Que penser du cannabis ludique? (Épisode 155)

Le cannabis ludique, est-ce vraiment un péché? Quelles sont les différences avec la consommation d'alcool?

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Transcription :

« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont mises à disposition mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. N’hésitez cependant pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Merci d’avance. »

La question est posée : Bonjour, j’ai cherché sans succès un article où vous traiteriez du sujet du cannabis. Que penser de la consommation de cannabis, de manière non-dépendante et très occasionnelle ? Mise en opposition avec la consommation raisonnée de vin « qui égaye le cœur ». J’ai du mal à me positionner. Merci de votre retour et vraiment gloire à Dieu pour vos articles plein de sagesse.

Alors, écoute, merci de l’encouragement de la fin de ta question !

Merci aussi pour ta question parce qu’elle est importante et elle est d’actualité. C’est aussi intéressant que tu l’aies formulée de la manière dont tu l’as fait en essayant d’établir un parallèle entre le cannabis et puis la consommation raisonnée de vin.

Pour cette question, tu peux aussi consulter l’article de Franck Godin qui est paru sur le site de ToutPourSaGloire.com, et puis un article assez complet de Philippe Viguier paru sur le site Evangile 21 et qui est intitulé « Que dit la Bible à propos du cannabis ? » Je cite d’ailleurs cet article pour l’état des lieux de la consommation en France en 2014 : « Selon les chiffres du Baromètre santé de l’INPES, il y avait en France 4, 6 millions de consommateurs de cannabis, dont 1, 4 million de consommateurs réguliers (au moins dix joints par mois) et 700 000 consommateurs quotidiens. C’est un vrai phénomène de masse et un chiffre d’affaires de près d’un milliard d’euros chaque année pour les trafiquants. »

Alors, pour répondre à ta question, j’aimerais aborder six points qui parfois se regrouperont, mais qui nous permettront de formuler en tout cas, un avis en partie biblique, en partie raisonné sur la question de la consommation du cannabis.

1) La première remarque que je ferai c’est la question de la légalité.

En France aujourd’hui, il est interdit de consommer du cannabis. Or Romains 13 nous demande de respecter et d’obéir aux autorités civiles. Je sais que dans un contexte tel que le nôtre en ce moment, c’est un petit peu compliqué d’y penser en ces termes, mais il y a là une question de conscience. En consommant, tu brises la loi de la République mais tu fais aussi plus que cela, je t’explique : il faut réaliser que ce trafic de cannabis, puisqu’il est interdit, il est organisé par le crime organisé, par des réseaux mafieux qui baignent dans la criminalité. Tu ne fais pas que soutenir un agriculteur, là. On ne parle pas de ce qui se passe lorsque tu achètes un kilo de riz ou de blé où des gens peuvent vivre de cette agriculture. Non, là tu soutiens des réseaux qui sont aussi dans la distribution, la production de drogues dures qui sont mortelles, et la prostitution souvent, etc. Et enfin, il faut que tu saches qu’ aujourd’hui, depuis récemment d’ailleurs, il y a une loi qui a été votée qui décrète une amende forfaitaire de 200 € pour consommation de cannabis. Donc déjà la question, si on est un disciple du Christ et en lien avec l’autorité et le respect des autorités civiles, on est déjà dans une situation où on ne devrait pas en consommer, point. C’est le conseil que je peux donner au regard de la loi française.

2) Deuxième remarque qui est celle de l’objectif.

