Que penser des sites de rencontres? (Épisode 177)

Après avoir expliqué ce qu'est le mariage selon la Bible, Florent Varak apporte une riche réflexion sur les sites de rencontres, et plus largement sur la manière dont un couple peut se former. Il met aussi en garde face aux dérives qui existent sur ces sites.

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Transcription 1PVR n°177 : Que penser des sites de rencontres ?

La question qui nous préoccupe est la suivante : un chrétien qui veut se marier commet-il un péché en s’inscrivant sur un site pour célibataires chrétiens ? Dieu cautionne-t-il ce genre de mariage ? (fin de la question)

Si je dois répondre en un mot : Dieu cautionne le mariage. Donc c’est ça qu’il cautionne. La manière dont le mariage se met en place, s’il est respectueux de la liberté des uns et des autres, s’il est respectueux des valeurs bibliques qui correspondent à un mariage réalisé en bon et due forme, alors oui, Dieu le cautionne. Les manières de commencer une relation, de nouer une relation, sont très différentes selon les cultures, selon les territoires, selon les familles. Il peut y avoir de nombreuses manières de créer ou de nouer une relation. Donc la réponse en un mot très simple, oui, à condition que les critères bibliques du mariage soient respectés.

Alors, ça veut dire quoi, un mariage que Dieu respecte ? Si je comprends bien l’ensemble des données de l’Écriture sur le mariage, tu trouveras sur les questions précédentes, une question sur ce qui scelle le mariage : est-ce que le mariage à l’église est nécessaire ? Est-ce que le mariage à la mairie est suffisant ? Etc. Tu pourras consulter ces podcasts pour en savoir plus.

Voilà ce qu’est le mariage selon Dieu et selon la Bible :

– d’abord c’est un homme et une femme ;

– deuxièmement, c’est un homme et une femme qui ont une même foi, une même conviction, qui partagent une relation avec Dieu et qui s’engagent ensemble dans le parcours d’une vie commune ;

– troisièmement, ils se portent une admiration mutuelle, aimante et respectueuse donc consentante, bien entendu ;

– quatrièmement, ils quittent le cocon ou l’autorité familiale afin de former une nouvelle unité qui est indépendante (dans le rapport à l’autorité précédente), qui est indépendante de la famille d’origine. Il n’y a pas de maman et de papa qui viennent faire l’ingérence dans un nouveau couple ;

– ensuite, c’est des gens qui s’unissent selon les lois de leurs pays (en France, c’est le maire). C’est à la mairie que se signe le mariage, ce n’est pas dans une église. Le mariage est une institution universelle, ce n’est pas une institution religieuse ;

– et enfin, qui s’abstiennent de relations sexuelles avant le mariage. Et qui, bien sûr, en profitent après, là encore, dans le respect de la volonté mutuelle. C’est toujours sous le régime de l’amour, et de l’amour qui se donne à l’autre, que se vivent les relations sexuelles.

Voilà le mariage que Dieu cautionne… Et c’est aussi le mariage que Dieu accompagne de sa grâce, parce que le mariage n’est pas un long fleuve tranquille. C’est une relation qui va confronter 2 personnes égoïstes avec 2 passés différents, avec 2 traditions différentes, c’est compliqué de faire évoluer un mariage pour que ce soit un lieu d’encouragement, qu’il soit nourrissant, épanouissant, sanctifiant l’un pour l’autre.

Maintenant, comment rencontrer le prince charmant ou la bien-aimée de ses rêves ?

Dans certains pays, et tu seras peut-être surpris de l’apprendre, les parents jouent un grand rôle pour conseiller et même parfois pour organiser ou arranger de tels mariages… Dans la mesure où cela se fait sans contrainte, (c’est vraiment important de souligner !), il ne faut pas croire que de tels mariages sont des prisons. Je pense notamment en Inde, c’est assez traditionnel, que des familles qui connaissent bien leurs enfants, se parlent et se disent "Ben, écoute, je crois que ça pourrait marcher", et les enfants se rencontrent, enfin les enfants…, les jeunes adultes se rencontrent, discutent et puis réfléchissent, et puis après ils disent oui ou ils disent non. Ils n’ont pas fait tout un processus d’évaluation de leur compatibilité réciproque. Et il y a de très beaux mariages d’amour, il faut vraiment pas s’imaginer que, si c’est un mariage arrangé, c’est forcément un mariage forcé. Non, absolument pas ! Un mariage arrangé qui est librement consenti, c’est-à-dire qu’on va choisir ensuite d’aimer, on va choisir ensuite de faire du bien à l’autre tout au long de sa vie. Ça peut être un mariage absolument réussi… ou pas !

