Quand et pourquoi jeûner? (Épisode 61)

Cette semaine la question posée traite du jeûne biblique. Florent Varak y répond en se basant principalement sur Matthieu 6 versets 16 à 18, il formule 4 enseignement sur le jeûne et termine en soulignant que le but est la communion avec Dieu.

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La question est posée : « Quand, comment et pourquoi jeûner selon le modèle biblique ? Merci, beaucoup, beaucoup et beaucoup, pour toutes ces réflexions édifiantes. »

Merci pour l’encouragement et pour cette question. La question du jeûne est une question intéressante et importante. Je vais lire Matthieu chapitre 6.16-18, qui servira un peu de base à notre réflexion. « Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme tous les hypocrites, ils se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête, lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père, qui est là dans le lieu secret, et ton Père, qui voit dans le secret te le rendra ». Je vais faire quelques remarques:

La première, c’est que le jeûne est un choix personnel; il n’existe, à ma connaissance, aucun commandement de jeûne, ni dans l’Ancien Testament, ni dans le Nouveau Testament. L’ordre, « vous humilierez vos âmes », que l’on retrouve pour les fêtes de l’expiation (Lévitique 16.29-31) pouvait inclure le jeûne, mais ce n’est pas du tout certain. Par contre, nous trouvons de nombreux exemples de jeûnes dans les 2 Testaments, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. Il y a des jeûnes imposés par des circonstances, comme Moïse sur le mont Sinaï, ou Éli qui fuit Achab, ou encore le Christ tenté par le diable (Matthieu chapitre 4). Nous trouvons également des jeûnes volontaires, David jeûne lorsque l’enfant né de son adultère dépérit (2 Samuel 12). Le psaume 35.13, nous montre le même David jeûnant pour le bien de ses ennemis. Puis le jeûne est mentionné près de 30 fois dans le Nouveau Testament et presque toujours de manière favorable. Alors, comme il n’y a pas de commandement, à ma connaissance, peut-être j’aurais dû vérifier davantage, il est possible que je fasse une erreur sur cette question, mais comme il n’y a pas de commandement, ça ne doit pas être quelque chose d’imposé, ni par une Église, à des individus. Par contre, c’est un choix qui est strictement personnel, qui peut être encouragé et que l’on peut choisir de faire.

Deuxième remarque, je trouve 4 occasions de jeûner dans l’Écriture. En Matthieu chapitre 9, nous voyons que Jésus parle d’un jeûne lors d’un deuil ou lors d’une grande tristesse. C’est un moyen de conduire nos corps à vivre ce que nos sentiments éprouvent. Et je pense que ça peut être utile parfois, quand on est confronté à une grande tristesse, de passer ce temps, ce temps où même le corps parle par le jeûne. Par ailleurs, nous trouvons le jeûne dans des moments d’intercession particulièrement importants. Lorsque le roi Josaphat a été attaqué par les Ammonites et les Moabites, il a proclamé un jeûne pour tout Juda (2 Chroniques 1.3). Devant les fléaux qui atteignaient le peuple (Jérémie 36.9), Esther a jeûné 3 jours avant de se présenter devant le roi. Elle espérait obtenir le salut de son peuple, elle a jeûné, elle a eu peur, elle a risqué la mort en fait (Esther chapitre 4 verset 16). Esdras publia un jeûne avant de commencer le long voyage de Babylone vers Juda (Esdras chapitre 12 verset 6). L’Église d’Antioche a jeûné et prié pour ses responsables nouvellement nommés (Actes 14.23). Et donc, les temps concentrés d’intercession sont importants et peuvent s’accompagner, je n’ai pas dit doivent mais peuvent s’accompagner, de jeûnes et c’est une bonne chose.

Troisièmement, nous trouvons des exemples de jeûnes lors de la célébration du culte, Actes chapitre 13 verset 2 nous dit que c’est pendant que l’Église d’Antioche jeûnait et priait que le Seigneur lui montra qu’il voulait envoyer Paul et Barnabas en mission. Il y a donc des choses qui se passent pendant le jeûne.

