Pourquoi Dieu a-t-il voulu faire mourir Moïse? (Épisode 176)

Cet épisode de la vie de Moïse peut interroger. En effet, Moïse est en chemin pour accomplir la mission que Dieu lui a confiée. Comment comprendre cet épisode, et que pouvons nous en retirer ? Voilà ce à quoi va répondre Florent Varak.

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"Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont mises à disposition mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. N’hésitez cependant pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Merci d’avance."

La question est posée : "Bonjour Pasteur. J’aimerais savoir si possible pourquoi l’Eternel a voulu faire mourir Moïse, alors que ce dernier était en chemin pour accomplir la mission que l’Eternel lui-même lui a confiée. Il a fallu que son épouse Séphora use de courage et de discernement pour le sortir des griffes de la mort (Exode 4. 24-26). Merci pour le travail merveilleux que vous faites !"

Alors écoute, merci pour ta question, et puis merci aussi pour l’encouragement ou la remarque. Je voudrais souligner combien il y a toute une équipe qui est derrière le site de TPSG et donc toute une équipe qui travaille même pour la finalisation des podcasts ensuite, les retranscrire, … Je suis vraiment reconnaissant que l’on travaille en équipe ! Mais merci, ça encourage toujours de savoir que c’est apprécié.

Alors le texte qui t’interpelle se trouve en Exode et je vais lire le texte selon la traduction de la Nouvelle Bible Segond : "Pendant le voyage, au campement, le Seigneur le rencontra et chercha à le faire mourir. Séphora prit un silex, coupa le prépuce de son fils et lui fit toucher ses pieds, en disant : Tu es pour moi un époux de sang ! Alors il le laissa, quand elle dit :" Epoux de sang ", à cause de la circoncision." (fin de la citation du texte).

Dans cette histoire, on voit que Dieu confronte la désobéissance de Moïse par la souffrance et qu’il utilise Séphora pour utiliser, pour sauver pardon, toute la famille et la ramener sur le bon chemin, engendrant bien sûr le lancement de tout ce salut de la nation que tu évoques dans ta question. Et finalement, s’il y a une application principale à tirer de ce texte, c’est que Dieu nous emploie pour nous aiguiller ou aiguiller les uns les autres à demeurer dans l’alliance de l’Evangile. Je crois que c’est un peu l’application que nous pourrions faire de ce texte.

Alors cet incident se résume à trois phases en quelque sorte que l’on va parcourir. Et je te signale que j’ai prêché sur ce texte, et tu trouveras la prédication sur le site de l’église de Cusset : epevc. org (ce sera un petit peu plus long que ce podcast) ; et puis je te signale par ailleurs que Guillaume Bourin a fait un excellent podcast sur la question sur le site LeBonCombat. Donc voilà, ça te permettra d’avancer dans ta réflexion.

Première chose, première étape dans cette histoire, c’est que Dieu confronte la passivité de Moïse. Verset 24 : "Pendant le voyage, au campement, le Seigneur le rencontra et chercha à le faire mourir." Alors tu as bien vu, tu as bien compris qu’il y avait Moïse dans la question, parce que c’est effectivement le dernier antécédent qui est mentionné avant le verset 24. Et c’est ainsi que la traduction dite de la Colombe – qui est une traduction que j’utilise le plus souvent – insère à deux reprises le mot Moïse dans la traduction. Et donc verset 24 : "Pendant le voyage, dans un lieu où Moïse passait la nuit, l’Eternel vint à sa rencontre et voulut le faire mourir." C’est la compréhension qui nous est donnée. Et puis pareillement au verset 25. La Segond 21, traduction un petit peu plus récente, ne l’insère qu’une fois vers la fin du passage. Nous lisons au verset 24 : "Pendant le voyage, à l’endroit où ils passaient la nuit, l’Eternel l’attaqua et chercha à le faire mourir.", et on ne sait pas de qui il s’agit. Et puis c’est de nouveau, la S21 insère le mot, le nom de Moïse au verset 25.

