Quel est le rôle de l’Eglise dans l’humanitaire ? (Épisode 183)

Cette question a donné lieu à diverses interprétations et controverses. Florent Varak s'appuie sur des textes bibliques afin d'éclaircir le rôle social de l'Église dans la société en developpant 5 points. Il conclut avec 7 principes issus de l'ouvrage "Quelle est la mission de l'Église?", Kevin DeYoung et Greg Gilbert.

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PVR 183, quel est le rôle de l’Eglise dans l’humanitaire ?

La question qui nous préoccupe dans ce podcast est la suivante :

"Bonjour, je me pose une question et je me permets de vous la présenter : on voit de plus en plus de mouvements chrétiens et de différentes églises affirmer que l’Eglise doit se mettre au service de la société, du bien commun, pour faire venir les nations à l’Eglise, et être une lumière. Ne serait-ce pas confondre entre les promesses de Dieu faites à Israël, et les promesses de Dieu faites à son Eglise ? Que penser des oeuvres sociales en église ? Peut-on ou doit-on utiliser le social pour promouvoir le message de Christ ? Je suis très reconnaissant pour votre travail, vous remercie chaleureusement pour tout le temps que vous y consacrez, pour votre volonté de faire ressortir seulement la Parole de Dieu et non pas votre point de vue. Que le Seigneur vous encourage et vous fortifie dans votre ministère."

Alors écoute, merci pour la question, elle est tellement importante, elle nous permet de nous forger une idée de ce que peut être ou doit être la mission de l’Eglise. Merci également pour les encouragements qui concernent le travail de toute l’équipe de ‘tout pour sa gloire’ ; je suis très conscient que je suis un des maillons d’une longue chaîne de volontaires, et je suis très reconnaissant pour ce travail en équipe, en tout cas on essaye de servir du mieux que l’on peut avec le temps limité que l’on a tous, alors si c’est utile c’est super et c’est un encouragement !

Il y a pas mal d’éléments à prendre en compte dans ta question, et j’ai que 15 à 20 minutes pour y répondre ; mais si je devais répondre en une phrase je dirais ceci : "c’est que le bien que l’on fait, c’est comme les miracles de Christ et des apôtres. Ils sont des signes de l’Evangile, mais ils ne sont pas l’essence de l’Evangile". Je sais pas si tu seras d’accord, et si vous serez d’accord avec cette proposition ou cette perspective, mais je dirais que c’est un peu comme dans la parabole du grain de moutarde : ce que nous sommes, ce que nous faisons, c’est un peu comme -et ce que le royaume de Dieu, c’est-à-dire la présence de Dieu parmi ses enfants -c’est un peu comme la petite influence que peut avoir l’Evangile, que peuvent avoir les individus, mais il y a plein de bénéfices induits qui viennent avec cela : les oiseaux du ciel viennent se poser sur les branches, donc il y a des bénéfices induits de l’Evangile dont la société profite, alors pour répondre à ta question je vais te proposer 5 remarques sur ce que la Bible enseigne, de ma perspective bien sûr, et puis j’en tirerai 7 principes.

Dans la première chose tu évoques le rôle d’Israël.

Effectivement il y a des choses à apprendre d’Israël, mais en même temps, Israël est une nation qui avait des responsabilités particulières, sociales et sociétales sur sa population, il y a des lois qui encadrent le soin du pauvre, il y a des lois qui permettaient à ceux qui avaient fait faillite de pouvoir rebondir, après souvent des années de service- qui nous choquent parce que le terme esclavagisme est utilisé, mais c’était vraiment plutôt un service- bref il y a des lois qui concernent le grappillage, il y a des lois qui concernent l’accumulation financière ou foncière au sein de mêmes familles, ou le transfert d’autres familles, qui sont difficilement applicables pour nous en tant qu’Eglise. Si nous étions engagés en politique, ou si un chrétien était engagé en politique, peut-être il pourrait observer ce que ces lois disent, puis se faire une idée d’une certaine éthique de la société, mais il faudrait y réfléchir, parce qu’il n’y a pas d’application immédiate à faire de ces passages. C’est dans le contexte d’une théocratie, et nous ne sommes pas dans un contexte de théocratie, en tout cas c’est la position que nous défendons, Philippe Viguier et moi-même dans un livre qui s’intitule L’Evangile et le citoyen, que tu retrouveras sur le site des éditions Clé, et où on propose que l’Eglise a pour rôle dans la société d’influencer par son exemple et par sa proclamation de l’Evangile. C’est vraiment là l’essence de l’appel de l’Eglise, et pas d’imposer des lois, les lois notamment morales- ou politiques -que nous trouvons en Israël.