L’ambition première de la consommation de cannabis, c’est d’entrer dans un état altéré de conscience assez rapidement : se sentir bien, être paisible, avoir une sensation de bien-être qui est induite par l’une des deux molécules principales parmi les cannabinoïdes, ces plantes qui sécrètent donc ces deux molécules : le THC ou le delta-9-tétrahydrocannabinol, franchement c’est quand même mieux de parler de cette molécule que de dire qu’on fume un chichon, mais voilà c’est le mot qui décrit cette molécule, ou le CBD ou cannabidiol. Or, qu’est-ce qui se passe lorsqu’on vise, lorsque l’on prend le cannabis ? On cherche tout de suite un état altéré de conscience. Ce n’est pas forcément le cas de la consommation d’un verre de vin. Tu peux boire un verre de vin pour le plaisir du vin, euh… je parlais d’un verre seulement, sans que cela entraîne forcément des conséquences sur la conscience, sur les capacités. Alors ce n’est pas toujours le cas : il y a certaines populations qui sont plus à risque, elles sont à risque d’être affectées par le vin plus que d’autres populations. Elles ont un risque aussi de dépendance assez rapide au vin, donc je ne donne pas là un conseil de prendre un verre de vin quand on en a envie, ce n’est pas mon propos.

Mais ce que je veux dire, c’est qu’on peut prendre un verre de vin sans chercher un état altéré de conscience, ce qui n’est pas possible du cannabis. Or, la Bible nous invite à maîtriser nos pensées, à les ceinturer, et c’est un peu l’idée de sobriété, de maîtrise de soi. Or, le problème c’est que le cannabis engendre des sentiments qui nous déconnectent de la réalité, qui désinhibent dès la première prise. Certaines personnes se sentent plus intelligentes alors qu’elles ne le sont pas, certaines personnes se sentent plus fortes alors qu’elles ne le sont pas, etc. Donc il y a, dès le début de la prise, un changement de réalité ; encore une fois, ce n’est pas le cas d’un verre de vin.

3) Troisièmement, la question de la spirale.

Tous les spécialistes, tous, vous diront que le cannabis est une porte d’entrée vers des drogues plus dures. Et on peut le comprendre d’ailleurs parce que, puisqu’on recherche un effet avec le cannabis, et bien il y a un phénomène d’accoutumance. Et comme les situations de stress, les situations où on se sent incompétent ou en souffrance, vont toujours être le quotidien de la vie, enfin pas forcément le quotidien, mais des saisons de vie, on va vivre ces moments-là, si on cherche à les médicaliser en quelque sorte par le biais de drogues, ces sentiments-là, il en faudra toujours plus, et un moment donné, le cannabis ne sera pas suffisant. Et donc c’est une porte d’entrée vers des drogues dures, dangereuses, tueuses et il faut vraiment en avoir conscience.

C’est le cas de mon épouse qui a commencé d’abord avec l’alcool, puis ensuite avec les drogues douces, et puis ensuite les drogues dures, et il y a eu un chemin qui est assez terrible, et Dieu merci, elle en a été délivré au moment où elle a rencontré le Seigneur, le Christ qui l’a mise à part un peu de ce monde-là. Mais je peux attester d’avoir vu bien des gens faire un chemin destructeur à partir de gestes qui au départ semblaient innocents.

4) Quatrièmement, il y a la question du corps.

La Bible dit, si tu es un disciple du Christ, que : « Tu es le temple du Saint-Esprit » (1 Corinthiens 6. 19-20). Le Saint-Esprit vient habiter en toi si tu es un disciple de Christ, et à ce titre, ce corps doit être bien traité. Les fumées inhalées sont toutes nocives ; Philippe Viguier d’ailleurs l’évoque dans une étude, dans son article, il mentionne une étude réalisée par le magazine « 60 millions de consommateurs » qui a montré qu’un joint ferait inhaler six à sept fois plus de goudron et de monoxyde de carbone qu’une simple cigarette. Alors c’est vrai, c’est peut-être pas le pire notamment si c’est très occasionnel, mais c’est quand même une chose qu’il faut prendre en compte.

5) Cinquième remarque, il y a la question de la magie.

