Que penser du don d’organes? (Épisode 152)

Un chrétien peut-il donner ses organes? Que dit la Bible à propos du corps?

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La question est posée: bonjour je suis chrétienne et étudiante en droit, première année. Nous avons évoqué plusieurs fois en cours la question du don d’organes. Je me demandais ce que la Bible dit directement ou indirectement à ce sujet. Très cordialement.

Merci pour ta question, question de bio éthique vraiment intéressante et contemporaine. Pour les questions éthiques, j’aime bien ce petit livre que je te recommande qui a été écrit par mon ami le docteur Vincent Rébeille borgella : petit manuel d’éthique pratique. C’est très court, ça se lit facilement et propose une grille de réflexion sur les thématiques éthiques, pas simplement celle de la bioéthique.

Ta question est importante et en même temps, elle a besoin de précisions, parce qu’il y a plusieurs paramètres à prendre en compte pour la gérer, et on ne gérera pas dans un podcast de quelques minutes, toutes ces questions.

D’abord, parle-t-on d’un don d’organes prélevé sur un mort, un prélèvement post mortem, ou est-ce qu’on parle d’un don d’organe du vivant du donneur ?

Deuxièmement est-ce qu’on parle d’un organe qui est acheté ou qui est vendu, ou bien qui est donné, qui est gratuit ?

Bien sûr en France il n’y a que le don d’organes gratuit. Si jamais il y a la moindre compensation, on est face à des réseaux mafieux dont je ne peux imaginer le fonctionnement, ni la présence dans notre pays. Et puis, il faut distinguer le don d’organes des dons de tissus et notamment des tissus neuro-producteurs comme le sang, la moelle osseuse.

Ca n’a pas les mêmes conséquences puisque ce sont des produits, des éléments qui se reconstituent dans le corps humain, donc il y a peut-être moins de conséquences éthiques.

Bien sûr quand on parle de tissus, il y a la considération des témoins de Jéhovah qui refusent le don de sang et ça ce n’est pas l’objet de ce podcast, mais si ça t’intéresse, on peut en reparler ultérieurement. Il faut distinguer ce genre de dons de tissu avec le don de tissu reproducteur tels que sont les spermatozoïdes et les ovules, parce que il y a des conséquences éthiques bien différentes que le don de la moelle osseuse par exemple.

Autre considération, est-ce qu’il faut s’intéresser au coût de chacune de ces opérations ? Par exemple, il faut réaliser que le don d’un rein, transplanter un rein ça coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros. Est-ce qu’il faut consentir à cette dépense quel que soit l’individu concerné ? Par exemple un jeune homme ou une jeune femme de 20 ans doit pouvoir bénéficier de la même manière d’un tel don par rapport à un homme ou une femme de 70 ans, est-ce qu’il faut prendre en considération le coût, la durée et l’espérance de vie d’une telle personne ? Ca fait qu’il y a beaucoup d’éléments qui vont peser sur l’une ou l’autre des réponses que l’on peut apporter à la question.

Bien sûr on va d’emblée rejeter comme profondément cruel, injuste et immoral le trafic d’organes que divers régimes mafieux avec la complicité de certains états réalisent. C’est absolument terrible. Je suis à N’Djamena au Tchad accompagné de mon collègue Franck qui vient de me rapporter qu’un jeune de son église, qui vient d’un pays de l’est que je ne citerai pas, n’a pas été voulu par sa mère qui l’a donné. Et cet enfant a été pris pour être source d’un certain nombre d’organes. On lui a prélevé un organe et heureusement pour lui, il est tombé malade et ils n’ont pas pu procéder jusqu’au bout de la démarche. Il allait être tué simplement, ça allait être la source de plusieurs organes pour d’autres. C’est absolument inimaginable… ça a lieu de nos jours et c’est vraiment une tragédie.

Regardons la situation en France: je suis conscient que tu es bien plus calé que moi sur l’aspect légal puisque ça fait l’objet de tes études, mais ceux qui nous écoutent n’ont peut-être pas cette information donc je voudrais passer quelques minutes sur le cadre juridique.

