Pourquoi Jésus est-il appelé Emmanuel ? (Episode 59)

Dans l'épisode 59 la question posée porte sur la signification du nom Emmanuel. A partir des chapitres 7, 8 et 9 du livre d'Esaïe, Florent Varak nous explique le sens du nom Emmanuel mais également le contexte de la promesse faite en Esaie 7 verset 14.

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Question : pourquoi Jésus est-il appelé Emmanuel ?

C’est une question qui me rappelle un incident qu’on a connu à l’église, qui était je trouve assez mignon : on avait un homme, pratiquement 80 ans, ancien pharmacien, qui venait de temps en temps à l’église parce que sa sœur était membre de notre église.

Il est venu à un Noël, à l’occasion d’un culte un peu orienté sur la naissance de Jésus-Christ, et nous avons chanté plusieurs chants de Noël. Comme on en a peu, en France en tout cas, on est tombé sur le chant « Emmanuel, Dieu avec nous » et cet homme, qui était assis à mes côtés, se tourne vers moi et dit « Mais c’est qui Emmanuel ? ». Je trouvais ça trop mignon parce que finalement, tellement souvent dans nos églises, on dit des choses qui sont peu compréhensibles pour les gens qui nous entourent, et qui sont à expliquer parce que ça peut être troublant.

C’est une question qui n’est pas évidente quand il nous manque les clés de lecture de l’ensemble de l’Ecriture sur cette question.

Alors Emmanuel, Immanuel en hébreu, signifie Dieu avec nous. L’expression nous vient d’un passage du prophète Esaïe que l’on trouve en Esaïe 7. 10-16 : « L’Eternel parla de nouveau à Ahaz, et lui dit : Demande en ta faveur un signe à l’Eternel, ton Dieu ; demande-le, soit dans les lieux d’en-bas, soit dans les lieux élevés. Ahaz répondit : Je ne demanderai rien, je ne mettrai pas l’Eternel à l’épreuve. Esaïe dit alors : Ecoutez donc, maison de David ! Est-ce trop peu pour vous de lasser la patience des hommes, que vous lassiez encore celle de mon Dieu ? C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, voici que la jeune fille est enceinte, elle enfantera un fils et lui donnera le nom d’Emmanuel. »

Ce texte nous renvoie au huitième siècle av. JC : Ahaz est le roi de Juda, il devient roi à partir de 741 av. JC. C’est un roi qui est terrible, il est idolâtre au point de sacrifier son fils au feu (donc tu imagines, tu as un fils et tu le livres aux flammes en l’honneur du dieu Moloch), il sacrifie sur les hauts lieux, bref c’est vraiment le roi horrible.

Et le roi est dans un dilemme, parce que dans son petit royaume de Juda, il a au nord les Syriens et le royaume du Nord qui le menacent. Alors Ahaz a l’idée géniale de faire appel à l’Assyrie, qui est l’équivalent de l’Iran aujourd’hui, pour venir le défendre. Et là il y a un homme qui s’appelle Tiglath-Piléser 3, et qui est trop heureux d’intervenir contre la Syrie.

C’est un peu comme la cour d’une école : tu as un petit qui se fait menacer par un moyen, alors le petit va demander à un grand de le défendre ; ce que le grand fera, mais il le fera en lui prenant toutes ses billes ou à un prix exorbitant. Tiglath-Piléser est tout heureux de venir sauver Juda, mais bien sûr contre un paiement astronomique, qui est une perte de l’autonomie de Juda.

Et c’est ainsi que Dieu reproche à Ahaz de se confier en l’homme plutôt que de se confier exclusivement en Dieu. Et Dieu propose même à Ahaz de lui envoyer un signe de sa bonne volonté c’est-à-dire un signe que Dieu est prêt à intervenir, même pour Ahaz, même pour Juda qui est plein de péchés. Ahaz est vraiment un hypocrite : il dit « non, je ne tenterai pas l’Eternel mon Dieu », c’est hypocrite, parce qu’on voit très bien qu’il n’a que faire de la pensée de Dieu, donc c’est vraiment un comportement assez moche de sa part. Dieu reproche à toute la maison de David d’épuiser sa patience et il annonce un signe. C’est quoi ? Une jeune fille donnera naissance à un fils. Le terme alma en hébreu désigne le plus souvent une jeune fille non mariée, comme par exemple Rebecca en Genèse 24. 43-44, et bien sûr une jeune fille non mariée à l’époque était une vierge.

C’est d’ailleurs le cas de Rebecca, c’est spécifiquement mentionné en ces termes. C’est pourquoi la traduction grecque de ce texte, la traduction dite des Septantes, rédigée au deuxième siècle av. JC, traduit correctement le terme alma par parthenos, vierge, ce qui va bien avec la notion de signe. Pourquoi ? Parce qu’une femme qui a un enfant, ce n’est pas vraiment un signe, c’est normal quand elle est mariée ; mais une vierge qui enfante, c’est un signe étrange, spectaculaire, miraculeux et tout le monde sera surpris.

