Pourquoi lire les pères de l’Église? (Épisode 166)

Dans ce podcast, Florent Varak est accompagné de Jamel Attar, un spécialiste des Pères de l'Église. Il nous apporte des raisons convaincantes pour lire leurs écrits, à la fois théologiques et pratiques. Il ne nous laisse pas sans nous conseiller certains de leurs ouvrages, afin que nous puissions découvrir par nous-même la richesse de leur contribution à l'Église.

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Pourquoi lire les pères de l’église ? (Episode 166)

– Florent Varak (FV) : Alors, je suis heureux d’être avec mon ami Jamel et, Jamel, merci de ton accueil dans la ville de Caen où je participe à un congrès qui dure 2 jours et j’ai déjà demandé à Jamel de contribuer à l’un des podcasts, et je ne voulais pas louper l’occasion qu’on se retrouve pour discuter ensemble. Alors Jamel, tu es spécialiste. Avant de dire de quoi tu es spécialiste, j’aimerais que tu te présentes.

– JA : Alors, je m’appelle Jamel ATTAR (JA). Je suis professeur de lettres classiques, et je suis en même temps pasteur à l’Eglise évangélique baptiste où j’ai le plaisir d’accueillir Florent Varak pendant ce congrès ou cette Convention de Normandie.

– FV : Très bien. Alors, tu es spécialiste des Pères de l’Eglise. Alors, c’est assez rare dans les milieux évangéliques. "Le spécialiste" des Pères de l’Eglise dans le monde évangélique ! (éclats de rire)

– JA : Disons que je connais, un petit peu, le monde des Pères de l’Eglise. J’ai fait un travail sur l’un des Pères de l’Eglise et ça m’a permis de découvrir ce monde fabuleux.

– FV : D’accord. Alors justement on parlera toute à l’heure de ce travail particulier que tu as fait, ce que tu en as tiré mais, généralement, on a tendance à nier l’intérêt et l’importance des Pères de l’Eglise dans les milieux évangéliques. Alors, dis-moi pourquoi c’est intéressant pour nous, notamment quand on est responsable d’église de s’intéresser aux Pères de l’Eglise. Qu’est-ce qu’on apprend en regardant ou en lisant leurs écrits ou en s’intéressant à la question ?

– JA : Il faudrait beaucoup de temps, hein, mais peut-être quelques points comme ça, rapidement. Le 1er intérêt, c’est d’abord une découverte de la théologie au sens strict du terme lorsqu’on découvre les Pères de l’Eglise, parce que les 5 premiers siècles ont été des siècles avec une question importante que ces chrétiens se posaient c’est : "qui est Dieu ?" et la 2ème question, une fois qu’on a résolu ou qu’on a essayé de répondre à cette première question, c’est : "qui est Jésus ?". Donc, la théologie proprement dite, et la christologie. Et je crois qu’ils ont vraiment tracé le chemin pour nous, et aujourd’hui nous n’avons pas grand-chose à dire de nouveau concernant Dieu, et concernant le fils de Dieu, Jésus.

– FV : D’accord. Donc, tout ce qui est de la théologie propre, ce qui est généralement la première partie de la théologie, alors, les théologiens, soit ils arrangent leur matériel en commençant par la bibliologie, c’est-à-dire la doctrine de la révélation de Dieu, soit de la théologie propre, c’est-à-dire la doctrine de la personne de Dieu, dans tous les cas, ce fondement de "qui est Dieu", ça reste l’examen des premiers chrétiens des premiers Pères de l’Eglise.

– JA : Vraiment la question s’est beaucoup posée parce que, comme ils ont évolué dans un monde polythéiste, forcément on les interrogeait : "Qui est ce Dieu dont vous nous parlez ? Est-ce que c’est Jupiter ? Est-ce que c’est Mars ?". Non, il fallait vraiment répondre de manière sérieuse et fouiller les Ecritures, et il y avait un respect très, très grand pour la Parole de Dieu, c’est-à-dire que on n’a pas cherché, bien qu’il y ait eu influence philosophique, on a d’abord mis la Bible en avant comme source première pour les réponses qu’on voulait donner à ces gens qui posaient la question.