De la même manière qu’un mariage qui est fondé sur d’autres manières de se fonder notamment en Occident, on a plutôt tendance à imaginer qu’il faut se fréquenter et développer une amitié forte, cocher des cases d’intérêt mutuel et réciproque, qu’on aime bien les mêmes livres, les mêmes films, la même musique, les mêmes vêtements, la même église etc. Quand on a ça, on se marie. Et bien même dans ce cas-là, il n’y a pas que des mariages qui sont forcément réussis, heureux. Il y a parfois, et on le sait, trop malheureusement, des divorces.

Dans d’autres pays, ni le mariage arrangé, ni le mariage selon des fréquentations, il y a d’autres formules qui sont proposées. J’ai appris, mais des coutumes qui sont un petit peu surprenantes dans d’autres pays-je ne les rapporte pas parce qu’elles seraient trop surprenantes, en fait- Même si elles sont parfois amusantes, de ma perspective culturelle et j’avoue, je suis un peu biaisé quand j’en parle ainsi.

Et donc, dans ce contexte d’apprendre à découvrir quelqu’un, il y a aujourd’hui, grâce à la technologie et internet, la possibilité de rencontrer des gens par des sites. Et en fait, je connais plusieurs amis qui sont missionnaires et pasteurs qui se sont rencontrés ou qui ont rencontré leurs conjoints sur des sites chrétiens. Je trouve absolument légitime si l’attitude est bonne et s’il y a une gestion saine du désir et de la relation qui commence à se nouer de cette manière.

Je ne suis vraiment pas du tout doué en conseil conjugal, donc je me garderais d’élaborer trop. Il faut que d’autres, plus compétents puissent le faire. Mais je voudrais terminer un peu cette réflexion avec quelques remarques.

Un couple heureux ne suit pas forcément un algorithme de compatibilité. Or, tous ces sites cheminent en essayant de générer une compatibilité. Or, parfois, ce sont des opposés qui s’attirent et se complètent, et ça se passe super bien. Alors que parfois, ce sont des opposés qui pourraient se compléter, mais ça se passe super mal. Donc c’est difficile de réduire un couple qui fonctionne, à un algorithme. Certains couples sont très fusionnels, d’autres sont plutôt distants. La recette du mariage efficace est compliquée à mettre en boîte parce que chaque individu est individuel, c’est une personne unique. Les chemins vont être différents.

Deuxièmement, parfois la correspondance est artificielle. Il faut quand même prendre le temps de se connaître en vrai parce qu’on peut se dévoiler par des mails, on peut se dévoiler par des Skype, mais pas autant que lorsque l’on est avec des amis, lorsque l’on est dans des situations réelles de vie où on découvre l’autre dans ce qu’il est véritablement.

Troisièmement, rencontrer l’autre dans son environnement (donc avec ses amis, son église, sa famille) me semble un indicateur nécessaire qu’il serait drôlement, drôlement, drôlement compliqué et dangereux de ne se limiter qu’à un contact épistolaire et un contact électronique. Mais qu’il faut prendre le temps de découvrir l’autre dans ce qu’il est. Il n’y a rien qui peut substituer à la vie, la vraie, pour prendre la mesure de l’autre individu.

A mon sens, vraiment, le mode de rencontre n’est pas le problème. C’est plutôt la naïveté qui peut l’être. La naïveté qu’on a fait le tour de la question en ayant coché des cases sur un site même si en disant ça, tu dois réaliser que je ne maîtrise pas vraiment le sujet, parce que je me suis jamais mis sur un site, puisque nous nous sommes mariés, avec mon épouse, bien avant la création d’internet -(c’était au millénaire précédent !)