Alors puisque dans l’original il n’y a pas de répétition du prénom, il faut s’interroger à savoir de qui il est question : ça pourrait tout aussi bien être le fils de Moïse ou Séphora même, Guershom, le fils de Moïse et de Séphora pardon, Guershom le premier-né ou Eliézer le cadet. Or, le texte qui précède annonce un jugement absolument terrible que Moïse doit annoncer aux Egyptiens. Alors on n’a pas le temps de faire tout l’historique qui nous mène jusqu’à ce moment-là, clé de la vie de Moïse ; juste quelques remarques : Moïse a grandi en tant que fils de Pharaon, fils adoptif du Pharaon. C’est vraisemblablement – alors selon les chronologies, on a des différences de perspective –, mais dans la chronologie que je comprends, ce serait Hatshepsout sa mère adoptive. Evidemment ce n’est pas un nom facile à prononcer. Et puis… C’est une femme de stature, de grandeur, et Moïse a grandi dans la cour des nobles de l’Égypte. A un moment donné, il doit prendre la fuite de l’Égypte, il se retrouve dans le désert, il a 40 ans et c’est un peu la vie difficile dans le désert. Et puis il rencontre Jéthro, il épouse la fille de Jéthro : Séphora, ça veut dire "petit oiseau". Bon, ce n’est pas Hatshepsout, Séphora, c’est une femme du désert, c’est une femme…, c’est mignon "petit oiseau" quoi, voilà. Et pendant 40 ans, ben il vit avec "petit oiseau", et la vie est belle, ils ont deux enfants, j’ai mentionné leurs noms.

Et puis à un moment donné, Moïse a le bel âge de 80 ans (là où en France on a plutôt tendance à siroter des boissons et jouer à la pétanque) mais voilà que Dieu se révèle à Moïse – c’est un moment extraordinaire que nous avons début du livre d’Exode –, l’Eternel se révèle à Moïse, et l’envoie dire à Pharaon de relâcher son peuple pour que son peuple connaisse son Dieu. Tu sais que ça n’aura pas lieu : le Pharaon va s’endurcir et son premier-né va périr à cause de son endurcissement, et pas que le premier-né ; il va y avoir un jugement absolument terrible. Et donc il est probable qu’il ne s’agisse pas de Moïse, mais de Guershom, le premier-né de Moïse. Pourquoi ? Parce qu’il y a un parallèle qui a lieu entre le jugement qui va tomber sur l’Egypte et sur le Pharaon qui perdra son premier-né et tous les premiers-nés incrédules, et puis le salut qui touche maintenant soudainement, par nécessité, Moïse et Séphora avec ce premier-né qui devrait mourir aussi, parce qu’il n’a pas été circoncis. C’est le texte qui nous le rapporte : il n’a pas été circoncis. Et Dieu est un Dieu juste ; et si d’un côté il vient juger un peuple méchant qui a réduit à l’esclavage un autre peuple et qui est incrédule vis-à-vis de l’Eternel, il va aussi juger ceux qui se prétendent être les enfants de l’alliance, mais qui n’ont pas obéi au rite de la circoncision, rite nécessaire pour les juifs. Donc Dieu vient confronter la famille de Moïse afin qu’ils soient en règle, qu’elle soit en règle cette famille, parce que ce serait hypocrite que Moïse vienne appeler Pharaon à la repentance et à la foi en Dieu en quelque sorte, sans que lui-même et sa famille n’aient pas montré par l’obéissance cette adhésion au Dieu d’Israël.