– FV : D’accord. Alors moi, quand je lis les Pères de l’Eglise, je n’en ai lu que quelques-uns et puis je les ai vite oubliés. Je dois avouer que ce n’est pas ma tasse de thé forcément, mais il y a des choses qui paraissent quand même assez surprenantes. Il y a très vite une hiérarchisation que l’on voit apparaître au sein de l’Eglise. Alors je trouve aussi qu’on peut justifier plein de choses un petit peu étranges. Comment tu vois un peu cette contribution parfois qui pour nous, en tout cas en tant qu’évangéliques, nous semble un peu mixte ?

– JA : Alors effectivement, lorsqu’on parle des Pères de l’Eglise, bon d’abord, les Pères de l’Eglise ce sont des écrivains, auteurs, qui ont contribué à la défense de la foi et à une réflexion sur la doctrine chrétienne de manière générale, et Dieu et le Christ d’une manière particulière. Et c’est vrai qu’on leur a donné, peut-être, et dans certains milieux certainement, une trop grande autorité.

– FV : D’accord.

– JA : Et c’est ça qui est devenu problématique pour les protestants que nous sommes, c’est-à-dire que la Sola scriptura se trouve un petit peu bousculée, et du coup on a jeté peut-être le bébé avec l’eau du bain.

– FV : Oui, c’est ça, ça a du sens. OK. Tu encouragerais à la lecture de ces Pères de l’Eglise ?

– JA : Alors, bien sûr, j’encourage à la lecture des Pères de l’Eglise. Pas tous, parce que comme n’importe quelle époque, il y a de l’ivraie et il y a du bon grain. Il y a des auteurs qui sont merveilleux là. J’ai donné une première raison concernant … ? : l’ivraie, mais il y en a plein d’autres. La 2ème que je trouve intéressante, c’est : une recherche doctrinale en vue d’une vie pratique. Autrement dit, la question à laquelle on cherchait à répondre n’était pas simplement une satisfaction intellectuelle. C’était d’abord pour savoir comment vivre la relation avec Dieu. Mieux je connais Dieu, mieux ma relation avec Lui sera profonde et spirituelle. Et ça c’est très important, c’est-à-dire la dichotomie entre la doctrine et la pratique, on en souffre beaucoup dans le monde évangélique.

– FV : C’est vrai.

– JA : Et alors on peut vérifier peut-être le 19ème siècle, et avant le siècle des lumières où il y a l’Université et l’Eglise. L’Université c’est pour la tête, et l’Eglise peut-être pour le cœur. Je caricature. Mais les Pères de l’Eglise n’auraient pas été d’accord. Ils auraient dit : "L’Université pour le cœur, elle n’existe pas pour elle-même". Je ne sais pas si je suis clair.

– FV : Moi je trouve, on verra un peu avec les commentaires, … alors moi j’aimerais savoir, tu parlaisd’auteurs qui sont un petit peu de l’ivraie, d’autres qui sont un petit peu du blé. Quels seraient les auteurs, si on veut commencer à lire quelques Pères de l’Eglise, lesquels tu recommanderais ?

– JA : Alors, les Pères de l’Eglise sont classés en Pères apostoliques, c’est-à-dire ceux qui ont vécu juste après les apôtres, à la mort du dernier apôtre.

– FV : D’accord.

– JA : Il y a eu les Pères apostoliques. Ensuite il y a eu les Pères anté-nicéens, c’est-à-dire ceux qui ont vécu avant le Concile de Nicée.

– FV : Concile de Nicée, la date ?

– JA : 325. Et les post-nicéens. Donc, si je prends, on va dire un exemple de chacun, les Pères apostoliques, je proposerais de lire l’une des lettres écrites par Ignace d’Antioche par exemple.

– FV : Tu as cité Ignace d’Antioche tout à l’heure.

– JA : Il y a Clément de Rome qui a écrit de très belles lettres aux Corinthiens. Heu, pour les…

– FV : Donc, Clément de Rome, Ignace d’Antioche pour les Pères apostoliques.

– JA : Voilà, pour les anté-nicéens, je proposerais un texte de Justin Martyr qui est un apologète mais qui est vraiment formidable.

– FV : Il a beaucoup écrit, hein ?

