que chanter a pour fonction de s’instruire réciproquement, et là ça va avoir des conséquences sur pas mal de choses que je vais évoquer plus tard. On se rappelle les uns les autres, les vérités chrétiennes par le chant.

Le chant est donc un support, une manière d’enseigner. Il est impératif que le chant ait un contenu juste, bibliquement. D’ailleurs, les anciens de notre église ont éliminé certains chants de certains recueils, parce qu’ils étaient théologiquement faux, et que ce n’était pas juste de les chanter ou de donner cette leçon de vie spirituelle par ce chant, parce que la leçon était fausse. Un commentateur détaille ainsi la différence qui est évoquée entre les hymnes et les chants spirituels et il écrit, c’est Lan Ski : « Le mot hymne avait au début une forte connotation païenne, car il était employé pour désigner les chants de louanges adressés à des divinités ou à des hommes déifiés dans un sens chrétien, ce terme est donc une composition poétique non inspirée dédiée à la louange de Dieu ou de Christ, destiné aux chants. Le terme grec d’ode possède un sens plus vaste et s’applique à tous chants ou poèmes religieux ou séculiers. Il est donc placé en dernier et  nécessite la qualification du spirituel pour les distinguer des chants païens. »

C’est intéressant, parce qu’on voit que finalement, la prescription de chanter emprunte un vocabulaire qui est un vocabulaire issu à la fois de la musique païenne, et aussi de la musique religieuse non chrétienne, et qu’il y a une diversité à avoir dans le type de musique que nous chantons dans l’église.

Mais je remarque un autre aspect dans Colossiens 3.16, c’est qu’il s’agit de « chanter de tout son cœur selon l’inspiration de la grâce », et là, ça reflète une certaine manière de chanter et de célébrer qui est forcément relative, pour que mon cœur qui est mon être intérieur ( ce n’est pas simplement le siège des émotions, comme on le voit en occident aujourd’hui), mais que, pour que mon être intérieur, mon être central soit ému par le chant, porté par le chant, soutenu, que mon intelligence soit nourrie, c’est-à-dire, par le chant, il faut absolument que ce chant reflète des codes musicaux qui me correspondent et qui correspond donc plus ou moins à notre culture. Il y a une dimension culturelle, qui est à prendre en compte dans ce que doit être la musique chantée dans l’église.

Voilà pour les éléments prescriptifs et effectivement, on a des éléments ensuite descriptifs que tu as bien noté, qui sont de l’ordre de ce que des croyants ont fait dans l’histoire de l’église, dans l’histoire d’Israël.

Et tu cites à juste titre, ces récits historiques qui montrent l’ajout des instruments de musique (Chroniques), mais que l’on retrouve aussi dans les psaumes presque comme s’ils étaient descriptifs. Par exemple le Psaume 105.2 nous dit : « Chantez en son honneur, jouez de vos instruments en son honneur, célébrez toutes ses merveilles » et donc, dans cette dimension-là, je suis appelé à utiliser ma créativité, pour pouvoir soutenir, souligner ce que je dis doctrinalement, ou ce que j’enseigne doctrinalement par les chants.

Nous sommes donc invités à faire de la musique. La musique en elle-même, n’est pas la louange, ou alors dans un sens de méditation, parce qu’à ce moment-là, beaucoup de choses sont louange. Les Psaumes disent que le silence est louange.

C’est pas l’habitude, ce n’est pas comme ça qu’on a l’habitude de vivre nos cultes. Dès qu’il y a un moment de silence, on est un peu embarrassé. Le silence peut être un temps de louange au regard de Dieu, parce qu’à l’intérieur de notre cœur, il y a une contemplation. Est-ce que la musique peut l’apporter ? Je ne vois pas nécessairement de contradictions à ça, parce qu’on a notamment dans les paumes, les temps de pause, et il est vraisemblable que ces pauses étaient des temps où il y avait un solo musical.

