Quel est le péché mortel dont parle l’apôtre Jean? (Episode 83)

Dans l'épisode 83, Florent Varak clarifie 1 Jean 5.16-17, qui est un texte difficile sur le péché mortel. Il devait être très évident pour les auditeurs de Jean quel était ce "péché qui conduit à la mort", mais pour nous ca l'est moins: qu'en penser?

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Épisode 83 : Quels sont les péchés qui mènent à la mort d’après l’apôtre Jean ?

La question est posée : Bonjour, en lisant ma Bible au quotidien, je suis arrivé sur ce passage de 1 Jean 5. 16-17, où l’apôtre Jean parle d’un péché qui mène à la mort et des péchés qui ne conduisent pas à la mort. Alors ma question est celle-ci : de quels péchés parle-t-il et de quelle mort parle-t-il ? Merci de nous éclairer, cordialement.

Merci pour la question. C’est une question difficile sur un texte difficile. Il est réputé compliqué et je vais le lire dans son contexte et essayer d’en tirer quelques remarques qui nous permettront de cheminer avec ce texte.

Donc, à partir du verset 14 de 1 Jean 5, nous lisons la chose suivante : « Nous avons auprès de lui cette assurance : si nous demandons quelque chose conformément à sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu’il nous écoute, quelle que soit notre demande, nous savons que nous possédons ce que nous lui avons demandé. Si quelqu’un voit son frère commettre un péché qui ne mène pas à la mort, qu’il prie, et Dieu donnera la vie à ce frère ; je parle ici de ceux qui commettent un péché ne conduisant pas à la mort. Il y a un péché qui mène à la mort[b], et ce n’est pas pour ce péché-là que je dis de prier. Toute injustice est un péché, mais tous les péchés ne conduisent pas jusqu’à la mort. Nous savons que, si quelqu’un est né de Dieu, il ne pèche pas. Au contraire, celui qui est né de Dieu se garde lui-même et le mauvais ne le touche pas. Nous savons que nous sommes de Dieu et que le monde entier est sous la puissance du mal. »

Bon, alors, écoute, ça peut être évident pour les lecteurs de Jean puisque Jean ne l’explique pas.

Je me dis, il devait en avoir parlé déjà et que tout le monde savait ce que pouvait être le péché qui mène à la mort. Mais pour nous c’est assez compliqué. Alors au verset 14, nous voyons cette assurance de l’exaucement ! Dieu écoute quand nous prions selon sa volonté. D’ailleurs, ça doit nous encourager à prier sur sa volonté, ce qui amène forcément la question : « mais comment découvrir sa volonté ? ». Eh bien, elle est explicitement révélé dans l’écriture. Si tu veux savoir ce que Dieu veut, il te suffit de lire l’écriture, de comprendre ce que Dieu veut. Parce que la volonté de Dieu n’est pas une petite voix que l’on entend et qui nous dirige, même si Dieu peut nous conduire par des convictions intimes et personnelles pour nous orienter. C’est pas la manière principale avec laquelle il veut conduire nos vies ! Il nous a déjà conduit, par l’écriture, il nous a fait comprendre sa volonté, par l’écriture, et il nous invite à surtout mettre en pratique ce que nous savons de ce qu’est sa volonté.

Si tu t’intéresses à la question, davantage, je recommande un petit livre de John MacArthur qui s’intitule : « J’ai trouvé la volonté de Dieu ». C’est vraiment un livre excellent dans lequel, très simplement, il te suggère que, en faisant une recherche de la notion de volonté de Dieu dans la Bible, tu trouveras que Dieu veut que tu sois sauvé, que tu sois remplis de l’Esprit, que tu soit sanctifié, que tu sois soumis et que tu souffres. Eh oui, ça fait partie de la volonté de Dieu, de souffrir en manifestant les qualités de la personne de Christ dans les situations de vie que l’on peut rencontrer. Mais bref, c’est pas tout à fait le sujet, quoique ça s’en rapproche, parce que le texte commence avec une assurance « quant à la prière ». Et si tu veux être exaucé dans la prière, ben tu as intérêt à prier selon les choses que Dieu veut, et parce que c’est dans ces circonstances qu’il écoute, qu’il entend et qu’il va exaucer.

