Principes de leadership selon 3 Jean [2e partie]

Je n’avais jamais réalisé à quel point 3 Jean recèle de pépites sur le leadership de l’Église. Elle contribue à notre compréhension du rôle des leaders, et du rôle éventuel de leaders transverses aux Églises. Ce billet, bien entendu, ne relève qu’une infime partie de ce que nous pourrions apprendre du leadership dans l’Église. Après 4 portraits de leaders dans le premier article, voici 4 principes essentiels du leadership dans l’Église.

Dans l’article précédent nous avons peint le portrait de 4 leaders. Je poursuis ici avec une courte réflexion sur le leadership, fondée sur cette 3e lettre de l’apôtre Jean.

Je me suis amusé à traduire cette lettre pour mieux être interpellé par son contenu. Je vous la livre ici sachant qu’elle pourrait largement être améliorée !

1 L’ancien au cher ami Gaïus, que j’aime dans la vérité[1]. 2 Cher ami, je prie qu’en tout tu progresses[2] et que tu aies la santé, comme progresse ton âme. 3 Car je me suis beaucoup réjoui quand des frères sont venus et ont témoigné de ta vérité, comme tu marches dans la vérité. 4 Aucune joie ne surpasse en moi[3] celle d’entendre que mes enfants marchent dans la vérité.

5 Cher ami, tu fais preuve de fidélité dans ce que tu accomplis vis-à-vis des frères, notamment étrangers, 6 qui témoignent devant l’Assemblée[4] de ton amour, et pour qui tu feras bien de pourvoir à leur périple d’une manière digne de Dieu. 7 Car c’est pour le Nom qu’ils sont partis, ne recevant rien des peuples étrangers[5]. 8 Nous devons donc soutenir[6] de telles personnes, afin que nous devenions collaborateurs de la vérité.

9 Moi-même j’ai écrit quelque chose à l’Assemblée, mais Diotrèphe, qui aime la direction[7], ne nous reconnaît[8] pas. 10 C’est pourquoi, si je viens, je lui rappellerai ce[9] qu’il fait, les paroles sales par lesquelles il nous diffame.[10] Non content d’en rester là, il ne reconnaît pas le [le service des] frères et ceux qui désireraient les recevoir, il les empêche et il les chasse de l’Église.

11 Cher ami, n’imite pas le mal mais le bien. Celui qui fait le bien est de Dieu. Celui qui fait le mal n’a pas vu Dieu.

12 Démétrius a fait l’objet de la validation[11] de tous, et de la vérité elle-même. Nous aussi nous en témoignons, et tu sais que notre témoignage est vrai.

13 J’ai beaucoup à t’écrire, mais je ne veux pas t’écrire avec l’encre et la plume, 14 mais j’espère te voir bientôt, et nous parlerons de vive voix[12]. 15 Paix à toi ! Les amis te saluent. Salue les amis, chacun par son nom.

4 principes importants sur le leadership dans l’Église

Un leader d’Église veille sur la porte de l’assemblée

Diotrèphe est le mauvais bougre parce qu’il use de son autorité pour empêcher les bons gars d’exercer le ministère. En cela, il n’est pas à imiter. Mais notons toutefois que les leaders doivent exercer ce rôle de gardien.

Jésus félicite l’Église d’Éphèse : « Je le sais, tu ne peux supporter les méchants, tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs » (Ap 2.2). Il reproche à l’Église de Pergame : « Mais j’ai contre toi certains griefs : tu as là des gens qui maintiennent la doctrine de Balaam […] De même, tu as, toi aussi, des gens qui maintiennent pareillement la doctrine des Nicolaïtes. Repens-toi donc… » (Ap 2.14-15). Il reproche à l’Église de Thyatire de laisser « la femme Jézabel, qui se dit prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs, pour qu’ils se livrent à l’inconduite et qu’ils mangent des viandes sacrifiées aux idoles. Je lui ai donné du temps pour se repentir, mais elle ne veut pas se repentir de son inconduite. » Un bon leader sait à qui ouvrir la porte et à qui fermer la porte…

=> Un point d’application : le leadership exige de la vigilance sur les influences qui pénètrent l’Église.