La musique en elle-même n’est pas louange, mais elle est extraordinaire pour la louange. Parce qu’on retient mieux une vérité qu’on chante, du moins certaines personnes, parce qu’elles sont capables de mémoriser facilement des chants, et puis de se les rechanter, donc de se les redire. On est porté émotionnellement par le chant, et lorsque la volonté flanche, c’est souvent le chant qui nous tient et nous rappelle. On peut chanter quelque chose pour nous fortifier, c’est d’ailleurs pour cela que, d’un point de vue séculier, certains soldats partent en guerre en chantant, parce que ce n’est pas qu’ils sont nécessairement joyeux de partir en chantant, mais ils se donnent du courage.

L’émotion soutien la volonté et l’engagement rationnel et de l’être humain. Et puis, il y a une dimension collégiale : ensemble on est entraîné, on vit une relation à Dieu qui est plus communautaire par le chant. Je suis invité à louer Dieu par le chant et la présence d’instruments de musique, à mon sens, ouvre un espace culturel extraordinaire pour aider à exprimer la louange pour la soutenir, pas simplement par des paroles justes et vraies, mais aussi par une musique qui soit belle, et que je reconnaisse en tant que tel. Ça suscite bien sûr des questions d’équilibre aux frontières de : comment on fait pour bien le gérer et ça prendrait un livre pour y répondre pleinement.

Tu parles dans ta question d’autres arts dans le culte, tu te demandes si David avait été peintre, est-ce qu’on aurait fait des peintures ? Ça m’a vraiment amusé en réfléchissant à ta question. Bien sûr, on peut répondre en se disant que dans la providence de Dieu, Dieu a conduit David à être musicien, et non peintre, et Dieu savait ce qu’Il faisait.

Et je crois que cela a du sens, parce que c’est difficile de peindre ensemble ; enfin tu imagines des grands peintres de différents siècles peindre ensemble, ils s’étriperaient. En fait, remarque c’est un peu le cas de différents musiciens qui joueraient ensemble. Mais, c’est plus difficile de peindre ensemble, toute une assemblée qui peindrait ensemble, on perd l’aspect communautaire alors que c’est possible par le chant.

C’est moins possible par la peinture. D’autre part, les prescriptions et les exemples sont liés à la musique par la peinture. Ce qui est sage de la part de Dieu, parce qu’on a des éléments qui deviennent  non pas obligatoires dans le sens de loi, mais qui deviennent vraiment importants dans le culte, et les autres étant absents le sont forcément moins, et s’ils ont choisi, comme parfois j’entends des gens dans certaines églises « Il y a des artistes qui s’expriment sur une peinture pendant une prédication ou pendant un témoignage », si on l’utilise comme une illustration, ça peut être intéressant mais c’est quand même vraiment un « one man show », ce n’est vraiment pas une expression communautaire, alors que le chant est une expression communautaire.

D’autre part, le chant est plus éphémère, la peinture demeure, et on risquerait d’avoir une communication beaucoup plus figée et moins variée, si on mettait en avant la peinture plutôt que le chant. Alors, en filigrane, il y a d’autres questions qui viennent sur cette question de la musique, et souvent on se dit, ou la question est évoquée « est-ce qu’il y a des styles de musique qui seraient proscrits, est-ce qu’il y a une norme musicale ? » Mon ami Tom Blanchard, qui est professeur d’Hébreu, m’a un jour parlé des travaux de Suzan Aïk Ventoura qui affirme avoir retrouvé dans les textes bibliques en Hébreu, des indications musicales. Alors, selon sa méthode, je vais te faire écouter pendant 10 secondes un extrait du psaume 23 chanté en public (MORCEAU DE CHANT SOLO). Bon, tu le chanterais dans l’église ? Je ne pense pas que cela corresponde à quelque chose auquel on peut s’identifier facilement. Quelques siècles plus tard, les chants qui faisaient fureur à l’époque, c’était les chants grégoriens, c’était en quelque sorte le Hillsong de l’époque, écoutes (MORCEAU DE CHANT GREGORIEN), tu le chanterais ? En tous cas, cela ne parlerait pas au cœur de la même manière que certains chants actuels.

