Pourquoi les noms du Nouveau Testament sonnent-ils Européens? (Episode 109)

Dans l'épisode 109, Florent Varak répond à une question portant sur l'origine des prénoms Européen dans le Nouveau Testament. Premièrement en rappelant que la Bible est fiable, puis en expliquant comment on était fait les traduction depuis le grec, en anglais et français.

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La question du jour : d’où viennent les noms à consonance très européenne des disciples du nouveau testament (Pierre, Matthieu, Marc, Luc, Jean,… mise à part Thaddée), alors qu’ils sont originaires du Proche-Orient et que dans l’ancien testament les noms des personnages ont une consonance orientale ? Ont-ils été transformés en traduisant ? Par exemple un fils s’appelant Jacques alors que son père s’appelle Zébédée est d’autant plus étrange (fin de la question).

Alors super question ! Evidemment je perçois derrière la crainte que le texte ne soit pas fiable parce qu’il aurait été rédigé à une époque ultérieure, dans des contrées différentes que là où l’action a lieu et qui est décrite par les textes. Effectivement je te rassure, ces prénoms que tu trouves très occidentaux ont été adaptés à la langue cible. Alors ils ont été adaptés lorsque la langue cible a des expressions ou des prénoms équivalents; ce n’est pas le cas lorsque la langue cible n’a pas d’équivalent, auquel cas les prénoms ont simplement été translittérés c’est-à-dire qu’ils reflètent la manière dont ils étaient prononcés à l’époque et dans les lieux où l’histoire se passe.

J’enregistre ce podcast (pardon) de la ville de Paphos sur l’île de Chypre. Et ce qui est assez intéressant, c’est que, ici tout le monde parle beaucoup de langues : le grec est la langue nationale mais c’est une langue un peu patois – dans le sens, ce n’est pas le grec, en tout cas, il est un petit peu différent, l’accent est un petit peu différent – et la plupart des gens parlent également l’anglais parce que c’est une ville très touristique; les gens viennent de plein d’endroits différents donc ils parlent aussi leur langue d’origine, on trouve des gens qui parlent le russe, qui parlent le français, qui parlent l’italien, l’espagnol, c’est très polyculturel, polyglotte. Et ça reflète en fait la situation que nous trouvions au temps de l’apôtre Paul, l’apôtre Paul qui est passé par Chypre, et même qui est passé par la ville de Paphos. La tradition nous rapporte qu’il a d’ailleurs été fouetté 40 coups moins 1. C’est l’une des 5 fois où il a reçu ce supplice, selon ce que nous dit 2 Corinthiens, et ce serait, il y a un pilier qui atteste encore – c’est la tradition qui le dit, on ne sait pas si c’est celui-ci – mais qui atteste encore du supplice qu’il a reçu. Alors j’en ai profité justement pour regarder les prénoms que nous trouvons en Actes 13. Et ce qui est manifeste, c’est que le grec comme le français, c’est très très proche parce que ce ne sont pas forcément des prénoms qui trouvent leur, qui ont été transformés, qui trouvent une équivalence formelle dans le français. Par exemple, Barnabas c’est Barnabas, Siméon Sumeon selon la manière de le traduire, de le, oui de le prononcer, Lucius Loukios en grec, Elymas Elumas. Et donc tu vois il y a parfois cette correspondance stricte et directe qui reflète les prénoms de l’époque.

Regardons maintenant comment ça se passe avec les prénoms des disciples que tu cites dans ta question. Ben on a le même phénomène que nous trouvons entre le français et l’anglais : par exemple, Jacques en français, c’est James en anglais, c’est un peu différent n’est-ce pas; Etienne c’est Steven, Pierre c’est Peter, Jean c’est John. Et chaque fois il y a une adaptation parce que la culture cible a une forme particulière de ce prénom, mais c’est des prénoms qui sont équivalents. Alors on va reprendre les quelques prénoms que tu cites : Pierre en grec c’est Petros, Philippe c’est Philippos, Thomas c’est Thomas, Matthieu c’est Matthaios (pardon), Luc c’est Loukas, et Jean c’est Ioannes.

Alors, la langue officielle de la période du nouveau testament c’était le grec koinè, c’est-à-dire un grec simplifié, populaire, qui correspond à l’anglais actuel, c’est-à-dire c’est une langue passe-partout, langue commerciale qui permettait à tous de communiquer, qui avait été imposée par Alexandre le Grand. Lors de sa conquête, il avait hellénisé les populations qu’il avait conquis; la culture grecque et la langue grecque en sont devenues prééminentes et c’est ce que tout le monde parlait.