Mais c’est surtout, et c’est le quatrième exemple que je voudrais souligner, c’est surtout dans le contexte de repentance et de confession des péchés que nous trouvons la pratique du jeûne. Je ne te cite pas Néhémie chapitre 9, mais tu peux également consulter le psaume 35.13, Ésaïe 58.3-5, Jonas 3.5… Et je crois que quand on est saisi d’une conviction de péché, quand on est saisi d’une tentation particulière, le jeûne peut être un excellent moment de communion et de combat dans la prière avec Dieu, où on exprime aussi, par nos corps, notre dépendance vis à vis de l’intervention de Dieu. On a besoin que Dieu soit notre secours, et on le dit même comme un cri du corps qui va au-delà du cri de l’âme, ou du cri de notre prière, de notre pensée. Mais, ayant dit un peu ce que j’ai dit sur première partie de ce texte, Jésus commence avec « Lorsque vous jeûnez », il leur parle comme si c’était une évidence: vous allez jeûnez. C’est un choix personnel,  le jeûne occasionnel, ça ne peut pas être commandé, mais ça fait partie très probablement de l’expérience légitime d’un chrétien. D’ailleurs, ce jeûne n’est pas nécessairement complet, on voit Daniel qui jeûne de la viande par exemple: on peut choisir de se priver de certains aliments.

Certaines personnes toutefois ont des restrictions médicales, notamment celles qui sont diabétiques ne devraient pas jeûner, mais peut-être peuvent-elles jeûner de quelque chose, juste pour exprimer encore une fois une préoccupation décentrée des préoccupations matérielles qui pèsent sur nos vies. Mais, quand Jésus poursuit : « Lorsque vous jeûnez », il nous montre aussi que c’est une affaire privée, « ne prenez pas un air triste comme les hypocrites ». Cela signifie que si tu te balades en disant, à chaque fois que tu rencontres un chrétien: « Je vais bien parce que je jeûne », ça c’est une spiritualité qui est publique et qui n’est pas bonne. Il faut que personne ne sache quand tu jeûnes, c’est quelque chose qui vraiment te concerne toi et Dieu. Parfume ton visage, va à l’inverse de ce que tu peux ressentir à l’intérieur d’un point de vue public. Je ne parle pas ici de l’occasion de jeûne à cause d’une grande tristesse ou autre, là ce serait de l’hypocrisie d’avoir un grand sourire, mais je parle de cette recherche de communion à Dieu. Recherche cette communion discrètement, méfie-toi de ceux qui publient leur jeûne à grand renfort d’informations: « Ouais, j’ai jeûné plusieurs jours, j’ai jeûné etc.», parce que c’est tout de suite une piété qui est mise en lumière; et Jésus dit: « C’est comme ça que les hypocrites fonctionnent ». Dans l’enseignement de ce thème, on peut expliquer comment une personne pratique le jeûne, mais je crois qu’il faut être très méfiant envers ceux qui publient le jeûne comme si c’était vraiment leur badge d’honneur. « Ils ont reçu leur récompense » parce que les gens leur disent : «Mais tu es vraiment un homme de Dieu, ou une femme de Dieu». C’est de Dieu que l’on doit chercher l’approbation, plutôt que l’approbation des hommes. Je lis encore le verset 17 du texte que nous avons lu : « Quand tu jeûnes, parfume ta tête, lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes ». Ça me fait penser à ce que Zacharie reproche au peuple lorsqu’il dit : « Dis à tout le peuple du pays, aux sacrificateurs, quand vous avez jeûné, pleurez au cinquième et au septième mois, et cela depuis 70 ans. Est-ce pour moi que vous avez jeûné ? » Et donc, si tu veux jeûner, il faut penser que c’est Dieu qui doit être le spectateur principal de ton jeûne, c’est lui que tu vas chercher à servir, à développer une communion plus intérieure. Et puis, il faut que cela se traduise ensuite par une manière de vivre qui soit alignée avec la pensée de Dieu. Et finalement, moi, je vois combien j’ai parfois besoin, notamment dans des temps, soit de repentance, ou des temps de tristesse particulière, par rapport à la tentation, la difficulté de la vie chrétienne que c’est aussi pour moi l’occasion de prendre des engagements, d’un renouveau de mon chemin avec Dieu pour demeurer en Lui.