Et au verset 15, il nous est proposé une démarche de foi. « Et si nous savons qu’il nous écoute, quelle que soit notre demande, nous savons que nous possédons ce que nous lui avons demandé. » Il y a vraiment une proposition de la part du Seigneur, à avoir confiance que Dieu exauce lorsque nous lui demandons des choses, dont on perçoit qu’elles sont proches de sa pensée et de sa volonté.

Il y en a des versets énigmatiques, du verset 16 et 17, que tu cites dans ta question : « Si quelqu’un voit son frère commettre un péché qui ne mène pas à la mort, qu’il prie, et Dieu donnera la vie à ce frère ; je parle ici de ceux qui commettent un péché ne conduisant pas à la mort. Il y a un péché qui mène à la mort, et ce n’est pas pour ce péché-là que je dis de prier. Toute injustice est un péché, mais tous les péchés ne conduisent pas jusqu’à la mort. » Bon, alors ça ouvre le thème de ce que l’on fait lorsqu’on voit son frère pécher. Et je dois remarquer qu’il y a dans les écritures un certain nombre de réactions possibles. Celle qui nous est proposé ici c’est simplement de prier pour lui. Si tu vois ton frère pécher, tu peux simplement prier pour lui.

Une deuxième démarche qui nous est proposée dans d’autres textes d’écriture, par exemple Mathieu 18, c’est de reprendre le frère seul à seul, puis si il ne se repend pas, de faire intervenir deux ou trois témoins. Donc on est devant une situation, quand on voit un frère pécher, on a plusieurs armes possibles : tu peux

simplement prier pour lui, tu peux intervenir directement. Tu peux aussi, 1 Pierre 4 : 8 nous dit que « l’amour couvre une multitude de péchés », tu peux aussi simplement l’aimer dans ce qu’il est de pécheur sachant que toi aussi, tu l’es.

Et si je souligne ces différentes manières de réagir, c’est pour souligner, qu’on n’a pas besoin de sauter les uns sur les autres dès que l’on se voit commettre un péché. La réalité humaine, dans notre faiblesse, c’est que nous sommes des pécheurs, nous sommes faibles et nous avons besoin des uns des autres pour avancer. Et que, parfois le meilleur outil pour encourager un frère qui s’est pris les pattes au cours de cette vie, c’est de l’aimer, c’est de le pardonner, c’est de marcher avec lui, c’est de prier pour lui ou parfois ça peut être de le reprendre. Et puis il y a ce cadre du péché qui conduit à la mort.

Alors qu’est ce que ce péché qui conduit à la mort ? Les théologiens ont répondu différemment à cette question. Grosso modo, ils hésitent entre deux possibilités. La première consiste à y voir le péché d’un vrai chrétien qui meurt physiquement à cause de son péché, mais qui est sauvé spirituellement au-delà de la mort. Ce serait par exemple le cas d’Ananias et Saphira. Tu te souviens Ananias et Saphira qui étaient membres de l’église, qui avaient donné une grosse somme d’argent à l’église pour la réputation que cela entraînait. Leur péché, c’était d’avoir dit : « voici l’argent de toutes nos propriétés, du champ que nous avons vendu alors qu’ils en avaient retenu une partie ». Ils voulaient la réputation sans même en avoir les raisons de cette réputation. En mentant sur les raisons de cette réputation. Et donc Dieu les reprend, ils meurent et… le fait qu’ils étaient chrétiens me fait penser qu’ils seront au ciel lorsque nous y serons aussi.

