Série sur la réforme (5) : Que signifie « Soli Deo Gloria »? (Episode 97)

Dans l'épisode 97, Florent nous parle du dernier pilier de la Réforme "Soli Deo Gloria" qui signifie "à Dieu seul la gloire". Les réformateurs n'ont en fait été que des objets que Dieu a utilisé pour manifester sa gloire. Tout est de Dieu, par Dieu, et pour Dieu. À lui seul soit la gloire!

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« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (poadcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

Question : que signifie « Soli Deo Gloria », l’une des cinq affirmations principales qui caractérisent le mouvement de la Réforme ?

Nous terminons ici la série de podcasts dédiée à ces cinq slogans, cinq tweet de la Réforme qui ont caractérisé la spiritualité de l’Eglise protestante, avec, à sa naissance historique en tout cas, un homme, Luther, qui découvre certains des fondamentaux de l’Ecriture, et notamment vis-à-vis du salut.

L’expression signifie en latin à Dieu seul la gloire. Je crois que c’est le bon moment pour insérer ici que nous ne saurions élever Luther à l’excès. Dieu l’a utilisé, mais je dirais que Dieu l’a utilisé malgré lui, pour renverser un carcan totalitaire et il ne mérite pas la gloire.  A Dieu seul la gloire !

D’abord, il a eu des précurseurs : Pierre Valdo, un lyonnais, au onzième siècle de notre ère, un homme qui a su évoquer l’Evangile de manière absolue face à une compréhension qui était véritablement perdue de la grâce de Dieu. Il y a également eu John Wyclif en Angleterre au douzième siècle, un homme qui a traduit la Bible en anglais et qui a permis une prise de conscience du message de l’Evangile. Et puis Jan Hus, un siècle avant lui, un homme vraiment rempli de l’Ecriture et rempli de la grâce de Dieu. Je voudrais aussi souligner que Luther était loin d’un homme parfait. C’est le cas pour chacun d’entre nous, mais je ne suis pas sûr qu’il soit reconnu comme un ancien dans nos églises de nos jours.

Ses propos de table, qui ont été consignés par certains de ses élèves, montrent une tournure d’esprit pas toujours raffinée et parfois bien imbibée de bière, que sa femme réalisait dans les soubassements de leur maison. Et il publie en 1543 ce qui me semble être son héritage le plus terrible, le plus dramatique, qu’il nous ait laissé : ‟Les Juifs et leurs mensonges”. C’est une terrible diatribe antisémite qui est inacceptable. Cet écrit sera d’ailleurs repris par l’évêque Martin Sass, tout entier dévoué à Hitler, et il publiera cet ouvrage en s’appuyant sur cela pour parler de façon très terrible des Juifs. D’ailleurs c’est tout juste 400 ans après la publication de Luther de ce pamphlet, en 1943, que l’holocauste sera bien engagé, et que l’une des justifications de cet holocauste (bien entendu ce n’est pas la seule raison), c’est toute cette tradition détestable, à vomir, d’antisémitisme que l’on trouve chez certains auteurs, autant catholiques que protestants d’ailleurs, mais je crois chez Luther de façon tout à fait particulière. Et ça a été la source, ou l’encouragement à une violence que nous devons dénoncer et que nous devons réaliser.

Il n’y a que Dieu qui ait la gloire, il n’y a que Dieu qui soit saint et parfait. A Dieu seul la gloire nous rappelle qu’il n’y a qu’un seul héros, Jésus le Fils de Dieu. Et dans l’histoire de l’Eglise, Dieu accomplit son œuvre malgré la piètre qualité humaine de ceux qui disent le servir. Je le sais pour le voir dans l’histoire de l’Eglise, je le sais aussi pour le voir dans mon propre cœur, et j’imagine que si tu écoutes ce podcast, tu peux te faire écho de cette réalité qui doit nous maintenir vraiment attentifs à nos chemins pour regarder à Dieu et à Dieu seul.

Finalement cette dernière affirmation, qui semble être la moins concrète, est peut-être l’une des plus fondamentales. D’ailleurs certains auteurs préfèrent commencer par celle-ci, à Dieu seul la gloire, parce que ça décrit une attitude générale qui décentre la vie de nous-mêmes pour considérer que tout est de Dieu, par Dieu et pour Dieu. Nous avons à l’inverse tendance à considérer que nous sommes le centre de la vie, voire de la terre, voire de l’univers hélas, mais ce slogan nous fait réfléchir que Dieu en fait est le centre ultime de tout.