Alors le grec était la langue officielle, mais les gens venaient, et avaient aussi leur patois d’origine ou bien leur langue d’origine, et ça créait certaines confusions, et parfois, il fallait faire attention de préciser les choses. On a cet exemple en Jean 1.42 : « Il le conduisit vers Jésus. Jésus le regarda et dit : Tu es Simon, fils de Jonas : tu seras appelé Céphas – ce qui se traduit : Pierre » . Tu vois le nombre de prénoms que nous avons pour le même personnage ? C’est un feu d’artifice linguistique : notre ami Pierre se nomme Simon, en grec Sumeon, qui est en lui-même une transcription de l’hébreu Shimone. Ils lui attribuent un surnom venant de l’araméen, dans le texte grec c’est Kephas, et qui trouve un équivalent dans le nom grec Petros qui, traduit, donne le nom de Pierre. Bah oui, Petros, Pierre, Caillou, c’est la signification du nom de Pierre. Alors j’espère que ça te rassure, il n’y a pas d’anguille sous roche : les prénoms bien occidentaux que tu trouves dans le nouveau testament soit reflètent le fait que c’est une traduction et que c’est adapté à la langue cible, et que dans la langue cible il y a un prénom équivalent, soit ça reflète la popularité de ces prénoms dans les civilisations influencées par le christianisme. C’est pour ça qu’on a beaucoup en français de Pierre, de Jean, de Mathieu parce que beaucoup de gens les admirent et veulent faire référence à ces personnages, et donc ce sont des prénoms qui sont souvent distribués.

Ceci dit, j’aimerais élargir la discussion : les noms dans la Bible ont souvent une portée qui est descriptive de leur vie, origine, service, influence, circonstances, parfois même avec une connotation prophétique. D’ailleurs, cette coutume persiste : c’est souvent injurieux, c’est d’ailleurs triste, on a facilement tendance à donner des surnoms en quelque sorte qui reflètent des attributs plutôt péjoratifs de l’individu ( « le gros » , « crâne d’œuf » , bon parfois « la grosse tête » c’est peut-être un peu plus positif,) et on le retrouve dans plein de cultures. J’étais marqué en Thaïlande d’apprendre combien c’était très fréquent d’attribuer un qualificatif plutôt négatif à un individu et ça devenait son prénom, son surnom, puis tout le monde l’acceptait presque comme normal. Et voilà ce que nous dit le Nouveau Dictionnaire Biblique quant aux prénoms : « Voyez comment sont nommés (je cite) Eve vie, Noé repos, Isaac rire, Esaü velu, Edom roux, Jacob supplanteur. Le nom des fils de Jacob comporte toujours une signification (voir Genèse 13) voir encore Pérets brèche, Manassé oublier, Ephraïm fécond. Le nom doit être si possible de bon augure. Rachel, mourante, appelle son dernier fils Ben-Oni, fils de ma douleur, mais Jacob aussitôt le nomme Benjamin, fils de ma droite. »

Alors, si jamais tu es en manque d’inspiration pour tes enfants, tu pourrais t’inspirer des prénoms qu’Esaïe a donnés à ses fils : Shear-Jashub par exemple, qui veut dire « un reste reviendra » et qui anticipe le retour de quelques, d’un reste de la population mise en captivité; et puis l’autre prénom, qui, je crois, est le plus long prénom que nous trouvons dans l’ancien testament, Maher-Shalal-Chash-Baz qui veut dire « vite au pillage (pardon), en hâte au butin » . Esaïe interprète cette prédiction comme pour, prédiction de la fin de la Syrie et d’Israël lorsque l’Assyrie (L apostrophe) viendrait envahir cette contrée. On lit l’annonce en Esaïe 8. Enfin, je crains que si tu proposes ces prénoms à l’état civil français pour tes enfants, tu sois rejeté. Bref.