Ceci dit, il y a une situation assez intéressante que nous trouvons … que nous donne Jérémie 29, le contexte est le suivant : Israël a tellement péché en ne respectant pas les commandements de Dieu, notamment vis-à-vis des lois de la jachère, que Dieu décide de retirer le peuple de la terre pour 70 années lors de la captivité, c’est-à-dire que le roi et dictateur babylonien Nebucadnetsar -autour de 605 il commence un certain nombre de campagnes à l’encontre du royaume de Juda -en 586, le royaume de Juda s’effondre et il prend la population, l’emmène en captivité à Babylone. Cette captivité dura 70 ans, et pour les juifs qui sont en captivité, ils se troublent : mais comment on va vivre loin de notre terre, loin de notre temple, en dehors de notre contexte culturel, en dehors aussi de cette théocratie ? Qu’est-ce qu’il faut faire par rapport à la nation qui nous accueille ou qui nous a kidnappés ? Et voilà que Jérémie le prophète, conduit par le Saint-Esprit, envoie une lettre aux captifs et il leur dit en Jérémie 29.4-7 "Ainsi parle l’Eternel des armées, le Dieu d’Israël, à tous les déportés, que j’ai déporté de Jérusalem à Babylone : bâtissez des maisons, habitez- les, plantez des jardins, mangez-en les fruits, mariez-vous et engendrez des fils et des filles, mariez vos fils et donnez vos filles en mariage afin qu’elles enfantent des fils et des filles, multipliez là où vous êtes et ne diminuez pas, recherchez la paix de la ville où je vous ai déportés, et intercédez auprès de l’Eternel en sa faveur, parce que votre paix dépendra de la sienne." On a donc cette idée que le peuple juif dont la destinée est d’être une lumière pour les nations, soit aussi source de bien-être pour les nations qui l’accueillent, pour la nation qui l’accueille, et donc on a quand même cette idée que le peuple de Dieu est destiné à être une bénédiction là où il se trouve. N’est-ce pas forcément la responsabilité ici de la nation, parce qu’elle n’est plus une nation, mais des individus qui sont dispersés dans cette nation ?

Deuxièmement, qu’est ce que l’on peut apprendre de l’exemple de Jésus ?

Bien sûr le ministère de Jésus est inimitable, son origine est éternelle, sa divinité est conjointe à son humanité, sa vie est parfaite, ses propos sont vrais et sans aucune fausse note, sa puissance est absolue, son amour sans l’ombre du moindre égoïsme, sa mort est expiatoire, sa résurrection unique, toutes ces choses font que lorsqu’on se pose la question : ‘qu’est ce que Jésus ferait à ma place ? ’, il faut quand même mettre un petit peu de distance parce que Jésus est unique, et que nous ne sommes pas Jésus ; mais ceci dit, on peut remarquer un certain nombre de choses qui peut-être sont pertinentes pour nous. Il guérit tous les malades, il guérit 10 lépreux, même s’il n’y en a qu’un qui est reconnaissant, et qui reviendra exprimer sa reconnaissance, donc, auprès de lui. Il multiplie des pains pour des gens qui ne veulent pas que Jésus règne sur eux ; d’ailleurs le verset pivot à ce sujet c’est Jean 6 : 66 (c’est facile à retenir) : "Dès lors, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent, ils ne marchèrent plus avec lui" donc Jésus multiplie des pains pour des gens qui ne vont pas être ses disciples et qui le rejetteront, en fait, qui ne voudront pas de lui, et en fait, cette bonté de Jésus nous rappelle que le soleil de Dieu se lève sur les bons et sur les injustes, qu’il fait pleuvoir sur les bons et sur les injustes, et donc nous avons là quelque chose qui est de l’ordre de la bonté générale de Dieu pour l’humanité, même si tous ne sont pas ses disciples. En même temps, ces signes miraculeux ne sont pas là pour être perpétués, ils sont là comme un signe du pardon que Christ accorde (Matthieu 9.6) Jésus dit : ‘Or afin que vous sachiez que le Fils de l’Homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés, je te le dis, lève-toi et marche ! ’ Les miracles que Jésus réalise sont des attestations d’une réalité supérieure, celle du pardon, celle de la grâce qui vient.