Alors, je me suis amusé à regarder un petit peu les mises en garde que je trouvais sur des sites chrétiens par rapport aux sites de rencontres. Et j’ai trouvé quelques remarques qui doivent (alors c’est même des sites non-chrétiens, en fait) qui doivent un peu tempérer les ardeurs quand on cherche à trouver son âme sœur sur des sites :

– 10% des prédateurs sexuels s’inscrivent sur des sites de rencontre. Donc 1 personne sur 10 c’est majeur !

– 10% des profils seraient faux. C’est encore une fois majeur !

Des millions d’euros sont volés chaque année à des amoureux qui demandent qu’on leur envoie de l’argent pour payer une visite (notamment par rapport à des gens qui viennent de l’étranger). Des millions d’euros sont volés.

– et puis 50% des profils sont largement exagérés, voire mensongers. Si jamais tu voulais avoir une idée de ce que peut être une manipulation catastrophique et si tu as accès à Netflix, je te propose de regarder la série Dirty John (je crois que c’est le titre en français). En fait, je ne l’ai pas vu, mais ma femme m’a rapporté cette série qui montre un gars qui a séduit une femme avec un profil (alors, je ne crois pas que c’est par un lien internet d’ailleurs) mais qui s’est présenté dans des termes grandiloquents alors qu’en fait, c’était juste un imposteur et qu’il était un manipulateur terrible. Ça a mené à des violences et à des choses absolument horribles.

– et 50% des personnes sont déjà engagées dans une relation, et 11% sont mariées. Ces statistiques proviennent de ce que j’ai trouvé en faisant une recherche Google et cette partie-là provient des stats non chrétiennes.

Donc voilà, il faut juste être conscient des dangers particuliers à ce type de rencontre comme il y a des dangers dans tous les types de rencontres, il faut juste être ouverts à cela.

Il faut savoir aussi qu’il y a des pièges.

– Si jamais tu t’inscris, il y a parfois le renouvellement automatique des abonnements, donc ça coûte de l’argent sans que tu réalises.

– Il y a cette présence de centaines de faux profils.

– Il y a une addiction qui est possible aux sites de rencontres parce que, comme on met beaucoup d’attentes sur le fait de trouver l’âme sœur, soudainement, c’est le problème du désir. Il prend vite l’ensemble de nos têtes et de nos pensées et donc il y a une addiction : aux prochains mails, aux prochains profils qui vont sortir, à la rapidité de cliquer sur un nouveau profil pour commencer une rencontre. Et ça peut avoir des effets néfastes sur une vie sociale, les gens vont se retirer dans cet espace virtuel plutôt que de fréquenter des véritables individus.

J’ai trouvé chez crosswalk.com, un article de Bethany Baird, qui donnait les pour de sites de rencontres.

– Elle distingue les relations intentionnelles des non-intentionnelles (donc ça c’est une bonne chose. Les gens qui veulent se marier ou les gens qui veulent juste flirter) ;

– deuxièmement, il (le site) accroît le périmètre de recherche et notamment dans des pays où il y a pas beaucoup, forcément, de chrétiens. C’est vrai que l’âme sœur est peut-être plus compliquée à trouver

– et puis troisièmement, il permet de coordonner les personnalités, la religion et les préférences (c’est une bonne chose) ;

– quatrièmement, il permet de manifester son intérêt pour le mariage (ça renvoie à la question de l’intentionnalité).

Les contre, elle remarque :

– Les dangers d’un inconnu ;

– Le temps qu’exige la mise à jour des profils, des correspondances (beaucoup de temps à investir) ;

– L’investissement financier (apparemment surtout pour les hommes, mais je suis pas sûr de ce que je dis là. Peut-être c’est l’équivalent pour les femmes) ;

– La sécurité des données (ce que tu laisses sur un site. Tu ne sais pas ce que ça deviendra) ;

– La mise en scène favorable (et donc parfois un petit peu trompeur ou en tout cas… très favorable. Mais bon, ça c’est aussi le cas dans des vraies relations) ;

– La fuite des années de célibat qui peuvent être des opportunités de service, c’est-à-dire que, et ça c’était intéressant qu’elle le note, je n’y avais pas trop pensé, mais lorsqu’on devient tellement préoccupé par le fait sortir d’un célibat, on loupe l’opportunité que l’on a en tant que célibataire d’honorer Christ, parce que Christ était célibataire et il était un célibataire heureux.