– JA : Il a écrit des apologies pour défendre la foi chrétienne et ce sont de très beaux textes et ça, c’est pour le monde grec, on va dire.

– FV : Lequel tu recommanderais de ce qu’il a écrit, Justin Martyr ?

– JA : Alors, il y a le dialogue avec Tryphon mais c’est un texte assez long, qui est très intéressant. C’est un dialogue avec un Juif supposé, et donc avec une argumentation pour montrer que la foi chrétienne est l’accomplissement des Ecritures.

– FV : Ok, d’accord.

– JA : Et Justin Martyr est grec, et du côté latin, je proposerais Tertullien. Et si on veut vraiment voir 2 apologétiques différentes, Tertullien a écrit aussi une apologie qui est vraiment belle et magnifique, il faut la lire.

– FV : On sent la passion, hein ?, de mon collègue. J’aime bien voir ça.

– JA : C’est là où on trouve cette phrase qui revient très souvent : "le sang des chrétiens est la semence pour l’Eglise" d’une certaine façon.

– FV : Oui, bien sûr, quand on le vit, bien sûr. C’est un peu compliqué à vivre. Heu, Jamel, je crois que tu as fait une thèse sur l’un des Pères de l’Eglise. Chaque fois j’écorche son nom, ça montre à quel point je suis ignare des Pères de l’Eglise, Grégoire de Nazianze. Je le dis correctement ?

– JA : Tout à fait. Grégoire de Nazianze.

– FV : Donc ta thèse, pourquoi Grégoire de Nazianze ? Quel sujet ?

– JA : Alors, Grégoire de Nazianze, c’est une rencontre par hasard, je dirais, mais le hasard n’existe pas pour un chrétien, et c’est une rencontre qui s’est transformée en une passion vraiment pour l’homme et pour son œuvre. Donc, quand j’étais à l’université, mon professeur de licence a proposé de travailler sur un texte de Grégoire de Nazianze. C’est un sermon écrit, c’était un éloge pour Cyprien. Et, après l’étude de ce texte, je me suis adressé à lui pour lui demander si je pouvais travailler avec lui pour une maîtrise sur Grégoire de Nazianze. Il a accepté et il se trouvait que lui était spécialiste de Grégoire de Nazianze.

– FV : Ok

– JA : Et donc après, j’ai fait à l’époque le DEA et il m’a proposé donc de faire une thèse avec lui.

– FV : Nous sommes en présence d’un Docteur, n’est-ce pas, des Pères de l’Eglise. Impressionnant quand même !

– JA : Il parait, oui. (Éclats de rire)

– FV : Alors, quelle est sa contribution ? Qu’est-ce que tu dirais, ta saisie chez ce personnage au point que tu aies consacré quand même beaucoup d’années de ta vie à l’étudier ?

– JA : D’abord sa vie personnelle est une merveille, parce que c’est un homme qui était tout entier, certains le qualifient de romantique. On connaît Jean-Jacques Rousseau, on connaît Lamartine par exemple, mais il est romantique avant l’âge, c’est-à-dire, il a écrit des autobiographies. Oui, il a écrit en vers, en vers hein ! une autobiographie. Et normalement, dans l’histoire de l’autobiographie il serait peut-être le premier.

– FV : D’accord.

– JA : Et Saint Augustin après. … Et il a écrit avec une passion incroyable qu’on retrouve justement chez les Romantiques. Donc sur ce plan là, il est justement unique et sur le contenu alors là, c’est quelqu’un d’exceptionnel parce qu’on lui a donné le titre incroyable de "Théologien".

– FV : OK, qui lui a donné ce titre ?

– JA : Les successeurs et l’Eglise. L’Eglise catholique reconnaît en lui un Docteur de l’Eglise et en même temps "le" théologien après Jean. Il n’y en a que deux qui portent ce titre-là.

– FV : Ah oui ! ?

– JA : Jean l’apôtre et Grégoire de Nazianze le théologien. Alors le "théologien" au sens strict du terme comme je le disais toute à l’heure, parce que c’est une des personnes qui a le plus lutté pour la défense de la Trinité. Et donc il a écrit 5 discours qui étaient des sermons donnés à Constantinople. Ce sont de fabuleux discours qui clarifient les choses les plus compliquées au niveau de la Trinité.