Troisième remarque, qu’est ce que l’on apprend du livre des Actes ?

Eh bien dans le livre des Actes, nous voyons la communauté des rachetés qui est extrêmement solidaire, au point que les gens vendaient leurs biens pour éviter tout indigence, mais toute indigence au sein de l’Eglise ; cette solidarité est exceptionnelle, peut-être en début du livre des Actes parce que les gens qui étaient en pèlerinage à la Pentecôte au moment où ils reçoivent le Saint-Esprit, et qu’ils deviennent des disciples de Jésus, eux qui venaient de contrées lointaines, se sont peut-être installés quelques temps à Jérusalem, pour pouvoir profiter de l’enseignement des apôtres, pour pouvoir grandir dans leur foi ; peut-être anticipaient-ils aussi le retour immédiat de Jésus, et soudainement, il y avait un afflux de réfugiés au sein des églises, il fallait prendre soin de ces personnes qui, sinon devenaient indigentes, et peut-être que ça explique le mouvement de solidarité où les gens vendaient leurs biens pour les donner à l’Eglise, pour que l’Eglise ait de quoi faire… Quelque temps plus tard, nous ne voyons pas que ce soit là l’activité générale de l’Eglise, et certainement dans les épîtres, on ne trouve aucune indication que nous soyons dans ce devoir de vendre nos biens pour l’Eglise, mais on voit en tout cas que l’Eglise est très solidaire au sein du livre des Actes, et surtout que l’Eglise est tout entière orientée, notamment par le ministère des apôtres, vers la proclamation de l’Evangile. Cette proclamation de l’Evangile c’est le bien par excellence, c’est l’activité centrale que nous voyons, associée au fait d’implanter des églises en faisant des disciples et en formant des leaders, et donc nous sommes vraiment là dans une logique que l’Eglise influence la société par la proclamation de l’Evangile, et nous voyons une solidarité interne. Je ne vois pas à ma connaissance -peut-être j’ai loupé des passages- je ne vois pas à ma connaissance de solidarité externe constante à l’égard de la société.

Quatrièmement, qu’est ce qu’on peut apprendre des épîtres ?

Les épîtres enseignent le devoir d’une certaine solidarité au sein de l’Eglise, par exemple Galates 6.10 nous dit "Ainsi donc pendant que nous en avons l’occasion, pratiquons le bien envers tous, et surtout envers les frères en la foi" 1 Jean 3.17 nous dit "Si quelqu’un possède les biens du monde, qu’il voit son frère dans le besoin et qu’il lui ferme son cœur, comment l’amour de Dieu demeurera-t-il en lui ?" et Jacques parle d’un frère ou d’une soeur qui serait nu et manquant de nourriture, là ce serait inconcevable. Jacques dit que ce serait même une négation de la foi.