Quand j’étais au Tchad il y a quelques semaines, j’ai entendu, j’ai vu mes collègues danser, chanter sur un groupe en vogue, un groupe de louange qui chantait selon les codes culturels et musicaux de leur pays. Je te laisse écouter (MUSIQUE), alors voilà, tu chanterais dans ton église ? En fait, le chant, comme tout art, doit être compréhensible, et en cela, à mon sens, il n’y a pas de style musical biblique sacré ou saint.

Ce qui sanctifie, c’est le contenu théologique et l’attitude de cœur de l’adorateur, bien entendu. Mais, dans ce sens, il me semble que nous sommes invités à garder la musique à sa juste place, elle doit être contemporaine, dans le sens où , parler au cœur et aux normes de l’époque, ce qui aujourd’hui devient compliqué, parce qu’avec l’internationalisation, on est confronté à tout un tas d’options possibles et différentes, ce n’est pas facile de penser en ces termes, mais on doit essayer de trouver le style de musique qui parle au cœur dans notre temps, et puis surtout veiller à ce que ce soit théologiquement juste.

Après, ce que l’on peut faire, je suis porté quand la musique est bonne, quand les musiciens sont bons, quand ils ont vraiment travaillé leurs partitions, en sorte que quand on se retrouve, on ne pense pas à leurs erreurs avec un petit sourire amusé, bon enfant. Mais quand on est porté par ce qu’ils font, moi je suis souvent très édifié par, à la fois la qualité musicale, et à la fois par le contenu de ce que je chante. Ça m’encourage.

Et tu trouveras sur le site de l’église où j’ai travaillé pendant plusieurs années, un document de réflexion des anciens sur le culte, qui approfondira davantage cette question. Donc epevc.org dans la section je crois ressources, réflexion des responsables, tu trouveras un document sur la louange, et voilà où nous avons conclu que notamment,  à la fin tu auras 7 principes qui conduisent notre philosophie du ministère dans le culte, dans l’église à l’EPEVC, qu’on essaye de retranscrire ailleurs.

Je termine avec une histoire assez touchante parce qu’un jour, nous avions notre culte en septembre, comme chaque dimanche, et puis on commence à jouer de la musique, on commence à chanter, puis je vois une jeune femme, j’ai appris plus tard qu’elle venait d’Arabie Saoudite, qui s’est mis à pleurer et puis bon, je sais que l’on ne chante parfois pas très très bien, mais quand même pas au point de susciter des larmes !

Après le culte, je suis allé la voir pour me présenter, puis également faire connaissance avec elle et je lui ai demandé pourquoi elle était si touchée, en tous cas, je sentais ses larmes, Elle me dit : « Bien, dans mon pays, puisque les chrétiens ne sont pas autorisés vraiment à se rassembler pour avoir un culte, nous chuchotons notre louange, c’est-à-dire quand le temps de chanter vient, nous chuchotons nos chants. » Elle disait, c’est la première fois que je suis dans un contexte où je peux chanter de tout mon cœur les louanges de Dieu. Et elle en était émue aux larmes, et je me disais que j’aimerais que l’on prenne, j’aimerais prendre conscience du privilège que nous avons dans notre liberté pour pouvoir chanter de cette manière, et de pouvoir nous édifier les uns les autres librement et de façon forte et enthousiasmante par le chant et par la louange.

Je suis conscient, je n’ai pas répondu à l’ensemble de tes questions ou à tes propos, mais j’espère que ça donne quelques pistes de réflexion pour pouvoir achever, parachever ou te lancer dans des réflexions complémentaires sur cette question. Il y a bien sûr, plusieurs livres qui ont été écrits. Kuen a écrit un livre sur ce sujet et aux Editions Clé, nous travaillons sur un ouvrage qui sera écrit par Philippe Viguier et Kévin Stauffer sur la question de la louange dans le culte. Voilà, bonne continuation dans cette réflexion. Merci encore pour cette question.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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