Un leader d’Église encourage la mission de l’Église

Gaïus se fait remarquer pour la fidélité avec laquelle il pourvoit aux besoins des missionnaires itinérants. Souvenons-nous que l’Église est en mission pour faire des disciples de toutes les nations (Mt 28.18-20, cf. Ac 1.8). Paul écrit Romains, entre autres, pour faciliter son passage en Espagne afin que l’Évangile s’y répande (Rm 15.23). Il écrit Philippiens pour remercier l’Église pour son offrande missionnaire généreuse (Ph 4.18). Il y aurait d’autres exemples.

Dans un livre simple, DeYoung et Gilbert présentent ainsi la mission de l’Église :

La mission de l’Église est d’aller dans le monde pour faire des disciples, en proclamant l’Évangile de Jésus-Christ par la puissance de son Esprit et en assemblant ces disciples en Églises, afin qu’ils puissent adorer Jésus-Christ et lui obéir, maintenant et pour l’éternité pour la gloire de Dieu le Père.[13]

=> Un point d’application : le leadership doit ramener l’Église au travail essentiel de l’Église, à savoir multiplier des disciples, des leaders et des Églises, pour contribuer à former un peuple d’adorateurs authentiques parmi toutes les ethnies du monde.

Un leader d’Église s’entoure de mentors

Jean s’est intéressé à Gaïus, il l’a pris sous son aile, il était son mentor, comme on dirait maintenant. Parce que Gaïus avait besoin d’un mentor. En effet, un leader est dans un danger permanent. Celui d’être couvert de louange et de prendre la grosse tête. Celui d’être couvert de critiques et de sombrer en dépression. Celui de mesurer les pauvres résultats de son travail et de se sentir inutile.

Il risque alors de compenser – ou décompenser – en s’imaginant devoir mener des combats qui valoriseront son égo plutôt que de s’aligner sur l’essentiel, c’est-à-dire la mission de l’Église.

C’est le rôle du mentor que de tempérer les aspérités des jeunes leaders et de les aider à distinguer l’essentiel du secondaire. Le mentorat est un art utile même pour le monde séculier. Par exemple, le Barreau de Montréal emploie cette discipline qu’il définit ainsi :

Le mentorat est une relation dans laquelle le mentor investit son temps et partage ses connaissances et ses compétences avec une personne moins expérimentée qui souhaite profiter de cet échange et prend les dispositions pour y parvenir. [Guide du Mentor, p. 3. www.barreaudemontreal.qc.ca]

Martin Sanders et Alain Stamp [Multiplier les leaders] citent le RSE Challenge :

Le mentorat constitue une relation d’apprentissage entre deux personnes : le mentor (généralement à la moitié de sa carrière) partage ses connaissances, son expertise, ses acquis et la sagesse de son expérience avec une personne moins expérimentée, le mentoré (généralement au début de sa carrière).

Et ils enchaînent (p. 30) :

Le mentorat est une forme d’accompagnement pédagogique pratiqué dans de nombreux domaines, du monde des affaires à la politique. Cette aide pédagogique a une réelle pertinence dans le ministère chrétien. En effet, dans le service pour Dieu, l’être et le caractère ont autant d’importance que les connaissances et le savoir-faire.

On peut définir le mentorat comme un soutien personnel, volontaire et gratuit, à caractère confidentiel, apporté par un mentor. Ce soutien répond aux besoins particuliers d’une personne (le mentoré ou protégé) en fonction d’objectifs liés à son développement spirituel et à celui de son ministère. Les bases d’une bonne relation mentorale sont la confiance, l’honnêteté, le respect de la confidentialité et de l’éthique chrétienne.

=> Un point d’application : cherche des mentors et chercher à mentorer. Consulte le site de mon ami et mentor Alain Stamp pour en savoir plus.

Un leader d’Église s’intéresse à la vérité

Jean se réjouissait de la façon dont Gaïus marchait dans la vérité.

Ce n’est pas très populaire. Mais c’est la Parole de Dieu qui nous fait renaître (Jc 1.18), nous libère (Jn 8.32) et nous fait grandir (1 Pi 2.2) car elle est sanctifiante (Jn 17.17). Elle nous qualifie à toute œuvre bonne (2 Tm 3.17). Jésus aspire à ce que nous demeurions en lui, à ce que nous développions des racines profondes dans sa Parole, pour la vivre et l’expérimenter au quotidien.

