Que veut dire la Sainte Cène? (Episode 79)

Dans l'épisode 79, Florent Varak nous explique, bible à l'appui, ce qu'est la sainte Cène. Une explication claire et bienvenue sur un sujet qui divise plus souvent qu'il n'assemble.

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« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (poadcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

La question est posée : En parlant de la Sainte-Cène le Seigneur Jésus a dit « Faites ceci en mémoire de moi » Luc 22 versets 15 à 20. Comment doit-on comprendre cela ? Devons-nous prendre la Sainte-Cène tous les dimanches ou seulement le jour de la fête de Pâques ? Merci pour vos réponses qui font beaucoup de bien.

Merci pour la question, merci également pour l’encouragement et nous allons lire le texte dans son ensemble, Luc 22 versets 15 à 20, pour en tirer un certain nombre de remarques sur la signification de ce geste que Jésus nous demande de pratiquer.

Luc 22 versets 15 à 20 :

« 15 Il (Jésus) leur dit : J’ai vivement désiré célébrer cette Pâque avec vous avant de souffrir. 16 En effet, je vous le déclare, je ne la mangerai plus jusqu’au jour où tout ce qu’elle signifie sera accompli dans le royaume de Dieu. 17 Puis il prit une coupe, prononça la prière de reconnaissance et dit : Prenez cette coupe et partagez-la entre vous, 18 car, je vous le déclare : dorénavant, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit établie. 19 Ensuite il prit du pain, remercia Dieu, le partagea en morceaux qu’il leur donna en disant : Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites cela en souvenir de moi. 20 Après le repas, il fit de même pour la coupe, en disant : Ceci est la coupe de la nouvelle alliance conclue par mon sang qui va être versé pour vous. »

Alors quelques remarques, premièrement sur le verset 15.

C’est une adaptation d’un repas passé, d’un repas historique, d’un repas qui existait au sein du peuple Juif. Verset 15 : « J’ai vivement désiré célébrer cette Pâque avec vous avant de souffrir ». Nous sommes au 16 ème siècle avant Jésus-Christ, Dieu appelle Moïse à sortir d’Egypte où les Juifs étaient maintenus esclaves. Dieu ordonne de célébrer cette délivrance par un repas pris à la hâte avec un agneau sans défaut dont on ne brise aucun os. Cette célébration qui sera annuelle le 14 jour du mois de Nisân (Nissan), c’est la Pâque juive. Et tu trouveras la description de cette prescription en Exode chapitre 12, et tout au long de l’ancien testament. C’est mentionné notamment dans les livres historiques comme étant quelque chose d’important. Et parfois, malheureusement, Israël a oublié de célébrer cette délivrance de l’esclavagisme d’Egypte. Donc, c’est un repas qui célèbre une délivrance puissante de Dieu, et ça c’est le contexte. Je pense qu’il faut se souvenir de ses racines de cette nouvelle Pâque parce qu’il y a une délivrance encore plus grande qui est en train de s’opérer au moment où Jésus prononce ces paroles. Et on trouve souvent dans la bible la notion de banquet associé à Dieu. Deutéronome 14 par exemple, parle d’un repas où l’on célèbre devant Dieu, en présence de Dieu les bénédictions que Dieu accorde. Il y a quelque chose de spécial lorsqu’on se réunit autour d’un repas pour célébrer l’œuvre de Dieu. Et c’est vraiment ce qui a lieu lorsque Jésus prend du pain et du vin et c’est vraiment le contexte qui donne sens un peu à l’ensemble.

Deuxièmement, c’est une anticipation d’un repas futur, verset 16 « En effet, je vous le déclare, je ne la mangerai plus jusqu’au jour où tout ce qu’elle signifie sera accompli dans le royaume de Dieu. » Jésus dit qu’il ne mangera plus de cette Pâque jusqu’à ce qu’elle soit accomplie. Cela implique qu’il y a un temps où nous la prendrons avec Lui. Je ne sais pas si tu t’imagines cela, mais tous les rachetés de tous les temps autour d’une table en la présence de Jésus et des anges je suppose. La Bible en parle dans différents endroits, et l’un de ces textes magnifiques se trouve en Esaïe avec le chapitre 25 versets 6 à 7 :

« 6 Le Seigneurs des armées célestes préparera lui-même pour tous les peuples là, sur cette montagne, un festin de vins vieux, et de mets succulents, des mets tout pleins de moelle, arrosés de vins vieux dûment clarifiés. 7 Et il déchirera là, sur cette montagne, le voile de tristesse qui couvre tous les peuples, la couverture recouvrant toutes les nations. »

Lorsque nous prenons le pain et le vin, nous nous projetons dans un avenir glorieux, magistral où nous célébrerons la délivrance achevée de Dieu à l’égard de ses rachetés. Et il faut que tu t’imagines donc ce grand banquet chaque fois que tu prends le pain et le vin. Il faut que tu t’imagines ce grand banquet auquel sont conviés tous ceux et toutes celles qui aiment le Seigneur Jésus. Et qui se sont confiés en Lui pour leur salut.