Que faire de ce passage ? Certaines personnes, et notamment les exégètes juifs, disent que ce signe s’applique probablement au fils d’Esaïe, Maher-Chalal-Hach-Baz, et ça va bien d’ailleurs avec Esaïe 8. 1-4 parce qu’ils l’appliquent précisément au fils d’Esaïe.

Seulement on a là un phénomène que l’on retrouve souvent dans la prophétie de l’Ecriture c’est-à-dire qu’il y a un accomplissement partiel, prophétique, symbolique, qui illustre l’accomplissement complet, futur, grandiose. Et c’est je crois, ce que nous avons dans cette situation. Les Juifs ont dû être encouragés par ce signe de la naissance du fils d’Esaïe, mais ils ne pouvaient certainement pas croire que cet enfant était « Dieu avec nous ».

Ca devait les faire réfléchir à la notion qu’un jour viendrait un fils doté de qualités un peu différentes. Et précisément quelques chapitres plus tard en Esaïe 9. 5-6 nous lisons : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, et la souveraineté reposera sur son épaule ; on l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. Renforcer la souveraineté et donner une paix sans fin au trône de David et à son royaume, l’affermir et le soutenir par le droit et par la justice dès maintenant et à toujours ; voilà ce que fera le zèle de l’Eternel des armées. »

Le fils qui naît a donc des qualités et des fonctions bien trop élevées pour être simplement le fils d’Esaïe. C’est ainsi que beaucoup, et notamment les chrétiens, voient dans ce passage l’annonce prophétique de la venue du Messie. Ce fils qui doit naître n’est pas un fils normal, c’est pour ça que c’est vraiment un signe spectaculaire qu’il faut attendre. « On l’appellera Admirable, Conseiller » : jusque-là, ça pourrait s’appliquer à un prophète. « Dieu puissant, Père éternel » : immédiatement nous sommes confrontés aux limites de l’humanité ; aucun être humain ne peut être appelé Dieu puissant, Père éternel. Et c’est ainsi que nous avons prophétiquement en Esaïe chapitre 7, en Esaïe chapitre 9, l’idée que nous aurons Dieu en personne qui va s’incarner, qui va devenir homme pour pouvoir offrir aux hommes une pleine libération de leurs péchés. Esaïe 53 va le détailler avec beaucoup de précision, ce que ferait cet enfant Dieu, ce fils de Dieu, également ce fils de l’homme : il mourrait pour notre culpabilité, pour notre péché, pour notre souffrance, et nous libérerait de la malédiction issue du péché.

C’est ainsi que Matthieu 1. 20-25 se fait l’écho d’Esaïe chapitre 7 : Joseph qui était fiancé à Marie apprend que sa fiancée est enceinte, il sait qu’ils n’ont pas eu de rapports sexuels, donc la conclusion pour lui s’impose : elle doit avoir un autre homme dans sa vie, et il réfléchit au divorce. Parce qu’à l’époque quand on était fiancé, c’était aussi fort que quand on était marié, il fallait une procédure de divorce, donc il réfléchit à la possibilité de divorcer de sa fiancée. Matthieu 1. 20-25 : « Comme il y pensait, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Tout cela arriva afin que s’accomplisse ce que le Seigneur avait déclaré par le prophète : Voici que la vierge sera enceinte ; elle enfantera un fils et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous. A son réveil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme chez lui. Mais il ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. » Tu as donc la réponse à ta question : Emmanuel veut dire Dieu avec nous. C’était l’annonce prophétique d’Esaïe 7, 8, 9, qui s’accomplit parfaitement en la personne de Jésus.

Jésus, Dieu sauve, c’est vraiment Dieu avec nous. Philippiens nous dit qu’Il a laissé la gloire divine pour revêtir notre humanité. Colossiens nous apprend qu’en Christ, il y a toute la plénitude de la divinité. Jean 1. 14 nous dit que la Parole éternelle, celle-là même qui a créé le monde, s’est faite chair et qu’elle a vécu parmi nous pleine de gloire. Nous lisons en Jean 14. 8-11 : « Philippe lui dit (à Jésus) : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. Jésus lui dit : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ! Celui qui m’a vu, a vu le Père. Comment dis-tu : Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis ne viennent pas de moi-même ; le Père, qui demeure en moi, accomplit ses œuvres. Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi. Sinon, croyez à cause de ces œuvres. »

Ce que nous voyons dans ce texte, c’est qu’il y a en la personne du Christ, toute la plénitude de la divinité comme le dit Colossiens, et que nous savons qui est le Père en regardant qui est Jésus. Si on s’interroge sur les qualités de Dieu le Père, il nous suffit de regarder les qualités de Dieu le Fils : sa compassion, son amour, sa fermeté, sa rigueur, sa tendresse, sa sainteté, son accueil des pêcheurs et sa haine de l’hypocrisie, son sacrifice pour le bien des autres, bref nous avons en Jésus-Christ tout ce qui explique, expose, dévoile la gloire de Dieu. Il est vraiment Dieu avec nous, l’occasion de le célébrer quand la saison de Noël arrive. J’espère que ça t’éclaire sur le sens de cette expression que nous trouvons en Esaïe.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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