Série sur la réforme (2) : Que veut dire « Sola Gratia »? (Episode 94)

Dans l'épisode 94, Florent Varak entame le deuxième épisode de notre série sur les 5 "Solas" de la Réforme. Il y a 500 ans les mots "Sola Gratia" ont été prononcés, ils veulent dire "la grâce seule":

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Question : que signifie « Sola Gratia », l’une des cinq affirmations principales qui caractérisent le mouvement de la Réforme ? On profite de la célébration des 500 ans de la Réforme pour aborder les cinq slogans, les cinq tweets qui ont défini l’essentiel de la spiritualité protestante.

Dans ce podcast, on aborde « Sola Gratia », la grâce seule. Elle touche à la question de l’initiative du salut et de la manière dont le salut nous est accordé. J’observe que de tous temps, les hommes, conscients de leur faiblesse morale, se sont demandés comment ils pouvaient être pardonnés, comment leur relation à Dieu pouvait être rétablie quand ils ont conscience qu’elle n’est pas présente, qu’elle n’est pas correcte.

Finalement c’est une question universelle avec une réponse quasi naturelle, tout aussi universelle, qui se fonde sur la notion de compensation : je fais le mal, je dois donc compenser ce mal, je dois payer, offrir, souffrir, pour contrebalancer la faute qui pèse d’un côté de la balance. C’est une réponse toute humaine qui s’appuie sur toute l’expérience de la vie : tout se monnaie, tout se paie.

Les formes de cette compensation que nous trouvons dans le monde sont variées : le karma par exemple indique que la souffrance de votre vie reflète le mal commis dans des vies antérieures, vous payez aujourd’hui les fautes de vos vies précédentes. Bien évidemment, je parle là d’une spiritualité qui n’a rien à voir avec le christianisme, mais dans d’autres spiritualités, y compris en lien avec le christianisme, on affirme parfois que la souffrance compense les fautes, qu’elle contribue au pardon. Ou bien on tente de prévenir la vengeance des dieux et des ancêtres; là encore cette fois-ci dans d’autres spiritualités, en apaisant leur colère par des offrandes, par des actes de bienveillance.

Dans certaines religions, les rites religieux sont censés compenser également le mal commis. Il faut se représenter un côté de la balance avec nos fautes et de l’autre côté de la balance, il faut mettre des rites, des prières répétées, participer à des célébrations et faire des offrandes. C’est un peu dans ce contexte qu’on retrouve Martin Luther qui était un moine augustinien, sincère, rigoureux, mais torturé par une conscience hypersensible. Il passait des heures au confessionnal et son supérieur l’avait envoyé à Rome. Il espérait trouver la pureté de l’Eglise et être renouvelé dans sa vision des grâces qu’accorde l’Eglise, et en fait il y a vu une terrible débauche : les prêtres fréquentaient les prostituées, ce qui est choquant bien entendu, mais c’était en plus associé à la délivrance d’indulgences, forme d’absolution des prêtres qui rendaient le péché finalement bénin.

Le catéchisme catholique enseigne encore au sujet des indulgences, c’est l’article 1471, page 384 : « L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l’action de l’Eglise, laquelle, en tant que dispensatrice de la rédemption, distribue et applique par son autorité le trésor des satisfactions du Christ et des saints. »

Il y a quelque chose de l’ordre de la rémission d’une peine temporelle due pour les péchés, selon l’Eglise catholique, que l’on peut obtenir par les indulgences. Voilà notre Luther qui rentre de Rome plus découragé, un peu plus perdu, et son supérieur lui demande de lire et d’enseigner Romains. C’est là qu’il découvre que le salut est plutôt un sauvetage que Dieu donne de lui-même, gratuitement, parce que lui-même a tout payé. En réalité, la condamnation que nous méritons est tombée sur Jésus qui l’a payée par sa mort. Luther découvre que le salut est une grâce, un cadeau, une faveur imméritée. C’est un homme transformé, il « nait de nouveau », comme c’est l’expression que l’on trouve dans la Bible, et ça deviendra l’un de ses credo, ce salut par la grâce, cette grâce seule qui sauve, « Sola Gracia ».

Qu’en dit la Bible ? Les histoires qui enseignent ou illustrent la grâce de Dieu sont nombreuses dans la Bible, c’est difficile de faire un choix tellement il y a de textes qui l’évoquent. Et c’est un enseignement transverse à l’ensemble de l’écriture. Dès Genèse 3, on voit que l’homme et la femme décident de prendre leur indépendance, leur autonomie vis-à-vis de Dieu, ils choisissent par eux-mêmes ce qui est bien, ce qui n’est pas bien. « Les yeux de tous deux s’ouvrirent ; ils prirent conscience du fait qu’ils étaient nus. Ils se firent des ceintures avec des feuilles de figuier cousues ensemble. » (Genèse 3.7) « L’éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, dont il les revêtit. » (Genèse 3.21)

Tu vois le contraste ? Lorsque l’homme et la femme prennent conscience qu’ils sont nus, qu’ils ont honte parce qu’ils sont dévoilés dans ce qu’ils sont, un homme et une femme rebelles, désobéissants à Dieu, alors ils essaient de masquer leur culpabilité. C’est vraiment un acte qui reflète la manière dont les hommes tentent de couvrir leurs péchés, leurs fautes, par leurs propres actes quels qu’ils soient.