Et le verset 25 nous montre que Dieu accepte le geste de Séphora. Donc au verset précédent, on voit Dieu qui vient confronter le laxisme de Moïse qui n’a pas circoncis ses enfants, et notamment son fils aîné, et Séphora comprend et elle prend un silex, elle coupe le prépuce de son fils, lui fit toucher ses pieds, en disant : Tu es pour moi un époux de sang ! Alors il faut réaliser que… et la conclusion implicite de ce segment du texte, c’est que Dieu accepte le geste de Séphora et il retient le jugement qu’il voulait faire tomber sur Moïse par le biais d’un jugement qui touche probablement son enfant. Alors faut réaliser que dans le Moyen-Orient, la circoncision était pratiquée par de nombreuses cultures. Les Egyptiens la pratiquaient, mais ils ne coupaient qu’une partie de la peau du prépuce et non pas le bout complet, ce dont d’ailleurs se moquent les prophètes de l’Ancien Testament. On voit à différentes reprises combien ils se moquent des Egyptiens à moitié en quelque sorte circoncis. Et il est vraisemblable donc que Moïse n’avait pas accompli ce geste à l’égard de ses enfants. Et on se dit finalement que, probablement, le pauvre Moïse qui errait pendant 40 ans dans le désert a dû se dire "Je suis loin de Dieu, je suis loin de mon peuple, je suis loin de tout, j’ai perdu tous mes repères", et il ne garde pas en tête avec vivacité son amour pour Dieu et le désir de lui obéir.

Ça me fait penser au Psaumes 139. 7-12 qui nous dit : "Où pourrais-je aller pour échapper à ton souffle, où pourrais-je fuir pour t’échapper ? Si je monte au ciel, tu y es ; si je me couche au séjour des morts, tu es encore là. Si je prends les ailes de l’aurore pour aller demeurer au-delà de la mer, là aussi ta main me conduira, ta main droite me saisira. Si je dis : Au moins les ténèbres me submergeront, la nuit devient lumière autour de moi ; même les ténèbres ne sont pas ténébreuses pour toi, la nuit s’illumine comme le jour, et les ténèbres comme la lumière." Fin de citation de ce psaume qui me montre et qui nous montre que si nous sommes dans une relation avec Dieu, il n’y a aucun endroit, il n’y a aucune longueur de temps non plus où nous pouvons vraiment demeurer éloignés de Dieu ; Dieu viendra nous rechercher. Finalement c’est un compromis majeur dans la vie et la famille de Moïse que Dieu vient confronter, et ce qui est touchant, c’est de voir que Séphora est celle qui vient sauver Moïse de ce jugement. Moi je trouve que c’est vraiment touchant d’humilité, de voir cette femme qui vient et qui intervient. Alors pourquoi est-ce que ce n’est pas Moïse qui l’a fait ? Je ne sais pas. Peut-être qu’il était frappé de stupeur, peut-être qu’il était trop honteux pour agir, peut-être que soudainement la réalité de sa faiblesse et de son péché lui est apparue dans toute sa grandeur, sa rigueur, sa violence, et qu’il n’a pas osé, ou bien peut-être qu’il était comme paralysé par un jugement de Dieu, et c’est ce que réalise, c’est ce que réalise Séphora. En tout cas c’est cette femme, une païenne, qui comprend ce qui se passe : elle prend un silex, elle circoncit son fils, elle prend le morceau de peau et lui fait toucher ses pieds. Alors certains commentateurs imaginent que c’est là un euphémisme pour désigner les organes sexuels. Esaïe 6. 2, 7. 20, Ezéchiel 16. 25, Deutéronome 28. 57 nous montrent que parfois les pieds sont utilisés comme une manière humble en quelque sorte de parler des organes sexuels. Donc peut-être qu’elle prend un morceau de peau, elle touche les organes sexuels de son fils. En tout cas, moi ce que j’observe ici, c’est que c’est une femme qui fait figure de Christ, là : elle est médiatrice du sauvetage de son enfant. Et c’est juste magnifique de voir combien Dieu utilise cette femme pour sauver sa famille.