Troisièmement, c’est un symbole du sang de Christ, c’est-à-dire du sacrifice de Christ. Versets 17 et 18 « 17 Puis il prit une coupe, prononça la prière de reconnaissance et dit : Prenez cette coupe et partagez-la entre vous, 18 car, je vous le déclare : dorénavant, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit établie. » Tu vois, là on est au centre de cette alliance, ça va devenir l’un des points que je vais aborder bientôt, mais Jésus a offert sa vie pour nous. Ça veut dire quoi ? ça veut dire qu’il a accepté d’être condamné à mort à notre place. Nous aurions dû mourir à cause de nos fautes, mais Lui est mort à notre place. Le Père l’a condamné à notre place et il a accepté son sacrifice, comme l’atteste sa résurrection, en sorte que son sang soit le symbole de notre guérison spirituelle. Déjà dans l’ancien testament, le prophète Esaïe disait au chapitre 53 versets 5 à 6 :

« 5 C’est pour nos péchés qu’il a été percé, c’est pour nos fautes qu’il a été brisé. Le châtiment qui nous donne la paix est retombé sur lui et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. 6 Nous étions tous errants, pareils à des brebis, chacun allant par son propre chemin : l’Eternel a fait retomber sur lui les fautes de nous tous. »

Tu vois, il y a quelque chose d’extraordinaire : c’est que nous aurions dû être condamné pour nos péchés, mais Jésus est condamné à notre place et son sang coule et est versé pour nous. Et c’est ce que souligne quelque part la couleur rouge du vin qui nous rappelle le sang qui a coulé, la mort de Jésus pour nous.

1 Corinthiens 11 verset 26 nous dit : « Donc, chaque fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, et ceci jusqu’à son retour ». Donc voilà, c’est un symbole de la mort du Christ pour nous, pour nos péchés.

Par contre j’aimerais te faire remarquer qu’après avoir prié, Jésus parle encore du fruit de la vigne. Le vin est resté vin c’est-à-dire qu’il n’a pas été transformé. Ce qui nous permet d’aborder certaines compréhensions de ce texte au sein du christianisme.

– Il y a dans la doctrine catholique la notion de transsubstantiation. Alors c’est un terme un peu étrange, mais selon cette doctrine lorsque le prêtre prononce les formules de bénédictions et les actions de grâce, le pain et le vin se transforment dans leurs substances en corps et sang de Christ. Et c’est pour cela d’ailleurs que tu verras qu’il n’y a jamais de gâchis du pain et du vin, de l’hostie et le vin c’est vraiment quelques choses de sacré et il faut le manger ou le boire, mais il ne faut certainement pas le jeter ou en faire une utilisation profane. Et à mon sens, cela va à l’encontre de la description qu’en fait Jésus qui maintient que c’est là le fruit de la vigne.

– Les Luthériens quant à eux, ont tenté de parler de consubstantiation. C’est à dire une double présence du pain et du vin et du corps et du sang de Christ. Un peu comme l’éponge contient l’eau ainsi le vin contient le sang réellement. Alors c’est une illustration bien sûre, mais c’est l’idée de consubstantiation est reprise dans la doctrine luthérienne. Le problème de cette perspective ainsi que de la perspective précédente c’est que cela implique presque une omniprésence ou une poly présence du corps matériel de Christ. Alors que nous croyons effectivement que Christ est omniprésent mais que ce n’est pas dans son expression corporelle.

– Troisième perspective, le calvinisme et la plupart des protestants, enfin le reste des protestants dont les évangéliques, y voient un symbole, mais bien sûr, le symbole d’une réalité spirituelle. J’ai réellement besoin pour vivre du sacrifice de Christ, et sa présence et son efficacité est symboliquement représentée par le pain et le vin. Elle est particulière cette présence dans cet acte symbolique.

Et puis quatrièmement, c’est un symbole du corps de Christ, verset 19 « Ensuite il prit du pain, remercia Dieu, le partagea en morceaux qu’il leur donna en disant : Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites cela en souvenir de moi. » Nous avons déjà commencé à parler du corps, mais le pain là, est symbole de nourriture fondamentale.

Et en ce sens prendre le corps du Christ, c’est réaliser à quel point nous dépendons du Christ pour vivre. Vivre aujourd’hui mais encore éternellement. Nous dépendons de ce sacrifice de cette personne qu’est Jésus-Christ qui est mort pour nous et qui nous donne une vie éternelle en Lui, dans cette communion extraordinaire avec Lui.