C’est un peu dérisoire, ils se font des ceintures avec des feuilles de figuier cousues ensemble. C’est un symbole qu’il faut voir dans cette action un peu démesurée de masquer leur culpabilité. Puis au verset 21, Dieu dit « non, ça ne me convient pas, le vêtement que vous vous êtes fait, que vous vous êtes confectionné, en fait je vais vous faire, moi, des vêtements qui vont couvrir réellement votre nudité » et là ce sont des habits de peau. Probablement c’est la première fois qu’Adam et Eve voient la mort d’un animal, et ils sont couverts par la peau de cet animal. Premier sacrifice, premier sacrifice pédagogique qui annonce le sacrifice qui, un jour, couvrirait la culpabilité de tous les hommes et toutes les femmes qui feraient confiance dans cette grâce, dans cette provision de Dieu pour le salut des hommes et des femmes.

Un autre exemple bien plus tard avec Esaïe 55.1-3 « O vous tous qui avez soif, venez vers les eaux, même celui qui n’a point d’argent ! Venez, achetez et mangez, venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer ! Pourquoi pesez-vous de l’argent pour ce qui n’est pas du pain ? Pourquoi peinez-vous pour ce qui ne rassasie pas ? Ecoutez-moi donc et mangez ce qui est bon, et vous vous délecterez de mets succulents. Tendez l’oreille et venez à moi, écoutez, et votre âme vivra ; je conclurai avec vous une alliance éternelle, celle de la bienveillance fidèle envers David. »

C’est extraordinaire, parce que dans l’image qui nous est donnée, c’est toute l’image du salut que Dieu offre au travers de « venez, achetez du pain, venez, achetez de ce qui rassasie, ce qui désaltère, ce qui est agréable, même du lait, mais sans argent, sans rien payer. » C’est par la grâce seule !

Un repas qu’on achète gratuitement, sans argent, pour illustrer l’invitation à recevoir gratuitement le salut que Dieu donne. Et finalement quand on y réfléchit, toutes les interventions de Dieu pour le salut de son peuple dans l’ancien testament sont à l’initiative de Dieu, sans mérite : c’est lui qui se révèle à Abraham, c’est lui qui appelle Moïse, c’est lui qui appelle Jérémie, ou dirige les circonstances sous Néhémie et sous Esther. Dieu intervient pour sauver à son initiative, Il accorde sa délivrance gratuitement. Et avec le nouveau testament on comprend pourquoi : ce n’est pas que Dieu soit un Père Noël généreux non, c’est plutôt que Dieu a lui-même réglé l’addition du péché des hommes ; c’est lui qui a porté le coût de nos fautes en sorte qu’Il peut octroyer son salut gratuitement.

C’est gratuit pour nous parce que ça a été payant pour Lui. Un des textes emblématiques se trouve en Romains 3.23-26 par exemple : « Car il n’y a pas de distinction : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est dans le Christ-Jésus. C’est lui que Dieu a destiné comme moyen d’expiation pour ceux qui auraient la foi en son sang, afin de montrer sa justice. Parce qu’Il avait laissé impunis les péchés commis auparavant au temps de sa patience, Il a voulu montrer sa justice dans le temps présent, de manière à être reconnu juste, tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus. » Un texte très connu, c’est Ephésiens 2.8-9 : « C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » C’est par la grâce seule qu’un homme est justifié devant Dieu. Tite 3.4-7 nous dit : « Mais lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur, et son amour pour les hommes ont été manifestés, Il nous a sauvés – non parce que nous aurions fait des œuvres de justice, mais en vertu de sa propre miséricorde – par le bain de la régénération et le renouveau du Saint-Esprit. Il l’a répandu sur nous avec abondance par Jésus-Christ notre Sauveur afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions héritiers dans l’espérance de la vie éternelle. »

Et enfin le dernier livre de la Bible, Apocalypse 22.17 : « L’Esprit et l’épouse disent : Viens ! Que celui qui entend, dise : Viens ! Que celui qui a soif, vienne ; que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie gratuitement ! » C’est une information que l’on trouve tout au long de la Bible : Dieu accorde sa grâce, Il est très conscient que la dette que nous avons est si immense que nous ne pouvons absolument pas contribuer, payer quoi que ce soit, pour modifier la taille de la dette que constituent nos fautes.