Le don d’organes post-mortem est encadré par la loi Cavaillés du 22 décembre 1976 qui stipule que chaque individu est présumé donneur. Ça a été confirmé par la loi du 26 janvier 2016. C’est-à-dire que tout le monde est considéré donneur sauf s’il s’est enregistré sur un fichier national qui indique qu’il ne souhaite pas être donneur. Donc, si à l’écoute de ce podcast, à la fin de ce podcast, tu ne veux pas que tes organes soient donnés au moment de ton décès, il faut que tu le signales sinon tu es présumé donneur.

Le don d’organes repose sur trois aspects : le consentement présumé (c’est ce que nous venons de voir), mais également sur la gratuité : il n’y a aucune rémunération, ni avantage que ce soit pour l’individu si c’est de son vivant ou pour la famille, et enfin l’anonymat : on ne peut savoir qui donne quoi, ce qui psychologiquement est je crois assez nécessaire.

Maintenant pour ce qui est du don d’organes du vivant de l’individu, on parle toujours d’un don c’est très important. Aucune pression psychologique, ni avantages financiers. Il y aura un bilan médical complet qui va évaluer les risques et les avantages, autant pour le receveur que pour le donneur, parce qu’évidemment ce sont des choses qui engendrent des conséquences. Et puis dans le cas du don de rein, il faut qu’il y ait une proximité familiale. On parle ici d’une proximité qui va jusqu’au cousin, ou bien d’un partenaire justifiant d’une vie commune d’au moins deux ans. Donc voilà le cadre qui le permet. Et puis le don d’un lobe du foie est possible, et en tout cas c’est tout un processus qui attend donneur et receveur, c’est pas une décision qui peut être faite de façon spontanée. Voilà un peu le contexte dans lequel s’exerce le prélèvement des organes en France.

Comment répondre à cette question d’un point de vue biblique ? Il faut s’interroger sur la constitution de l’être humain et de ce qu’il se passe au moins au moment de la mort. Alors trois considérations me semblent peser ou expliquer ou éclaircir en tout cas les réponses éthiques que nous donnons à ses questions.

La première chose c’est que l’être humain est constitué d’un corps et un esprit. Le corps est temporaire en attendant la résurrection et l’esprit est éternel.

Quand je parle de corps et d’esprit, je propose donc une vision de l’être humain qui est dichotomiste, c’est-à-dire qu’il se reparti en deux grandes catégories par opposition à ceux qui seraient trichotomistes et qui évoquent ou qui considèrent que l’être humain c’est à la fois un corps, une âme et un esprit en se fondant sur 1 Thessaloniciens.

Mais je crois que la description biblique est assez complexe de l’être humain. Il y a beaucoup plus d’éléments comme les pensées, le cœur etc. Et quand on répartit ces choses-là, et bien on réalise que il y a vraiment deux composantes : une composante matérielle est une composante immatérielle, qui reflètent aussi cet acte créateur, Genèse 2.7 : « l’éternel Dieu forma l’homme de la poussière du sol, il insuffla dans ses narines un souffle vital et l’homme devint un être vivant ». Il y a donc une composante de la poussière, matérielle et il y a une composante du souffle divin, l’esprit, la partie immatérielle.

Deuxièmement, mourir physiquement c’est la séparation du corps et de l’esprit. 2 Corinthiens 5.8 nous dit : « nous sommes plein de courage et nous aimons mieux quitter ce corps et demeurer auprès du seigneur ». Salomon en Ecclésiaste 12.7 l’évoque de façon poétique « avant que la poussière retourne à la terre comme elle y était et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné ». L’apôtre Pierre a cette magnifique métaphore du corps comme d’une tente qu’il quittera à sa mort. Tu trouveras ça en 2 Pierre 1.13-14.