Et troisième remarque : Dieu valide finalement le service de Séphora et de Moïse. Verset 26 "Quand il le laissa… Alors il le laissa, quand elle dit :" Epoux de sang ", à cause de la circoncision." Alors époux de sang n’est probablement pas une critique, mais plutôt une expression aimante et favorable ; elle désigne, elle signifie qu’elle est maintenant d’un même sang, d’une même foi, avec son mari ; ils sont un. Dieu valide l’action de Séphora. La souffrance de cet enfant et de Moïse cesse (peut-être à part la guérison progressive de Guershom : une circoncision à un âge plus avancé c’est beaucoup plus douloureux que quand on est enfant). Mais en tout cas, le jugement sur la famille de Moïse cesse, il peut continuer l’œuvre à laquelle le Seigneur l’appelle. Alors il semble qu’à partir de ce moment-là Moïse continue seul son chemin vers Pharaon mais en tout cas, le travail de sauvetage du peuple peut commencer.

Alors, qu’est-ce qu’il faut retenir de cette histoire ?

  •  Et bien une première chose, c’est que Dieu utilise ceux qui se repentent de leurs péchés.
  •  Si ce podcast te surprend, alors que tu es en quelque sorte un peu dans une situation de compromis, moi je t’encourage vraiment à faire demi-tour et à chercher à purifier ta maison parce que Dieu veut t’utiliser alors que tu cherches à marcher dans ses voies. 2 Timothée 2 nous rapporte que "Dans une grande maison, il n’y a pas seulement des objets d’or et d’argent, mais il y en a aussi de bois et de terre ; les uns sont pour un usage noble, les autres pour un usage vil. Si donc quelqu’un se purifie en se séparant de ces derniers, il sera un objet pour un usage noble, consacré, utile à son maître, propre à toute œuvre bonne." Le texte ajoute : "Fuis les désirs de la jeunesse ; poursuis plutôt la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur." Bon ! Alors tu vois, si tu cherches à servir Dieu, ben, un peu cette histoire t’encourage à purifier ta vie, à mettre ta maison en ordre et Dieu souhaite t’utiliser dans ce contexte.
  •  Deuxièmement, Dieu utilise le plus petit d’entre nous pour faire une différence. Il est notable que Séphora, "petit oiseau" qu’elle était, n’était pas vraiment en haut ou au sommet de l’échelle sociale, et que Dieu choisit de l’utiliser ben parce que Dieu utilise ceux et celles qui comprennent ses voies, quel que soit leur rang initial, et qui ont confiance en lui. Je trouve ça absolument magnifique d’encouragement ! Et ça touche autant les hommes et les femmes quelle que soit leur petitesse ou leur grandeur aux yeux de Dieu, aux yeux du monde pardon. Alors que quelqu’un place sa confiance en lui, et qu’il cherche à le servir, Dieu va l’utiliser.
  •  Et puis troisièmement, si finalement Dieu confronte la paresse spirituelle de Moïse, et que Séphora, Dieu l’utilise pour pouvoir transformer cette situation terrible en victoire, eh bien nous pouvons nous exhorter et nous encourager les uns les autres à demeurer dans la foi, à cheminer dans l’obéissance pour rester attachés à celui qui nous a sauvés. Hébreux 10. 24 nous dit : "Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à l’amour et aux belles œuvres." Et quelque part c’est, parce que Moïse avait oublié cela, qu’il était peut-être trop seul même pour se souvenir d’où il venait et de l’héritage qu’il avait reçu en sachant qu’il était juif, qu’il était un fils d’Abraham avec toute l’alliance que Dieu voulait établir avec son peuple et qu’il voulait fortifier au travers de lui.

Voilà quelques leçons de ce texte. J’espère que ça t’a permis de le comprendre davantage et que ça t’exhorte comme cela m’exhorte à demeurer attaché à Christ, à faire attention aux compromis qui sont tellement, qui tellement rapidement se glissent dans nos vies, pour qu’on puisse prendre des chemins plus corrects avec Dieu.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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