Dans chacun de ces passages, comme tu le vois il s’agit d’une solidarité interne au sein de l’église, et cette affirmation, cette observation se confirme quand on voit les critères qui sont énoncés pour l’aide sociale de l’église auprès des veuves, notamment. 1 Timothée 5.9-10 nous dit qu’une veuve pour être inscrite sur la liste, n’aie pas moins de 60 ans, qu’elle ait été la femme d’un seul mari, qu’elle soit reconnue ou connue comme ayant élevé des enfants, exercé l’hospitalité, lavé les pieds des saints, secouru les malheureux, et recherché toute oeuvre bonne… On est clairement face à des veuves chrétiennes qui ont lavé les pieds des saints, manière probablement de parler du service dans l’Eglise, mais aussi peut-être la participation à des rites que l’Eglise pouvait pratiquer à cette époque. D’ailleurs bénéficier de l’aide sociale de l’Eglise exige de faire tous les efforts possibles pour ne pas en bénéficier ; Paul dit par ailleurs- c’est en 2 Thessaloniciens 3.10 "Car lorsque nous étions chez vous, nous vous recommandions ceci : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus." Donc on est devant une forme de solidarité qui a des contraintes, il ne s’agit pas de -entre guillemets-’ bénir la société avec une générosité aveugle’, en tout cas dans les épîtres, nous avons des critères qui sont plutôt centrés sur les gens de l’Eglise, alors je te recommande vivement la lecture du livre de Kevin DeYoung et Greg Gilbert Quelle est la mission de l’Eglise ? Je vais m’appuyer un peu sur leurs conclusions, que je partage pleinement, mais ils le disent beaucoup plus longuement et beaucoup mieux que moi en tout cas.

Dans ma conclusion je t’ai dit que je retiendrai 7 principes de ces 5 observations des données bibliques.

La première chose c’est que le bien doit caractériser le chrétien dans toutes les sphères qu’il occupe. Je parlais du chrétien, du disciple, chacun d’entre nous, pas de l’Eglise en tant qu’institution ou en tant qu’organisation ou association. Le chrétien quand il fait des courses, quand il est au travail, quand il est avec son conjoint ou avec ses enfants, il est en Christ, il est le reflet de Christ. Le bien qui est à faire, c’est pas forcément le bien que l’Eglise doit faire, c’est d’abord et avant tout l’Eglise que toi tu dois faire. Kevin DeYoung et Greg Gilbert disent, je cite "nous pensions qu’il vaudrait mieux inviter individuellement chaque chrétien à essayer de résoudre ces problèmes -ces problèmes du monde- en tenant compte de ses dons et de son appel, plutôt que de culpabiliser l’Eglise parce qu’elle ne s’en soucie pas." (fin de citation) Et en fait, les amis, je dois avouer que je suis un peu effaré parfois par le comportement que nous avons-nous, disciples de Jésus Christ, qui nous revendiquons de Christ, quand nous sommes énervés facilement par la lenteur d’une caissière, quand nous devons remplir un constat d’assurance, quand nous sommes confrontés au stress, que nous pouvons avoir au travail avec des patrons un petit peu difficiles, ou avec des employés un petit peu difficiles ou des collègues un petit peu difficiles, bref… c’est là que commence le bien que nous devons manifester, et c’est facile de pointer du doigt l’Eglise, mais l’Eglise n’est que le rassemblement de ceux et de celles qui se réclament du Christ ! Alors paie un sandwich à une personne qui est dans le besoin, paie quelque chose et si tu en as la capacité et le désir, sois impliqué toi-même avant de reprocher à l’Eglise son engagement ou son manque d’engagement.

Deuxièmement, le bien commence avec sa propre famille, et sa propre famille spirituelle.

1 Timothée 5.8 est extrêmement clair à ce sujet : si quelqu’un n’a pas soin des siens, surtout de ceux de sa famille, il a renié la foi, il est pire qu’un infidèle. Donc il y a une notion de proximité dans mes responsabilités, je suis plus responsable de ce que je fais par rapport à ceux qui seraient dans le besoin autour de moi, dans ma famille, que ma responsabilité vis-à-vis de ceux qui seraient dans le besoin au fin fond d’un pays éloigné. Alors ça ne doit pas être une excuse pour ne pas être généreux ailleurs, mais ça doit être quand même une observation que j’ai des cercles concentriques de responsabilité ; la première responsabilité c’est ma famille réelle, la deuxième c’est la famille spirituelle de l’Eglise.