Un leader doit ramener, constamment, à l’Écriture. Non comme un rappel à des lois, mais comme une lettre d’amour que l’Esprit a inspirée pour que nous connaissions Dieu. Pour que nous grandissions dans notre amour pour lui. Il faut encourager l’Assemblée à utiliser tous les outils possibles pour cela : plans de lecture, groupes de croissance,[14] formations au sein des Églises locales ou Union d’Églises ou en Instituts Bibliques, Facultés. Apprendre à lire de bons livres, sur la vie chrétienne, sur la théologie, pour former la tête autant que le cœur.

=> Un point d’application : prends chaque année 3 ou 4 jeunes pour leur faire découvrir en profondeur un livre (de la Bible, ou un livre de synthèse théologique[15], ou de vie chrétienne[16], ou de vie d’Église,[17] etc. ).

Questions de discussion

Voilà quelques questions pour animer une discussion entre leaders d’une Église : 

  1. Quels sont les personnages de cette lettre avec lesquels tu t’identifies le plus ? Connais-tu des situations similaires (locales ou autres) à celles évoquées en 3 Jean ?
  2. Quelles sont les voix extérieures, les mentors, qui te permettent de grandir et d’avancer dans le développement de ton amour pour la Vérité ?
  3. Auprès de qui développes-tu des relations encourageantes et formatrices pour faire émerger la prochaine génération de leaders ?
  4. Connais-tu des « faux enseignants » auxquels il faudrait fermer les portes de l’Église ? Connais-tu des enseignants qui mériteraient d’être mis en avant ?
  5. Quel axe missionnaire comptes-tu développer dans ta vie de prière et dans la vie de l’Église ?
  6. Comment concilier l’autonomie de l’Église locale (dirigée par ses propres leaders) et l’apport d’un terreau fertile extérieur qui permet à des leaders d’autres églises de t’influencer ?

[1] Int. Ce n’est pas un adverbe (« véritablement ») mais la description d’une sphère de vie qui caractérise Gaïus, un homme théologiquement orthodoxe, attaché à la vérité.

[2] Gr. Carrez : « bien avancer, d’où réussir […] prospérer » (Rm 1.10 ; 1Co 16.2 ; 3Jn 2)

[3] Gr. Litt. : « je n’ai pas de plus grande joie », mais l’original porte l’emphase sur « grande ».

[4] Gr. :Transcrit en français, le terme grec est devenu « Église ».  Idem au verset 9. 

[5] Gr. : Carrez : païens. 4 utilisations (Mt 5.47, 6.7, 18.17) pour désigner les peuples non-Juifs, La NetBible affirme que c’est quasiment équivalent au terme « ethnie »

[6] Gr. : Accueillir, recevoir. Gr. Ancien : prendre par la main, soutenir.

[7] Gr. Traduit un seul verbe grec, composé du mot « apprécier / aimer » et « premier », d’où « aimer être le premier », celui qui dirige, le leader.

[8] Gr. : le verbe grec a la connotation d’accueillir, de recevoir. Int. : il ne semble pas y avoir eu de visite antérieure de la part de Jean. L’accueil de l’autorité de Jean explique mieux le sens, d’où « reconnaître ».

[9] Gr. : les œuvres.

[10] Gr. : Carrez, « dire des sornettes, tenir de mauvais propos »

[11] Gr : même verbe que témoigner, attester, ici un parfait passif

[12] Gr. : litt. de bouche à bouche.

[13] Kevin DeYoung et Greg Gilbert, Quelle est la mission de l’Église ? BLF, 2018 (Editions Kindle, 3,694)

[14] Voir Neil Cole, Une Bible, un café, des disciples (Editions CLE, 2011).

[15] Jules-Marcel Nicole, Précis de doctrine, (L’Institut Biblique de Nogent, 1998) ou encore Paul Enns, Introduction à la théologie (Editions CLE, 2009), ou Nisus (s. dir), Pour une foi réfléchie, (Maison de la Bible, 2011). Ou un livre sur la manière de comprendre les Écritures : Nigel Beynon et Andrew Sach, Creuser l’Écriture (Editions CLE, 2016)

[16] Tim Chester, Vous pouvez changer (Editions CLE, 2019),John Piper, Prendre plaisir en Dieu (La Clairière, 1995)  ou C.J. Mahaney, Vivre une vie centrée sur la croix (Ministère Multilingue, 2013)

[17] En plus de l’ouvrage cité, Colin Marshall et Tony Payne, L’essentiel dans l’église (Editions CLE, 2014), ou Mark Dever, L’Église : bilan de santé (Editions CLE, 2009).

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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