Prière, maladie et guérison (2e partie)

Dans l’article précédent, nous avons analysé Marc 16 pour conclure qu’il s’agissait d’un mandat d’accomplir des miracles confiés aux apôtres (et non à l’Église). Pas d’accord ? Commentez l’article précédent ! Dans cet article, je regarde les autres textes évoqués pour soutenir la pratique active de miracles, puis je souligne combien nous ne sommes toutefois pas en rade face à la maladie. Dieu guérit quand il le souhaite et comme il le souhaite, notamment en réponse à la prière, parfois avec l’onction d’huile (1 Jn 5.14-15, Jac 5.14-15)

Des œuvres plus grandes ?

Certains complètent leur perspective sur Marc 16 en citant la promesse d’œuvres plus grandes pour dire que l’Église est tout de même mandatée pour réaliser des miracles. Jean 14.12–14 : 

12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais vers le Père ; 13 et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. 14 Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.

Quelles sont ces « œuvres » (ergon) ? S’il est vrai que le terme peut désigner des miracles, ce n’est pas son usage unique et il désigne souvent les actions, voire les actions missionnaires. Par ailleurs, la qualification « plus grandes » nous interroge : qu’est-ce que les apôtres ont fait de plus grand ? Aucun miracle sur la nature n’est recensé (multiplication des pains, apaisement de tempête, transformation de l’eau en vin…). Par contre, leurs œuvres missionnaires ont dépassé le cadre de la Judée et touché des milliers d’individus. Clairement, cela s’applique à merveille au développement missionnaire. Enfin, le contexte de l’accomplissement est la prière : « Si vous demandez… ». La prière qui demande au nom de Jésus s’appuie sur les mérites de Jésus. En lui, le Père nous écoute comme si c’était le Fils qui demandait. Nous pouvons demander, supplier, mais cela n’est pas une autorité à réaliser des miracles.

Et les dons de guérisons ?

Toucher à la permanence des dons est probablement la faute la plus sérieuse imputée aux non charismatiques – la ligne rouge à ne pas franchir ! Ma position, dite ‘cessationiste’, affirme que certains dons ont été donnés à l’Église pour un temps et pour un objectif précis. Une fois cet objectif réalisé ou accompli, ces dons ont cessé (ce serait le cas, par exemple, du don des langues, ou du don d’apôtre au sens fort, ou des dons de guérisons) ou ont changé dans leur forme (la prophétie-révélation s’oriente davantage sur l’exhortation).

Une pleine démonstration de cette question dépasse le cadre de cet article, mais notons au moins ce précédent vétérotestamentaire : le don spirituel d’artisan, que l’Esprit a accordé à Betsaléel pour réaliser les objets sacrés du tabernacle, ce don-là a cessé. Il ne se retrouve pas dans la liste néotestamentaire des dons. Il n’a plus de raison d’être. Ce qui est normal puisque l’Église n’a pas d’exigence matérielle pour son culte (cf. Jn 4.24).

Un don n’existe qu’aussi longtemps qu’il est nécessaire au plan de Dieu. Les miracles n’ont pas été constants dans l’histoire de la rédemption. John Stott précise que:

Il y a de larges sections de l’histoire biblique où aucun miracle n’est relaté. En fait, quand on essaie de voir où se situent les miracles bibliques, on trouve qu’ils se regroupent dans l’écriture comme les étoiles dans le ciel. Ils forment quatre constellations principales. (1) Ils se groupent d’abord autour de Moïse (les plaies d’Égypte, la traversée de la mer rouge, la manne, l’eau jaillissante, etc.…) (2) ensuite autour d’Élie, d’Elisée, et les prophètes, puis (3) autour du Seigneur Jésus lui-même, et (4) enfin autour des apôtres. Et le rôle essentiel des miracles est d’authentifier chacune des étapes de la révélation[1].