Je dirais, bien sûr, un site de rencontres, Dieu peut totalement le cautionner si dans le cœur, c’est bien géré. Donc c’est vraiment le bémol que j’aimerais laisser, c’est qu’il faut que ça ne soit pas obsessif comme toute démarche de relationnel. Il y a un auteur que j’ai trouvé aussi toujours sur un site, le site de Crosswalk. Paul Tripp qui a écrit un très bon livre sur le fait d’être en relation d’aide avec d’autres, c’est un conseiller public, et il parle du danger sur le chemin du désir. Il dit : "– le désir conduit à la demande, qui se renomme en ‘ besoin ‘ conduisant à l’attente d’un accomplissement, qui, lorsqu’il n’est pas réalisé, conduit à la déception et ainsi est vécu comme une punition."

Et je trouve cette articulation que je remarque dans mon propre cœur et qui n’est pas propre au célibat mais qui fait que, petit à petit, le désir qui est totalement légitime – nous sommes des êtres créés avec des désirs – mais qui deviennent obsessionnels et qui, parce qu’ils ne sont pas réalisés, sont vécus comme une punition et qui, ensuite, peuvent entraîner cette idée de droit. "J’ai le droit et donc comme ça ne me parvient pas, je vais saisir comme je le veux". Ça peut parfois conduire au péché.

Donc il y a une certaine vulnérabilité particulière dans une recherche sur un site. Mais voilà, quand on est conscient de ces faiblesses que je viens d’évoquer, et de la situation de danger dans lequel on pourrait être dans son cœur et dans son attente, je trouve formidable de pouvoir utiliser des sites et de pouvoir le faire avec une main ouverte. Avec cette notion aussi que Dieu règne sur nos circonstances et qu’en son temps, il pourrait orienter favorablement… ou pas. Et c’est là, la difficulté, c’est de pouvoir être d’accord avec ce "ou pas". Je suis conscient que tous les désirs que nous avons et qui ne se traduisent pas par une obtention de ce désir, peut parfois être très très difficile à vivre et qui peut vous mener sur un chemin de glissade.

Puis une dernière pensée. Je me souviens d’une sœur qui se plaignait de la situation difficile qu’elle vivait avec son mari. Je discutais avec elle et je dis : "Tu sais, il y a quand même une chose… c’est qu’on est tous mariés avec Jésus et que lui ne nous déçoit pas." Donc profondément, fondamentalement, aucune relation conjugale et donc aucune situation de célibat, sera à la fois si destructrice ou à la fois si satisfaisante, qu’elle nous donnera tout de la vie ou qu’elle détruira tout de la vie.

Parce que nous sommes créés pour être dans une relation à Christ et cette relation est tellement éminemment satisfaisante, dans les dimensions spirituelles et humaines qu’elles nous apportent (par les relations dans l’église, par le sens de la vie, par l’orientation de la sagesse qu’elle nous donne, par les relations que nous nouons, par le sens de la mission etc), c’est tellement satisfaisant que ça ne doit pas occulter… enfin, que ça doit plutôt occulter les difficultés, à la fois du célibat et à la fois du mariage, qui n’est pas le sommet de tout. Surtout dans les églises où parfois on présente un peu le couple et la famille comme étant les choses les plus importants. Non, c’est pas des choses les plus importantes !

Le plus important, c’est de pouvoir vivre en Christ et de manière à honorer Christ dans cette relation qui débute avec le salut et qui fait que, Jésus, quand il est venu sur terre, il est venu, en fait, acquérir une épouse. Il lave cette Épouse par son sang, il l’unit à elle de façon assez mystique, spirituelle, et nous sommes maintenant l’Épouse de Christ. Et c’est de lui que nous tirons la vie, le mouvement et l’être, dès avant notre conversion, mais plus particulièrement maintenant que nous sommes dans cette relation de conversion avec lui. Il nous donne ce pain qui rassasie, cette eau qui "désoiffe" (si je peux m’exprimer ainsi) et ce sens de l’existence qui se terminera, au-delà de la mort, par une présence éternelle à ses côtés.

Je crois que c’est là où nous devons garder les yeux et l’attention pour ne pas nous laisser détourner par une recherche sans fin que ce soit par des sites internet, ou pas, pour une satisfaction qui ne viendra de toute façon pas d’une relation.

Voilà, j’espère que ça aurait été éclairant pour ta question.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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