Il y a également le cas de l’incestueux non-repentant, de 1 Corinthiens 5. Et donc c’est une personne dont l’apôtre Paul dit, qu’ il sera livré à Satan, afin que l’âme soit sauvée, mais que le corps soit détruit. Donc ce serait une autre situation similaire. Il y aurait des péchés qui minent si gravement la réputation publique de Jésus, que Jésus décide de reprendre l’individu à lui-même. Le corps est détruit mais l’esprit est sauvé.

Alors, est-ce que c’est le cas de cette situation de 1 Jean 5 ? Ben, il y a l’utilisation du terme frère, qui est utilisé, mais en même temps le frère qui a un péché qui ne mène pas la mort, c’est contrasté à l’expression de la personne qui est gardé du malin parce qu’il est justement en Christ. Et la seconde interprétation de ce verset, c’est d’y voir le péché d’incrédulité d’un non-croyant qui rejette le sacrifice de Christ. Et comme tu sais, il n’y a qu’un seul péché impardonnable, c’est le rejet de l’éclairage convaincant de l’Esprit et d’un endurcissement persévérant contre le Seigneur et pour lequel il n’y a ni aucun remède puisque la personne s’oppose au seul moyen par lequel il pourrait être sauvé. Alors, à la faveur de ce mot chrétien, je croyais à cette distinction donc, comme je l’ai dit, entre le frère qui pêche, il y a un péché qui ne mène pas la mort et lui, il ne mentionne pas là, que c’est le frère qui commet ce péché ou qui arrête peut-être une ouverture.

J’ai longuement oscillé dans ma compréhension. Il y a quelques années, j’y ai vu le péché d’endurcissement d’un frère que Dieu discipline fortement, il meurt et rejoint le Seigneur. Mais en réexaminant cette question, grâce à ta question, j’ai tendance à y voir davantage le péché que commet celui qui rejette la foi, et qui rejette la main tendue du Seigneur Jésus, et ça, à cause du contexte. Verset 18 nous dit : « Nous savons que, si quelqu’un est né de Dieu, il ne pèche pas. Au contraire, celui qui est né de Dieu se garde lui-même et le mauvais ne le touche pas, Nous savons que nous sommes de Dieu et que le monde entier est sous la puissance du mal. » Et Dieu pose cette assurance que celui qui est né de Dieu ne pèche pas. Bon, c’est pas qu’il ne pèche jamais ! D’ailleurs 1 Jean 1 nous rappelle que « celui qui dit qui n’a pas péché est un menteur ». Et 1 Jean 1 : 9 nous exhorte à « reconnaître nos péchés ». Tu connais ce verset « Si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité ».

J’avoue, tristement, qu’il y a il y a bien des journées où j’ai besoin de me repentir, que ce soit d’une pensée, d’une attitude de cœur, parfois de paroles contraires à la volonté de Dieu. Et donc ce n’est pas qu’un chrétien ne pèche jamais, mais c’est plutôt qu’il ne peut plus être caractérisé par le péché. Il choisit son camp et Dieu le garde en cela. Le vrai chrétien est tenté, chute parfois, mais vient et revient à la croix et renonce à son péché. Et donc, on serait dans une situation là où on est, avec un faux chrétien, qui commet un péché d’endurcissement qui conduit à la mort.

Et on trouve partout dans l’Écriture, partout dans le Nouveau Testament, cette tension entre ceux qui se réclament du christianisme, mais qui ne le sont pas, et ceux qui sont réellement des disciples de Christ. En Matthieu 13, nous est évoqué ceux qui ont accepté bien trop rapidement la parole, mais dont les décisions montrent qu’ils ne sont pas vraiment des convertis. Matthieu 7 nous parlent de ce qu’ils disent : « Seigneur, Seigneur » et qui affirment, prophétiser, faire des miracles mais que le Seigneur ne connaît pas.

