Prédication et enseignement, une différence ? (Épisode 45)

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Transcription :

« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont mises à disposition mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. N’hésitez cependant pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Merci d’avance. »

La question est posée : « Merci beaucoup pour ce blog que je suis toujours avec beaucoup de plaisir et d’attention ! Ces derniers temps, je me questionne concernant l’enseignement dans l’Église. Prédication et enseignement, une différence ? La prédication est-elle forcément un enseignement ? Doit-elle être apportée par quelqu’un ayant un don d’enseignement uniquement ou tout homme peut-il prêcher au sein de l’assemblée ? Et finalement, qu’est-ce qu’un enseignement biblique ? J’ai un peu fouillé sur le web mais je n’ai rien trouvé de très probant. Les avis semblent divergents au sein de mon Église et j’aimerais me faire, s’il est possible, un avis biblique. Je sais que la question semble vaste mais peut-être auriez-vous un début de réponse ? »

Tout d’abord, merci pour l’encouragement pour toute l’équipe qui s’occupe de ce blog.

Je vais prendre la série de questions à l’envers puisque l’une des questions me semble déterminante pour la suite, c’est : qu’est-ce qu’un enseignement biblique ? Le terme biblique est un adjectif qui, fondamentalement, dénote quelque chose en lien ou en rapport à la Bible ou plutôt, pour ce qui nous concerne, qui est conforme à la Bible. Donc qu’est-ce qu’un enseignement biblique ? C’est un enseignement qui est conforme à ce que l’Écriture enseigne. Pour donner quelques détails ou explications sur ce que je veux dire par cela, je pense à quatre points principaux. Un enseignement biblique c’est :

  •  un enseignement qui respecte le message général de la Bible
  •  un enseignement qui comprend l’intention de l’auteur à partir d’un texte
  •  un enseignement qui s’énonce clairement
  •  un enseignement qui s’applique à nos vies.

Si ces quatre qualités sont à détailler, je les détaillerai ainsi :

Un enseignement biblique qui respecte le message général de la Bible. Tu as probablement remarqué, quand tu ouvres l’Écriture, que la Bible commence par un paradis et se termine par un paradis, deux chapitres de part et d’autre qui décrivent un univers où Dieu était au centre et où les relations entre les hommes et Dieu étaient parfaites. Et au milieu, il y a cette rupture des relations, il y a cette tragédie, l’invasion, le surgissement du péché qui va tout foirer, tout briser, y compris même sur l’ensemble de la création et de l’univers. Et l’ensemble de l’Écriture nous montre ce drame extraordinaire de l’intervention de Dieu en Jésus-Christ pour ramener les hommes à lui et pour rétablir ce qui a été brisé par le péché. Donc, un enseignement biblique c’est un message qui va être conforme à ce cadre général de création, de chute et de rédemption en Jésus-Christ et ça, c’est quelque chose qu’il faut prendre en compte. Il n’y a pas d’enseignement biblique qui serait détaché ou contraire à cette grâce que Dieu accorde en Jésus-Christ, à ce secours qu’il apporte à des hommes pécheurs. Même si la manière dont ces hommes vont répondre à l’œuvre du salut qui est en Christ, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament, va varier justement d’une période à l’autre, d’une période historique à l’autre dans le programme rédempteur de Dieu..

Deuxièmement, c’est un enseignement qui respecte l’intention de l’auteur. Tu vas bientôt trouver sur le site, ou peut-être que c’est déjà le cas au moment où tu écoutes, une formation à l’herméneutique, c’est-à-dire à l’interprétation de l’Écriture. Un des outils très simple qui a été formulé par l’un des fondateurs de ce site ToutPourSaGloire.com s’appuie sur l’acronyme COCA (facile à s’en souvenir !) : Contexte, Observations, Compréhension et Applications. L’idée, c’est que face à un enseignement biblique, tu vas te poser des questions. Qu’est-ce que le contexte m’apprend sur ce texte ? Quelles sont les observations que je peux faire ? Quelles sont les compréhensions ou quelle est la compréhension que je peux formuler de ce texte ? Et enfin, quelle est l’application que j’en fais pour ma vie ? Encore une fois, l’idée ce n’est pas de dire « ce texte me dit » mais « ce texte dit » parce que c’est le Saint-Esprit qui l’a inspiré, qui l’a placé dans cette section d’un livre de la Bible et on cherche à comprendre ce que Dieu a voulu dire.

Troisièmement, un enseignement qui s’énonce clairement. Si tu restes trop vague dans ton interprétation, tu n’as pas vraiment été biblique. L’une des qualités de l’Écriture, c’est sa clarté. Et donc, il convient de comprendre, même si la difficulté est réelle pour nous parce qu’il y a 2000 ans d’histoire qui nous séparent pour les écrits du Nouveau Testament notamment. Il y a des différences culturelles, il y a des perspectives autres et donc il faut prendre le temps de l’étudier pour pouvoir se faire une idée, mais à un moment donné, tu dois pouvoir proposer un énoncé clair.