C’est compréhensible, car les miracles avaient des objectifs précis :

  • Les miracles de Moïse attestaient qu’il avait bien vu Dieu (Ex 4.5), et l’intervention puissante des 10 plaies offrait aux générations suivantes une démonstration historique de sa puissance (Ex 10.1-2). La portée pédagogique de ces récits est évidente (cf. Rm 15.4 ; 2P 2.1-10). Nul ne s’attend maintenant à une reproduction de ces miracles. Ils servent d’attestation de cette nouvelle révélation qu’est la Loi.
  • Le duo Moïse-Josué correspond à la première période historique à miracles. La seconde, avec le duo Elie-Elisée suit de plusieurs siècles. Elle ouvre la révélation prophétique, dont les miracles attestent la validité. Lorsque ce dernier lui demande « une double portion » de son esprit, Élie lui répond que c’est « une chose difficile » (2R 2.9-10). Ce n’était pas chose normale que d’être revêtu de cette puissance ! Dans sa grâce, Dieu a exaucé la prière d’Élisée, qui accomplit des miracles remarquables. Mais le dialogue des deux hommes témoigne du caractère exceptionnel des œuvres spectaculaires. Leurs miracles servent d’attestation à cette nouvelle révélation que sont les prophètes.
  • Jean, seul en prison, sans doute assez découragé, demande à Jésus de confirmer s’il est « celui qui doit venir ». Jésus lui répond en évoquant les miracles de guérison qu’il accomplit (Mt 11.2-6). Les guérisons de Jésus proclamaient clairement qu’il était le Messie. Elles démontraient au monde qu’il pouvait pardonner son péché : « Or, afin que vous sachiez que le fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés… » (Mt 9.6). Ainsi, ses miracles validaient ses propos. Dieu a veillé à ce que les prophètes de l’Ancien Testament annoncent d’avance le ministère miraculeux du Messie (Cf. Es 29.18 ; 32.4 ; Es 35.5-6). On ne pouvait donc se méprendre sur un prétendant. Personne ne pouvait rivaliser avec la puissance de Jésus.
  • Son autorité sur les démons témoignait de la venue, en sa personne, du royaume des cieux (Mt 12.28). Ses œuvres affirmaient qu’il avait été envoyé par le Père (Jn 5.36). Ses prodiges établissaient d’une manière irréfutable son unité avec le Père et sa divinité (Jn 14.11).

Les miracles sont donc un signe de quelque chose de plus grand, de plus fondamental. Ils ne sont pas l’essence de l’Évangile, mais la promesse de l’Évangile. La promesse d’un rétablissement complet, ultérieur, et prouvent que ceux qui ont annoncé ce rétablissement sont dignes de confiance.

La prière pour la guérison est accessible à tout chrétien

Ceci dit, nous pouvons compter sur l’action puissante de Dieu en réponse à la prière. La Bible est pleine de promesses quant à la prière. Nous avons l’opportunité et le privilège de demander à Dieu la guérison. 1 Jean 5.14–15 affirme : 

14 Voici l’assurance que nous avons auprès de lui : si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. 15 Et si nous savons qu’il nous écoute, quoi que ce soit que nous demandions, nous savons que nous possédons ce que nous lui avons demandé.

Nous devons prier avec foi et courage, notamment pour la guérison. Avec l’assurance d’être écouté, mais pas forcément d’être exaucé. Cela dépend… de sa volonté à lui. Dieu peut choisir de ne pas répondre favorablement.

Notons aussi que les anciens peuvent être sollicités. Jacques propose :

14 Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les anciens de l’Église, et que ceux-ci prient pour lui, en l’oignant d’huile au nom du Seigneur ; 15 la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné.

Le contexte antérieur parle de la patience de Job. Le texte souligne l’action centrale de la prière (l’onction[2] étant dépendante de la première action.) Le contexte postérieur évoque la prière ardente d’Élie. De quoi nourrir la foi et la patience au milieu de l’affliction.

Dernières considérations

Les miracles engendrent la foi ?