Or, 1 Jean est une lettre écrite aux chrétiens de la seconde génération, de la deuxième génération. Et là, on trouve cette difficulté : est-ce qu’il est chrétien par tradition, parce que ses parents l’étaient ? Ou est-ce qu’il est chrétien pour de vrai ? Et l’apôtre Jean dans sa lettre, note 3 tests : l’orthodoxie de la doctrine, c’est-à-dire croire correctement ; l’orthodoxie de la morale, c’est-à-dire vivre de façon moralement juste et l’orthodoxie de l’amour, c’est-à-dire qu’il est capable d’aimer.

Et un chrétien authentique reste attaché à la Bible, il reste attaché à une vie sainte et il reste attaché à l’amour du prochain. Et ces trois tests, peut-être, permettent de réaliser qu’il y a, dans l’Église et notamment avec les deuxièmes et troisièmes générations, des gens qui ne sont jamais devenus des disciples de Jésus, mais qui sont pas opposés à la foi chrétienne, qui sont pas opposés au christianisme. Ils ne sont jamais devenus des disciples, personnellement mais ils sont… mais ils apprécient un peu l’environnement de l’église. Et là, il y aurait ces gens qui, rejetant l’essence du christianisme, la substitution de Christ à la croix pour eux, refusant de placer pleinement leur confiance en Jésus, commettent le péché qui conduit à la mort parce que, c’est ce péché qui est le seul impardonnable. A terme, cet endurcissement conduira à la mort.

Alors le problème, bien sûr, c’est que ça nous place devant cette exhortation, à ne pas prier pour ce péché qui conduit à la mort. Or, la Bible nous demande de prier pour tous les hommes. C’est peut-être le point faible de la position que je défends, et c’est vrai que je suis pas vraiment convaincu que c’est là la bonne chose. Soit il s’agit du péché que commet un chrétien qui s’endurcit tellement contre la volonté de Dieu, que Dieu le reprend lui. Soit il s’agit d’un faux chrétien, mais qui ressemble à un chrétien, mais qui s’endurcit pleinement contre la conviction du Saint-Esprit. Alors, cela permet finalement de rester un peu dans cette situation, où on doit intercéder pour ceux qui nous entourent et qui pêchent, et on doit en même temps rester serein, constamment, quand nous ne voyons pas d’exaucement. Le Seigneur sait, et il sait pleinement. Donc il y a ce jeu de soucis du prochain et ce jeu de repos face au choix du prochain.

En tout état de cause, j’espère que cela t’encourage à réaliser les fondements de ta foi. Ton seul appui, c’est la grâce sous le règne de Dieu, manifesté au Christ qui meurt et ressuscite pour tes péchés. Et réaliser que cette grâce, elle te conduit à croire, de façon correcte, à t’attacher, à demeurer dans la Parole du Christ, à vivre une vie qui reflète cela, et à aimer de la manière dont Dieu voudrait que tu aimes, parce que ce sera la meilleure confirmation que tu es authentiquement un disciple de Christ.

Puis, j’espère que tu réalises combien ce passage est aussi rempli d’assurance : Dieu nous garde de commettre ce genre de péché ! Nous ne pourrons pas, si nous sommes ancrés en Christ, si nous sommes réellement né de nouveau, nous ne pourrons pas être ôtés de la main de Jésus qui nous tient fermement en lui ! Nous ne pourrons pas perdre cette grâce qui nous a été accordée en lui !

J’espère que tu es encouragé parce que Jésus a vécu la vie parfaite que tu n’as pas vécu. Il a prié pour toi avant la croix, pour que Dieu te garde et il continue d’intercéder pour toi et le Saint-Esprit en toi continue d’intercéder aussi dans ce sens.

Je termine avec 1 Jean 5 qui donne une belle assurance : « Or, voici ce témoignage : Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. Je vous ai écrit cela, à vous qui croyez au nom du Fils de Dieu, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle. »

Et donc, je trouve que ce passage est magnifique parce qu’il donne toute l’assurance, que doit avoir un disciple authentique de Jésus.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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  • Anicet ZEBI dit :

    Merci beaucoup Pasteur pour la réponse à ma question. Je vais partager

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