C’est assez intéressant de voir comment l’apôtre Paul parle des œuvres de la chair en Galates 5. Les œuvres de la chair, c’est quoi ? Ce sont les œuvres qui caractérisent celui ou celle qui est livré à une vie sans Dieu c’est-à-dire naturelle, charnelle, mais c’est aussi les tendances qui pèsent sur nous qui sommes devenus des disciples de Christ, et qui parfois nous orientent à l’encontre de la pensée et des désirs de Dieu. Et voilà ce que le texte dit en Galates 5 : « Les œuvres de la chair sont évidentes, c’est-à-dire inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, magie, hostilités, discorde, jalousie, fureurs, rivalités, divisions, partis-pris, envie, ivrognerie, orgies, et choses semblables. Je vous préviens comme je l’ai déjà fait : ceux qui se livrent à de telles pratiques n’hériteront pas du royaume de Dieu. » Or, il y a un mot dans cette liste qui est pertinent pour notre considération, c’est le mot magie qui en grec se dit pharmakeia, et cela d’ailleurs nous a donné le terme de pharmacie. C’est quoi les pharmakeia, les magies ? Eh bien, c’est les substances, les champignons, toutes les substances qui génèrent un état altéré de conscience qui parfois d’ailleurs, permettent à certaines personnes (devins, magiciens et autres) d’entrer en relation avec des esprits, avec des démons, avec des réalités de l’au-delà. Ces pratiques sont interdites, et ce sont ces pratiques qui sont généralement, qui commencent avec, en tout cas dans le contexte de Galates 5, les chamans les utilisent régulièrement aujourd’hui dans plusieurs parties du monde, qui commencent avec l’utilisation de drogues qui facilitent cette déconnexion avec le monde réel et cette ouverture vers le monde de l’au-delà.

6) Sixièmement, il y a le problème de la comparaison.

On ne peut pas vraiment comparer un usage modéré de l’alcool à un usage modéré du cannabis. Comme je l’ai dit, on peut boire une quantité limitée d’alcool sans en avoir des effets d’inhibition, d’intoxication, etc ; ce qui n’est pas possible avec la drogue. Donc il faut… Avec le cannabis, il ne faut vraiment pas faire des parallèles trop rapides entre les substances. Il faut mesurer l’impact d’une substance, ses effets positifs, ses effets négatifs, et se représenter ses conséquences sans faire des comparaisons trop hâtives qui seront dommageables.

7) Et puis septièmement, il y a la question du rapport à l’autre.

Les effets d’un joint durent entre 2 et 4 heures et généralement, à cause de cela, ça déconnecte l’individu du monde environnant et donc des gens qui l’entourent. Cette déconnexion est un problème sociologique qui entraîne d’ailleurs pas mal de conséquences et je suppose que, si tu es au bahut ou si tu as été au bahut, si c’était, si c’est aujourd’hui comme avant, les fumeurs de cannabis, ils formaient un groupe entre eux et ils n’arrivaient pas vraiment à lier des liens de la même manière, on va dire, en tout cas pendant leurs prises, avec ceux qui n’en prenaient pas, et donc ça doit nous faire réfléchir. La relation à l’autre, elle est tordue par la prise de drogue et sans compter que parfois, ça ouvre à des comportements que l’on pourrait regretter justement parce qu’on a perdu la sensibilité morale que l’on voudrait avoir en tout temps.

8) Huitièmement, il y a la question de la souffrance et de la maladie mentale.

On parle beaucoup de façon positive de l’utilisation du cannabis pour des raisons médicales, alors ce n’est pas le sujet de ce podcast, ça pourrait en faire l’objet d’un podcast ultérieur, ce n’est pas la question qui est posée, mais c’est vrai qu’on a trouvé des résultats positifs, un impact positif de l’utilisation du cannabis sur des douleurs chroniques intraitables, sur les développements de la sclérose en plaques, sur les nausées liées aux traitements anticancéreux.

Et j’ai lu sur un article il y a quelques années qu’un groupe de personnes du troisième âge dans une maison de retraite avait retrouvé l’appétit et la bonne humeur avec cette substance. Ceci dit, les impacts positifs dans ce contexte, seraient peut-être compréhensibles, parce que la gestion de la douleur, c’est toujours une gestion de positif contre négatif ; même les drogues qui abaissent la douleur ont des conséquences sur l’organisme.