Je pense à ce qu’Ésaïe 58.4-6 nous dit : « Voici, vous jeûnez pour disputer et vous quereller, pour frapper méchamment du poing ; vous ne jeûnez pas comme le veut ce jour, pour que votre voix soit entendue en haut. Est-ce là le jeûne auquel je prends plaisir, un jour où l’homme humilie son âme ? Courber la tête comme un jonc, et se coucher sur le sac et la cendre, est-ce là ce que tu appelleras un jeûne, un jour agréable à l’Éternel ? Voilà, le jeûne auquel je prends plaisir : Détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libre les opprimés, et que l’on rompe toute espèce de joug ». Et tu vois, la pensée de Dieu, me semble-t-il, c’est que le jeûne soit une affaire très privée entre lui et toi, sauf si c’est la pratique d’une Église qui le choisit librement et à laquelle les participants décident d’adhérer, ceux qui décident de ne participer n’étant pas jugés par les autres.

Cela doit vraiment se faire dans un esprit de liberté, mais bref, ça doit aussi conduire à une vie qui est alignée sur la pensée et la Parole de Dieu, et pas simplement une sorte, bien sûr, de rite ou de pratique religieuse simple, parce qu’elle n’a aucun mérite en elle-même. Jeûner n’offre rien de plus que de se priver d’aliments, mais c’est alors que l’on jeûne que l’on cherche cette communion avec Dieu, et que l’on cherche à exprimer le temps consacré peut-être au repas, à un temps d’intercession, de prière, d’examen de soi, qu’on cherche cette intuition de ce que le Saint Esprit voudrait peut-être nous communiquer pour pouvoir mieux vivre selon Lui, pour pouvoir mieux Le servir. C’est dans ce contexte-là qu’il faut ensuite prendre les directions que Dieu voudrait que nous prenions. Je crois qu’il y a de beaux chemins de communion avec Dieu lorsqu’on choisit de jeûner paisiblement, occasionnellement, comme on le sent nécessaire dans son cœur; je crois qu’il y a de belles occasions de services et de communion avec Dieu, encore une fois dans la liberté et surtout dans l’absence de fanfaronnade sur le jeûne que nous pouvons pratiquer à un moment ou à un autre.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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3 thoughts on “Quand et pourquoi jeûner? (Épisode 61)

  1. Claudette Guay dit :

    Bonjour, est-ce possible de suivre la formation par internet.

    Merci de me répondre, soyez béni!
    Claudette

  2. fred mondin dit :

    Bonne chance pour ce cours ! Comme il serait bon que les instituts forment plus les pasteurs à la théol. biblique. La théol. systématique a, certes des avantages, mais trop de place lui est donnée en comparaison du bien que peut faire la théol. biblique. Si la théol. syst. nourrit convenablement les approches théologiques et celle des enseignants, elle peut créer plus de mal quand elle est surexploitée et sans l’apport de la théol. biblique. Elle crée alors plus de savants que de sages. Pourquoi les Églises sur-enseignées ne portent-elles pas (tant) de fruits ? La théol. biblique pourrait, entre autres solutions, revaloriser l’obéissance en modifiant l’approche de la lecture biblique : Dieu a un dessein mondial et il agit pour l’atteindre… quand une telle vision est enseignée et développée (et cela ne peut se faire que par une approche de type théol. biblique), qui ne voudrait pas y participer ? Mon livre de chevet de théol. biblique est l’excellent Walter KAISER : _The promise plan of God_.
    http://www.zondervan.com/the-promise-plan-of-god.
    Le connaissez-vous ?

    Fraternellement pensée, Frédéric.

    1. Dominique Angers dit :

      Merci pour ces excellentes remarques, Frédéric. La théologie systématique reste très importante à mes yeux (notamment en raison de son souci du rapport entre la théologie et le monde contemporain/l’Église d’aujourd’hui), mais vous avez tout à fait raison, la théologie biblique est sous-utilisée dans les Eglises. Graeme Goldsworthy a d’ailleurs écrit un livre (traduit en français) sur l’importance de la théologie biblique dans la prédication (Dieu au coeur de la prédication, Excelsis). Je connais les écrits de Walter Kaiser, mais je n’ai pas lu ce livre en particulier.
      Bien fraternellement, Dominique

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