Troisièmement, la solidarité-c’est un peu l’expression de ce que je viens de dire- commence par l’Eglise. Je ne peux pas, en tant que pasteur d’une église, orienter l’église à prendre soin du monde ; le monde dans ses besoins est trop

vaste, et la Bible donne -on l’a vu- un cadre moral à son engagement, et son engagement humanitaire ; alors ça doit commencer par l’Eglise ; et l’un des moments les plus tristes que j’ai eu dans mon ministère, c’est de réaliser qu’on avait une étudiante étrangère qui était dans le besoin, et on ne l’a pas su, et là elle a souffert de la faim alors qu’elle était membre de notre église, et ça m’a absolument cassé lorsque je l’ai réalisé. Heureusement ce n’était pas très long et trop sérieux, mais je trouve ça absolument aberrant, et comme situation, que nous n’ayons pas su le discerner, que nous n’ayons pas su le prendre en compte pour générer ce qu’il fallait pour qu’elle ne soit pas dans ce type de besoin.

Quatrièmement : oui le bien s’exprime d’abord sur ‘un’ prochain.

Je trouve assez sage bien sûr le commandement de l’Ecriture qui nous dit ‘tu aimeras ton prochain comme toi-même’. Il n’est pas dit, tu aimeras ‘tes’ prochains ou ‘le monde autour de nous’, tu aimeras ‘ton’ prochain. Il y a quelque chose de très important de réaliser que, dans la Providence de Dieu, je suis placé devant des situations qui exigent mon aide, mon engagement, et cette aide et cet engagement ça peut être avec une personne avec qui je vais entretenir des liens, des liens particuliers, des liens aussi de confiance, des liens plus constants ou plus réguliers, et je crois que c’est important de se dire que je vais cibler mon engagement sur une personne, et l’accompagner peut-être plus longuement.

Cinquièmement le bien ultime c’est de proclamer l’Evangile.

Honnêtement si je nourris quelqu’un, si je le loge, si je le blanchis, si je fais tout ce qu’il faut pour qu’il soit bien, mais qu’il ne comprend pas ou ne connaît pas l’Evangile, il meurt séparé de Dieu et passe l’éternité en enfer, j’ai loupé ce que moi seul en tant que disciple de Jésus Christ pouvais lui apporter ; mais ça c’est un des accents que j’apprécie dans le livre de DeYoung et de Gilbert Quelle est la mission de l’Eglise ? Il dit et je cite "Nous croyons que l’Eglise est envoyée dans le monde pour témoigner de Jésus en proclamant l’Evangile et en faisant des disciples de toutes les nations. Voilà notre tâche, voilà notre appel, il est unique et central." Un peu plus loin ils disent "La mission de l’Eglise, c’est d’aller dans le monde pour faire des disciples en proclamant l’Evangile de Jésus-Christ par la puissance du Saint-Esprit, et de réunir ses disciples en Eglise pour qu’ils puissent adorer le Seigneur et obéir à ses commandements, maintenant et à jamais, pour la gloire de Dieu le Père. Telle est la mission que Jésus a donné à ses disciples avant son ascension, la mission que décrit le Nouveau Testament, la mission de l’Eglise aujourd’hui." (Fin de citation). Je souscris pleinement à cette focalisation.

Sixièmement : le bien humanitaire est une excellente œuvre, comme une reconnaissance et comme une interpellation.