– FV : Donc il a résolu le mystère de la Trinité.

– JA : Si tu lui disais ça, il te dirait : "Mais qui es-tu pour parler ainsi ? Comment pourrais-tu réduire en des mots le mystère chrétien ?". Il a essayé, en luttant contre Arius qui lui, justement, voulait d’une certaine façon, réduire la foi chrétienne dans des syllogismes, presque la logique aristotélicienne appliquée à la Trinité. Et il a écrit et d’ailleurs dans les 5 discours, le tout 1er c’est de dire : "Mais qui sommes-nous pour oser même parler de Dieu ? Il faut d’abord se purifier, il faut d’abord être pur pour oser parler de ce Dieu. Et seulement après, on pourrait avoir l’audace de s’approcher de ce Dieu qui est dans la montagne embrasée de feu et nous on est au pied de la montagne, et on doit s’approcher avec crainte et tremblement."

– FV : Bien sûr. Référence à la révélation de Moïse sur la montagne.

– JA : Certains s’approchaient un peu trop facilement de Dieu, croyant saisir le mystère de l’Etre, de la nature de Dieu, par leur raison.

– FV : Oui

– JA : Et ça c’est absolument impossible. Il est impossible de connaître Dieu tel qu’Il est en lui-même. Peut-être saisir un peu de ce qu’Il a réalisé pour nous. Mais le peu est déjà, déjà énorme.

– FV : Alors je sens ta passion pour ce thème, à la fois de la Trinité mais bien sûr, c’est un des thèmes magnifique de l’Ecriture, et puis la passion pour cet auteur. Si tu devais résumer en quelques points, ce qui sera une gageure, et on ne t’en voudra pas si c’est caricatural mais, si tu devais résumer en quelques points la présentation du sujet de la Trinité qu’en fait Grégoire de Nazianze, tu dirais c’est quoi qui émerge comme étant remarquable, peut-être ?

– JA : Alors, ce qui est le plus remarquable, c’est qu’il a été le 1er défenseur de la divinité de l’Esprit. C’est-à-dire qu’on s’est réuni à Constantinople pour le 2ème concile, la question était posée : qui est l’Esprit ?

– FV : Ils posaient déjà la question ? La question était posée.

– JA : La question était posée, n’est-ce pas. (Rires) Et Grégoire de Nazianze était le Président du Concile et donc il voulait qu’on mette noir sur blanc que l’Esprit est Dieu.

– FV : OK. Ce qui nous semble une évidence aujourd’hui.

– JA : Ce qui nous semble absolument une évidence.

– FV : L’Ecriture l’enseigne…

– JA : Par contre, si on lit le texte du Concile de Constantinople, le mot "Dieu" n’est pas appliqué à l’Esprit, parce qu’ils n’ont pas été d’accord. Ils ont utilisé d’autres formules. Mais lui, il a écrit justement, l’un des 5 discours (qui) développe la divinité de l’Esprit de manière merveilleuse. Et donc ça c’est sa contribution : la divinité de l’esprit. Et en même temps, si l’Esprit est Dieu et si le Fils de Dieu est Dieu, si les 2 viennent du Père, qu’est-ce qui les distingue ? Et il a été le 1er à parler de la "procession de l’Esprit".

– FV : OK

– JA : Pour nous c’est un langage très familier.

– FV : Et puis il va falloir l’expliquer quand même "procession de l’esprit". Tu veux dire quoi par-là ?

– JA : Alors, comme on dit que le Père est engendré du Père…

– FV : Que le Fils est engendré du Père…

– JA : Oui, pardon, que le Fils est engendré du Père, heu…, quelle est la relation entre l’Esprit et le Père puisque la Trinité, c’est croire en un seul Dieu qui se manifeste en 3 personnes. Mais ces 3 personnes, qu’est-ce qui les sépare les unes des autres ? Alors ce qui les sépare, c’est leur relation les unes avec les autres.