Et c’est pour ça qu’il fallait un sacrifice infini, parfait, que seul Jésus-Christ pouvait réaliser en sa personne, en sa mort et à sa résurrection. Et Dieu le Père a déversé sur lui toutes les fautes des hommes et des femmes qui lui feraient  confiance, Il a payé pour eux et Il peut maintenant dispenser avec générosité et bienveillance le pardon à tous ceux qui, reconnaissant leur besoin de grâce, viennent à lui sans prétention, sans fard, en disant « me voici, pêcheur, perdu, j’ai juste conscience que tu donnes par grâce le pardon, gratuitement, une faveur imméritée ».

En 1559, les protestants français ont adopté une confession de foi dite de La Rochelle, et voici comment ils formulent leur compréhension de cet enseignement de la grâce seule :

Article 17 : nous croyons que, par le sacrifice unique que le Seigneur Jésus a offert sur la croix, nous sommes réconciliés avec Dieu, afin d’être tenus pour justes devant lui, et considérés comme tels. Nous ne pouvons, en effet, lui être agréables et participer à son adoption que s’il nous pardonne nos fautes et les ensevelit. Nous affirmons donc que Jésus-Christ est notre intégrale et parfaite purification, qu’en sa mort nous avons une totale réparation pour nous acquitter de nos forfaits et des iniquités dont nous sommes coupables, et que nous ne pouvons être délivrés que par ce moyen.

Article 18 : nous croyons que toute notre justice est fondée sur la rémission de nos péchés et que notre seul vrai bonheur se trouve dans ce pardon, comme le dit David. C’est pourquoi nous rejetons tous les autres moyens par lesquels nous penserions pouvoir nous justifier devant Dieu et sans présumer d’aucune vertu ni d’aucun mérite, nous nous en tenons uniquement à l’obéissance de Jésus-Christ, qui nous est attribuée aussi bien pour couvrir toutes nos fautes que pour nous faire trouver grâce et faveur devant Dieu. En fait, nous croyons qu’en nous écartant si peu que ce soit de ce fondement – l’obéissance de Jésus-Christ – nous ne pourrions trouver ailleurs aucun repos, mais que nous serions toujours rongés par l’inquiétude puisque, pris en nous-mêmes, nous sommes dignes d’être haïs par Dieu, et que ne serons jamais en paix avec lui jusqu’à ce que nous soyons fermement convaincus d’en être aimés en Jésus-Christ ».

Ce que cette confession de foi souligne, c’est que ce n’est pas l’obéissance qui nous accorde la grâce, mais parce que la grâce nous est donnée, alors nous obéissons par amour, et que c’est le témoignage de la réalité de cette grâce reçue. Ce ne sont pas nos œuvres qui accordent le salut, elles sont le témoin du salut.

C’est d’ailleurs ce que l’on retrouve dans les confessions de foi évangéliques plus classiques, le réseau FEF : l’article chapitre 6 nous dit ceci : « Le salut par Jésus-Christ : nous croyons que c’est par grâce que les hommes peuvent être sauvés, par le moyen de la foi. Le salut est pleinement accordé à toute personne qui, à la lumière de l’Evangile et sous l’action du Saint-Esprit, met sa confiance en Dieu, se repent de ses péchés, et se réclame de l’œuvre expiatoire accomplie à la croix. Uni à Christ et ainsi placé au bénéfice de sa mort et de sa résurrection, le pécheur reçoit le pardon de Dieu pour ses fautes, obtient les mêmes droits que s’il avait obéi à la Loi de Dieu, et bénéficie de la faveur divine ; il est baptisé dans l’Esprit : l’Esprit le régénère, lui communique la vie éternelle et l’intègre au peuple de Dieu. Sans atteindre ici-bas la perfection, il s’engage dans une vie de piété, d’obéissance à Dieu, de témoignage rendu à l’Evangile et de service à la gloire de Dieu, manifestant ainsi par ses actes l’authenticité de sa foi et de sa repentance. Nous croyons que, par sa mort, Jésus-Christ a porté nos souffrances et nos maladies et qu’il nous a ainsi acquis la rédemption de notre corps. En conséquence, nous expérimenterons à son retour une pleine et entière guérison. Pour le temps présent, Dieu peut accorder s’il lui plaît une guérison extraordinaire par anticipation sur l’étape finale de la rédemption. Dans le cas contraire, il appelle le chrétien à le glorifier dans la maladie, la souffrance ou la mort. »

Comme tu peux le voir, autant l’Ecriture enseigne le salut par la grâce, autant les expressions protestantes ou évangéliques de la compréhension de la grâce seule sont abondantes et témoignent que c’est là un enseignement solide de l’Ecriture. Alors que tous ceux qui sont sensibles au péché comme l’était Martin Luther et qui cherchent un moyen de pardon, se rassurent : le seul moyen de pardon que la Bible propose est en Christ, et à ce titre, il est gratuit parce que Christ a tout payé.

« Sola Gratia », par la grâce seule, c’est certainement l’une des plus belles nouvelles de tous les temps. Jésus-Christ est mort pour les péchés des pécheurs en sorte qu’ils peuvent se confier humblement, librement et pleinement dans l’œuvre que Christ a faite, et recevoir un salut complet et suffisant par Jésus-Christ.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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