A quel titre est-il le centre ultime de tout ? D’abord en prééminence : Il est avant toute chose, Il possède la capacité d’exister en lui-même, rien ne lui a conféré la vie et rien ne la lui confère en ce moment, Il existe en dehors de toute cause, Il est. Les théologiens parlent d’aséité. Dieu demeure égal à lui-même éternellement, vraiment, Il est l’Eternel, celui qui était, qui est et qui sera. Paul Wells, un théologien franco-britannique, écrit : « Il est dans le sens le plus absolu, ultime et primordial de l’existence. L’être de Dieu se dissocie de toute idée d’être devenu ou de devenir Dieu. Dieu seul est éternellement. Dieu n’est pas ce qu’Il est parce qu’Il est devenu ainsi ; Il est, être pur et simple. Il a le caractère de l’aséité. Cette pensée a été exprimée ainsi : Dieu existe en lui-même et se suffit à lui-même, ce n’est pas le cas pour nous. » Actes 17 va dans ce sens : « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, lui qui est le Seigneur du ciel de la terre, n’habite pas dans des temples faits par la main des hommes ; il n’est pas servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, le souffle et toutes choses. » Jean rapporte les paroles de Christ : « Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même. » Dieu est et sa prééminence mérite qu’ à lui seul soit la gloire.

Mais il est également en activité : Il est à l’origine de tout. Et dans le présent même, Il « soutient toutes choses » nous dit Hébreux 1.3, en sorte que, en lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être, et dans l’éternité, Il sera le centre de notre paradis, de notre vie et de notre amour. Romains 11.36 dit : « Tout est de lui, par lui et pour lui ! A lui la gloire dans tous les siècles. Amen ! »

En prééminence, en activité mais également en initiative : c’est lui qui prend l’initiative de créer. Nous n’aurions pas cette discussion si Dieu n’avait pas décidé que le monde existerait, qu’Il rachèterait des hommes et des femmes de toutes les nations, qu’Il décrèterait la chute et tout ce qui s’en suit, et Il l’a fait pour sa propre gloire. Ephésiens nous rappelle qu’Il nous a sauvés « afin que nous célébrions la gloire de sa grâce », répété plusieurs fois en Ephésiens 1. Il est à l’initiative du salut, Il est à la manœuvre du salut, Il en est à son accomplissement également. Apocalypse 1.6 nous dit que Dieu « a fait de nous un royaume, des sacrificateurs pour Dieu son Père, à lui la gloire et le pouvoir aux siècles des siècles ! Amen ! »

La centralité de Dieu est pour moi une évidence et une immense difficulté. Je concède non sans tristesse, je le confesse en fait, que j’ai tendance à m’élire roi, pas roi des autres, je n’en suis pas là, mais roi de ma vie. Le slogan “à Dieu seul la gloire” est un rappel que Dieu seul a du poids. C’est d’ailleurs le sens étymologique du mot gloire. Il est seul à avoir du poids, Il est donc seul à pouvoir dignement régner ; je dois faire abnégation de mon intention de régner à sa place, je dois donc cesser de renverser son règne par le mien. Les implications éthiques sont très importantes et Paul rappelle aux corinthiens : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » (1 Corinthiens 10.31). Alors oui je peux me confier en lui, son intention bienveillante a été démontrée dans l’histoire, et Ephésiens 3.20-21 nous rappelle que : « A celui qui, par la puissance qui agit en nous, peut faire infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui la gloire dans l’Eglise et en Christ-Jésus, dans toutes les générations, aux siècles des siècles. Amen. »

D’ailleurs cette gloire de Dieu manifestée par le salut offert en Christ, nous donne une assurance exceptionnelle à l’ensemble de son programme salvateur. Parce que tu vois, Il n’a besoin de rien. Mais justement parce qu’Il a une existence indépendante, et je trouve ça extraordinaire, Il a choisi de créer, Il a choisi de sauver et Il a choisi de se réjouir de ses rachetés. Ecoute ces versets splendides : Sophonie 3.17 : « L’Eternel, ton Dieu, est au milieu de toi un héros qui sauve ; Il fera de toi sa plus grande joie ; Il gardera le silence dans son amour pour toi ; Il aura pour toi une triomphante allégresse. » Esaïe 62.3-5 : « Tu seras une couronne splendide dans la main de l’Eternel, un turban royal dans la paume de ton Dieu. On ne te nommera plus : Délaissée, on ne nommera plus ta terre : Désolation ; mais on t’appellera : Elle est mon plaisir, et l’on appellera ta terre : L’épousée ; car l’Eternel trouve son plaisir en toi, et ta terre sera épousée. Comme un jeune homme devient l’époux d’une vierge, ainsi tes fils deviendront pour toi comme des époux ; et comme la fiancée fait la joie de son fiancé, ainsi tu feras la joie de ton Dieu. » Oui vraiment « Soli Deo Gloria », à Dieu seul la gloire : Il a créé le monde, décrété la chute dans son décret éternel, Il a sauvé ses élus pour qu’ils célèbrent à jamais la gloire de sa grâce. De quoi se confier en Christ si tu n’es pas en Christ. De quoi aussi s’en remettre pleinement à lui si tu es déjà en Christ, et chercher à vivre pour sa gloire, Il en est digne. Et ce moment vient où nous pourrons voir dans ses yeux l’écho de cette gloire, et la joie qui est sienne, de nous avoir créés et de nous avoir rachetés, sera notre joie pour toujours et à jamais. A Dieu soit la gloire !

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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