Certains charismatiques affirment que les miracles conduisent à la foi. George Winston, rapporte en réalité que…

…sur 93 passages évoquant un miracle du Christ ou des apôtres, seulement 6 indiquent que les témoins de ces prodiges crurent à cause du miracle. Dans les autres cas, ces signes produisirent de la curiosité (11 fois), de l’étonnement (24 fois), de l’admiration (4 fois), de la crainte (13 fois), aucun effet (4 fois), de la jalousie et de l’opposition (17 fois), de la foi (6 mentions)[3] .

L’homme malade depuis 38 ans ne manifeste aucune foi ni aucune reconnaissance envers Jésus (Jn 5).

Ésaïe 53

Plusieurs affirment que le texte d’Esaïe 53 promet la guérison au croyant, que la maladie aurait été prise à la croix, au même titre que le péché. Stéphane Guillet hésite un peu :

Il est difficile de dire si le texte hébreu utilise les mots au sens propre ou au figuré. Le contexte d’Ésaïe 53 orienterait plutôt vers une interprétation figurée, car le vocabulaire du péché́ y est fortement présent. De plus 53.11 dit que le serviteur s’est chargé (sbl) des fautes (>åwôn) ; 53.12, qu’il a porté (n∞<) les péchés ( ̇Ÿã<) (les deux verbes sont traduits par le grec anaphérô). [4]

Mais je pense qu’il s’agit de la même métaphore employée en Esaïe 1.6 : Israël est malade de péchés ! Par ailleurs, Esaïe 52.12-53.12 parcourt tout le ministère du Christ incarné. Dans son périple terrestre, qui n’attirait pas le regard, il a vraiment porté les maladies (ce verset est cité en Mt 8), dans le sens où Jésus a guéri de nombreuses personnes. Mais à la croix, il a payé pour nos péchés (c’est ainsi que Pierre cite les versets en 1 Pierre 2.24). Jésus est devenu péché pour nous (cf. 2 Co 5.21), pas maladie pour nous…

Henri Bryant conclut son analyse du texte :

1. Le contexte d’Ésaïe concerne surtout le problème de nos injustices. À la croix, Christ est mort en prenant sur lui le jugement que nous méritions, afin de nous réconcilier avec Dieu: « Celui qui n’a pas connu le péché́, il l’a fait pour nous péché́, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu16. » Les conséquences de ce pardon, c’est la guérison spirituelle et physique. Mais cette délivrance du péché́ ne signifie pas que, pendant notre vie terrestre, nous ne péchons plus. De même les effets du pardon dans notre corps physique et dans notre santé – la guérison totale – ne seront effectifs qu’après que ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité́17. [5]
[…]
3. C’est vrai, la guérison nous appartient – comme une justice parfaite nous appartient! Mais non pas pendant notre séjour dans ce monde. Il n’est donc pas juste, à partir de ce passage, de promettre la guérison totale maintenant. C’est créer une fausse espérance et troubler les croyants qui souffrent. C’est Dieu qui guérit toujours aujourd’hui et parfois d’une manière étonnante et surnaturelle. Mais, comme nous l’avons constaté plus haut, il permet aussi la souffrance et la maladie, selon sa volonté́ qui est toujours parfaite, même si nous n’avons pas toujours le sentiment qu’elle est bonne et agréable19 !

Les Églises feraient bien de développer une véritable théologie de la souffrance, fondée sur les textes qui l’évoquent comme le lot de ceux qui aiment Dieu (cf. Job, les Psaumes de lamentation, Jac 1, 1 Pierre, etc.). Ce serait l’occasion de manifester compassion et tendresse au sein de communautés atteintes par le malheur d’un monde en rupture.


[1] John Stott, Du baptême à la plénitude, Éd. Emmanuel, 1964, p. 102. In Matthieu Giralt, “Est-ce que Dieu nous parle par des rêves”, https://matthieugiralt.toutpoursagloire.com/est-ce-que-dieu-nous-parle-par-des-reves/ (consulté le lundi 1 avril 2019).

[2] Le verbe employé ici ne désigne pas l’onction royale, mais l’onction médicinale, ici employée à titre symbolique

[4] Stéphane Guillet « la guérison pour tous », Théologie Évangélique, vol. 6, 2007, p. 25

[5] Henry Bryant, p. 49-50.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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