On doit toujours réfléchir au pour et au contre, mais il y a des contre : la prise de drogues telles que le cannabis à titre ludique notamment sur la santé mentale. On a trouvé une corrélation entre une consommation de cannabis à un jeune âge avec des désordres psychologiques sévères.

Vraiment, il faut le prendre en compte, et à ce jour, et si ces données sont correctes, on n’a pas su déterminer si la prise de drogue générait ces problèmes psychotiques et schizophréniques etc. ; ou si cette prise de drogue déclenchait chez des patients dont le terrain était favorable et prédisposé à ce genre de comportement, déclenchait ces maladies. Toujours est-il que, quand tu commences à fumer du cannabis, tu ne sais pas que tu es un terrain favorable à ces désordres mentaux, ou que cela les génère, même si tu ne le sais pas quand tu commences, tu te mets dans une situation de risques qui sera sévère.

9) Et puis neuvièmement, il y a la question des conséquences.

Je l’ai déjà évoqué, faut savoir que dans les états aux Etats-Unis, dans certains états où le cannabis a été légalisé, il y a une augmentation des accidents de voiture, puisqu’il y a une perte évidemment de la réalité, de la conscience de la réalité, il y a un assoupissement, et puis il y a pas mal de conséquences sociales, financières.

On cherche, non pas à être productif dans la vie, mais on cherche plutôt à être cool, ça a de longues conséquences dans la manière d’appréhender la vie. Et dans un article paru dans la Gospel Coalition, Joe Carter évoque les conséquences sur la mémoire et les capacités cognitives pour ceux qui ont consommé dans l’adolescence et même s’ils se sont arrêtés ; donc tu vois, pour toutes ces raisons je ne peux pas favoriser, encourager ou me dire c’est effectivement comme boire un verre de vin.

Non je ne pense pas que ce soit comme boire un verre de vin, et je comprends aussi que la vie soit difficile, c’est pour ça qu’on a besoin de la grâce de Dieu ; je sais que la vie est parfois stressante, on se sent inadapté face aux pressions et aux défis qui sont devant nous et qui se complexifient avec le mondialisme, avec l’avancement des nouvelles technologies, mais la fuite vers la drogue ne fait que justement entériner une fuite.

Et, la Bible nous encourage plutôt à réaliser combien Dieu peut être le fondement, le socle d’une vie, et face à l’anxiété, il nous dit : « Ne vous inquiétez de rien mais par la prière et la supplication faites connaître à Dieu vos demandes, et la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence gardera vos cœurs et vos pensées en Christ Jésus. » Il y a d’autres mécanismes qui sont possibles pour faire face à l’anxiété, pour faire face à la douleur de la vie, et vraiment je t’encourage à lire en Jean 4 comment Jésus parle à cette femme qui essayait d’enchaîner les relations pour trouver du sens à la vie sans vraiment y parvenir. Et Jésus lui parle avec beaucoup de tendresse, beaucoup de sagesse pour lui montrer qu’il est lui, celui qui donne de l’eau, de l’eau qui satisfait, de l’eau qui désaltère, non seulement pour l’existence présente, mais jusque dans la vie éternelle.

Et en conséquence de cela, j’aurais plutôt tendance à fermement dire : ne touche pas, reste loin de ces drogues telles que le cannabis. Et si tu entends ça que tu continues ben… voilà, j’espère que ça ne générera pas des conséquences graves sur toi telles que celles que j’ai pu évoquer. Et si tu n’as jamais commencé, je te conseilles vraiment de ne pas commencer ou plutôt de développer une intimité avec Dieu qui est le meilleur finalement des substituts, le meilleur des substituts par rapport aux difficultés, des remèdes qu’on conseille à trouver face aux difficultés que la vie nous lance et aux défis que la vie nous lance parfois.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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