Donc voilà, nous sommes des voyageurs sur cette terre et nous empruntons un corps le temps de notre périple et au moment de notre mort, et bien ce corps retourne à la poussière et cet esprit continue sa vie parce que lui est éternel. Et finalement l’acte de mourir c’est la séparation des deux. Genèse 49.33 « lorsque Jacob eut achevé de donner ses ordres à ses fils, il se remis au lit et il expira. Il fut réuni à ses ancêtres décédés ». Lorsque Jésus meurt en Luc 23.46 « il s’écria d’une voix forte : Père je remets mon esprit entre tes mains et en disant ces paroles, il expira ». On peut voir la même chose avec d’autres exemples dans le livre des Actes.

Cette séparation nous interpelle, qu’est-ce qu’il se passe du corps ? Puisque c’est ce que nous allons prélever au moment du don d’organes. Et bien c’est la troisième remarque. Il me semble que le corps se désagrège à la mort en attendant la résurrection et que son devenir est assez secondaire. C’est un outil (le corps humain) temporaire que nous occupons comme une tente, et au moment de notre mort, ce corps qui est quand même quelque part important, puisque chaque être humain est créé à l’image de Dieu, mais néanmoins temporaire, et bien il se désagrège. Que l’on aie été brûlé dans un incendie, que l’on aie été mangé par les poissons parce que nous étions sur un bateau qui a coulé, que nous étions enterré et que le corps entier se désagrège, dans la réalité nous attendons la résurrection.

Et nous voyons qu’avant la résurrection ce corps est temporaire et qu’après la résurrection il sera éternel. Alors je te passe les passages qui en parlent, mais 1 Corinthiens 15.50 et tout le contexte de 1 Corinthiens 15 est intéressant. 1 Thessaloniciens chapitre 4 qui parle de la résurrection future.

Tout ceci me permet de dire qu’on ne peut pas s’attacher au corps comme étant la chose qu’il faut absolument préserver, maintenir, parce que c’est pas ce qui compte. Ce qui compte c’est que nous soyons sauvés dans notre esprit, et qu’à la résurrection nous soyons unis à Dieu. Ce qui m’amène à répondre à ta question éthique sur le don d’organes de cette manière. 

Premièrement, le don d’organes après la mort me semble absolument légitime. Ça fait un petit peu bizarre parce que quand on regarde ce que la science médicale nous dit de cette mort physique, c’est assez réglementé : il faut effectuer deux électro encéphalogrammes à durées égales de 30 minutes et à 4h d’intervalle pour constater la mort cérébrale. Et puis il faut bien réaliser que le corps est maintenu ensuite artificiellement en vie de manière à ce qu’il soit oxygéné et que les organes prélevés soient de qualité. Ca doit être très impressionnant à voir, et voilà comment on regarde si un être humain est mort. Or puisque le devenir du corps est secondaire, puisqu’il est temporaire puisque nous attendons tous la résurrection, ce qu’il advient des organes me semble absolument secondaire.

Et j’ajouterais une chose, c’est que ça me semble être compatible avec l’esprit de l’Evangile. Parce que Jésus, et je terminerai là-dessus, donne sa vie par sa mort et sa résurrection,et je crois que dans cette notion de don d’une une partie de soi pour la vie d’un autre, une sorte d’imitation très très petite et non éternelle, mais néanmoins qui s’appuie sur ce don de vie qui vient de Dieu. Donc j’estime et ça me semble totalement légitime le don d’un organe post-mortem.

Qu’en est-il du don d’organes de son vivant ? et bien, puisque le corps n’est pas éternel, en donner une partie pour que quelqu’un d’autre vive me semble pertinent. Ici on ne parle pas d’un organe vital comme le cœur par exemple, parce qu’évidemment si on te prélève le coeur tu meurs, donc on ne parle pas de sacrifices pour la vie d’un autre, mais de certains organes que nous avons en double et qui permet de donner la vie à un autre individu. Je connais des gens qui bénéficient de l’organe d’un autre. Je trouve ça remarquable et que ça relève d’une générosité et d’un amour qui me semble très biblique, très chrétien.

Ceci dit, il faut quand même mettre en garde le faite de donner de son vivant pour quelqu’un d’autre. Ça doit vraiment être profondément une expression d’amour qui s’accompagne d’aucune culpabilité, d’aucune pression, d’aucun avantage quelconque.