Donc tu vois, je ne suis absolument pas contre le bien humanitaire de chrétiens qui sont engagés pour cela, mais c’est une oeuvre de reconnaissance vis-à-vis de ce que Jésus Christ a fait en nous, et c’est une interpellation pour l’Evangile. Moi je trouve absolument formidable que des hommes, des femmes, à cause d’un appel personnel, ouvrent des centres pour femmes battues, des centres pour drogués qui veulent s’en sortir, des orphelinats, des dispensaires, des écoles, et même ouvrent des business dans les parties du monde qui en ont besoin, pour pouvoir offrir des jobs à ceux qui sont défavorisés, qui autrement n’auraient pas accès à ces jobs. Je trouve que c’est une excellente oeuvre bonne, et que cela peut correspondre un appel spécifique d’individus chrétiens qui le font par reconnaissance pour ce qu’ils ont reçu de Dieu, et comme une interpellation vers Jésus-Christ ; et d’ailleurs c’est très libérateur de savoir que puisque Jésus m’a sauvé, il m’a sauvé gratuitement, que ça ne se fonde pas sur des œuvres, je peux aimer gratuitement, et comme je suis un disciple de Jésus Christ je peux appeler à la foi clairement, fermement, sans aucune arrière pensée ; je donne gratuitement, que la personne se convertisse ou pas ; s’il n’y a aucune condition à cela, pourquoi ? Parce que c’est exactement comme ça que Jésus me traite, donc c’est très libérateur en fait, en tant que disciple, de faire le bien. En tant que disciple de Jésus, il n’y a aucune aucun sous-entendu, je peux faire le bien de la part de Dieu tout en étant absolument clair sur le fait que Christ m’a sauvé, donc je donne librement, et j’invite librement à la connaissance de Jésus Christ.

Septièmement, le bien d’une église doit alerter sur la vie que Christ donne, c’est vraiment un paradoxe ; et je développe en cela la dernière pensée que j’évoque, c’est que- à un moment donné- le bien que je fais doit susciter l’intérêt pour Celui qui me donne l’occasion de le faire, qui me donne le privilège de le faire, et là ça nous renvoie à l’Evangile. Il n’y a donc aucune arrière pensée ni condition, je fais le bien parce que Christ m’y appelle – m’appelle à le faire, pardon, et je parle de ce bien parce que Christ m’a sauvé et qu’il me conduit à proclamer le salut qui vient par la grâce qui est en Jésus Christ.

Alors je termine avec une lecture qui m’a bouleversé et qui m’a vraiment mis en colère ; ça m’a bouleversé parce que c’est le plus bel exemple d’abnégation et de service dans la société que j’ai jamais lu. C’est un livre de Grégory Boyle qui s’intitule Tattoos on the heart, (tatouages sur le cœur) et c’est un homme qui est un jésuite catholique, remarquable, qui a dédié sa vie au bien des plus défavorisés de Los Angeles, les défavorisés, et aussi des gens qui commettent des crimes assez terribles ; ce sont tous les membres des gangs de Los Angeles, donc ils sont tatoués de partout, ce sont des gangs souvent violents, ce sont des gens totalement déstructurés, déconnectés de la réalité du monde, et cet homme fait un travail admirable de réinsertion, il les aime, et quand on lit ce livre, on aime ces gangsters et on a envie d’être avec lui, c’est bouleversant. Je crois que c’est un exemple qui est franchement à imiter, enfin, il a beaucoup à nous apprendre sur ce qu’est l’amour et le dévouement ; et puis ça m’a profondément énervé, même si j’ai versé des larmes de reconnaissance pour certaines sections de ce livre, profondément énervé parce qu’on voit des gangsters qui posent des questions existentielles sur la vie, sur le pardon, sur Dieu, sur le péché, et notre homme ne répond pas par l’Evangile, et il n’y a nulle part l’Evangile de Jésus-Christ, et ça je trouve absolument terrible, parce qu’il y a des balles qui fauchent ces gens et qui les emmènent, qui les conduisent en enfer, et il n’y a pas l’Evangile. Alors l’Evangile est central ; encore une fois, ça ne sert à rien de vivre une vie sur cette terre si on n’est pas reconnecté avec Dieu et sauvé du péché, et sauvé de l’enfer, c’est là la tâche de l’Eglise. Si l’Eglise n’en parle pas, c’est pas France Info qui va en parler, ni l’ensemble des radios ou télévisions du monde. C’est la tâche de l’Eglise, et c’est donc important de le garder comme notre considération. Peut-être tu seras pas d’accord avec ce que je viens de dire, j’attends de lire les commentaires avec impatience, je ne peux pas y répondre par manque de temps, mais je fais attention à ce qui est dit, donc merci de ta contribution.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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