Alors, il y a aussi un aspect dans ce symbole du corps de Christ, c’est que c’est le symbole d’une nourriture commune. Prendre le pain ensemble c’est manger ensemble autour d’un même pain. C’est discerner que Dieu a fait de nous un peuple uni. C’est cela que Paul met en avant quand Paul demande de ne pas prendre indignement du corps de Christ, dans 1 Corinthiens 11, ou du pain et du vin. C’est lorsque que l’on réalise pas qu’on habite la même maison, que l’on mange dans la même assiette, qu’on bénéficie d’un même père et qu’il ne faut pas se chamailler, qu’il faut se respecter, qu’on est cohéritier de Christ tous ensemble. Donc, c’est un symbole du corps du Christ et dans ce symbole là, il y a là une notion un peu communautaire auquel il nous faut réfléchir et célébrer en mangeant avec nos frères et sœurs du pain, symbole du corps de Christ.

Et enfin cinquièmement, c’est le symbole de la nouvelle alliance au verset 20 « Après le repas, il fit de même pour la coupe, en disant : Ceci est la coupe de la nouvelle alliance conclue par mon sang qui va être versé pour vous. » Une nouvelle alliance énoncée, annoncé en Jérémie 31 verset 31. Le prophète Jérémie annonce que Dieu ferait une nouvelle alliance avec le peuple Juif. Une alliance qui serait différente des précédentes, et qu’il changerait le cœur de ceux qui en bénéficieraient; et bien sûr cette alliance est inaugurée ici, dans le sacrifice de Christ.

Et les nations, les non-Juifs ont le privilège d’accéder au bénéfice spirituel de cette nouvelle alliance. Et nous célébrons dans ce pain et ce vin cette extraordinaire communion que nous avons maintenant en Jésus-Christ.  Quand on parle d’alliance, c’est qu’on pense au sang du Christ. On est vraiment très proche de ces notions du sang, du sacrifice qui est fait pour les péchés et qui ratifie l’alliance.

Alors dans ta question, il y avait quelques aspects un peu plus concrets. A quelle fréquence est-ce qu’on doit célébrer le repas du Seigneur ou le pain et le vin ?

Il n’y a aucune prescription, à ma connaissance, de fréquence dans le nouveau testament. Nous voyons que la coutume de l’église de Jérusalem c’était de le célébrer chaque jour, du moins au début. A Troas, ça n’a été célébrer que le premier jour de la semaine, c’est-à-dire le dimanche. Et ça semble avoir été la pratique des Corinthiens puisqu’il est question de faire une offrande le premier jour de la semaine, et c’est semble-t-il le moment où l’église se rassemblait. Puisqu’il n’y a aucun commandement quant à la fréquence, c’est un choix libre des responsables d’église qui doivent le proposer et assumer ce choix. Je pense qu’une fois par an c’est probablement bien trop peu pour s’en souvenir mais pourquoi pas, mais je trouve que c’est un peu léger. Une fois par semaine pourquoi pas, ça peut-être aussi trop fréquent ou générer une sorte de sentiment routinier. Je crois vraiment que chaque église a la responsabilité de faire comme elle l’entend, sous le regard de Dieu en réfléchissant à ce que le Saint-Esprit veut communiquer à l’église par cela. Ça dépend aussi de, si c’est une implantation d’église, et  la présence fréquente de non-chrétiens, ou si c’est une église établie ou ce sont vraiment des gens de la famille qui prennent ce pain et ce vin.

Parfois la question est posée aussi de savoir s’il faut du jus de fruit, du jus de raisin, ou du vin. Alors je ne crois pas que ce choix un choix biblique, mais à ce titre c’est un choix culturel. D’ailleurs dans notre église, les deux circulent le dimanche où nous célébrons la Cène. C’est-à-dire qu’il y a une partie qui est du jus de raisin et une autre partie qui est du vin. Et chacun fait en fonction de ce qu’il préfère. Parfois certaines personnes ont été délivrées de l’alcoolisme avec leur conversion, et ce serait dommage de les placer devant une tentation inutile et douloureuse ou pénible et de les empêcher de participer à ce symbole. Je sais que dans certains pays où il n’y a pas de raisin les gens célèbrent avec d’autre jus de fruits. Il me semble que ce ne soit pas un problème même s’il faut rester dans le texte biblique avec le vin, faut que le texte biblique parle de vin, c’est du pain et du vin qui est donné mais on peut expliquer ensuite ce que ça signifie, ce que ça représente et des raisons qui font qu’on choisit un autre jus de fruits.

Voilà j’espère que ça a répondu à ta question et que tu célèbres ce sacrifice de Christ de façon personnelle, parce que tu es personnellement devenu un disciple de Jésus, tu as placé ta confiance en ce que Christ à fait à la croix pour toi, et que tu célèbres joyeusement l’avenir que Dieu te prépare dans ce repas futur qu’il prépare avec tous ceux et toutes celles qu’il aura sauvé.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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