Deuxièmement ça doit exiger d’accepter de se priver d’un organe et de le regarder en face comme ayant des conséquences à long terme. Il y a une fragilité qui va naître de cette de cette réalité.

Troisièmement, il doit y avoir une certaine force spirituelle pour le donneur qui pourrait être amené ensuite à le regretter ou à sentir une certaine rancune, si jamais il y a des conséquences négatives de ce don. Donc il va y avoir une certaine force psychologique et spirituelle d’accepter à un moment donné ce qui pourrait engendrer à long terme des conséquences. Et puis force spirituelle pour le receveur qui pourrait vivre dans une attitude de dette morale perpétuelle. Certaines personnes arrivent mal à le vivre. Il faut aussi bien le considérer.

Et puis en cela la motivation joue beaucoup : qui veut-on préserver en vie et pourquoi ? Il y a aussi pour nous qui sommes chrétiens la notion de destinée éternelle, maintenir en vie un proche pour qu’il puisse avoir le temps de réfléchir à la vie éternelle et à l’Évangile, c’est quelque chose d’important.

Je vais terminer ce podcast avec quelques statistiques et puis une remarque plus générale sur ce qu’est l’Évangile.

En 2017 il y a eu 6100 greffes d’organes réalisées. Pour les principales ce sont des greffes rénales : 3200 et hépatiques : 1300 et puis ensuite on a quelques greffes cardiaques : presque 500, pancréatiques : une centaine, pulmonaires : presque 400, voilà. Et il y a eu 611 greffes du rein réalisé du vivant du donneur et 18 greffes de lobe de foi réalisé aussi du vivant du donneur. Donc tu as quelques informations qui te permettent de réfléchir à cette question.

Je termine parce que je trouve ça assez admirable, je l’ai souligné, j’espère que tu vois que je suis plutôt favorable à cette notion si le cadre est correct, et avec les éléments un peu cadrants que j’ai évoqué dans le début du podcast. Je trouve qu’il y a un petit parallèle qui est assez chouette entre ce que Jésus a fait pour les êtres humains et à très petite échelle ce que quelqu’un peut faire en donnant son organe, en donnant un organe pour la vie de quelqu’un.

Vois-tu Jésus vient sur terre, il devient homme et il donne sa vie littéralement en sacrifice pour que d’autres puissent vivre. Qu’est-ce que ça veut dire qu’il donne sa vie en sacrifice ? Lorsqu’il meurt sur la croix, il meurt en devenant péché pour nous. Il absorbe sur lui-même le jugement que méritent toutes les fautes et tous les comportements honteux et inacceptables des êtres humains. Lorsqu’il meurt sur la croix, Dieu le Père qui est en colère contre l’injustice, fait peser sur Dieu le fils, sur le fils de Dieu toute cette colère pour qu’il n’ait plus à la manifester envers ceux et celles qui feraient confiance en Jésus-Christ pour le pardon. Il y a une transaction extraordinaire à la Croix : je lui donne ma crasse, il me donne sa justice. Jésus meurt sur la croix condamné à ma place, il ressuscite et il est ainsi capable de donner la vie éternelle et le pardon à tous ceux qui se confient en lui. Je trouve qu’il y a un exemple ici de don de soi pour les autres, dont le don d’organe est un tout petit miroir, très décalé, parce qu’il n’a pas les mêmes connotations spirituelles, tu l’as bien compris. Mais toutes ces considérations font que je trouve que le don d’organe est légitime. J’espère que tu as accepté ce don de vie de Jésus-Christ qui fait de toi une nouvelle création, une personne pardonnée, une personne qui ira auprès de Dieu à sa mort. Qu’il y ait le bénéfice d’un don d’organe qui te  permet de prolonger une dizaine d’années, ou plus, ou que tu aies donné un organe qui permet à un autre de prolonger sa vie de quelques années, que tout ça te permet de prendre conscience que notre vie est très transitoire et qu’elle est fondamentalement devant le besoin de recevoir une transplantation bien plus importante : celle de la vie de Jésus-Christ pour l’éternité.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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