– FV : OK

– JA : Le Fils est le Fils du Père, et il est engendré du Père. Mais l’Esprit ? La question se pose et donc Grégoire dit : "L’Esprit, il n’est pas engendré. S’il était engendré, il serait absolument identique au Fils." Donc, il est, il "procède" et maintenant je t’arrête avant que tu me poses la question. Tu vas me dire : qu’est-ce que ça veut dire "procéder" ? Je te dirai quand tu le sauras et quand tu sauras toi-même comment tu es né, je te répondrai.

– FV : (rires)

– JA : C’est comme ça que Grégoire répond.

– FV : Alors peut-être que ça va surprendre un peu les auditeurs qui sont habitués à ce que l’on regarde les Ecritures. Alors vous avez plusieurs podcasts que vous trouverez sur la divinité de Christ, sur la divinité du Saint Esprit et donc pour rétablir cela sous une forme biblique, quelles sont les données de l’Ecriture. Le travail du théologien c’est de le mettre en mots : ça ressemble à quoi et ça se décrit comment ? Ça ne veut pas dire qu’il invente une formulation qui serait le fruit de son imagination. C’est qu’il essaye de rendre compte proprement et correctement de ce que la Bible enseigne. Donc, c’est tout le propos que nous avons ici. Ce n’est pas d’inventer ou de regarder comment une doctrine aurait été inventée, c’est comment une doctrine se formule à partir des données de l’Ecriture.

– JA : Absolument. Ça c’est très important, c’est qu’on n’a pas inventé la Trinité. On a cherché à rendre un petit peu compte de cette idée-là, voilà, qui est la révélation. On part de la révélation, et ça c’est le privilège, on va dire, c’est le point d’appui des Pères grecs qui ont lutté contre Arius en disant : on a une révélation. La révélation nous dit que, donc on respecte la révélation et on cherche à comprendre.

– FV : OK

– JA : et on cherche à comprendre avec notre petit esprit humain. Pour revenir au mot "procéder", ce n’est pas un mot qui vient du néant, c’est un mot qui vient de Jean : "l’Esprit procède du Père". En fait, le mot "procède" c’est le mot latin pour "vient de".

– FV : OK

– JA : Donc il a cherché dans les Ecritures le mot qui parle de ça et comme Dieu se révèle à nous tel qu’il est dans son immanence, j’emploie le mot compliqué.

– FV : Très bien, pas de soucis.

– JA : L’immanence de Dieu, c’est-à-dire Dieu tel qu’il existe en lui-même. Dieu tel qu’il existe en lui-même se révèle à nous tel qu’il existe en lui-même, c’est à dire Dieu se dévoile comme il est réellement en lui-même, et si il se révèle à nous en tant que "l’Esprit vient du Père", ça veut dire que dans son immanence, il est dans cette relation aussi…

– FV : Alors on n’a pas le temps d’en discuter trop mais : il vient du Père et du Fils, ou seulement du Père ?

– JA : (rires) Ca, c’est la différence entre les Grecs et les Latins c’est-à-dire que les grecs disent que l’Esprit vient du Père. Les latins disent l’Esprit vient du Père et du Fils. C’est le fameux Filioque, ça veut dire "et du Fils", qui a provoqué le schisme en 1054. Mais pour les Grecs c’est : "il vient du Fils" et ils peuvent ajouter à la rigueur : "l’Esprit vient du Père par le Fils". Ils pourraient ajouter : "et concédé par le Fils".

– FV : Alors j’espère qu’on ne vous a pas perdu dans cette dernière partie du podcast. Mais en tout cas, c’est tout l’intérêt de regarder comment les hommes et les femmes des temps passés se sont interrogés sur la manière dont la Bible enseignait ces vérités sublimes. Je rentre. Je vais partir au Togo dans quelques jours. Je rentre et je dois enseigner dans le contexte des jeunes adultes "comment se réjouir dans la Trinité ?". Il y a quelque chose de très puissant dans la vie quotidienne quand on réalise que notre Dieu est un, un seul Dieu, et qu’il est trinitaire, qu’est-ce que ça implique. Il y a beaucoup d’implications pour la vie.

Je te remercie beaucoup Jamel d’avoir accepté de faire partie de ce podcast et puis Google est votre ami, si vous cherchez à savoir ce que veut dire l’immanence de Dieu et toutes ces autres questions. A bientôt.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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