Et enfin, un enseignement, ça s’applique à nos vies. En dehors d’une application à notre vie, ça n’a pas vraiment de sens de chercher le sens du texte. Je vais prendre un exemple qui me semble très représentatif dans nos milieux d’une mauvaise manière de gérer le sens d’un texte. Cet exemple se trouve en Jérémie 29. 11 : « Car moi je connais les projets que j’ai conçus en votre faveur, déclare l’Éternel : ce sont des projets de paix et non de malheur, afin de vous assurer un avenir plein d’espérance. » C’est une promesse, quand on la prend comme telle, elle est magnifique, elle est pleine de joie, de bonheur pour la suite, et souvent on chante ce chant en pensant que demain et après-demain ce ne sera que le ciel bleu. Mais, si on devait donner un enseignement biblique sur ce verset, il faudrait constater que justement, ce n’est pas une promesse de ciel bleu pour toujours pour tous les chrétiens, et qu’on aurait tort de s’en inspirer ainsi. Je dirais que ce serait le contre-exemple : enseigner ce verset de cette manière, ce n’est vraiment pas un enseignement biblique ! Ni ce verset, ni le reste de l’Écriture, n’enseignent que la vie sera facile et que le bonheur immédiat, constant, est l’apanage de celui qui croit en Jésus-Christ. Un enseignement biblique, c’est un enseignement qui va regarder ce contexte général, rédempteur, pour des gens qui sont pécheurs et séparés de Dieu, avec le salut que Dieu nous accorde. Et effectivement, il y a un salut que Dieu propose, c’est implicite dans ce verset. Mais par contre, de façon très explicite quand tu regardes le contexte, le verset 10 annonce un retour de l’exil après 70 ans de captivité dans les mains des Babyloniens, le verset 16 annonce des jugements terribles sur ceux qui sont à Jérusalem. C’est donc une promesse qui est faite à Israël : le peuple de Dieu sera secouru après des décennies de galère. Dieu est fidèle à son plan et sa promesse : il a promis une rédemption à Israël et c’est l’un des versets qui nous dit que Dieu accomplira sa promesse. L’idée de s’en saisir comme de quelque chose qui est super, demain tout ira bien, c’est faux. Ultimement, c’est vrai parce que demain, après-demain, quand le royaume de Dieu sera là, nous serons débarrassés de toute souffrance, de tout péché, de toute oppression, et nous vivrons dans une communion les uns avec les autres et avec Dieu qui sera sans égale, mais ça ne veut pas dire que la vie chrétienne sera sans galère.

Pour revenir à d’autres aspects de la question de départ, quand on regarde les termes bibliques qui parlent de l’enseignement, on se rend compte qu’ils sont très très nombreux, parfois avec des termes aussi simples que le fait de parler, de dire, « Jésus dit », il se met à parler et se met à enseigner. Les termes les plus significatifs sont :

  •  le terme proclamer, kerusso, qui est l’équivalent de prêcher, sorte de proclamation publique à voix haute qui est faite,
  •  il y a le verbe enseigner, didasko, qui est le fait de poser un propos d’enseignement à partir de l’Écriture,
  •  il y a le fait d’évangéliser, euangelizo, annoncer la bonne nouvelle.

Mais très honnêtement, quand on regarde l’utilisation de ces verbes dans le Nouveau Testament et notamment dans les évangiles et dans le livre des Actes, on ne peut pas vraiment en faire une différence très marquée. On voit même qu’un évangile va préférer kerusso, proclamer, alors qu’un autre va utiliser pour la même activité euangelizo, évangéliser ; on voit l’apôtre Paul qui demande à Timothée de faire l’œuvre d’un évangéliste mais ce qu’il décrit après, c’est très proche de l’enseignement. Je crois qu’il ne faut pas vraiment s’imaginer que la Bible va dénoter les activités très différentes avec un vocabulaire très différent. On trouve tout autant la notion de dialoguer, d’interaction en quelque sorte, dans le livre des Actes et donc je dirais que ce n’est pas la forme de l’enseignement qui la caractérise comme biblique mais c’est plutôt le contenu. Jésus a dialogué avec la femme samaritaine, il a dialogué avec Nicodème et son enseignement était bien entendu biblique et compatible avec le reste de l’Écriture. Et c’est ça qu’il nous faut rechercher quand on est appelé à enseigner. Plusieurs formes, et ces formes, doivent tout à fait s’adapter à ce qui est lié au contexte dans lequel on se trouve. Franchement, si tu es avec deux trois personnes et que tu veux prêcher pendant une demi-heure, je ne pense pas que ça aura l’impact qu’un bon dialogue autour de l’Écriture pourrait avoir. Il faut savoir être flexible quant à ces formes.

Dernier aspect de la question : est-ce que ceux qui ont le don doivent enseigner ? Je pense qu’on doit remarquer que l’apôtre Paul exhorte Timothée à faire des progrès dans son enseignement et qu’il y a certaines personnes qui sont vraiment appelées à formuler un enseignement de l’Écriture de façon beaucoup plus constante, récurrente. Ils se forment pour ça, ils font des sacrifices pour ça, ils n’ont pas une activité professionnelle qui leur permet de vivre indépendamment, donc ils se concentrent vraiment sur la formulation, la compréhension de l’Écriture. Et on doit leur laisser la place qu’ils méritent par les dons spirituels et la formation qu’ils ont reçus. Mais en même temps, on trouve l’exhortation de s’exhorter les uns les autres dans l’Écriture ; et dans ce sens, c’est de s’enseigner mutuellement. Toute personne peut pouvoir enseigner un frère, y compris un enseignant, un pasteur, un évangéliste, un docteur, et on doit pouvoir avoir cette attitude d’être sensible à ce que les uns et les autres peuvent nous apporter de par leur chemin spirituel et de par leur expérience ou leur maturité spirituelle. Donc à la fois je reconnaîtrais un don spécifique d’enseignement qu’il faut respecter et dont il faut profiter pour l’édification de l’Église, et puis en même temps on doit pouvoir s’enseigner les uns les autres et le but bien entendu c’est, au-delà des formes et des dons, que l’on reste biblique c’est-à-dire conforme au sens du texte. J’espère avoir répondu à ta question.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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