Je termine avec une réflexion un petit peu plus ouverte, une réflexion qui est liée aux questions que je reçois parfois sur le site ou dans d’autres contextes, par rapport aux noms que personne ne connaît sinon celui qui le reçoit. La promesse nous vient de Apocalypse 2.17 et qui nous dit : « Au vainqueur, je donnerai de la manne cachée et un caillou blanc; sur ce caillou est écrit un nom nouveau que personne ne connaît, sinon celui qui le reçoit. » Alors le vainqueur, je l’ai déjà dit dans d’autres podcasts qui parlent de ces lettres que Jésus adresse à des églises d’Asie mineure, le vainqueur c’est vraiment le chrétien qui manifeste par sa persévérance son attachement à Christ, à sa Parole et à une vie d’obéissance où il se repent de ses péchés, il vit dans la victoire, c’est pas dans la victoire complète mais il est vainqueur, il persévère au-delà des difficultés. Donc ça décrit vraiment le chrétien authentique, le vrai disciple, celui qui va jusqu’au bout du chemin. Et donc aux vrais disciples, Jésus dit qu’il donnera un nom nouveau que personne ne connaît sinon celui qui le reçoit. Alors ça rappelle l’ancien testament : Esaïe 56.5 dit : « Je leur réserverai dans ma Maison et dans mes murs une stèle et un nom qui vaudront mieux pour eux que des fils et des filles : je leur accorderai un nom impérissable qui ne sera jamais rayé. » Il y a une notion un peu particulière pour les enfants de Dieu, un nom impérissable, un nom qui nous est décrit comme inconnu. Et parfois les gens posent la question « ben c’est quoi ce nom ? » . Si personne ne le connaît, ben j’ai pas grand-chose à dire sinon quelques pistes que je livre à ta méditation et à notre réflexion à tous :

  •  Un nom c’est une marque d’appartenance. C’est le privilège du propriétaire, du père, du responsable, de nommer les choses, nommer les gens, et notamment les choses qui lui appartiennent et ses enfants. Et il semble que Jésus, le nouvel Adam, va nommer sa création de manière particulière et individuelle. C’est extraordinaire ! Lui qui a recréé au travers de la nouvelle naissance, au travers du salut, un peuple qui lui appartienne, c’est absolument splendide d’imaginer que nous allons porter un nom qui reflète l’appartenance de Dieu.
  •  C’est une marque d’adoption aussi. Lorsqu’un enfant est adopté, il reçoit le nom de sa famille d’adoption. En cela, je crois que ce nom va refléter l’adoption dont nous bénéficions en venant à Christ.
  •  C’est une marque de connaissance. Alors là je m’avance un peu, et c’est peut-être très spéculatif, c’est très spéculatif !, donc peut-être c’est faux, mais peut-être qu’il y aura quelque chose d’unique, de notre identité, de notre chemin terrestre, dans ce nom. Je ne sais pas, est-ce que ce sera le cas ? Mais peut-être que ce sera le témoignage ainsi le plus touchant que Dieu nous connaît, que Dieu nous aime personnellement et qu’il nous donnera un nom qui reflète ce que nous sommes. Et je pense que ce sera un reflet positif puisque c’est le nom que nous porterons pour l’éternité.
  •  Et enfin je l’ai évoqué, c’est un peu une marque de famille, une sorte de badge d’entrée ou de badge d’accès à son royaume de gloire. Nous formerons ce clan qui porte le nom de rachetés. En cela ça me rappelle ce que Esaïe 43.1 nous dit : « Ainsi parle maintenant l’Eternel, qui t’a créé, ô Jacob ! Celui qui t’a formé, ô Israël ! Sois sans crainte, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom : tu es à moi ! » Et je ne sais pas si le « je t’ai appelé par ton nom » nous est expliqué par le 2 points « : tu es à moi ! » , et si finalement ce nom que nous allons porter n’est pas cette expression de l’appartenance, notre appartenance à Dieu.
  •  Peut-on en dire plus ? Je dirai une dernière chose, c’est que ce nom va refléter la proximité que nous avons avec Jésus-Christ. Pourquoi ? Parce que Apocalypse 19.12 nous dit ceci à propos de Jésus : « Ses yeux sont une flamme de feu; sur sa tête se trouvent plusieurs diadèmes; il porte un nom écrit, que nul ne connaît, sinon lui » .

Alors je me demande si tous ces éléments finalement ne décrivent pas une sorte de poupée russe (c’est une illustration) : le Fils est dans le Père, porteur d’un nom nouveau, lui qui est le rédempteur de l’humanité; et les enfants de Dieu sont dans le Fils, porteurs d’un nom nouveau. Et à jamais nous célébrerons cette grâce qui nous a été faite de porter le nom de Dieu.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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